Il y a 30 années...

Samedi 15 décembre 2007 6 15 /12 /2007 15:53
  • Voici plusieurs mois que j’ai redécouvert ce texte écrit en 1978. C’était au moment de mon arrivée à Lyon. Texte très personnel ; trop même. Pourquoi le publier ? Il n’a pas eu, en son temps les répercussions espérées. Autrement dit : aucune réponse. img106-1-copie-1.jpg
  • Aujourd’hui, ce ne sera que du réchauffé, donc inutile. Pourtant, il me semble que de nombreuses questions sont encore d’actualité, pas plus entendues maintenant qu’avant ; à moins que je ne sache pas écouter ce qui se dit.
  • Pourquoi ces souvenirs ? Nostalgie d’une approche de fin d’activité ? Ou désir toujours renaissant de dialogues pour une Eglise selon l’Evangile du Christ ? Y aurait-il toujours eu cet « En manque d’Eglise », de perfection, de véritable Eglise du Christ ? Humble ou orgueilleuse confession de ne pas avoir rejoint le but attendu ?
  • A vous d’en juger.


Introduction

Un "été sans écologiste" vient de se terminer. 1978 ne ressemble en rien à 1977. Est-ce, sur ce terrain, la fin de la militance ? D'un peu partout, les lassitudes s'expriment. A quoi bon lutter pour une vie meilleure ? Tout ce que nous essayons de mettre en place est récupéré par le capitalisme.
Devenue une branche de l'industrie, l'écologie est un créneau économiquement valable. On peut vendre des services pour la qualité de la vie. On peut prélever des taxes pour pallier à la pollution des eaux. Peut-on se laisser faire ? Laisser construire des cuves en béton avec notre argent ?

Il ne me semble pas que l'action soit totalement interrompue. Je ne pense même pas qu'il y ait un arrêt momentané. Le terrain se déplace. Les façons de procéder pour obtenir une vie meilleure sont autres. Et si nous ignorons actuellement quel est le chemin le plus efficace, le temps n'est pas loin où de nouveaux plans seront élaborés.

En ce qui me concerne, je ne cherche pas à tracer les lignes d'action d'une vie politique différente de ce que nous avons connu jusqu'à ce jour. Mais, je ne nie pas être personnellement intéressé à ce que des structures favorables à un autre style de vie se mettent en place. Dans ma réflexion sur l'homme, sur moi-même, je ne peux mettre entre parenthèses l'un ou l'autre secteur de ma vie. Tout m'intéresse, l'économique, le politique, le religieux, le philosophique… Seul un regard qui englobe tout convient pour comprendre l'homme, parler de lui, autrement dit, pour vivre sa vie d'homme. C'est un peu ce que j'ai essayé de faire dans les pages qui suivent.
Au lecteur d'en juger.

Je ne me situe pas toujours en observateur de ce qui est vécu. Je prends parti. Très souvent, on attend du prêtre qu'il reste en dehors des initiatives de la vie politique quotidienne. Son rôle serait de regarder le monde agir sans interférer en aucune façon dans les décisions à prendre. Bien sûr, il indiquera ce qui lui semble être en conformité avec l'Evangile et ce qui s'en écartera ; mais, jamais il ne pèsera sur les groupes, les personnes, pour orienter les choix (1). Attention à tous les nouveaux cléricalismes ! L'aumônier d'un groupe de réflexion et d'action aura constamment le souci de respecter l'autonomie de la recherche philosophique, politique, sociale, syndicale, professionnelle des gens. Il devra se taire quand ceux-ci prendront une option avec laquelle il est en désaccord. Est-ce bien, est-ce mal ? Je ne sais ; mais je ne peux pas agir spontanément de la sorte. Certes, le regard de miséricorde du Christ m'incite à ne pas condamner celui qui pense et agit différemment de moi. Ce n'est pas pour autant que je garderai le silence. Pourquoi, prêtre, devrai-je rester en arrière-plan de la vie du monde ? Je ne vois pas d'inconvénient à ce que certains se comportent ainsi - à supposer que cela soit effectivement possible. Mais il ne me semble pas que cela soit la seule attitude souhaitable.

Le texte que je propose à la lecture n'a aucune prétention "scientifique". D'abord vu comme une lettre, genre littéraire laissant une grande liberté, il ne cherche qu'à relater un certain nombre de questions et de réflexions que je me suis formulé l'an passé, au cours du dit "été écologique" 1977. Ces dernières apparaissent encore d'actualité. Si je les reprends en leur donnant cette forme polycopiée c'est toujours, et tout simplement, pour favoriser un débat, une suite de débats, d'où jailliront, peut-être, les éléments capables de nous faire sortir d'une certaine léthargie.

