Mardi 13 mai 2008

Voici, comme promis un texte de :

Max Gallo, L'Empire, T 1, L'envoutement, pp 83-85, Roman Historique, J'ai Lu 2004.

Je suis donc, en compagnie de Berson, arrivé à Oran, éreinté d'être resté sur mes gardes tout au long du trajet dans des wagons ouverts à tous vents.
Rollin m'a accueilli d'un œil soupçonneux.
« Je ne vais pas vous laisser moisir ici, Faurel, m'a-t-il dit. Avec vous, je ne suis rassuré que lorsque, un revolver ou un sabre à la main, vous êtes . face à l'ennemi. »
Il m'a donc dirigé vers Mascara, et, au-delà, vers le sud.
Heureusement, il a fallu plusieurs jours pour rassembler les hommes et les équipements de ma compagnie d'avant-garde. D'autant que nous étions en outre chargés de préparer les quartiers du régiment.
Berson m'a ainsi fait découvrir Oran où il y a si peu d'Arabes et tant d'Espagnols, d'Italiens, de Maltais et même d'Alsaciens-Lorrains, fraîchement débarqués, auxquels on a promis des terres... qu'il faut prendre aux indigènes, ce qui ne favorise pas, j'en conviens, les relations amicales !
Nous avons eu ainsi la visite d'un personnage qui m'a impressionné. Il était grand et fier, les traits d'une finesse aristocratique, le nez un peu busqué, le front haut, parlant un français à peine teinté d'un léger accent. Il nous a toisés, Berson et moi, qui avions été chargés par Rollin de le recevoir. Il était le chef - le caïd ? - d'un village situé au cœur de la Kabylie, El Mansour, auquel, nous a-t-il expliqué, depuis les temps anciens, quand existait encore l'Empire - mais pas le nôtre, le Romain ! il avait cette prétention-là, de remonter à l'Antiquité ! -, sa famille avait donné son nom patronymique.
Cet Hocine Aït Mansour s'est plaint que l'on ait confisqué ou volé les terres de son village. Il nous a démontré, ma foi fort raisonnablement, que l'achat à bas prix était une manière d'extorsion, de vol ou de confiscation. J'ignorais qu'une loi permettait, dès lors qu'un seul membre d'une tribu vendait une parcelle, de s'approprier toutes les terres collectives !
Que pouvais-je lui répondre ?
Je pensais : la loi est toujours celle du vainqueur. Le droit n'est que l'ample manteau de l'hypocrisie qui cache la lame du glaive !
Il nous a quittés, méprisant et menaçant ; il a répété : « Ce n'est pas la justice, vous le savez, et, un jour, Dieu le veut ainsi, la justice finit par triompher ! »
Ma foi, attendons et, d'ici là, cravache et éperons !
Mais si tous ceux que nous voulons gouverner ont l'énergie et la résolution de Hocine Aït Mansour, notre tâche sera difficile.
D'ailleurs, à ce que m'ont dit Rollin et Berson et à ce que m'a raconté le père Dominique Orabona -, elle l'est aussi bien ici, en Kabylie, que dans le delta du fleuve Rouge,
À Oran, dès que je me suis écarté du centre ville et que j'ai marché par ces chemins - il ne s'agit pas de rues - qui sinuent entre les masures, j'ai ressenti la même impression d'hostilité.
Mais peut-être est-ce seulement parce que je ne suis pas habitué à être perçu comme un vainqueur, à affronter la jalousie et la haine que cet état suscite toujours.
Au fond, nous préférons être aimés plutôt que craints ! Et c'est peut-être dans ce désir que le christianisme puise sa force ! Peut-être est-on charitable, peut-être tend-on l'autre joue à la main qui nous frappe parce que l'on ne supporte pas d'être haï, et que c'est une tâche ardue et austère que de commander à des hommes et de leur imposer sa loi.
Alors on s'agenouille. On préfère porter la croix et se laisser crucifier.
Mais moi, j'ai vocation à être centurion plutôt que martyr !
Cependant, je me serais bien attardé quelques jours de plus à Oran.
Berson m'a fait connaître à la périphérie de la ville, dans ces quartiers arabes où l'on risque un coup de poignard ou un crachat, une Maison rouge, un peu à l'écart.
Tu devines ce que j'ai pu y rechercher !
La tenancière de cette demeure où l'on se presse - mais les officiers y bénéficient d'une priorité - est protégée par deux anciens militaires qui se partagent ses faveurs et ses bénéfices.
On y trouve, réservées aux officiers et aux notables, des filles de quinze ans - voire plus jeunes encore -, à peine pubères. Sont-ce des Bédouines ou des Négresses mâtinées de Maures ? Elles m'ont fait penser à un café au lait foncé.
Je les ai bues sans remords, dois-je te le dire ? Elles gardaient leur visage voilé. Et je n'ai pas cherché à le voir. Le reste m'a comblé comme un entremets léger mais onctueux.
Je serais devenu un habitué du lieu si Rollin ne m'avait expédié vers Mascara et le sud.
Ici, pas de Maison rouge. Mais, la nuit, un souffle glacé qui, sous le ciel constellé, purifie.
Voilà un mot qui plairait sans doute au père Orabona.
Bien à toi,

