Lundi 5 janvier 2009


Imaginons que nous soyons en janvier 2008 dans le M'Zab en train de visiter ce pays cher à Le Corbusier. Puisque nous ne sommes pas des voyageurs pressés, je nous invite à une visite approfondie de Beni Isguen. Il y a peu de photos ? Mias, c'est une invitation à aller voir sur place.

Bien sûr, nous avez suivi quelques jours avant, la visite guidée de Ghardaïa, ville et palmeraie et nous avons même profité de celle de Beni-Isguen. Nous voilà ainsi fin prêts pour une nouvelle découverte, à notre rythme cette fois.

Comme chacun le sait, seule la visite répétée offre la possibilité de comprendre, presque de l'intérieur, le sens de ce qui est vu.

Notre saine curiosité - pleine de respect - sera comblée si nous avons la chance de pénétrer dans une maison amie. Sans cela toute demeure, somme toute, restera bien étrangère quand on ne la voit que de l'extérieur.
« Comment ces gens peuvent-ils vivre derrière ces murs qui n'ont aucune ouverture sur la rue ? » pense inconsciemment l'Occidental, passablement dérouté par autant de secrètes protections.

Beni-Isguen connut ses premières constructions s'organisant autour de la première mosquée.

L'évolution de la ville
Le point de départ de Beni-Isguen  est la mosquée autour de laquelle il y avait les premières habitations. Celles-ci datent du XIe siècle (5 siècles après l'Hégire). La première mosquée n'est qu'une petite salle car le quartier est de très petite taille. Il n'y a pas de minaret. En effet, pour appeler la population à la prière, il suffit que le muezzin monte sur la terrasse de la mosquée pour qu'il soit entendu par les habitants.
Le puits qui se trouve creusé au service de la mosquée est très profond : 80 mètres.

La population s'accroît ; une autre mosquée est construite, de l'autre côté de la rue ; à son tour, celle-ci s'agrandit 3 fois de suite, comme le montrent les trois absides du mur qibla (indication de la direction de La Mecque). La niche la plus grande serait du 18e siècle ; les deux autres des XIII° et XIV° siècles, 1321 étant la date de la première porte de la ville. On voit que cette porte est construite en s'appuyant sur 2 palmiers qui se rejoignent au milieu. Une autre abside en hauteur indique une mosquée d'été en terrasse.

Près de la porte, se trouve une place de marché et des rues où les artisans échangent leurs produits - tapis, vêtements, tissages - contre ce qu'apportent les nomades qui restent hors de la ville - bois de chauffage, animaux, lait, laine, beurre.

2ème porte  XVIIIe siècle
    époque de la Tour (1700) qui se trouve à une altitude de 530 mètres.
Les remparts doivent être de cette époque. Ils furent construits vers l'oued en prévoyant des espaces vides qui se remplirent progressivement. À l'intérieur des remparts, un passage assez large existe pour la circulation, tantôt plat (vers l'oued), tantôt en escalier ?) vers la tour du sommet de la colline.



Mahdara ( ?)
Petite maison où le Cheik Amir ( ?) préparait son prêche. Mort en 1788 ( ?)

Place du Marché
C'était le lieu où se vendaient les produits de l'artisanat réalisés par les femmes, par exemple les tapis.
Depuis une trentaine d'années, entre 16h et 18h, c'est devenu une sorte de vide-greniers où les particuliers tentent de vendre ou d'acheter tout et n'importe quoi d'occasion. Ce sont des membres de la mosquée qui surveillent cette vente (jadis) à la criée.

Le crépi des murs
Il est obtenu avec des régimes de dattes (alors que les fruits sont récoltés) qui servent d'outils pour projeter le crépi sur les murs. Ce « granulé » apporte une protection par rapport à l'eau qui ne peut pas couler sur la surface du mur.

Construction

Les maisons sont construites à l'aide de palmiers qui servent en quelque sorte de gabarit. On n'utilise que des palmiers morts ; jamais on n'abattra un arbre pour la construction.

A l'angle des murs, au sol, se trouve un renfort : boulila ( ?)
Cette borne assure aussi une répartition de l'eau.