Quand il m'arrive de citer des auteurs contemporains comme Garaudy, Glucksmann, etc…" il ne faudrait pas croire que j'ai conduit avec ceux-ci une étude exhaustive. Ce sont plutôt des occasions que j'ai prises au vol pour exprimer ma propre pensée. De même, les institutions dont il sera question n'ont pas été l'objet d'une observation approfondie. Elles sont le cadre dans lequel je me suis trouvé à cette époque, et ont servi de butoirs stimulant ma propre réflexion. En un sens, la vérité sur celles-ci compte moins que ce qu'elles m'ont permis de découvrir et de dire.

Dans ma "Lettre à l'Evêque d'Autun", reproduite à la page suivante, je m'explique sur la façon dont fut rédigé ce texte. Les premiers chapitres, plus abstraits, relatent ce que tout le monde sait. Il y a peu d'originalité. Sur la fin, l'accent se veut plus personnel, plus concret. Partout la même idée s'étale : elle nous presse de réaliser l'équilibre entre l'engagement spécifique pour les hommes et l'engagement pour Dieu. On ne peut plus privilégier un secteur de l'existence, l'action au dépend de la louange, et réciproquement.
Problèmes éternels, sommes-nous en droit de penser. Comment vivre le noeud du ciel et de la terre ?

Lyon, octobre 1978

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(1) à ce propos, quelqu'un me disait, un jour: "les problèmes soulevés me paraissent être des problèmes de laïcs et il est bon qu'un prêtre s'y intéresse. Mais, le rôle du prêtre n'est pas de donner une réponse concrète aux laïcs. Celui-ci se doit :
a) de les aider à vivre selon l'Evangile leurs options actuelles.
b) de les aider à les remettre en question au nom de l'Evangile, quitte à les garder ou à les rejeter.
c) d'accueillir les options des autres afin que nous puissions recevoir ce que le Christ nous dit par ceux-ci, etc…
Par conséquent, même si nous ne sommes pas satisfaits humainement de ce qu'ils ont choisi, notre rôle reste entier."
J'accepte cette façon de voir ; seulement, je craindrais qu'elle devienne exclusive au point de nous transformer en simple observateur de la vie.

Par Michel Durand - Publié dans : Il y a 30 années... - Communauté : Christianisme
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Vendredi 28 décembre 2007 5 28 /12 /2007 11:40
J'ai trop attendu pour publier la suite de cette catégorie : "il y a 30 années". Il y a quelques jours je voulais la mettre en ligne pendant mon absence de janvier. Mais je n'ai pas trouvé pas le temps de le faire.  Aujourd'hui et demain je présente deux chapitres : une façon de se lancer qui nécessitera une reprise en février !