Ton ami, Charles FAUREL.

par Michel Durand publié dans : écrit de Béni Isguen communauté : Christianisme
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Samedi 19 avril 2008

Au rythme du soleil

Cette année, très vite, pour mon traditionnel mois de janvier, mois sabbatique où je m'efforce de tout mettre en vacances, j'ai trouvé le rythme qui me convient.

Prière avec les psaumes et le Nouveau Testament : le matin, à midi, avant le repas du soir et avant le sommeil.

Lecture le matin : 3 heures

Promenade en touriste l'après-midi, un jour sur deux ou trois ou rencontre de personnes du pays ; sinon, lecture, écriture, dont pas mal de « matières » pour « en manque d'Église ».

Repas à 13 h et à 20 h.

En soirée, lecture de romans.

Voilà l'emploi du temps, le règlement personnel. Bien sûr, ces horaires peuvent varier, mais en gros, c'est cela.

Ce règlement m'est venu spontanément au cours de mes divers séjours au Sahara. Les nuits d'hiver sont longues, froides. Le maximum de choses est possible en extérieure pendant que le soleil chauffe, c'est-à-dire entre 10 h et 17h. Le jour, il fait plus chaud dehors que dedans. Les maisons restent froides.

Vivre en plein air et recevoir toute la vie du soleil.

Toutes les journées se ressemblent et c'est heureux, car cela empêche de se poser la question : qu'est-ce que, aujourd'hui, je souhaite faire ?

Autrement dit, pour ne pas tourner en rond (glander), un emploi du temps est nécessaire. Il est le parapluie de l'ennui. Ennui que je ne connais plus depuis déjà plusieurs années sahariennes en janvier ; mais je dois reconnaître qu'il n'en fut pas toujours ainsi. Vivre un temps de désert, au propre et au figuré, demande un apprentissage.

Lecture

L'axe de mes lectures est, cette année orienté par la recherche sur la pauvreté volontaire. J'essaye de creuser les questions que me posent les objecteurs de croissance. Du reste, la lecture de ce blogue en est le reflet. Je souhaite, à titre très personnel faire le point sur l'appel à la pauvreté évangélique, appel adressé à toute l'Église auquel j'ai souscrit dans la ligne d'Antoine Chevrier, fondateur du Prado : suivre Jésus-Christ dans sa pauvreté. « Le suivre, lui qui, de riche s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa richesse ». « Ne retenant pas le rang qui l'égalait à Dieu, il est devenu l'un des nôtres, jusque dans l'esclavage pour nous conduire dans la gloire divine » (Lire St Paul, St Irénée...).

Il me semble que l'an passé je m'étais orienté dans cette même direction en reprenant ce qu'écrivait un des premiers disciples d'Antoine Chevrier. De mémoire, j'en donne l'orientation : à défaut de réussir à annoncer l'Évangile au monde et de lui apporter le salut, qu'au moins je fasse mon propre salut en me rendant au monastère.

Me sanctifier !

Tâche égoïste d'un mois sabbatique dont je ne pourrais plus me passer. Un mois de solitude bienfaisante.

Le luxe du calme

Il est honnête de souligner que cette année 2008 je bénéficie d'un luxe complet : en plus de la tranquillité : électricité, eau chaude, jardin, terrasse, le tout dans la maison d'été de la famille d'un voisin, l'ibadite, de la rue Leynaud à Lyon.

M'Zab

Situé au fond de la palmeraie de Béni Isguen, ce jardin, clos de hauts murs, offre tout le confort d'une retraite monastique. Ermitage.