Depuis le classement au Patrimoine mondial de l'humanité en 1982 par l'UNESCO, un financement contribue à l'entretien de la tour et des remparts.

Les constructions des maisons se font sur le rocher. Dans celui-ci, on creuse un peu, on met du mortier de chaux sur lequel on élève le mur. « Le mortier de chaux redevient dur comme la pierre calcaire qu'il était », disent les Anciens.
Le rocher étant incliné - on installe un sol à niveau horizontal. Dessous, ce sera la cave.

Dernière porte : XIXe siècle.
Date de la construction de la Mairie coloniale.

Par Michel Durand - Publié dans : écrit de Béni Isguen - Communauté : Christianisme
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Samedi 3 janvier 2009

Ghardaïa - 1053 - XIème siècle - premières constructions
Classé au patrimoine de l'UNESCO en 1982

Ces quelques notes n'ont pu être vérifiées sur place. J'en appelle donc aux connaisseurs du pays pour y apporter toutes les corrections utiles.


Les rues

Les rues sont construites étroites pour garder toute la fraîcheur. Il n'y a pas de fenêtres donnant sur la rue, sinon une petite ouverture, parfois, située au-dessus de la porte d'entrée ; ce qui permet de voir de l'intérieur sans être vu de la personne qui frappe. Cela peut être également de cet orifice (petit trou), petit rectangle muni d'un volet type persienne, claustra, moucharabieh... qu'un dialogue s'établit entre le visiteur et la personne qui se trouve à la maison : « Non, mon mari n'est pas là. Je pense qu'il sera là dans une heure... »

Si les murs extérieurs des maisons sont très souvent de couleur ocre, sable, parfois assez sombre, les intérieurs sont plutôt très pastel, bleu, vert, rose, blanc !


Le but premier est de répartir la lumière dans toutes les pièces à partir du « puits » de lumière situé au centre de la maison. Pour se faire comprendre, on peut employer le mot de Patio pour désigner cette pièce carrée centrale ; la lumière entrant par le percement de la terrasse éclaire le rez-de-chaussée, lequel peut également communiquer avec un sous-sol grâce à deux ou trois lucarnes grillagées et munies de dalles de verre. L'existence de pièces en sous-sol semble ne pas être possible au bord de l'oasis, vers l'oued, où il y aurait risque d'inondation à la suite des orages.


Les portes des maisons ouvrant à droite et à gauche de la rue sont toujours décalées l'une par rapport à l'autre. En effet, es constructions sont réalisées de telle sorte que l'intimité familiale soit entièrement préservée. D'un logement, on ne peut pas voir ce qui se passe dans un autre. Même d'une terrasse à l'autre, où les murs sont élevés de telle façon qu'ils dépassent la hauteur de vue tout en laissant entrer suffisamment le soleil. Un voisin n'a pas le droit de construire un mur qui couperait chez soi toute entrée solaire.


Pour préserver l'intimité, un mur se trouve juste en face de la porte d'entrée. Cette installation de chicane coupe tout regard indiscret. De plus, un rideau est souvent accroché à l'entrée pour renforcer la discrétion.

La maison est, sans aucun doute, le domaine du privé. Les lieux de rencontres traditionnels sont la place du marché, les portes de la ville, l'entrée de la mosquée, notamment à l'heure des prières (5 par jour).


Distribution schématique d'une ville.

    Mosquée - le centre

    Les habitations - autour, si possible - sans commerçants - ou peu de commerces.

    Les rues commerçantes qui donnent sur la place du marché, favorisant le contact avec le monde extérieur : entrée des animaux aux produits manufacturés ou pour l'alimentation, produits des jardins de l'oasis...


Évolution des villes

    Différentes dates ponctuent l'architecture d'une ville du M'Zab.

    Ainsi, à Ghardaïa, nous trouvons des traces des XI°, XIII°, XVI°, XIX° et, bien sûr, XX° siècles.

    Le Minaret de Ghardaïa : l'architecture de la mosquée montre le 1er minaret (petit) du XI° siècle, puis, avec l'augmentation de la population, le 2ème minaret, la 2ème mosquée (XIII°)

    L'agrandissement de la ville se voit au niveau des passages - portes d'entrée dans la ville : Porte du Marché du XIII° siècle.