Roussas, juillet 1977


à l'Evêque d'Autun


Mon Père,

Nous avons déjà eu l'occasion de nous rencontrer et de parler assez longuement. Cela remonte maintenant à plus de deux ans. Avons-nous pu, à l'époque, nous exprimer clairement ?
Cette année, j'ai eu la visite de deux de vos collaborateurs, vicaire général et vicaire épiscopal, B.L. et M.C. Ils m'ont beaucoup écouté. Mais, qu'ai-je pu dire ? Me suis-je fait comprendre ? A l'issue de la rencontre, je fus totalement incapable de deviner, de savoir quelle était leur opinion ; ont-ils pu répondre à des questions insuffisamment formulées peut-être? J'ai alors songé à une lettre : vous partagez un certain nombre d'idées, de projets, de rêves…, mieux me donner à votre connaissance…, solliciter votre discernement en vue de la tâche qui nous est commune, construire l'Eglise.
Puis, au cours d'une promenade dans la campagne drômoise, l'idée du texte que vous avez entre les mains m'est venue. Je fus subitement convaincu que l'écriture serait le meilleur moyen pour communiquer avec vous et, éventuellement, avec d'autres. Un "papier", une fois lu, peut se reprendre. A travers les lignes, des points de vue, à peine esquissés, peuvent s'entrevoir alors qu'une parole disparaît avec l'air ; cela vaut mieux parfois. Par ailleurs, n'est-ce pas dans cet effort de rédaction de mes impressions et jugements principaux que j'occuperai le plus utilement cette période estivale ?
Le calme de la campagne, le silence favorable à la méditation ont largement contribué à clarifier certaines idées. Il devrait être facile de vous les écrire, sans plan préétabli, en suivant le cours des pensées dans leur jaillissement spontané. Enfin, nous verrons, vous verrez. Je sais que vous aurez la patience voulue et l'indulgence nécessaire pour passer outre les imperfections et imprécisions de tableaux trop rapidement brossés. Les points obscurs pourront du reste, s'expliquer par la suite, soit oralement, soit de nouveau par écrit.
Ma manière de procéder sera simple. Je pense développer chaque jour un thème particulier ; le thème suivant sera, je suppose, appelé par le précédent. Si, sur certains sujets, la passion l'emporte au point de se fermer à la réalité, sachez que je ne l'ai pas voulu sciemment. Des raisons, que je ne serais pas arrivé à décortiquer et à exprimer, expliqueraient vraisemblablement les jugements considérés trop rapides. Et si nous les aidions à faire surface. Enfin, je ne cherche pas à traiter un problème ! Je me propose simplement de vous dire, plus sous la forme d'un témoignage que d'une étude scientifique -que veut dire ce mot ?- comment je vois aujourd'hui la vie, ma vie, celle de l'Eglise.
Est-ce que je ne perds pas l'occasion de me taire ? Je l'ignore. Je vous offre gracieusement ces pages et le travail qui en est la source. Je vous en fais don quoiqu'il m'en coûte par la suite ! Qu'ai-je à perdre ? Tenez, voilà une réflexion à développer : quel est l'intérêt de la transparence dans les relations humaines ? Quel est le bien-fondé de la parole sincère ? Nous retrouverons peut-être cette discussion en fin de parcours.
Par Michel Durand - Publié dans : Il y a 30 années... - Communauté : Christianisme
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Dimanche 30 décembre 2007 7 30 /12 /2007 12:07
J'en parlais hier avec J.F.A. que j'ai rencontré, un peu par hasard, à l'Abbaye d'Aiguebelle. Il ne m'attendait pas -nous ne nous échangions aucune lettre- et je n'étais pas certain de sa présence en ce lieu.
J'en parlais avec lui ; plus exactement ensemble, nous parlions de la nécessité d'ETRE avant de FAIRE. Dans notre vie de chrétien et de prêtre (et pourquoi pas d'homme !), l'être doit primer sur le faire. Nous le savons tous ; mais, agissons-nous en conséquence ? La plus belle fille du monde ne donne que ce qu'elle a. Et, ce que l'on possède, n'est-ce pas en fonction de ce que l'on est, qu'on le possède ? Qui suis-je ? De même, ce que l'on fait.

« Fay ce que vouldras », enseignait Gargantua à Thélème. Hais, qu'est-ce que je veux ? Qu'un maître mass-media me dicte les actions de mon bonheur ? Il n'y aurait plus à réfléchir ! Joie de la fascination ! Ah non ! Comment être mouton et heureux à la fois ? Quel est ce MOI qui veut le bonheur ? Ecoutons Saint Augustin qui est à la source de ce genre de pensé ; il donne une phrase plus longue. Avant le Faire, il y a de l'Etre. Aimer est plus un état, un exister qu'une oeuvre. « Dilige et quod vis fas ». Ce que tu veux sera préalablement déterminé par ton amour.

Aimer ?
Est-ce du domaine de l'être ou du faire ? J'aime et pourtant je ne fais rien, surtout pas obligatoirement l'amour. J'aime ; je suis aimant. Je suis… c'est du domaine de l'être.
Cette toute petite réflexion, inspirée par celle d'André Glucksmann, au début de son livre « Les Maîtres Penseurs », me montre combien il est important de mettre l'accent sur ce qui améliore la qualité de ma vie, de mon être profond, qui dans sa plus totale simplicité n'est pas abstrait. Il est amour, amour concret.
Façonner mon être, c'est façonner mon acte d'aimer, mon "aimer". Les actes qui en résulteront seront les gestes de quelqu'un qui aime. Ce n'est pas facile d'aimer. La lutte contre la recherche de soi est constante afin de se donner, sans faille, dans l'amour…
Prêtres, est-ce que, en Eglise, nous passons suffisamment de temps à modeler notre être intérieur ? La multiplicité des tâches à accomplir se présente à nous comme une distraction ; il y a tant et tant à faire pour répondre aux demandes des gens ! Et la situation ne s'aggrave-t-elle pas avec la baisse du nombre de permanents ? Comment, dans notre vie quotidienne, soigner également notre Moi profond, destiné à aimer, et notre présence à autrui qui passe par une foule d'actions ?
Il me semble qu'il n'y a pas de combat entre contemplation et action car le dernier ne peut aller sans le premier. Et pour être simple, voire même simpliste, je dirais que s'il faut supprimer un des éléments de ce duel, ce serait vers l'action que je me tournerais. Il est, en effet, vraiment important de prendre les moyens pour améliorer la qualité de son être.