Grand calme, espace adéquat pour bien respiré au rythme de la contemplation, hors des regards coupés par les murs. Seuls quelques oiseaux et le vent dans les palmes agitent le silence. Le luxe, quoi ! Je ne peux le cacher. Un luxe qui incite à la tempérance dans la consommation de ce qui n'est plus, par choix, à portée de mains.

Sans s'ennuyer

Parmi les critères d'une vie bien remplie et réussie, je place généralement en premier celui-ci : ne pas s'ennuyer en ne faisant rien. Ne pas connaître l'ennui alors qu'il n'y a vraiment plus rien à faire.

À la lecture de mon emploi du temps, à sa nécessité même, vous devinez que cet objectif est loin d'être atteint. En effet, dans mes journées, la lecture prend toujours beaucoup de place. Témoignage, théologie, spiritualité. Une fois qu'un sujet, ou un chapitre est terminé, assimilé intellectuellement, j'aimerais bien le reprendre dans une méditation suivie de contemplation : vision simple d'une pensée unique. À l'instar des carmes et carmélites , des disciples de Charles de Foucault et aussi d'Antoine Chevrier, j'aimerais pouvoir prolonger les lectures, pieuses ou savantes, par une de repos absolu : laisser à Dieu le temps de me parler au travers de ce que je viens de découvrir, grâce aux textes lus. Une fois de plus je le dis, c'est rare si je tiens plus d'une demi-heure dans le silence complet de la contemplation. L'heure de méditation communautaire du Carmel de Mazille (deux fois par jour me semble-t-il) demeure un objectif non atteignable par moi. Il me faut reprendre la lecture, l'écriture pour chasser la distraction, voire la rêverie.

Hors du rêve

Paresse et rêverie me semblent être les deux obstacles majeurs d'une vie d'ermite, même quand cela dure à peine un mois.

Une chose pourtant demeure certaine, c'est que pendant ce temps de vacances, ma lampe se recharge véritablement. Référence à Antoine Chevrier qui partait à la campagne (Saint-Fons, Tour-du-Pin, Limonest) pour recharger sa lampe.

Disant cela, une autre question. Aurais-je mauvaise conscience de choisir, en hiver, des contrées ensoleillées, donc lointaines ? Peut-être.

Que dans le silence de la prière, l'Esprit de Dieu me façonne. Il semble ne jamais être trop tard.


par Michel Durand publié dans : écrit de Béni Isguen communauté : Christianisme
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Mardi 18 mars 2008
maxgallo.jpgJe lis l’ouvrage de Max Gallo : L’empire, l’envoûtement, la possession, le désamour avec une grande passion.
J’ai du mal à me détacher de ces trois tomes.
A l’occasion, je vous donnerai à lire quelques pages.
Alors que certains voudraient que l’on exalte les bienfaits de la colonisation, je trouve ces pages pleines d’enseignements.
L’humanité, en quête de progrès, aurait-elle pu éviter, pourrait-elle éviter les conquêtes, les humiliations, les massacres, le terrorisme ?



J’énumère :
- Empire romain, conquête de tout le monde connu à l’époque autour de la méditerranée. Une paix ? Les terres africaines servent de grenier à blé pour Rome, puis Constantinople.
- Conquêtes arabes, razzia d’esclaves, déportation des nègres aux Amériques, aux Maghreb.
- Abolition de l’esclavage, mais travail forcé ; enrôlement des soldats « chairs à canon » pour la guerre de 14-18 ; représailles des révoltes. Et toujours l’humiliation, « la plaie inguérissable qu’est l’humiliation, cette lèpre de la colonisation ».
Dans la ligne de Mussolini, dégageant la Rome antique, quel occidental colonisateur ne pense-t-il pas : « c’est notre droit et notre devoir que d’être les héritiers de Rome, nous qui avons colonisé l’Afrique avec nos légions ! »
Progrès, conquêtes, colonie, Indiens massacrés, nègres exportés. Commerce, colonialisme. Néo-colonialisme. Révolte, répression, revanche de l’Orient contre l’Occident. L’axe du bien contre l’axe du mal… selon quel critère ?
Il me semble qu’il est bien difficile de parler de la valorisation de la colonisation même si tout n’a pas été dé-civilisation. Comment connaître toute la vérité de la colonisation française et ce que cette histoire légua aux hommes à venir ?
Max Gallo nous en donne une idée.
Bien sûr, il est toujours possible de dire, même historique, son ouvrage, « l’Empire », n’est qu’un roman.

Extraits :

« Qu’est-ce que j’attendais pour dire la vérité de ce que j’avais vu en Haute-Volta ? Je savais que l’on incendiait les villages parce que les jeunes hommes s’enfuyaient pour ne pas être enrôlés » (p. 187).