          Porte du Marché du XVI° siècle.

          Porte du Marché du XIX° siècle.


Les puits

Chaque quartier possède son puits ; actuellement  non utilisés parce que chaque maison possède l'eau au robinet. Comme la ville est construite sur du rocher, les puits sont taillés dans la roche. Plus on est élevé, par exemple à la mosquée, plus le puits sera profond. On parle de puits de 85 mètres, de 60 mètres, de 25 mètres.

Un animal (âne, chameau) tire sur une corde pour faire remonter une outre, laquelle est déversée dans un réservoir..

L'eau est souvent saumâtre ; elle sert pour les travaux ménagers, la lessive, les constructions. Aucune eau ne doit être perdue ; ce qui est en trop est versé au pied du palmier qui se trouve souvent à côté du puits. Quand le  palmier donne des dattes, celui-ci étant de bien commun, elles ci sont remises à la mosquée.


Cimetière

La tradition ibadique veut que l'on n'enterre jamais sur un emplacement déjà utilisé ; les nombreux cimetières que l'on voit sont donc aussi anciens que la fondation de la ville ou du quartier, et ils s'étendent en surface au fur et à mesure des besoins. L'observation de l'état des sépultures - peu ou beaucoup de pierres -,donne une idée de leur évolution chronologique ; les plus anciennes sont celles où l'érosion - vent, sable, pluie - a accompli son travail.

Il arrive qu'il n'y ait plus assez de terre meuble pour creuser des sépultures et qu'il faille s'étendre sur des parties rocheuses. Les creuser serait trop difficile, trop coûteux. On construit alors sur la roche des sépultures faites de terre, de pierres et de mortier de chaux.


Fraction

Les Mozabites sont divisés en fractions. Cette organisation sociétale se retrouve au cimetière. Chaque fraction a son territoire.


Indication des défunts : Qui est enterré ici ?

Il me semble que dans tout le Maghreb la symbolique est identique.

. Une pierre verticale plantée en terre à la tête, une autre aux pieds.

  Deux pierres : c'est un homme.

  La distance entre deux pierres en montre la taille. On repère ainsi, de suite, les enfants.

. Une pierre à la tête, toujours verticalement plantée, deux aux pieds : c'est une femme.

  Si cette dernière est enceinte au moment de sa mort, une quatrième pierre est fichée en terre au niveau du ventre.


Le nom ? Mais comment savoir qui est, ici, enterré ?

Un objet, propre au défunt, sera posé sur la tombe à proximité de la pierre signalant la tête.

Dans l'ancien temps, il y avait beaucoup de pots en terre, puis ce fut en métal ; mais ce peut être aussi tout autre objet. Depuis quelque temps, on voit apparaître des plaques avec le nom, la date gravée dessus.


L'aire de prière

Avant de procéder à la sépulture, les proches du défunt se retrouvent sur une « mosquée » du cimetière. Là, on prie pendant quelques minutes.

On se rend ensuite sur le lieu précis de la sépulture.


À l'origine d'un cimetière, il y a souvent celle d'un grand personnage, un saint, un fondateur de ville. On a voulu se faire enterrer en sa proximité.

A Ghardaïa, il s'agit de Cheik Hamed Saïd Berb (XV° siècle). Cet homme avait une école coranique avec une petite mosquée



Lire : Pierre Cuperly, L'étude de l'Ibadhisme et de sa théologie.



Par Michel Durand - Publié dans : écrit de Béni Isguen - Communauté : Christianisme
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Vendredi 22 août 2008
Pendant mon séjour à Beni-Isguen (M’Zab), on m’a apporté à lire un livre de Rachid Mimouni « De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier ». Presses Pocket 1993.
Rachid Mimouni m’est présenté comme un écrivain célèbre qui dit la vérité de l’Algérie. Ecrivant en langue française, il semble peu lu par les jeunes générations éduquées en langue arabe, suite à une politique d’arabisation de l’Algérie.
Quand l’auteur a écrit son texte, de fin 1991 à 1992, il me semble qu’il avait senti le drame de la violence dans laquelle l’Algérie allait s’enfoncer..
En 1991, l’Algérie indépendante organise ses premières élections démocratiques. Le Front Islamique du Salut (FIS) obtient la majorité des sièges à l’Assemblée. Comment est-il parvenu à séduire tant d’individus, hommes et, surtout, femmes ?
Dans ce livre, il explique que l’intégrisme est une imposture qui discrédite la religion d’Allah. C’est, je pense, pour cela que l’on m’a conseillé de le lire.