Etre pour Faire.
C'est avec ce type de réflexion qu'un jour, à des gens réunis en un week-end de prière, je m'expliquai sur la nécessité de retrouver dans notre vie le noeud de l'horizontal et du vertical, en inventant une "formule slogan" similaire à celle de l'action catholique, voir - juger - agir, mais bien différente quand même, pour ne pas dire fondamentalement autre : Prier, Réfléchir, Agir.
Prière de l'homme qui aime, qui jette sur le monde un regard de miséricorde. Prière bien concrète, incarnée dans un peuple charnel, palpable, ambigu. Prière de celui qui est tout à la fois le bien et le mal. Prière de celui qui ne sait plus où il en est, et pour qui la réflexion est diablement nécessaire.
Il n'y a rien d'original et de spécial dans tout ce que j'écris. J'en ai bien conscience. Seulement, si je tiens à partager ma pensée, c'est que je pense que les structures, les habitudes actuelles de notre Eglise, favorisent plus le domaine du Faire que celui de l'Etre. Peut-être cela a-t-il toujours été ainsi ? Aux historiens de nous le dire. En ce qui nous concerne, chrétiens de base, prêtres de tous les jours, ne pouvons-nous pas voir autrement ?
Personnellement, je n'entrevois pas d'autre réponse à ce genre de questions que l'enfouissement dans la prière personnelle et communautaire : signe de notre dématérialisation, signe que nous cherchons à savoir où est la place véritable et exclusive de l'Absolu.
Par Michel Durand - Publié dans : Il y a 30 années... - Communauté : Christianisme
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Mercredi 27 février 2008 3 27 /02 /2008 14:09
Si je me pose la question de savoir où se trouve l'Absolu, ce n'est pas par un désir purement philosophique. C'est par souci pastoral, pourrais-je dire. Pour répondre à ces questions, quel sera mon langage, ma parole dans un monde assoiffé d'Autre Chose ? Est-ce que je vais en rester à l'analyse des événements ? Comment annoncer l'Evangile ?

L'absolu se trouve partout et nulle part. Il ne se situe pas. C'est peut-être ce qui fait que chacun le situe où il veut, où ses tendances le font aller.

Alfred Manessier, Du fond des ténèbres, 1963
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L'esprit du Seigneur nous devance, disons-nous, et c'est vrai ; mais, comme il est difficile d'en discerner les signes ! Est-ce que toute libération est présence divine ? Je ne suis pas capable d'apporter d'exemples vraiment significatifs, ce qui laisse mes paroles au niveau des impressions. Il faudrait en discuter pour bien s'assurer si l'on peut, aussi aisément que le font nombre de chrétiens, prêtres et militants, parler de la promotion d'une classe en pensant au salut selon l'Evangile. L'accent est tellement mis sur ce qui se vit dans le monde, que l'on serait porté à croire que tout l'Absolu se trouve au cœur des hommes. L'important est ce qui se fait : "là, au moins, çà bouge. C'est bien." A mon avis, même en considérant que Dieu, d'une façon immanente, soutient toute action, l'accent mis sur l'humain est tellement fort que cela pose question.

Ce que je viens d'écrire n'est pas plus neuf que précédemment. Les voix qui s'élèvent contre l'horizontalisation de l'Eglise, du message évangélique sont de plus en plus nombreuses. Si, d'une certaine façon, je fais chorus avec celles-ci, c'est parce que je me demande pourquoi il est parfois difficile d'obtenir l'écoute des gens qui privilégient la présence de Dieu dans le monde.
A noter que la réciproque est également vraie. Des chrétiens, branchés sur la prière au Dieu Transcendant, en arrivent à oublier totalement le prochain ; à ignorer, inconsciemment peut-être, qu'il est temple de l'Esprit.

