Jeudi 15 mai 2008

Je propose dans cette catégorie une vieille réflexion sur le sens des mots progrès, évolution ou révolution.
Où se situe l'Evangile ?

En premier, le progrès interrogé.

En second, existe-t-il une limite au progrès ?

En troisième, avec qui me retrouver ?

Enfin, quel chemin prendre pour une transformation dans le sens de l'Evangile ?

 

Premier temps : le progrès ?


Il y a peu de temps, je suis enfin parvenu à comprendre le mot "progrès" en pénétrant et ce que le concept véhicule et les raisons pour lesquelles je n'entre pas pleinement dans le courant progressiste. Cela va du reste ensemble. Bien sûr, mes sympathies naturelles vont plutôt vers cette "gauche" française dont on parle tant parce qu'elle parle beaucoup. En aucun cas, je ne me suis senti à l'aise avec les discours des conservateurs et les actions des tenants de l'ordre. Dois-je affirmer pour autant que j'estime que la vérité ne se trouve que dans le changement ? Le vrai est-il synonyme de progrès ? Dans une revue socialiste des villes d'Autun et du Creusot - à moins que cela n'ait changé - je me suis exprimé à ce propos, soulignant que même si nous pensons devoir tendre nos forces en direction de l'avenir, il ne fallait pas oublier notre passé, qui est la plate-forme de nos décisions présentes et futures.

La progression ne peut pas se vivre sans la tradition. Le comité de rédaction "tiqua" légèrement, même pas mal, sur ce mot de tradition ; mais il convint que l'on ne pouvait pas impunément abandonner le passé. La vérité est dans le changement; n'est-elle que dans le changement ? L'erreur serait alors dans l'immobilisme !


Comment définir le progressisme ?


Reprenons le mot lui-même : Progrès.

Progresser, c'est-à-dire aller de l'avant ; toujours mieux faire ; développer sans cesse ses possibilités, ses ressources. Avant, j'associais à cette volonté de progresser l'idée de révolution, de changement radical. Et c'est bien ainsi que l'on parle dans les divers Partis lorsque l'on commente le nécessaire changement des structures. Seulement, ce changement est-il conçu aussi radicalement qu'on veut bien le dire ? Voilà une question qui mérite d'être approfondie.

Divers mouvements politiques récents, mal situés sur l'échiquier des Partis traditionnels, remettent en cause l'aspect non-révolutionnaire des classiques partisans de la révolution. Ce sont les Partis accusateurs de réformisme qui se trouvent à leur tour accusés de ce mal. Que ne dit-on pas dans les groupes "métapolitiques", selon l'appelation de Schwartzenberg, comités de défense de tous poils, écologistes anti-nucléaires, violents et non-violents... Que ne dit-on pas sur l'électoralisme des partis puissants, bien en place dans l'opposition ! "Nous avons d'autres chats à fouetter qu'à chercher à nous faire élire au gouvernement. Il y a tant et tant de choses à faire dans notre quartier !" Cette affirmation est, bien sûr, à nuancer par la présentation aux diverses élections, des listes écologiques. Mais, il semblerait que ces candidatures s'opèrent dans un esprit moins électoraliste. Nous verrons à l'usage. "Il y a une vérité à proclamer, un droit à défendre, alors nous parlerons !" disent donc les anti-électoralistes. La gauche traditionnelle, quant à elle, semble plutôt occulter certains éléments de son programme afin de n'effrayer personne. Il lui faut le plus de voix possible. Voilà le but recherché : gagner des électeurs. Jacques Ellul a, à mon avis, admirablement décrit la trahison de la gauche française. N'agit-elle pas seulement quand elle peut en tirer profit ? Vietnam, Palestine... d'accord ; pourquoi le silence sur d'autres combats de minorités ethniques : Kurdes, Pakistan, etc... ?

Disons finalement, que les tenants du Programme Commun semblent tout bonnement glisser dans le style des "Partis attrape tout". Taper juste où il faut pour ne pas effrayer les gens de droite et ne pas décevoir ceux de gauche.