mosquée, écoles ibadhites

Les Ibadhites, séparés de l’Islam officiel depuis Ali, gendre et cousin de Mohamed, selon les décisions du Conseil de leurs savants (Cheiks), n’ont pas accepté que le FIS prenne pied dans le M’Zab.

Voici deux extraits de ce livre :

1°/ A propos de la Science.
« La science astronomique permet depuis longtemps de calculer très précisément la date d’apparition de la nouvelle lune et, par conséquent, le début du mois sacré qui vit descendre les premiers versets du Coran. Il y a plus d’un avantage à pouvoir fixer à l’avance la première et la dernière journée d’abstinence, car les horaires de travail changent comme nombre d’autres habitudes et mode de consommation… Mais nos dogmatiques conservateurs s’obstinent à refuser les calculs de la science qui régit le mouvement des planètes. Ils persistent à vouloir constater de visu l’apparition du croissant et rejettent même l’usage du télescope. Ils tiennent à lever leur regard vers le ciel, même s’il est couvert de nuages, et la communauté musulmane tout entière attend l’oracle jusque fort tard dans la nuit. ».

2°/ Démocratie ?
« Il est une question essentielle : les Algériens sont-ils prêts à vivre ensemble, à s’accepter avec leurs différences sans que les uns menacent de sauter à la gorge des autres ?
A moins de consentir à plonger le pays dans le drame, le Pouvoir actuel est requis d’œuvrer à l’élaboration d’un consensus susceptible de permettre la coexistence des frères ennemis.
Les intégristes doivent renoncer à leur projet totalitaire et accepter que les coreligionnaires qui ne partagent pas leurs convictions aient le droit de vivre dans le même pays et de s’exprimer librement.
Les démocrates doivent se soumettre au principe majoritaire et accepter un éventuel Gouvernement islamiste.
Le drame est qu’en telle occurrence, les premiers se promettent d’égorger leurs opposants et les seconds parlent de quitter le pays ».

Par Michel Durand - Publié dans : écrit de Béni Isguen - Communauté : Christianisme
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Mercredi 13 août 2008

Message d'un Ibadhite du M'Zab


Si je pouvais dire quelques mots aux Occidentaux, voilà ce que je dirais :
« Les Algériens regardent les Ibadhites comme les Occidentaux voient les Tziganes, les Gitans ou ...
Il faut que les Français comprennent que l'Algérie, ce n'est pas un seul peuple.
Généralement, vous dites « les Arabes ». Non, il y a aussi les Berbères et les Berbères sont multiples.
Il faut comprendre la riche variété de l'Algérie. Sur cette grande surface, il y a plusieurs peuples, tous dignes. »

Ibadhite et arabe


Par Michel Durand - Publié dans : écrit de Béni Isguen - Communauté : Christianisme
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Mercredi 6 août 2008


Ayant fait le choix de vivre à l'oued M'Zab, les Ibadhites avaient aussi pris conscience que le refus de l'ostentation était une garantie de sauvegarde.

Origine

VIIe siècle : Mohamed ne s'est pas désigné de successeur. Ali, son cousin et gendre, fut proclamé Khalife à la quatrième tentative d'élection. Il avait été écarté lors des trois premières. Le Gouverneur de Syrie, Mou'awia, souhaitait le Khalifat. Il entra en guerre contre Ali. À la bataille de Ciffin en 657, Ali, pour éviter une effusion de sang, accepte la proposition de Mou'awia de s'en remettre à des arbitres. Au nom du Coran, certains refusent cet arbitrage. En effet, selon l'orthodoxie coranique : « Le jugement appartient à Dieu seul ».

