Un christianisme musclé qui ne se contente pas du religieusement correcte

Publié le par Michel Durand

Vue de la banlieue :

Ne vaudrait-il pas mieux, sans s’appesantir sur le passé,

mettre en avant le message fondamental de l’Évangile

qui est l’amour de toutes et de tous ?


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Je me trouvais avant hier avec Mathieu Lours qui m’a demandé de l’accompagner comme coauteur pour la rédaction d’un livre « Lyon sacré ». Cet ouvrage sera (presque) totalement exhaustif. À paraître en octobre. Les bâtiments religieux y sont décrits et photographiés.

La grande nouveauté de ce « guide » réside dans la présence des lieux de culte des banlieues du Grand Lyon. Généralement, les éditeurs publient sur les églises historiques afin de répondre à une attente des visiteurs. Mais là, Mathieu Lours, peut-être parce qu’ayant vécu et vivant en banlieue, a voulu parler des périphéries. Alors, même les églises, synagogues et mosquées du XXe siècle (et du XXIe) sont présentes. C’est la partie qu’il m’a confiée.

Mathieu Lours a récemment publié sa thèse : « L'autre temps des cathédrales - Du concile de Trente à la Révolution française », juin 2010. Également « Dictionnaire des cathédrales », photographies de Patrice Yakan, janvier 2009, dont j’ai déjà parlé dans ce blogue .

Mathieu Lours habite vers Sarcelles (Val-d’Oise). Il y a passé son enfance, semble-t-il. Et, si je ne me trompe pas de personne il fut reçu à France Inter, un vendredi 1er janvier 2010, par Florent Chatain pour évoquer quelques drôleries de son ouvrage "Les Perles de l'Education Nationale" : «“Je souhaite vivement vous rencontrer pour savoir pourquoi mon fils vous déteste autant". Les parents sont incorrigibles... mais tellement touchants lorsqu'ils s'échinent à défendre leurs rejetons, surtout quand " le RER s'est trompé de direction". Des boulettes, des bourdes et des lapsus, c'est tout un inventaire " Allah-Prévert " que nous distille cette année encore Mathieu Lours, prof-de-banlieue-et-qui-entend-bien-le-rester. Il a choisi de récolter et de réunir avec humour ces perles, anachronismes et réparties cinglantes, que ses collègues, ses élèves et leurs parents lui ont transmises au cours de l'année. Il nous donne à revisiter une loufoque histoire du monde et à rire des petits tracas du quotidien. Une chose est sûre : rien ne tourne plus rond sur la planète du système scolaire. »

L’échange que nous avons eu me montre qu’il a une vision de l’Église bien différente de ce que nous vivons en centre-ville. Un christianisme musclé qui ne se contente pas du religieusement correcte veut affirmer sa foi en Christ et n’accepte pas un repentir culpabilisant qui fait courber le chrétien sous tous les péchés d’injustice du monde entier. Enfin, il serait préférable qu’il s’exprime lui-même sur ce sujet. Ai-je raison de lui attribuer ce propos ? -  : « Pour se faire accepter de tous, certains catholiques abandonnent les exigences de l'annonce de l'Évangile »

Je l’ai écouté en pensant à l’accueil des étrangers que nous essayons, notamment avec les cercles de silence, de promouvoir. Souvent, nous nous autoaccusons de péchés colonialistes. Les lois injustes d’exclusions dépendent de notre volonté européenne de puissance. Ne vaudrait-il pas mieux, sans s’appesantir sur le passé, mettre en avant le message fondamental de l’Évangile qui est l’amour de toutes et de tous ? Alors, dans ce cas, luttons contre toutes les formes de discrimination. Le Français qui, parce que marié avec une Marocaine, est obligé de devenir musulman pour être reçu dans la famille, n’est-ce pas une atteinte à la liberté religieuse ? Il dira que cela ne le touche pas profondément puisqu’il croit à peine en Dieu. N’empêche qu’il fera circoncire ses fils dans la loi islamique. Subira-t-il lui-même la circoncision ?

Vu d’un centre-ville ou d’une banlieue, concrètement, l’esprit de tolérance semble ne pas résonner de la même façon.

« Après avoir fini notre travail, qui, vous en doutez, n’avait rien à voir avec cet échange, j’ai lu les nouvelles du jour dans « La Croix », lundi 19/07/2010 : MAROC. « Huit chrétiens étrangers expulsés début juillet. Huit chrétiens étrangers (deux Français, deux Suisses, une Espagnole et une Libanaise - toutes deux mariées à des Marocains -, un Égyptien et un Nigérian) ont été expulsés du Maroc début juillet. L'association Portes ouvertes, qui défend les chrétiens dans le monde, dénonce une « épuration religieuse », et accuse la police marocaine de « séparer les couples binationaux en chassant des épouses étrangères de Marocains, en dépit de leur situation régulière ». Depuis le début de l'année, 130 chrétiens étrangers, en majorité protestants, ont été déclarés reconduits aux frontières ».

 

Tolérance ?

Nous sommes bien loin de pouvoir vivre ensemble comme les frères et sœurs que nous sommes fondamentalement. Et, c’est l’appartenance religieuse qui divise !

Quand je regarde les problèmes des « sans-papiers», je me dis que nous devrions pouvoir passer librement les frontières. Un Algérien par désir de liberté intellectuelle, personnelle et spirituelle devrait pouvoir vivre en France, en Europe sans problème. Mais, dans ce cas, je devrais aussi pouvoir vivre en Algérie. Or, l’on voit toutes les difficultés  que des religieux, hommes ou femmes, rencontrent pour obtenir un visa afin d’y vivre durablement. Quand je dis que j’aimerais bien acheté, une maison d’oasis dans la palmerai de Béni Isguen (M’Zab) tous les Algériens me disent que cela ne sera pas permis.

Et au Maroc, les couples mixtes sont séparés par des reconduites à la frontière. On ne peut interroger le droit français ou européen parce qu’il s’oppose aux droits universels de l’homme, sans questionner efficacement, les manquements aux droits de tous les pays.

Je pense, comme je le disais dans une homélie récente, que les baptisés conscients de leur baptême au nom du Christ, devraient porter sur leur peau, dans leur peau la tolérance et l’accueil de tout étranger, de toute personne différente (il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme… mais des frères) au point d’y laisser leur peau. C’est beaucoup demandé ! Mais, quel moyen avons-nous d’interroger les lois discriminatoires de tous les gouvernements ?

Publié dans Anthropologie

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