J'ai de la difficulté à comprendre l'enthousiasme qu'a pu soulever dans un milieu chrétien, comme celui de Montchanin-Le Creusot, la victoire de la Gauche aux élections municipales. Certes, cela ne sera pas comme avant, certes, Le Creusot avait grand besoin d'un gouvernement urbain, distinct, en tout de l'usine. Mais enfin, de quelle victoire bénéficieront les habitants ? Pourquoi tant de joie à propos de cet événement ? Une bureaucratie va prendre la place d'une bureaucratie. Des hommes et des femmes de confiance vont prendre les postes clefs libérés par les hommes et les femmes qui ne sont plus dignes de confiance. Et voilà, c'est reparti, l'affaire tourne... si peu différemment d'avant ! Les revendications de certains passeront toujours pour folie, utopie, rêves d'adolescents... elles seront écartées. Les demandes d'autres seront oubliées ; leurs porteurs se fatigueront bien vite de la nouvelle lenteur administrative. Et dans tout cela, il faudra composer avec l'opposition, l'ancienne majorité pour, le moins mal possible, maintenir sa place.

Cela mérite-t-il vraiment que l'on chante le "Sauveur" enfin venu ?

Si, à cet enthousiasme je préfèrerais un soupçon de réserve en plus, c'est que, d'une façon générale, l'optimisme des gens de gauche, plus exactement des "progressistes" m'apparaît depuis peu dans toute son illusion.

 

 

par Michel Durand publié dans : Il y a 30 années... communauté : Christianisme
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Mercredi 9 avril 2008

Quête d'absolu dans les romans contemporains


Il serait également fort intéressant de relever dans les romans édités ces dernières années, tout ce que l'on rencontre comme recherche de l'Absolu, quête du transcendantal. L'an passé, au cours des vacances d'été, j'ai remarqué combien était constante la pensée de Dieu dans l'esprit de romanciers, dont j'ai hélas oublié les noms. Certains le nomment Esprit, Force, Transcendance, Tout Autre... tous soulignent le besoin métaphysique, la soif d'absolu de notre société. Dans cet esprit, Bernard-Henri Lévy, bien qu'athée, reprend une affirmation usuelle dans notre Église : après avoir tué Dieu, on tue l'homme. Je crois que le Cardinal Marty a fait un discours ou une homélie sur ce sujet.


avec des étudiants et le prêtre de l'aumônerie
catholique de Trève (Allemagne)
1978




Bernard-Henri Lévy traite donc du crépuscule des dieux et du crépuscule des hommes disant, entre autres, que c'est la première fois dans notre histoire que les hommes se passent d'une référence au divin. Dans le domaine du pouvoir, pouvoir inévitable, - pourquoi y a-t-il du pouvoir plutôt que rien ? - le Prince, l'Etat totalitaire n'aura même plus un Tout Autre auquel, en conscience, il devra se référer. Il se prend pour le souverain ultime.

Louis XIV n'a jamais osé parler comme le grand timonier ou comme Mussolini ! Quelle sera alors la place laissée l'homme ? Jusqu'où sa raison, sa volonté doivent-elles se plier à la raison d'État, au bon vouloir plénipotentiaire du gouvernement ou de son administration ?

Nous retrouvons ce même phénomène dans les grandes entreprises industrielles. Le cadre qui veut s'assurer d'une belle carrière ne se voit-il pas contraint d'épouser « l'esprit-maison » ? « M'Enfin », comme dirait Gaston Lagaffe, que ferait le gouverné sans la toute-puissance du gouvernant, puissance infaillible du supérieur ? Que ferait une « maison », sans label imprimé dans les consciences comme dans le comportement ? Jeune cadre dynamique, made in U.S.A. via France !

Que d'interrogations et d'exclamations ! N'est-ce pas susceptible de me faire, de nous faire réfléchir ? Et encore, juste il la fin de « Barbarie à visage humain », cette affirmation : « Je n'ignore bien sûr pas que Dieu est mort depuis Nietzsche: mais, je crois aux vertus d'un spiritualisme athée face il la veulerie et il la résignation contemporaines »... « Je crois que sans une certaine idée de l'homme, l'État a tôt fait de céder aux vertiges du fascisme ordinaire ».