Par fidélité à la Loi, un groupe se forme et se sépare des partisans d'Ali. On appelle ces schismatiques des Kharedjites (sortants). Ali n'est jamais parvenu à exterminer ces gens qui affaiblissaient son autorité. Le Kharedjisme donne naissance à, au moins, deux écoles : les Soffites (Çafrites) ayant des doctrines cruelles et intransigeantes et les Abadhites (ou Ibadhites) avec une doctrine modérée, non violente éventuellement.

De Baçra (Irak), les cheikhs formaient des missionnaires qui propageaient la doctrine et poussaient à la révolte. On les voit dans l'Oman, à Zanzibar, en Ifriquiya : Djebel Nefousse, au Maghreb : Kairouan (au VIIIe siècle), chez les Berbères Zénètes (Algérie).

Abderrahmane Ibn Rostem, tolba (clerc) d'origine persane, fonde la ville de Tahert à 9 km de Tiaret. Il y établit une Cité-Etat que des imans successifs rendront riche et prospère durant un siècle et demi. Son pouvoir s'étend sur une bonne partie du Maghreb. Il a des relations avec le Soudan Occidental. On trouve, à cette époque, des Ibadhites dans l'oued Righ, dans les Monts du Zab, dans les Zibans, le Souf, la région d'Ouargla et de Laghouat.
Cet Etat maghrébin contribue à affirmer, dès cette époque, l'autonomie d'un Maghreb musulman, tout en représentant l'idéal politico-religieux des Kharedjites.

Une agression des Fatimides Chiites provoque l'effondrement de cet équilibre en 909. Des petits groupes errent dans ce pays devenu hostile. Quelques-uns se réfugient chez les Ibadhites d'Ouargla. Ils s'installent à Sedrata (Isedrata), axe commercial Nord-Sud : or, esclaves, etc... La nouvelle cité brillera très vite par sa richesse. Mais, vers 1075, cette nouvelle puissance ibadhite fut, elle aussi, détruite. Il n'y aura plus en Algérie de puissance kharedjite ibadhite, hormis la petite communauté qui se réfugie dans le M'Zab.
On trouve d'autres foyers ibadhites en Arabie, à Zanzibar, au Djebel Nefoussa (Tripolitaine, à Djerba (Tunisie).

On peut lire :  C. et P. Donnadieu ; H. et J-M. Didillon, « Habiter le désert, les maisons mozabites », Pierre Mardage éditeur.


Isedraten

Si l'on veut le souvenir d'un modèle urbain préalable aux villes du M'Zab, c'est donc vers Isedraten (entièrement détruite) qu'il faut se tourner. On dit que cette ville avait une forêt de 400.000 palmiers irriguée avec soin. L'eau y était abondante, proche de la surface de la terre (dans les 3 mètres). Rien ne manquait, tant dans le domaine des biens matériels que dans celui des biens spirituels. On la nomma, dans le monde arabe, « la Glorieuse ». Tous les raffinements de l'art islamique y étaient représentés ainsi qu'en témoignent les stucs exposés dans les musées algériens.

Nous savons que les siècles autour de l'an mil connurent de grandes violences.
Isedraten fut détruite au début du XIe siècle.


Au M'Zab

voir : Manuel Roche « Le M'Zab » - Arthaud 1970.

Les survivants d'Isedraten s'engagent vers l'Ouest, dans le désert le plus rebutant, le plus aride. Succession à l'infini de mamelons de pierraille nue. Des vallées tracent dans ces collines pierreuses une sorte de filet, d'où le nom de cette partie du Sahara, la Chebka (le filet). L'une de ces vallées a le nom d'Oued M'Zab. C'est là que les Ibadhites rostémides (descendants d'Ibn Rostem) décident de se fixer. Ils choisissent cet endroit si difficile d'accès, si dur à vivre, car ils sont persuadés que plus personne ne viendra les en chasser. Ils ont le souvenir de leurs anciennes constructions, mais choisissent de se doter d'un cadre de vie totalement différent. Ils visent simplicité et sobriété ; le seul choix de vie, du reste, que le contexte géographique leur permet, tant il y a à faire pour rendre vivables ces terres arides.

