Une démarche personnelle s'attaque à l'organisation de la société en la minant de l'intérieur en se retirant des principaux flux marchands

Publié le par Michel Durand

Penser l’écologie profonde et radicale

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La réflexion que nous proposons samedi prochain à l’Espace St-Ignace avec Chrétiens et pic de pétrole (CPP) souhaite s’enraciner dans une réflexion fondamentale sur le sens de l’existence humaine. Sans négliger l’importance des engagements concrets et immédiats, individuels et collectifs, je pense qu’il est urgent d’enraciner profondément nos convictions. Et pour cela, il est fructueux de s’ouvrir à divers courants de pensée. L’opuscule du service diocésain de formation de l’Église de Nantes, que j’ai déjà présenté, à propos de l’écologie donne l’éventail complet de ces orientations écologiques diverses. Parmi celles-ci je me retrouve très précisément au milieu des militants de la simplicité volontaire.

Voilà ce qui en est dit à la page 26 :

« Le mouvement pour une vie simple a pris son essor il y a un peu plus d'une dizaine d'années, et prend actuellement différentes formes sur tous les continents, à partir d'un rejet du mode de vie dominant. Partisans de la simplicité volontaire, d'une vie plus lente (slow life et slow food), décroissants, objecteurs de croissance ...

Il ne s'agit ni d'un mouvement philosophique ni d'un mouvement religieux, mais d'une prise de conscience concrète que notre mode de vie nous empêche d'être heureux. Les inspirateurs sont les penseurs de l'écologie et les critiques de la société productiviste. Les partisans de la simplicité volontaire ne choisissent pas d'être pauvre, ne décident pas de partager la condition de vie des plus exclus, contrairement à François d'Assise ou aux militants du Quart-Monde, ils veulent juste... être heureux, et vivre en harmonie avec la Terre.

C'est donc (…) une démarche personnelle, qui ne s'attaque pas à l'organisation de la société, mais qui de fait la mine de l'intérieur en se retirant des principaux flux marchands sur lesquels elle repose ».

Pour autant, me semble-t-il, il est évident qu’une telle démarche personnelle ne peut que se doubler d’une action collective, même si celle-ci s’avère difficile à trouver. Nous en parlons souvent à CPP. Comment prolonger notre engagement individuel ? Quel moyen politique assumer ? Quel collectif rejoindre ou former pour poser les bases efficaces d’un changement de société ? Comment révolutionner les engrenages économistes ?... Bref, quelle politique ?

Je pense qu’à la source de ce questionnement opérationnel demeure une forte et convaincante méditation anthropologique et spirituelle apte à donner l’énergie et la force du changement dans la durée.

C’est pour cela que nous n’avons pas peur à CPP de nous engager, par exemple avec Olivier Rey dans une pensée philosophique : « Comment “la science moderne a peu à peu capté l’essentiel des forces spirituelles de la culture occidentale” amenant à une société de l‘insignifiance ? Pourquoi “nous errons, environnés d’objets qui se laissent manier, mais qui n’ont rien à nous dire“ ? (Olivier Rey) Comment faire un pas de côté pour nous redonner du sens ?

Mais restons quand même le plus concrets possible. Le livre, Simplicité et justice donne en page 157 une grille de questions qui peuvent servir pour analyser une situation productiviste. Je vous invite à la lecture de cette page :

 

Communiqué – De Bure à Notre-Dame des Landes, un même regard éthique ?

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Il y a quelques jours, à l’occasion de l’Assemblée annuelle des évêques de France, à Lourdes, a été présenté un document intéressant, qui n’a guère retenu l’attention des médias. Il s’agit d’un texte de réflexion éthique concernant le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, petit village du département de la Meuse, aux confins de la Haute-Marne et des Vosges.

Bure, Notre Dame des Landes, la situation n’est certes pas identique… mais pourquoi ne pas utiliser la même grille pour analyser les enjeux éthiques du projet de nouvel aéroport de Nantes ?

