Traitement

Publié le par Michel Durand

Au cours de la semaine passée (début mars 2010), les Médias nous ont assez souvent parlé du grand nombre de chômeurs qui, en France, allaient sous peu de temps se retrouver en fin de droit, et parfois même sans aucun revenu de remplacements (pas de RSA aux – de 25 ans). Des réunions ont eu lieu entre l’UNEDIC, Pole Emploi, le patronat, les syndicats, le Gouvernement, ainsi qu’avec les banques, pour tenter de trouver TRAITEMENT.jpgune solution à ce problème grave s’il en est. Voilà ; mais il arrive que j’ai (bien malgré-moi) l’oreille un peu chatouilleuse ou tout du moins attentive, sensible, et quelle n’a pas été alors ma surprise lorsqu’à plusieurs reprises et concernant ce problème, j’ai entendu parler à la radio du « traitement des chômeurs prochainement en fin de droits […] » (je ne dis pas : traitement de la situation des chômeurs […]). Les Médias font en France leur travail comme ils peuvent, assez bien généralement, mais pas toujours… rien n’est aisé il est vrai, alors… « traitement ?! », au sujet de chômeurs, de demandeurs d’emploi… à n’en pas douter, il s’agit de parler ici de la rémunération de ces fameux chômeurs…, « rémunération », ré-mu-né-ra-tion : cinq syllabes ; « traitement », trai-te-ment : trois syllabes ; c’est donc plus court : « traitement », et peut-être plus facile aussi à prononcer pour un journaliste ; quand on a à répéter dix ou vingt fois le même mot au cours de la journée, on opte parfois pour le mot plus simple et le plus court… mais pas toujours le plus précis, le plus exact et adapté… Voici ce que nous dit le Larousse édition 1993 (extraits) : TRAITEMENT – 1. Manière d’agir envers quelqu’un […] – 2. Rémunération d’un fonctionnaire – 3. Action et manière de soigner une maladie […] – 4. Action d’examiner et de régler une question, un problème […] – 5. Ensemble des opérations que l’on fait subir à des substances […] – 6. Développent d’un synopsis (cinéma). « Le traitement des chômeurs prochainement en fin de droits […] »… Reprenons à présent le 1 : de quelle manière va-t-on agir envers eux, ces chômeurs ?... ; le 2 : la rémunération de ces chômeurs prochainement en fin de droits – mais les chômeurs sont-ils donc fonctionnaires, assimilés fonctionnaires ? avec la dite sécurité de l’emploi ?... c’est un peu facile, j’en conviens… ; le 3 : traiter ces chômeurs, les soigner ?! de quelle maladie souffrent-ils, et s’ils sont atteint, comment l’ont-ils attrapé cette maladie, à cause de qui, de quoi ? 4. On examine et on tente de régler la situation des chômeurs (la situation…) prochainement en fin de droit, là, ça devient plus normal…, 5. Faire subir un ensemble d’opérations à des substance… je n’insiste pas ; 6. Cette proposition n’est pas à retenir, elle concerne le cinéma. Bon. Moi, maintenant, je vais vous dire une chose, lorsque j’ai entendu à la radio pour la toute première fois parler de « traitement » au sujet de chômeurs qui allaient se trouver en fin de droits, j’ai bien sûr pensé à la rémunération, à l’aide financière, etc. , c’est tout à fait normal de penser cela pour un esprit pas trop perturbé, mais j’ai eu aussi (bien malgré moi) cette idée de grands champs (cultures extensives) de céréales ou de plantes potagères, qu’il faut traiter assurément, pour leur bien, pour ne pas voir les parasites ainsi que la maladie ronger la future récolte ; oh, ce que je vous dis là est un peu facile, j’en conviens tout à fait, mais je persiste à vouloir – et à désirer ardemment– que les Médias et donc les journalistes soient plus précis dans l’utilisation d’un terme plutôt que d’un autre (la langue française, langue riche et subtile, nous en laisse largement la possibilité) ; s’il y a risque de confusion, d’amalgame, d’induction plus ou moins vague d’idées qui n’ont rien à faire ensemble : chômeurs, avec plantes à traiter (… plantes, ou même petites bêtes, insectes, et autres nuisibles !...), alors attention dans ce cas !... Il faut faire preuve d’intelligence et de discernement dans l’utilisation des mots. Ce glissement sémantique apparemment innocent, anodin, pour le cas qui nous intéresse, pourrait bien faire naître, à force d’être répété, un peu comme un brouillard dans la tête des gens – je ne dis pas de tout le monde –, faire naître en tous cas un genre de confusion qu’on aurait pourtant bien la conscience de maîtriser… Il faut être précis : « La ‘rémunération’ des chômeurs prochainement en fin de droits », ou « le ‘traitement’ de la situation des chômeurs prochainement en fin de droit » (c’est la situation qui est traitée, pas la personne en tant que telle : le chômeur). C’est simple comme bonjour. Maintenant, il me vient une autre idée, liée à la première, la voici : nous parlons ici