Une division noire affectée à se lancer à l’assaut des lignes allemandes :

« Il neigeait. Les tirailleurs étaient figés par le froid, paralysés dans leur capotes trempées, les doigts gourds… En quelques secondes la moitié d’entre eux avaient été fauchés par les mitrailleuses, et les autres s’étaient mis à courir en tout sens…
Un noir est vivant ou mort ; ça ne se soigne pas ! »

Il y a une loi « commune à toutes les civilisations : la richesse ne naît que de la peine des hommes »… des mines de charbon (Germinal, Zola) aux construction des lignes de chemin de fer dans la forêt équatorial.

par Michel Durand publié dans : écrit de Béni Isguen communauté : Christianisme
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Mardi 11 mars 2008
Quand on a les moyens !
Je reviens sur cette expression employée et commentée il y a quelques jours. Ne peut-on pas imaginer un lien avec la première des tentations de Jésus relatées dans les récits évangéliques qui parlent de Jésus jeûnant 40 jours dans le désert (Mat 4,1-11) : « Si tu es le fils de Dieu ordonne que ces pierres deviennent des pains » ?
Jésus, homme comme tous les hommes, a connu tout au long de son existence la faim. Ses disciples aussi connurent la faim : « Un jour de sabbat, Jésus vint à passer à travers des champs de blé. Ses disciples eurent faim et se mirent à arracher des épis et à les manger » (Mat 12,1).
Quoi de plus normal que de rassasier sa faim, même légère, fut-ce un jour sabbatique où il est, selon la loi, interdit de travailler (et non de cueillir, soit dit en passant, des produits dont on n’est pas propriétaire).
Jésus comble sa faim.
Comme tout homme, il trouve le pain nécessaire pour satisfaire ce besoin premier. Mais, accomplir un miracle prodigieux pour cela, voilà une tentation qu’il refuse.

Quand le besoin n’est-il plus premier ?
Il y a pour l’humanité d’aujourd’hui –l’Occident surtout, mais des pays dits émergeants suivent à grands pas le même chemin- une réelle tentation à augmenter inconsidérément les « moyens » dont on dispose en transformant l’accessoire en essentiel. La « tentation économique » de l’Occidentellul.jpg (voir Jacques Ellul) consiste à rendre légitime toutes sortes d’activités productives. On crée des besoins pour se donner l’occasion d’inventer des productions qui vont satisfaire ces besoins. Si, « sur le marché, est lancé un produit, c’est qu’il correspond à un besoin ». Au préalable, la publicité a efficacement agi pour que le besoin en question soit considéré comme bien réel. « La vie économique n’existe que pour satisfaire des besoins qu’il faut créer pour pouvoir écouler le nouveau produit ». Et l’homme montre une grande ingéniosité dans ce domaine créatif.
Quand on a les moyens, est-ce pour se payer tout ce qui est produit ?
La société de consommation offre une production telle que jamais la faim ou la soif de nouveauté ne sera rassasiée.
L’homme serait-il comme Dieu, capable de créer mille et mille choses ? On pourrait le penser à force d’apprécier de ce qui est inventé pour répondre aux attentes humaines, par exemple pour une femme (et peut-être un jour pour l’homme) engendrer un enfant avec le seul contact d’un laboratoire médical. Par sa capacité de « miracle productiviste », l’homme prouve qu’il est divin.
Mais voilà : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu » (Mt 4,4).
Nous comprenons que « le pain » dont il est ici question est le symbole de toute espèce de fabrication dont l’homme est capable. Parmi celles-ci, il y a de l’indispensable et du futile.
« La faim de pain est indiscutable, écrit Jacques Ellul. Mais la faim de la Parole de Dieu, moins évidente dans les tripes, est encore plus essentielle ». Jésus, refusant de transformer des pierres en pain, ne refuse pas de prouver qu’il est le Fils de Dieu –miracle merveilleux qui n’aurait vraisemblablement aucun effet sur des personnes obstinées à le condamner. Jésus indique qu’il y a beaucoup plus important que le pain. Pour lui, homme comme pour tous les hommes, il y a d’abord à avoir faim de la Parole de Dieu.
« Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra » (Lc 4,4).
« La Parole du Dieu vivant, l’Être des Êtres, le Père est encore plus indispensable pour vivre une vie d’homme digne de l’humain (la production de tous nos innombrables « biens » en réalité abaisse l’homme au-dessous de l’humain…). Voir Jacques Ellul, le défi et le nouveau, si tu es le Fils de Dieu, la Table Ronde, 2006, p. 988.

par Michel Durand publié dans : écrit de Béni Isguen communauté : Christianisme
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Samedi 1 mars 2008
L’idée d’un progrès infini, d’une croissance absolue vient de la convoitise individuelle et sociale.
Avant de lire ce texte ci-dessous de Jacques Ellul, rappelons-nous que exousia signifie les autorités, un « plus » provenant du cœur humain imposant ses modes de voir à tous.

