Un enregistrement où l’on rencontre la simplicité de François. Il y a les bruits de la rue où il envoie les religieux qui s’adressent à lui

Publié le par Michel Durand

 

 

Source : du groupe "Bayard': Le Pélerin, Génération(s) François

A mettre en lien avec les postes de ces jours sur ce blog.


Voici le texte de son intervention (traduction : Christine – Merci à elle)

Cet enregistrement est simplement dû au fait que je ne peux me déplacer pour répondre à l’invitation de votre Provincial. La proposition d’enregistrer mon message m’a plu, elle me permet de vous être proche pendant votre Chapitre. J’aime beaucoup votre Congrégation, qui fait et a fait beaucoup de bien en Argentine. Je souhaite pour vous que ce Chapitre vous donne une impulsion vers une vie pastorale au service de la vie en plénitude. Je m’inspire pour cela du document d’Aparecida.

Le modèle pastoral de tout disciple de Jésus, et par conséquent de tous ceux qui annoncent Jésus, est celui du Bon Pasteur. Pour le disciple missionnaire le Bon Pasteur est l’unique référence et modèle. Jésus, le Bon Pasteur veut nous communiquer sa vie et se mettre au service de la vie, et de la vie en plénitude. Il en résulte que pour être disciple missionnaire, en référence au Bon Pasteur, nous devons tous –consacrés ou laïcs, prêtres ou évêques- devenir pasteurs, des pasteurs qui se laissent prendre en charge. Il ne s’agit pas de pasteurs autonomes ou qui soient comme des responsables d’ONG, non, des pasteurs qui se laissent prendre en charge, avec la double expérience de conduire et de se laisser conduire.

Voilà ce que je vous souhaite en premier lieu : que l’image de Jésus, Bon Pasteur vous ouvre à cette tonalité d’une vie spirituelle qui consiste à être des meneurs eux-mêmes menés, à laquelle, en dernière instance, c’est le Bon Pasteur lui-même qui appose son empreinte. Le Bon Pasteur est celui qui d’une certaine manière détermine le chemin que nous allons suivre. Il nous guide vers la vie en plénitude. (…)

Tout d’abord j’aimerais vous donner trois éléments-clef au sujet de la charité. Premièrement, il vous faut sortir, avec votre charisme fondateur, vers les périphéries de l’existence, là où l’existence des personnes est mise au rebut. Vous savez bien que vous êtes dans un système mondain et paganisé: il y a ceux qui ont leur place et ceux qui sont de trop ; ceux qui ne conviennent pas au système sont de trop, et ceux qui sont de trop sont mis au rebut. Voilà où se trouvent les frontières existentielles et voilà où il vous faut aller.  Non pas vers ceux qui vont bien, qui ont tout ce qu’il faut, ceux auxquels il ne manque rien, mais vers les limites de l’existence. Je me réjouis beaucoup d’entendre qu’une sœur de votre congrégation insistait beaucoup pour que les postulantes, avant leur entrée au noviciat passent un long temps dans les Cottolengos. Voilà où se trouve la limite existentielle la plus concrète de votre charisme. Il s’agit d’y perdre du temps, parce qu’il n’y a pas rétribution de la part de la personne handicapée mentale, malade ou en fin de vie ; passer et perdre du temps avec eux, parce qu’ils constituent la chair de Jésus. La limite existentielle de Dieu est le Verbe fait chair, la chair du Verbe. C’est là ce qui nous sauve de toute forme d’hérésie, de gnose ou d’idéologies… C’est là qu’il faut chercher la chair du Christ. Allez aux limites de l’existence avec courage et perdez-vous y. Soyez sûrs que les journaux ne parleront pas de vous. Ce que vous faites, par exemple dans les Cottolengos n’est pas une nouvelle ; votre travail avec les enfants des rues n’est pas une nouvelle, cela n’intéresse pas le monde, parce qu’ils sont au rebut. Là se trouvent les limites existentielles. Laissez-vous conduire par le Bon Pasteur jusqu’à cette limite existentielle pour y exprimer l’amour et la charité.

Deuxièmement : l’environnement dans lequel votre travail doit se réaliser c’est la rue. Dieu veut que vous soyez des routards, dans la rue. (…). Que Dieu vous délivre d’un Chapitre centré sur soi, dans lequel vous vous contenteriez de regarder votre nombril. Non, à la rue ! Une Congrégation qui se regarde dans une glace devient narcissique et finit par ne plus être appelante, et par ne plus avoir d’espoir. Une Congrégation qui s’enferme dans ses petites affaires finit comme tout ce qui est fermé, elle devient bonne à jeter, elle sent le renfermé, devient inutile et malade. Le moyen le plus sûr d’aller vers la maladie spirituelle c’est de vivre enfermés dans les petites affaires. Une Congrégation qui sort dans la rue s’expose au risque, le risque que court toute personne qui va dans la rue, d’être accidentée. Demandez sans cesse à Dieu la grâce d’être une Congrégation accidentée plutôt qu’un Congrégation malade. Le lieu, l’environnement est la rue au sens le plus symbolique du mot, c’est-à-dire le lieu où sont en jeu les limites de la vie.

Pour finir, que votre charité soit marquée, car elle doit l’être, par la pauvreté. Je vous en prie, n’accumulez pas les richesses. Recevez ce que la Providence vous donne, prenez-en bien soin, certes, il vous faut être de bons gérants, mais remettez tout à ceux qui en ont besoin. Vivez jour après jour de ce que vous donne la Providence, dans une pauvreté active, prudente parce que bonne gestionnaire mais sans gonfler les coffres parce qu’au fond, lorsque nous remplissons les coffres c’est là que nous mettons notre espérance. Et si c’est là que vous placez votre espérance, vous perdez l’essentiel qui est d’espérer en la Providence divine à venir. (…)

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