Il se peut fort bien que ce que je suppose énoncé clairement ne le soit pas du tout. Il n'est pas toujours facile de monnayer sa pensée, de choisir les mots, les expressions, les références, les exemples susceptibles de communiquer il autrui la substantielle moelle de sa réflexion. De plus, pourquoi écrire tout cela ? Tout le monde est déjà au courant de ces tendances et réalités. Je ne sais pas vraiment ce que je peux attendre d'une telle littérature ? Est-ce le besoin de parler ? De se découvrir ? De s'épancher ?

Ou bien l'espoir, plus positif, de créer un dialogue, voire même de lancer des questions au sein des communautés chrétiennes - ce qui ouvrirait un vaste débat ? Mais n'est-ce pas déjà fait ? Et à quoi débattre sert-il, pensent certains ? Pour ce que nos réunions générales sont efficaces !

Enfin, je ne peux pas agiter des idées, seulement pour le plaisir.

Je pense surtout que la gratuité d'un témoignage - je témoigne d'une partie de moi-même, - peut avoir quelque chose de beau dans sa gratuité. De plus, ne suis-je pas, par mes propres paroles, logiquement invité à transcender chacun des chapitres que j'écris, chaque point et virgule que je trace et qui, s'ils occupent peu de place dans l'espace et le temps, n'en sont pas moins indispensables à la compréhension de l'ensemble d'une pensée ?


Pour introduire la réflexion suivante, une page tirée du Mal Français, d'A. Peyrefitte : « les tabous économiques », se montre pleine d'intérêt. La moyenâgeuse Église catholique s'avère être contre le progrès

«  Cette maladie du sommeil dont l'Europe Latine a souffert depuis le XVIIe siècle, quelle en fut la mouche Tsé-Tsé ? Vers cette époque, s'établissait une échelle de valeurs où l'économie, le travail productif, l'esprit d'entreprise, la technique, l'innovation étaient dédaignés, voire refoulés. Et où d'autres attitudes surévaluées s'épanouissaient, toutes improductives : l'honneur, le bel esprit, la spéculation pure, l'obéissance, le renoncement. »

« Dût-on étonner plus d'un intellectuel anticlérical, il faut bien reconnaître, à l'hostilité au profit, des origines cléricales. S'inspirant d'Aristote, la scolastique médiévale lui a donné la majesté des interdits théologiques. Elle faisait peu de cas de la production et des échanges. Montesquieu avait raison de souligner que "nous devons aux spéculations des scolastiques tous les malheurs qui ont accompagné la destruction du commerce, qu'on avait lié avec la mauvaise foi. » À la fin du Moyen Âge, une évolution « progressiste » s'esquissait. Mais la Contre-Réforme la stoppa net, en condamnant purement et simplement le profit : pour elle, ce n'est pas seulement le prêt à intérêt qui est un péché, c'est l'économie toute entière. »

 

par Michel Durand publié dans : Il y a 30 années... communauté : Christianisme
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Mardi 8 avril 2008

Photo qui semble dater de l'époque de ce texte 1978

 




En 1968, je me trouvais à Rome, au séminaire ; c'est donc par les ondes, par la presse, que je suivais les événements du mois de Mai. Ils ne me parlaient guère ; ils étaient, pour moi, à cette époque, chargés de peu de significations. J'étais en dehors de tout. Je n'en saisissais pas l'importance. En juin, un parisien -était-il journaliste, aumônier d'étudiants, théologien, curé... ? Je ne me rappelle plus de qui il s'agissait- en juin, un parisien nous parla de la gravité de ce qui s'était vécu. Le mouvement avait dépassé les habituelles revendications. C'était plus qu'une grève. On touchait aux racines mêmes de notre société... selon l'avis de certains


Et pourquoi Mai 1968 fut-il récupéré ?


