Théologie ascendante et théologie descendante - Théologie à partir de la pratique et théologie dogmatique.

Publié le par Michel Durand

Christoph-Theobald.jpgDevant la multiplicité de mes références à Christoph Theobald, un jour, un éminent religieux m'a fait remarquer que j'absolutisais trop la parole de celui qui n'est que simple théologien. Je lui ai alors répondu alors que j'avais effectivement tendance -trait de ma paresse- à prendre ses écrits comme Parole biblique, révélée, à défaut de travailler moi-même (si j'en étais capable) la question.

Mais, à quel Saint se vouer, me demandai-je ? Se protéger derrière la pensée d'un professionnel en la matière n'est-ce pas le signe visible de sa propre incompétence reconnue ?

Je ressens aujourd'hui la nécessité d'en dire une peu plus.

Il y a, je suppose cinq ans, j'ai fortement ressenti le besoin de reprendre théologiquement les grandes phases de la révélation chrétienne. J'ai d'abord ouvert la "somme" de Joseph Moingt, Dieu qui vient à l’homme, sans prendre le temps ou avoir le courage de tout lire. Puis, désir de changement, j'ai testé du Christoph Theoblad avec sa relecture de Vatican II, La réception du concile Vatican II.


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Si le premier jésuite me nourrissait dans les fondamentaux christologiques et ecclésiaux, le second répondait davantage à mes attentes de compréhension dans l'engagement actuel de tout baptisé conscient de son baptême, et plus particulièrement du prêtre, en faveur de l'annonce du Royaume à tous. En un mot : l'évangélisation.


Je m'y suis retrouvé avec ce dont j'avais besoin : une meilleure connaissance, une nouvelle connaissance des grandes déclarations de Vatican II : Gaudium et spes et Ecclesiam suam principalement.

Comme je le dis souvent selon les paroles d'un cantique (j'imagine), l'Esprit nous devance, à nous, disciples du Christ et apôtres d'en déceler les traces au sein de chaque quotidien, individuel et collectif. Attentifs aux "signes des temps" ! Cela rejoint la ligne directrice du colloque que le service d'Église  arts, cultures et foi, tente d'organiser : "Ecout & voir". Il me semble aussi que cette orientation théologique rejoint les modes de pensées d'Henri Bourgeois avec qui, au sein de Confluences, j'ai plusieurs fois travaillé. Voir notre livre sur le tourisme : "Invitation au voyage", 1996 ; une méditation en théologie pastorale ou théologie pratique.

 

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À cause de la réflexion avec Chrétien et pic de pétrole.

Dire que les "décroissants", les objecteurs de croissance apportent au message évangélique des arguments essentiels pour inviter toute la société à se convertir vers des modes de vie plus sobre, plus simples, nécessitait, me semble-t-il depuis l'origine du groupe, d'appuis théologiques assurés. Appel pour tous à la pauvreté, au partage, à la sainteté !

Il ne suffit pas de le proclamer. Encore faut-il prouver que cela se situe dans la ligne de la Révélation*.

Christoph Theobald n'a pas explicitement abordé ce thème. Pourtant, vu son regard sur les signes des temps, il m'a semblé, à le lire, que son regard se situait dans cette direction. Autrement dit, parmi les théologiens de ma connaissance, à partir de 2009, date du premier colloque de CPP, c'est le seul que je sentais apte à s'intéresser à ce sujet. J'avais en effet constaté que ce chapitre, qualifions-le de théologie politique, était désormais peu honoré dans les actuelles universités théologiques françaises.

J'ai donc pris contact avec Christoph Theobald et je me suis réjoui d'apprendre qu'il acceptait d'ouvrir avec nous et pour nous, membres de "chrétiens et pic de pétrole", cet axe de réflexion. Voir le texte de son intervention au colloque (ou l’entendre) : objection de croissance et christianisme, sur le site de CPP. Nous nous sommes donc rencontrés grâce à un rendez-vous pris par Henri Aubert, membres de CPP, jésuite, responsable de l'Espace Saint-Ignace à Lyon.

Rencontres

 Sensibilisé par sa relecture de Vatican II, je fus alors très attentif à chaque fois que son travail était cité. Et on peut dire d'une certaine façon que nos pas se sont croisés. Plus exactement, les chemins pastoraux se situant sous le même regard, il s'avérait logique que la rencontre s'opère. Quelle que soit la distance. Par exemple, à Timimoun (Algérie, Sahara) avec les Sœurs Blanches que j'ai visitées plusieurs fois pendant mes vacances. Elles m'ont parlé d'une session qu'elles avaient eu à Alger avec Christoph Theobald. J'espère que ma mémoire ne me trahit pas. Elles m'ont exprimé le bonheur qu'elles eurent de confronter leur pratique pastorale –une présence au milieu de l'Islam pour que la vie quotidienne soit la plus humaine possible. J'en ai parlé sur ce blog.

 

Au Prado, Richard Holterbach m'a plusieurs fois parlé des interventions de Christoph Theobald pour une Assemblée Générale des Prêtres du Prado. La revue pradosienne en a rendu compte. Des pradosiens vivant dans la Creuse m'en ont également parlé**

A Saint-Polycarpe, présentant aux paroissiens l'engagement apostolique du baptisé, j'ai largement exposé le point de vue de ce théologien. Et j'ai constaté que cela leur parlait, que ce regard correspondait à leur façon de comprendre l'Évangile.

Enfin, pendant ce mois de février 2012, mes vacances annuelles, rituel du désert au propre et au figuré, j'avais dans mes bagages deux ouvrages qui m'ont donné l'occasion d'aller plus loin encore dans le sens de cette rencontre. Ces deux livres approfondissent, Évangile en main, les rencontres précédentes. Quelle belle cohérence. Voir ci-dessous *, **.

 

Face à ceux qui me reprochent de trop souvent citer le même théologien, d'en faire un "dieu" à la parole irréprochable, absolument véridique, j'espère avoir suffisamment justifié mon choix. Il n'est en effet que le résultat de rencontres. Des personnes pour qui l'approche de Dieu ne peut pas être dogmatique (voir à ce propos la pensée de Maurice Bellet). J'en ai du reste, dans un autre domaine, récemment parlé en citant l'étude de Jean-Claude Jossua.

Disons encore que le recours à autrui, théologien reconnu dans sa science, n'est rien d'autre que la reconnaissance de ses limites. Ce que je ne peux prouver, démontrer par mes propres connaissances, je le prends chez d'autres qui, d'une certaine façon, m'assurent et me servent de couverture.

 

 

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* Alors que je rédige cette page, je suis en train de lire de Christoph Theobal, Présence d'Église I, lire les Évangiles et l'Apocalypse  en Algérie et ailleurs, éditions de l'Atelier, octobre 2011, où il aborde cette façon de voir, cf p. 109 ss).


** Christoph Theobal, Présence d'Église II, lire L'Évangile de Luc et les Actes des Apôtres en Creuse et ailleurs, éditions de l'Atelier, octobre 2011.


Publié dans Anthropologie

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