Les architectes eurpéens qui ont découvert, pleins d'admiration, les villes mozabites, en parlent ainsi : « Le phénomène historique qui fait de la vallée du M'Zab un événement permanent et exceptionnel, c'est que ces hommes, depuis près de mille années, ont choisi comme saint Bernard et avant lui, et ont préservé jusqu'à nous vivante, la rigueur. C'étaient des hommes cultivés, habiles artisans, heureux architectes. Cette simplicité de formes que l'on trouve au M'Zab, à chaque pas, avec l'émerveillement, n'est pas la conduction naturelle d'un art primitif amélioré. C'est à une époque donnée, à un niveau de culture très élevé, le choix collectif d'un refus de l'ornement, de l'inutile, de l'ostentation ».

Avant même de construire, d'embellir, sous la direction des Conseils des Religieux, il avait été compris qu'il fallait réserver tous les efforts à la création de palmeraies pour assurer la survie de la communauté. Et l'eau n'était plus à 3 mètres du sol, mais à 30, 60, 100 mètres de profondeur.

Les Ibadhites avaient aussi pris conscience que le refus de l'ostentation était une garantie de sauvegarde. N'ont-ils pas perdu Tiharet, Isedraten pour y avoir trop bien vécu dans l'opulence, la prospérité, le luxe ?


Construction d'une ville

Il a fallu une cinquantaine d'années pour construire les 5 villes de l'Oued M'Zab.

Voici un rapide schéma de la construction de El Atteuf (le Tournant), la plus ancienne, de Bou-Noura (la Lumineuse), de Beni-Isguen, de Melika (la Reine) et de Ghardaïa (la plus récente). Sans parler des éloignées Berriane et Guerrara.

D'abord les remparts - plus exactement les murs d'enceinte.
Ensuite la mosquée, sur un endroit des plus convenables, généralement au sommet de la colline.
Puis les habitations - et, vers la porte de la ville, les endroits de commerce.
La mosquée tient lieu de centre culturel, social et religieux. L'eau y est nécessaire pour les ablutions, indispensable préalable à la prière.
Les chefs religieux sont les dirigeants de la ville. Encore maintenant, même si cela passe par l'élection démocratique d'une liste - celle des indépendants - dressée sous leur influence. Aux dernières élections, j'ai entendu dire que la liste socialiste de Ghardaïa avait obtenu le plus de suffrages. On a voulu ainsi signifier une volonté de distance tant du pouvoir politique traditionnel (celui de l'État), que du pouvoir des religieux.
Du sommet au bas de la ville, les habitations vont des plus nobles aux moins nobles.
Près de la mosquée, habitent les clercs, les lettrés, religieux, enseignants et étudiants.

À mesure que l'on descend vers les remparts, on trouve des professions moins nobles pour rencontrer, tout en bas de la ville, les commerçants. Le commerce étant la seule activité de la ville qui n'ait pas ses assises en la mosquée. La place du marché est l'espace où peuvent pénétrer les étrangers. Mais ceux-ci, comme les nomades, ne peuvent dormir qu'à l'extérieur de la ville. Ceci, jusqu'à l'établissement des Maisons d'accueil (fondouks) qui se créèrent dans le bas des villes.

Manuel Roche conclut ainsi ce chapitre de son livre :

« C'est pour préserver la leçon du M'Zab aux jeunes architectes, non seulement de l'Algérie mais du monde entier, c'est pour garder aux Algériens comme aux touristes étrangers le spectacle de la justesse même, de la mesure et du goût, que nous avons fait de livre. C'est aussi pour dissuader les habitants de la vallée d'une modestie si grande qu'elle renie les valeurs dont leurs villes nous apparaissent comme les témoins miraculeux, des valeurs que notre monde moderne a oubliées, a perdues et dont « notre progrès » a tant besoin pour retrouver un équilibre ».

« Pas plus que dans les villes, les maisons des palmeraies ne démontrent une recherche d'ostentation. Bien au contraire, elles sont simples et solides, les pièces ont des proportions petites et suffisantes, un peu comme des cellules de moines ».


Par Michel Durand - Publié dans : écrit de Béni Isguen - Communauté : Christianisme
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  • : Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir été serveur de restaurant et en paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Je me suis alors intéressé à l'art contemporain et à l'iconographie chrétienne. Ce fut l'occasion, avec Conf
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