D'après notre commentateur, c'est surtout cela que j'ai retenu de l'entretien, les étudiants n'ont pas su transcender leur action. Ils voulaient voir tout de suite les résultats. Un acte posé n'a pas en lui-même forcément un sens. Il doit être ajouté à tous les autres actes. Ce qui est fait en un jour, en un instant de la journée, est tellement minime qu'il est impossible d'en attendre des résultats évidents. Oui, il faut accepter de dépasser chaque geste pris dans son individualité non signifiante, pour entrevoir tout le sens dont il sera chargé, une fois englobé dans un ensemble. Parfois, c'est le nombre qui donne du poids à l'acte unique. Parfois, c'est le temps.

Donc, les étudiants n'ont pas su transcender leurs actions. Ils n'ont pas su, en d'autres termes, entrevoir la force potentielle de leurs engagements quotidiens. Mais, le pouvaient-ils ? À quelle école furent-ils formés pour pouvoir ainsi, assumer la temporalité ?

À mon sens, ils auraient souhaité parvenir à la domination de leurs actions, à se mettre au-dessus d'elles, bref à les transcender. C'est que l'air du temps, avant 1968 tout autant que maintenant, ne porte guère à une telle attitude métaphysique. Même les Églises que certains, bien peu, continuent à fréquenter, n'aident plus les esprits à percevoir tout ce qu'il y a dans l'acte microscopique. Pour prouver cette dernière phrase, je me tournerai vers les déçus de Mai 1968.

Certains se sont retirés dans la campagne du Sud de la France.

En communauté, ils tentent de se refaire un monde bien à eux, où ils seront bien à l'aise dans leur peau. À quoi, où, ce type de vie -« loin du monde » va-t-il mener? D'autres sont partis jusqu'en Inde pour y quêter l'Absolu. N'avaient-ils pas, autour d'eux, de quoi répondre à leurs questions fondamentales ? Nous connaissons Plaige près de Toulon-sur-Arroux ; ces Occidentaux se sont tournés vers la théologie et la spiritualité Thibétaines après avoir essayé, disent-ils, de s'insérer dans l'Église catholique, celle de leur naissance et baptême. Ces disciples du « Darma » m'ont expliqué qu'ils auraient bien aimé trouver dans notre tradition judéo-chrétienne la source capable d'assouvir leur soif. Est-ce parce que le mystère semble désormais absent de nos Églises qu'ils ne se sont pas sentis interpellés par elles ? Certes, dans l'hindouisme, le bouddhisme... le mystère reste entier. Quel mystère ? Je dois avouer que, sur ce chapitre, je me sens dépassé. Il n'en reste pas moins qu'il y a là un signe, un appel. D'où vient que certaines personnes, en quête de transcendance, vont jusqu'à épouser une autre culture ? D'autres croyances, dont celle de la réincarnation ? Un article, récemment publié, soulignait le nombre sans cesse croissant des partisans d'une vie religieuse fondée sur le principe du retour sur terre tant que la perfection, la béatitude, n'est pas acquise.

D'autres, enfin, refusant toute fuite de notre monde, réfléchissent, militent, dans des mouvements généralement indépendants des mouvements politiques et des syndicats. Comités de quartier, comité de défense de la nature, groupes antinucléaires, antimilitaristes, objecteurs, partisans de l'action illégale... Nous connaissons les Circauds avec leur journal : « Combat non violent - Gueule ouverte ». Une analyse minutieuse de leur mode de vie, de leur être, de leurs discours, de leur « faire » montrerait, combien tout ce qu'ils tentent de vivre, est chargé de recherche métaphysique. S'ils n'ont pas su en Mai 1968 transcender leur action, c'est qu'ils ne le pouvaient pas. La leçon ayant été maintenant enregistrée, je crois pouvoir dire que du temps est pris pour se forger un esprit, une âme capable de voir le Tout potentiellement présent dans la partie et la partie comme indispensable à la constitution du Tout. Est-ce qu'il serait trop rapide de dire qu'après les impatiences de l'adolescence, nous arrivons à l'âge adulte ?

