Vers un refus institutionnel de l'emprise économique libérale.

Publié le par Michel Durand

Jacques Neirynck, dans la prophétie du Vatican, Presse de la renaissance, 2003, brosse les diverses situations possibles d'une Église engluée dans ses institutions au point d'en oublier sa source, l'Évangile. À travers une fiction qui dépasse l'imaginable, il donne à penser à ce que devrait être le Peuple de Dieu réuni en Église, corps mystique du Christ.


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Mais, un pape, en fugue du Vatican, est-ce vraiment inouï ? Un double pape, dont l'un est imposé par une imposture, n'est-ce pas ce que l'histoire ecclésiale a déjà connu ? Par ailleurs, le maintien en vie de Jean-Paul II ne s'est-il pas opéré grâce à une forme d'acharnement clinique que l'intéressé lui-même semblait, dans sa fidélité à la révélation, ne pas souhaiter ? Est-ce qu'un simple baptisé aurait bénéficié d'une telle surveillance médicale ? Je vois en ce maintien en vie, maintien artificiel, un contre témoignage vis-à-vis de la foi en la résurrection personnelle des corps. Et l'acclamation "Santo subito", soit à son adresse, soit à celle de Mère Thérésa, ne relève-t-elle pas de la manipulation habilement menée, place Saint-Pierre, par quelques groupes organisés ? Toutes ces situations de foule manifestant ce que l'on appelle la religiosité populaire d'attachement à une personne sacralisée, ne me semble pas vraiment dans la ligne de l'Évangile. Comme s'éloigne du message vécu par le Christ, le recours aux puissants de ce monde pour maintenir en l'état, la force de L'Eglise-Institution.

Le fait que l'Église se trouve aujourd'hui pieds et mains liés avec le capitalisme libéral, comme elle l'était jadis avec la monarchie autoritaire, absolue, n'est pas abondamment abordé dans le roman de Jacques Neirynck. Pourtant, un petit paragraphe m'a montré l'actualité pour aujourd'hui de ce souci. Le mot "objecteur de croissance", ou celui de "décroissance" n'est pas employé. On est pourtant bien dans ce courant de pensée. Une preuve que ce docteur en sciences appliquées, devenu journaliste et écrivain opère une sérieuse écoute du monde, attentif à tout ce qui s'y vit.

Lisons de paragraphe :

"Le petit reste des chrétiens doit s'arc-bouter. Au risque de susciter la, haine. Il faut ne pas être d'accord avec cette société, dite d'abondance. Les chrétiens doivent entrer en rébellion et refuser l'aliénation économique. Être résistant dans la manière de vivre. Pratiquer la dissidence au quotidien pour être prêt à l'affirmer à une échelle plus importante, comme le proposent certains leaders paysans qui sentent bien comment une certaine façon de produire et de consommer de la nourriture est indigne parce qu'elle nie le sens de la vie. Une économie de sagesse. Éviter les principes généraux. Recourir au conseil fraternel. Ne pas écouter les guides ou gourous, mais des frères avec lesquels on peut travailler la vérité, chercher la lumière dans l'obscurité" ( p. 278, Pocket, 2006).

Evangile du Christ ou religion ?

Cet appel aux hommes en général et aux chrétiens en particulier rejoint le constat opéré par Jean Mansir dans "l'Évangile et la religion" que j'ai eu le bonheur de lire en même temps que "la prophétie du Vatican". Deux genres littéraires totalement différents dont en découvre une similitude dans les intimes souhaits des auteurs.

Jean Mansir estime "que les individus attendent beaucoup trop de leurs institutions, soit pour qu'elles leur permettent de faire l'économie des risques de leur liberté, soit pour qu'elles mettent en œuvre les réformes et les changements dont ils rêvent. C'est vrai des baptisés de l'Église. Quoi qu'en pensent les tenants des institutions, ce sont les individus, les sujets, qui représentent le lieu réel du pouvoir ; ne serait-ce que par la "réception" indispensable des décisions de l'Institution, réception qu'ils font ou ne font pas".

Les récents événements à la suite de la sortie dans la rue des Tunisiens me semblent être de cet ordre. Le dernier mot revient un jour ou l'autre aux personnes qui sont appelées à "se prendre en mains et prendre en mains leur société". J'écris cela en pensant aux chrétiens, objecteurs de croissance qui aimeraient bien que, pour le bonheur de l'ensemble de l'humanité, donc, en commençant par les plus pauvres de la terre, l'Institution ecclésiale reçoive dans ses salons et commissions d'études d'autres personnes que les seuls partisans d'un pouvoir économique libéral sans contrôle.

Publié dans Eglise

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