Dans la perspective du divin présent dans le monde, le regard est principalement porté sur l'homme qui agit, progresse, change. Ce sont ses efforts qui sont placés sur l’autel devenu alors sacré. Dans l’autre perspective, celle du Dieu Très Haut, l'homme attend, presque passivement, que sa conversion, sa libération et ensuite celle du monde qui l'entoure, lui tombe dessus. Cela doit se faire tout seul : par pure Grâce. Il n'y a que la prière qui importe. " Si tu as un problème, eh bien ! Prie !" "Tu n'as qu'à prier, Dieu viendra à ton secours…" Il arrive même de dire, surtout dans certains groupes très pentecôtistes, que celui qui n'a pas obtenu de réponse n'a pas assez prié.

J'ai quelquefois appelé cette tendance chrétienne - vous y avez reconnu le courant charismatique auquel je crois beaucoup - "la spiritualité des bras croisés." Dieu est tellement vu dans sa grandeur, dans sa puissance, dans son absolue bonté, que nous n'avons qu'à attendre les bienfaits de sa venue en nous. Tout est grâce, don de Dieu. Mes efforts humains sont bien minimes, voire inutiles à côté de la force de Dieu et de son Esprit.

Il va sans dire que les caricatures que je viens de dessiner sur la place et le rôle que nos tendances humaines donnent à l'Absolu, nécessitent de nombreuses nuances. Je maintiens cependant qu'elles méritent d'être ainsi brossées pour mieux se poser la question de l'équilibre entre nos diverses manières de percevoir Dieu. De nombreuses raisons et une certaine expérience me font dire qu'il est urgent de faire à nouveau le point sur ce sujet. Le faire en Eglise… et c'est là que réside sûrement la difficulté. Car, avec l'esprit de secte que nous avons actuellement, les gens en présence s'excommunient mutuellement aux premiers mots du "status questionnis ". Et c'est bien dommage, car cela nuit à notre crédibilité en maculant le témoignage collectif. Jésus n'est-il pas le lieu véritable de l'Absolu, la rencontre de l'horizontal et du vertical, de l'immanence et de la transcendance ? Si, dans notre être et dans notre faire ecclésial, il y avait unanimité, unanimité visible autour de ce point fondamental de notre foi, le monde, en quête d'un sens à sa vie, en recherche d'Absolu, trouverait plus facilement une réponse.

A travers cette réflexion, je suppose que vous avez pu déceler le souhait que j'émets d'une concertation, d'un dialogue plus effectif qu'il n'est actuellement, d'une rencontre plus vraie et plus profonde entre les membres de l'Eglise, entre les responsables des diverses cellules d'Eglise.
Par Michel Durand - Publié dans : Il y a 30 années... - Communauté : Christianisme
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Mercredi 19 mars 2008 3 19 /03 /2008 18:46
J'ai suivi, cette année, plusieurs cours à l'Université Catholique de Lyon. Faisant la comparaison avec la Grégorienne, c'était inévitable, j'ai regretté le petit nombre d'étudiants en Faculté de Théologie. C'est de là que doit provenir l'apparente inorganisation - au moins au niveau de la cinquième année - et l'absence de vie estudiantine. Bref, Lyon n'est pas Rome.
Mais, qu'en est-il actuellement de Rome ?

Je voudrais vous partager quelques impressions et réflexions tirées d'un séminaire avec le Père Duquoc ; « Réduction de la théologie à la Christologie », où nous avons, incomplètement, certes, regardé les positions de Pannenberg, Kung, Fierro. Ce n'est pas de cette recherche intellectuelle même dont je voudrais vous parler, mais du sentiment d'impasse que j'éprouve en suivant une telle spéculation. Le théologien peut-il être hégélien ? Peut-il tout expliquer avec sa raison ? Son intelligence ? Dans la recherche du contenu de l'Absolu, l'expérience, l'indicible n'a-t-il pas sa place ? N'est-ce pas dans le vécu et par lui que nous parviendrons, ou parvenons, à comprendre Dieu dans le nœud de la Croix : rencontre de la branche horizontale et de la branche verticale en Christ ?

Ecoutons le Métropolite Hazim que j'aurais très bien pu citer dans la partie précédente de notre texte :
« Autrefois, dit-il, on croyait sauvegarder la transcendance de Dieu en l'identifiant avec l'extériorité ; aujourd'hui, en réaction, on voudrait sauver l'intériorité en l'identifiant avec l'immanence. Nous devons refuser cette ruineuse alternative qui n'est pas chrétienne. L'événement de la nouveauté est intérieur à l'histoire justement parce qu'il lui est transcendant. C'est parce que Dieu est Dieu qu'il est devenu homme dans le Christ, et c'est parce que Dieu vient dans l'homme que l'homme ne peut être homme qu'en étant déifié. L'incarnation de Dieu et la déification de l'homme sont un seul et même événement, celui de la nouveauté ».