Nous sommes invités, pour concrétiser cette réflexion, à lire les « Nouveaux philosophes » ; le pessimiste Bernard-Henry Lévy : « La Barbarie à visage humain » ; l'agressif André Glucksmann : « Les Maîtres penseurs » ; Christian Jambert et Guy Lardreau  : « ; il y en a d'autres...

Ainsi, pourquoi ne pas citer, bien que d'une autre génération, Maurice Clavel, marqué non d'optimisme, mais d'espérance chrétienne.

 

par Michel Durand publié dans : Il y a 30 années... communauté : Christianisme
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Jeudi 20 mars 2008
Jésus-Christ, l'Eglise, voilà le transcendant dans le présent.

C'est le noeud visible du transcendant et de l'immanent ! Telle est ma foi ! Affirmation et non explication. L'explication exhaustive n'est pas possible. Seule serait possible la preuve intellectuelle que ce type d'affirmation ne contredit pas la raison humaine. Avec Christos Yannaras, « De l'absence et de l'inconnaissance de Dieu », livre d'où je tiens l'essentiel de ma réflexion, je mets l'accent sur l'existentiel et non sur l'intellectuel, sur ce qui est perçu au plus profond de nous-mêmes de l'existence de Dieu et non sur une recherche cognitive, philosophique qui réduirait Dieu à un objet de connaissance dont il serait possible de faire le tour. La relation personnelle à Dieu enlève à l'analyse des événements humains pour y découvrir Dieu, ses prétentions par trop rationalisantes : « Les énergies divines manifestent le mode d'existence de la divinité, laquelle est personnelle et se révèle dans une relation et une communion personnelle ». Dieu se donne à notre connaissance dans une relation personnelle ; il appelle l'homme lequel, par sa nature d'image de Dieu, est capable de participer à la totale divinité (homo capax Dei).

Pourquoi rappeler tout cela ?

Parce que les chrétiens continuent à oublier que la foi n'est pas rationnelle ; ils semblent vouloir l'oublier de plus en plus ; peut-on faire autrement ?... les chrétiens oublient que l'expérience de Dieu vaut mieux que son explication. Ils ne savent pas.
Certes, je peux me tromper. De plus, avec le subjectivisme dont je parlais plus haut, je peux également sombrer dans un épais et fruste fidéisme inhumain, indigne de l'homme intelligent, cultivé scientifique. C'est à discuter.

Je viens d'entreprendre la lecture de Maurice Clavel. Cet auteur remonte dans mon estime. Son débat avec les nouveaux philosophes, lors de l'émission télévisée "Apostrophe", effaça en partie l'agacement que provoquent en moi les virulences de ce polémiste, surtout quand il est fier des traits qu'il lance à l'adversaire, comme j'ai pu le constater en le contactant, rapidement, à Vezelay. Enfin, dans son débat avec Philippe Sollers, publié dans une collection de poche, je l'ai trouvé heureusement plus "journaliste transcendantal" que polémiste (1).

Ma joie a été grande quand j'ai vu qu'il s'exprimait clairement à propos de la suprématie de l'expérimenté sur le compris. Nous savons que sa conversion est le fruit de l'expérience et non de la connaissance. Laissons lui la parole
« Pourquoi est-ce que je m'entends si bien avec les athées -j'entends les athées à la pensée rigoureuse- et si mal avec les chrétiens vaguement idéologues ? Eh bien… c'est que, pour les vrais et grands athées, Dieu est Dieu. Les athées me disent: "Si j'avais votre foi, j'aurais la vôtre ", et je comprends très bien. La foi est un vécu dont il respecte chez moi la présence et dont je respecte chez eux l'absence. D'autre part, la foi est radicalement différente de la raison, à telle enseigne que j'ai pu dire que la raison, du point de vue ontologique, chez l'homme, ne pouvait pas trouver Dieu, ne pouvait même pas chercher Dieu, parce qu'elle était elle même, dans et par le péché originel, une aversion et une fuite de Dieu ! Par conséquent, les chrétiens qui essaient de trouver Dieu par la raison ou de faire bon ménage à Dieu et à la raison, sont en quelque sorte des ânes chargés de reliques… »