 

Reprenons donc les critères de discernement utilisés par le groupe lorrain :

 

L’impératif de responsabilité : quels enjeux économiques bien sûr, et notamment quelle stratégie pour l’emploi à court et à moyen terme ? Quels enjeux concernant la santé et la sécurité des populations concernées (dans l’agglomération nantaise en raison de la présence de l’aéroport actuel et à Notre Dame des Landes), mais aussi les intérêts des générations futures et de la création toute entière ?  Quid de la préservation des ressources en eau, en terres arables en Loire-Atlantique, en France, et dans le monde… quand on connaît l’accélération de l’artificialisation des terres ? Comment prendre en compte  dans la réflexion les principes de précaution et de durabilité ?

 

L’impératif de justice et de solidarité : qui seront les principaux bénéficiaires de la nouvelle installation aéroportuaire, et qui en subira les conséquences (expulsions des terrains agricoles, engagements de financement …) ? Comment prendre en compte sur ce projet une « option préférentielle pour les pauvres », intégrant les intérêts de tous les pauvres d’aujourd’hui, bien sûr, mais aussi des générations futures, et de la création ?

 

L’impératif de service du bien commun : quels sont les intérêts favorisés par ce projet ? Quels sont ceux qui s’en trouvent victimes ? Quels sont les impacts non seulement sur l’économie locale et régionale, mais sur les grands équilibres au niveau national et européen, alors que la priorité est d’assurer la transition vers une économie plus sobre ? Quel est aussi son poids prévisible à moyen et long terme sur les finances publiques, et par conséquent sur la possibilité d’autres choix politiques, économiques et sociaux dans un contexte de restrictions budgétaires, dès aujourd’hui, et pour les générations à venir ?

 

L’impératif de vérité : la  communication auprès des populations est-elle aujourd’hui claire et contradictoire sur tous les aspects du projet ? Un exemple : la distinction subtile du remplacement des zones humides par une équivalence des fonctions écologiques. Le débat public a-t-il suffisamment pris en compte les évolutions les plus récentes du dossier, dans un contexte économique et écologique qui a beaucoup évolué depuis les premières études sur le projet, dans les années 60, il y a plus de 45 ans ? Même si la décision émane de collectivités locales démocratiquement responsables, les procédures démocratiques et juridiques sont-elles respectées dans les conditions actuelles du débat ? Intègrent-elles les impératifs du long terme ?

 

L’impératif de défense de la dignité de l’homme : quelle conception de la croissance économique derrière ce projet ? Plus, ou mieux ? Quelle conception du rapport entre les espaces urbains, ruraux et intermédiaires ? Quels choix dans le domaine de l’urbanisme, concentration ou renforcement de la maille des centres urbains ? Quelle place pour l’homme et pour le vivre en commun ? Quelle conception aussi d’un dialogue digne et respectueux entre élus, responsables, experts et citoyens, autour d’un projet qui divise ? C’est aussi ce critère de dignité de l’Homme qui pourrait aider à sortir de logiques de  raisonnement juxtaposées, et opposées, pour les articuler en ne considérant qu’un seul intérêt, celui de l’humanité.

 

Ce sont également des questions de nature spirituelle que pose le projet, celles de notre rapport à la terre, aux autres, et à nos limites. Notre refus de considérer qu’il peut y avoir une limite à la croissance et à la concentration urbaine n’est-il pas une conséquence de la tentation de toute puissance de l’homme moderne ? « Notre humanité a besoin de gens responsables et solidaires […] réconciliés avec leur condition d’enfants de la terre. Elle a besoin de vrais jardiniers ».

 

À l’examen de ces quelques critères, la conclusion du groupe lorrain invitait à approfondir le débat public sur le projet de Bure.

Même si le projet n’est pas de même nature à Notre Dame des Landes, et si les conditions et enjeux locaux sont bien sûr différents, le dossier du nouvel aéroport nantais mérite davantage de discernement éthique.

Une telle démarche devrait s’inscrire dans la poursuite du débat démocratique, dans des conditions de dialogue un peu plus apaisé…

 

Nantes, Le groupe de travail « Écologie, paroles de chrétiens »

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