Notre intelligence a-t-elle la possibilité de comprendre cette mystérieuse réalité ? Il me semble que non. Et je trouve extraordinaires, inouïes, les prétentions des philosophes, des théologiens qui veulent connaître, saisir, faire le tour de Dieu. La Trinité est avant tout cet Etre dont, humainement parlant, nous ne pouvons rien dire. Qui peut en faire le tour ? Qui peut le saisir ? Dieu - Père demeure et demeurera l'inconnaissable. Dieu-Fils est, bien que connu, l'incompréhensible. Dieu–Esprit… !

Ayant ainsi nié ou relativisé, la possibilité de connaître Dieu, que reste-t-il ? La foi ? Oui, nous passons de la non-connaissance de Dieu à la nécessité de croire. Dans un monde rationnel comme le nôtre, où tout se prouve, s'expérimente, voilà qui n'est pas facile. Seule l'expérience de Dieu, le choc de sa présence dans son propre corps, dans ses viscères, dirait Maurice Clavel, seul le sentiment existentiel de son action dans notre quotidien, doit, à mon avis, briser le bloc de la perception rationnelle. Bien sûr, il y aura toujours le danger de prendre comme venant de Dieu, des impressions personnelles, des fantasmes de notre esprit. Le subjectivisme, dans une telle démarche, n'est pas une illusion. Mais enfin, Dieu agit-il, oui ou non dans notre monde ? Oui, alors pourquoi ne pas chercher à percevoir les résultats de son action ? Et, si je prends mes illusions pour des réalités divines, est-ce que cela sera plus grave que de prétendre arriver à saisir l'insaisissable Trinité ? En d'autres termes, je dirai. et cela a des conséquences dans la vie de tous les jours, que le subjectivisme m'effraie moins que l'objectivisme, tant ce dernier paralyse notre marche humaine vers Dieu.

Si j'avais donc à donner une étude de Dieu à travers une étude du Christ (de la théologie à la christologie), je ferais d'abord un portrait de Jésus, tel qu'il nous apparaît dans les Evangiles. Je regarderais ensuite le Seigneur des communautés chrétiennes primitives, pour pouvoir passer de CELUI dont on parle dans les prédications, à la personne même de Jésus. Il me faudra souligner, dans cette recherche, l'importance de la Foi et dire que le Christ de la communauté chrétienne primitive, n'est pas différent du Jésus des Evangiles dont le vécu n'est pas indigne de Dieu.

Rien de tout cela n'est bien particulier ; sinon que mettre l'accent sur cette étude selon l'Evangile, est plus conforme à la vie de disciple du Christ, que de s'enfermer dans les spéculations philosophiques de l'idéalisme germanique. En effet, dans la sphère strictement humaine, pouvons-nous concilier ce qui demeure et demeurera inconciliable : temps et éternité ? Comment unir transcendance et immanence, ces deux grands irréductibles, en dehors de Jésus Christ ? Comment faire fi de celui qui réalise une synthèse qui dépasse notre entendement ? Comment, par notre seule réflexion, concevoir l'incarnation, humanisation de Dieu et la résurrection, divinisation, déification de l'homme ?
La pénétrabilité de la sphère divine, et vice versa, est du ressort de la seule force de Dieu. Il est impossible de réduire ce fait à un concept intellectuel clair. Nous pouvons tout au plus nous approcher du mystère ; ou plus exactement, comme nous l'avons déjà dit, nous pouvons expérimenter l'entrée du divin dans l'humain. L'Esprit-Saint agit dans le monde. Jésus a parlé. Jésus est parole du Père. Il est l'icône, l'épiphanie la plus totale de la Trinité. Il est l'icône exclusive puisqu'il ne donne pas l'image de Dieu comme s'il était un miroir. C'est Dieu lui-même qu'il donne, qui se donne. Dieu qui nous parle avec nos mots d'homme. Dieu que nous percevons directement, par les effets parmi nous, de sa présence active.

Ce que je viens de dire du Christ, je dois également le dire de l'Eglise. Elle est, pour les hommes, l'icône de la Trinité. Cela ne fait qu'un ; l'Eglise est le prolongement vivant du Ressuscité.

A suivre ...
Par Michel Durand - Publié dans : Il y a 30 années... - Communauté : Christianisme
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  • Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir été serveur de restaurant et en paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Je me suis alors intéressé à l'art contemporain et à l'iconographie chrétienne. Ce fut l'occasion, avec Conf
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