Dans un langage bien différent, Maurice Clavel rejoint la pensée de Christos Yannaras. Devant l'inconnaissance rationnelle de Dieu, laissons à l'expérience toute la place qui lui est due.
Il serait intéressant de voir comment mettre en pratique cette façon de vivre l'Evangile où la relation intime avec Dieu est indispensable, primordiale sans être pour autant exclusive de tout autre forme d'approche. Comme preuve de cette dernière affirmation, nous pouvons tout simplement rappeler notre souhait de voir dans la vie chrétienne ordinaire se rééquilibrer le nœud du vertical et de l'horizontal. Oui, il serait, me semble-t-il, fructueux d'échanger sur nos diverses manières de voir. L'Eglise ne possèdet-elle pas, dans sa tradition ou dans son futur eschatologique, une alternative à la soif d'absolu du monde contemporain ?



(1) Maurice CLAVEL / Philippe SOLLERS, Délivrance – face à face, édition" du Seuil, Paris, 1977 •


par Michel Durand publié dans : Il y a 30 années... communauté : Christianisme
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Mercredi 19 mars 2008
J'ai suivi, cette année, plusieurs cours à l'Université Catholique de Lyon. Faisant la comparaison avec la Grégorienne, c'était inévitable, j'ai regretté le petit nombre d'étudiants en Faculté de Théologie. C'est de là que doit provenir l'apparente inorganisation - au moins au niveau de la cinquième année - et l'absence de vie estudiantine. Bref, Lyon n'est pas Rome.
Mais, qu'en est-il actuellement de Rome ?

Je voudrais vous partager quelques impressions et réflexions tirées d'un séminaire avec le Père Duquoc ; « Réduction de la théologie à la Christologie », où nous avons, incomplètement, certes, regardé les positions de Pannenberg, Kung, Fierro. Ce n'est pas de cette recherche intellectuelle même dont je voudrais vous parler, mais du sentiment d'impasse que j'éprouve en suivant une telle spéculation. Le théologien peut-il être hégélien ? Peut-il tout expliquer avec sa raison ? Son intelligence ? Dans la recherche du contenu de l'Absolu, l'expérience, l'indicible n'a-t-il pas sa place ? N'est-ce pas dans le vécu et par lui que nous parviendrons, ou parvenons, à comprendre Dieu dans le nœud de la Croix : rencontre de la branche horizontale et de la branche verticale en Christ ?

Ecoutons le Métropolite Hazim que j'aurais très bien pu citer dans la partie précédente de notre texte :
« Autrefois, dit-il, on croyait sauvegarder la transcendance de Dieu en l'identifiant avec l'extériorité ; aujourd'hui, en réaction, on voudrait sauver l'intériorité en l'identifiant avec l'immanence. Nous devons refuser cette ruineuse alternative qui n'est pas chrétienne. L'événement de la nouveauté est intérieur à l'histoire justement parce qu'il lui est transcendant. C'est parce que Dieu est Dieu qu'il est devenu homme dans le Christ, et c'est parce que Dieu vient dans l'homme que l'homme ne peut être homme qu'en étant déifié. L'incarnation de Dieu et la déification de l'homme sont un seul et même événement, celui de la nouveauté ».

Notre intelligence a-t-elle la possibilité de comprendre cette mystérieuse réalité ? Il me semble que non. Et je trouve extraordinaires, inouïes, les prétentions des philosophes, des théologiens qui veulent connaître, saisir, faire le tour de Dieu. La Trinité est avant tout cet Etre dont, humainement parlant, nous ne pouvons rien dire. Qui peut en faire le tour ? Qui peut le saisir ? Dieu - Père demeure et demeurera l'inconnaissable. Dieu-Fils est, bien que connu, l'incompréhensible. Dieu–Esprit… !