de chômeurs – qui plus est, en fin de droits, ok. C’est le problème qui était à juste titre évoqué par les Médias. Ils ont eu raison d’en parler, entièrement raison. Mais je me dis, maintenant, que notre société, elle est composée de nombreuses catégories dites plus ou moins minoritaires, de nombreux groupes pas toujours communicants entre eux ; voici quelques exemple (il est possible de cumuler) : les chômeurs donc, en fin de droit ou pas ; les personnes divorcées, vivant seules ; les personnes malades ou bien handicapées, atteintes de troubles physique ou psychiques ; les personnes pauvres, vivant en dessous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté ; les étrangers sans papiers, ou qui en ont mais qu’ils doivent renouveler régulièrement, au risque d’être expulsés ; les personnes âgées plus ou moins dépendantes ; les prisonniers et les sortants de prison ; les personnes battues ou harcelées, dans le cadre du travail, de la vie familiale, de l’école, etc. ; les personnes vivant dans les ZUP, dans les Cités où règne parfois la violence et l’état de non droit ; … j’arrête là, c’est juste pour vous donner quelques exemple, j’ai pris là volontairement des catégories de personnes qui souffrent, des personnes pour lesquelles la vie n’est pas facile, voir difficilement supportable dans certains cas… et je me dis que toutes ces personnes mises « bout à bout » doivent bien former une cohorte : une véritable foule pour ne parler que de la France ! et pourtant ce sont bien des personnes, (des personnes dont je fais partie) dont on ne souhaiterait pas forcément faire partie… être en bonne santé, avec un bon travail, marié, avec une famille, posséder un agréable logement, dans un quartier huppé ou tout du moins sans problème, etc. est assurément plus enviable ; alors, finalement, si on fait les comptes, là, de ces personnes dites sans problèmes, pour lesquelles la vie se montre douce et assez conciliante, eh bien il se peut que cela constitue dans notre société un assez faible pourcentage : peut-être dix, vingt, trente pourcents tout au plus… et ce serait la norme, ce vers quoi il faudrait tendre… l’exemple à imiter… la réalité grosso modo de notre société, la « réalité » de notre société ?... une réalité matérialisée par une si petite proportion des habitants de ce pays… alors on se doit naturellement de « traiter », de traiter le chômage, la solitude, les violences dans les quartier, etc… pour tendre vers cet idéal loin d’être réaliste, et peut-être même assez lointain et illusoire. Je voudrais finir par ce point, et non des moindres. Nous ressentons ici, aujourd’hui, en France, de plus en plus de difficultés à nous parler les uns les autres, à nous comprendre réellement, justement, entre catégories, entre groupes d’appartenances divers et variés, et nous pouvons faire mieux, beaucoup mieux… mais est-ce le souhait de nos dirigeants, de tous nos dirigeants (et de nous-mêmes également) : oui, à n’en pas douter, jusqu’à un certain point, toutefois, il peut y avoir aussi du « diviser pour mieux régner », c’est un fait ; nous vivons dans un pays somme toute assez divisé, où les oppositions et les clivages sont parfois entretenus, où le dialogue vrai et fécond peut-être dans certains cas tout bonnement illusoire (entre le directeur d’une grande multinationale et ses salariés ou encore avec un homme ou une femme de la rue, par exemple), tout cela, c’est humain, mais là où le bas blesse, c’est quand on attise ce genre d’opposition ou quand on l’entretient… et quand on fait naître des idées qui ne sont pas en lien avec la réalité, avec la réalité des faits… Par exemple, pour rester dans le chômage : quand on parle de « demandeurs d’emploi » – on entend l’expression à longueur de journée dans les Médias –, imaginez-vous réellement, avec les conditions de travail que l’on connaît parfois au jour d’aujourd’hui, que tous les chômeurs (ou la presque totalité) puissent raisonnablement être des ‘demandeurs’ d’emploi ? Peut-être avez-vous la réponse. Il faut changer, il nous faut changer, profondément, mais ensemble, toutes et tous unis dans un projet commun, réellement commun, porteur de partage et de vie, un projet qui puisse dépasser les particularismes et les esprits de groupes ou de chapelle – moi, je pense que ça vient, que cette volonté est en train de se mettre en place, par morceaux, tout doucement parfois, plus rapidement à d’autres moments, oui, et cet avenir – un avenir non seulement vivable mais également heureux – ne sera possible qu’à cette condition, je pense, du :  tous les uns vraiment avec les autres.

 

Jean-Marie Delthil. (Toujours) chômeur de (très) longue durée.


Publié dans J. M. Delthil

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