THE WALL – THE WALK (LE MUR – LA MARCHE)

Publié le par Michel Durand

Toujours et encore au sujet de notre pays, la France, et du climat dans lequel on nage à l’heure actuelle, une sorte de marasme, un profond découragement parfois… Je vais revenir sur l’état de division qui semble nous toucher toutes et tous – ou en tous cas pas mal d’entre-nous, et qui concerne en particulier les personnes qui travaillent (les actifs) et celle qui ne travaillent pas (les chômeurs). Le décor est planté. Allons-y. Let’s go…

Il arrive que des personnes qui sont au chômage (de longue durée, ou pas), eh bien… qu’elles soient actives, très actives, au sein du voisinage, dans l’associatif, dans la quête d’un équilibre personnel, dans la recherche personnelle… – prenons cette toute dernière réalité, la recherche personnelle : cela revient – en simplifiant, et en faisant court – à se poser la question du sens de la vie, de sa vie, de la relation à soi-même et de la relation à l’autre, aux autres, de la vie en société, en somme. Paradoxalement, et suivez-moi bien, ce pourraient être parfois les personnes qui en sont le plus privées, de relations – ou en tous cas qui disposent d’un temps personnel conséquent –, qui pourraient faire avancer cette recherche, ce débat, éclairer notre situation, nous faisant un peu mieux comprendre pourquoi notre société se trouve si compartimentée, divisée, oui, et pourvoyeuse le cas échéant d’idées creuses et sans avenir – dangereuses aussi parfois. Alors, quand il nous vient le désir de faire cause commune dans la réflexion, je veux dire : nous, les « exclus », – quand il nous vient le souhait de vouloir travailler avec « l’extérieur », de manière classique, pour faire avancer les choses et surtout pour que nous puisions vivre mieux, et bien ça ne marche pas, ou si peu… les actifs semblent souvent n’avoir besoin de personne pour jauger la question de la division dont souffrent les Français – ou un bon nombre d’entre eux – et l’auraient-ils, ce souhait, qu’ils se passeraient bien de faire appel à ce genre de spécialistes, à toute cette frange de la population (les exclus) qui leur est plus ou moins inconnue (j’exagère peut-être un peu…). Il y a et il demeure bel et bien un fossé, pour ne pas dire un mur, entre les « actifs » et les « chômeurs » – les « exclus ». – Viendrait-il à l’idée chez les actifs de prendre en compte quelques mises en garde adressées par les chômeurs sur les conditions de travail qu’ils sont prêts à accepter parfois les yeux fermés ?... – et nous viendrait-il, à nous les exclus, l’idée d’accepter parfois les regards d’accusation ou de reproches qui peuvent être portés par les actifs à notre encontre ?... Rien n’est moins sûr… Pas évident, ce n’est pas évident… Car si souvent, nous envoyons paître l’autre, l’autre « camp »… Il y a non plus un fossé, mais un mur entre-nous… Nous ne sommes plus en présence d’un fossé vaguement creusé en amateurs avec des pelles et des pioches, mais en présence d’un mur, parfois haut – bien haut, oui, et maçonné.                          

 – Mais j’y reviens encore, à cette question, à ces questions croisées : leur arrive-t-il, aux actifs, de nous sermonner sur le fait que nous ne cherchons pas assez de travail, et que nous n’adhérons tout compte fait pas assez à leurs valeurs ; et nous, faisons-nous de même en les accusant de laisser se dégrader gravement les (leur, peut-être nos futures ?) conditions de travail, et cela pouvant se répercuter négativement sur la vie privée de tout un chacun et sur la société toute entière ?… paître, envoyer l’autre paître, ou planter des navets, comme on voudra… Le dialogue nous semble si difficile… Difficile d’aller plus loin dans ce cas de figure, oui, dans cette disposition fermée, cloisonnée. Le mur est devenu bien haut. Infranchissable, ou presque. Un farfelu, de plus, y a peut-être déroulé en son sommet un nid de barbelés… Nous nous trouvons dans la logique de l’opposition et parfois du conflit – de l’opposition stérile, destructrice, qui durcit les cœurs, chacun campant sur ses propres positions.

Et les « transferts », ou mieux : les « voyageurs », les «voyageuses » (actifs se penchant sincèrement sur le problème du chômage, ou chômeurs se penchant tout aussi sincèrement sur le travail et ses conditions d’exercice) ne semblent, aujourd’hui, pas encore bien faire changer les choses et ouvrir le débat. Une situation arrêtée, donc. Coulée dans le béton. Encore et toujours. Pour un temps. Mais des âmes se battent. De petites âmes. Parfois discrètes. Dans les deux « camps », savez-vous : chez les actifs et les passifs ; elles sont déjà un peu là, ces âmes, pour décloisonner les choses, ouvrir des brèches, en arrêtant de réduire la personne humaine à son travail et rien qu’à son travail, à sa fonction officielle et rien qu’à sa fonction officielle… – cette fonction officielle ne serait-elle que la seule entité qui la relierait, cette personne humaine, au monde et à la société ? pour ne pas dire au monde des vivants ?

L’homme est emminement vaste – là-dessus on ne revient pas ; il déborde des cadres qu’on veut bien lui coller, il dépasse les plans (bons ou mauvais) qu’on avait imaginé pour lui… Une Transcendance pointe le nez – et le mot nous fait peur ?... (à qui ?)… Je pense maintenant à un petit animal fouisseur, lumineux et fouisseur, qui passe sous les murs… Une fois le tunnel creusé, d’autres pourront l’emprunter, le boyau s’élargira, encore et encore un peu plus au fil des passages et des échanges entre les « camps »… jusqu’à menacer les fondations mêmes du mur qui depuis longtemps nous séparait – et le mur de s’écrouler en une large brèche !...

 

 

Jean-Marie Delthil. 17 juin 2009

Publié dans J. M. Delthil

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