Ayant ainsi nié ou relativisé, la possibilité de connaître Dieu, que reste-t-il ? La foi ? Oui, nous passons de la non-connaissance de Dieu à la nécessité de croire. Dans un monde rationnel comme le nôtre, où tout se prouve, s'expérimente, voilà qui n'est pas facile. Seule l'expérience de Dieu, le choc de sa présence dans son propre corps, dans ses viscères, dirait Maurice Clavel, seul le sentiment existentiel de son action dans notre quotidien, doit, à mon avis, briser le bloc de la perception rationnelle. Bien sûr, il y aura toujours le danger de prendre comme venant de Dieu, des impressions personnelles, des fantasmes de notre esprit. Le subjectivisme, dans une telle démarche, n'est pas une illusion. Mais enfin, Dieu agit-il, oui ou non dans notre monde ? Oui, alors pourquoi ne pas chercher à percevoir les résultats de son action ? Et, si je prends mes illusions pour des réalités divines, est-ce que cela sera plus grave que de prétendre arriver à saisir l'insaisissable Trinité ? En d'autres termes, je dirai. et cela a des conséquences dans la vie de tous les jours, que le subjectivisme m'effraie moins que l'objectivisme, tant ce dernier paralyse notre marche humaine vers Dieu.

Si j'avais donc à donner une étude de Dieu à travers une étude du Christ (de la théologie à la christologie), je ferais d'abord un portrait de Jésus, tel qu'il nous apparaît dans les Evangiles. Je regarderais ensuite le Seigneur des communautés chrétiennes primitives, pour pouvoir passer de CELUI dont on parle dans les prédications, à la personne même de Jésus. Il me faudra souligner, dans cette recherche, l'importance de la Foi et dire que le Christ de la communauté chrétienne primitive, n'est pas différent du Jésus des Evangiles dont le vécu n'est pas indigne de Dieu.

Rien de tout cela n'est bien particulier ; sinon que mettre l'accent sur cette étude selon l'Evangile, est plus conforme à la vie de disciple du Christ, que de s'enfermer dans les spéculations philosophiques de l'idéalisme germanique. En effet, dans la sphère strictement humaine, pouvons-nous concilier ce qui demeure et demeurera inconciliable : temps et éternité ? Comment unir transcendance et immanence, ces deux grands irréductibles, en dehors de Jésus Christ ? Comment faire fi de celui qui réalise une synthèse qui dépasse notre entendement ? Comment, par notre seule réflexion, concevoir l'incarnation, humanisation de Dieu et la résurrection, divinisation, déification de l'homme ?
La pénétrabilité de la sphère divine, et vice versa, est du ressort de la seule force de Dieu. Il est impossible de réduire ce fait à un concept intellectuel clair. Nous pouvons tout au plus nous approcher du mystère ; ou plus exactement, comme nous l'avons déjà dit, nous pouvons expérimenter l'entrée du divin dans l'humain. L'Esprit-Saint agit dans le monde. Jésus a parlé. Jésus est parole du Père. Il est l'icône, l'épiphanie la plus totale de la Trinité. Il est l'icône exclusive puisqu'il ne donne pas l'image de Dieu comme s'il était un miroir. C'est Dieu lui-même qu'il donne, qui se donne. Dieu qui nous parle avec nos mots d'homme. Dieu que nous percevons directement, par les effets parmi nous, de sa présence active.

Ce que je viens de dire du Christ, je dois également le dire de l'Eglise. Elle est, pour les hommes, l'icône de la Trinité. Cela ne fait qu'un ; l'Eglise est le prolongement vivant du Ressuscité.

A suivre ...
par Michel Durand publié dans : Il y a 30 années... communauté : Christianisme
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  • : Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir travaillé comme serveur de restaurant tout en étant au service d'une paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Là, je me suis beaucoup intéressés à l'art contemporain tout en enseignant l'iconographie chrétienne. Cela m'a donné l'occasion, dans le cadre des loisirs culturels, d'organiser de nombreuses expositions. Avec des amis, nous avons ouvert une galerie d'art dans le Vieux-Lyon, Confluences - 20 années de présence. Ces activités […]
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