SI TU ES LE FILS DE DIEU


« Tout s’enracine dans la convoitise ».
Regardons le récit de la Genèse « où nous trouvons les deux niveaux de la convoitise : la femme regarda l'arbre et vit que son fruit était agréable à la vue (convoitise des yeux), précieux pour ouvrir l'intelligence (convoitise du savoir... lequel ?) et qui correspond à la convoitise suscitée par le serpent : « Vous serez comme des dieux capables de dire ce qui est bien et ce qui est mal », convoitise absolue : être comme Dieu !

De là en effet dérive tout le reste, et spécialement ce que nous connaissons dans notre monde actuel, à savoir de proclamer bien ce qui manifestement est mal (par exemple tuer pour la patrie, ou pour le parti, ou pour la religion) et proclamer mal ce qui est dit bien par Dieu (par exemple, la récusation des autorités, le combat pour une véritable liberté, la véritable autonomie de la personne). Et cette convoitise se porte à son sommet sur l'autre. Elle est alors l'inverse de l'amour. Domination de l'un sur l'autre, quel que soit cet autre, la femme, l'enfant, le vaincu, autrefois le nègre ; maintenant l'esprit de puissance habite dans l'islam, contre l'Occident.

WERFF-ADAM-ET-EVE.jpgAdam et Eve, Adriaen Van der,
Van der Kralinger-Ambach, XVII-XVIIIe

Mais la convoitise, l'esprit de puissance ont un caractère individuel, habitant au cœur de chacun, cependant que tous étant habités par cette convoitise, c'est donc le corps social qui, tout entier, l'exalte. El il se produit le phénomène de l'exousia ; c'est-à-dire que la totalité des individus d'un corps social ne produit pas seulement une addition de puissance, mais aussi un plus, qui donne à la société son caractère incommensurable à l'individu, et un sens ultime, qui contraint tout individu et qui fait que seul le corps social paraît légitime (d'où l'interprétation absurde de la « démocratie »). Et ce sera de ce corps social que vont naître alors un esprit de puissance au second degré, une convoitise au second degré, qui, à la fois, donnent un sentiment de vérité absolue et poussent à satisfaire notre convoitise personnelle dans la voie ouverte pour ce corps social. La tentation prend donc à la fois son origine dans notre personne, et trouve sa justification dans le corps social qui lui donne souvent la possibilité de s'accomplir.

Mais pour qu'il y ait tentation, il ne suffit pas que la convoitise existe, Elle pourrait rester enfermée dans notre cœur et se borner à nous torturer. Jacques nous dit que l'on est « amorcé », attiré, appâté. Il faut qu'il y ait une circonstance extérieure - rencontre, événement fortuit ou provoqué - qui amorce la convoitise, L'homme assoiffé d'argent ne le volerait pas s'il n'avait la rencontre brusque avec l'argent à sa disposition (ou presque... ce serait si simple de gagner ces millions à portée de la main). L'homme habité par l’Eros peut rester torturé, refoulé, jusqu’au moment où il rencontre la femme ,qui devient brusquement pour lui la Femme, et qui de plus semble l’accueillir. Ainsi la tentation est la conjonction entre cette convoitise et cette circonstance.

« Le diable n’est que le représentant de l’humanité entière, qui parle en son nom. Il n’est qu’un personnage symbolique et artificiel, le vrai tentateur étant l’humanité, personnelle et sociale ».

Jacques Ellul






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  • : France Lyon
  • : Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir travaillé comme serveur de restaurant tout en étant au service d'une paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Là, je me suis beaucoup intéressés à l'art contemporain tout en enseignant l'iconographie chrétienne. Cela m'a donné l'occasion, dans le cadre des loisirs culturels, d'organiser de nombreuses expositions. Avec des amis, nous avons ouvert une galerie d'art dans le Vieux-Lyon, Confluences - 20 années de présence. Ces activités […]
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