Samedi 24 mars 2007
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Les passages de l’Evangile qui témoignent de la liberté de Jésus sont très nombreux. Nous pouvons facilement les noter au cours d’une lecture continue de l’un ou de l’autre des évangiles. Alors que la législation religieuse interdisait au bon croyant tout contact avec des « impurs », Jésus non seulement accepte que les marginalisés de la Loi s’approche de lui, mais, très concrètement, se rend dans les quartiers (les zones) où ces hors-la-loi, exclus de la synagogue, étaient parqués. Descendant avec Jésus de la montagne où un sublime enseignement fut donné, une foule nombreuse (ses auditeurs) assiste à un évènement incroyable. (Lire Matthieu 8,1-4)Un lépreux s’approche de Jésus et Jésus se laisse approcher. Il brave encore plus l’interdit de côtoyer ces « gens impurs » en étendant la main afin de le toucher : « comme tu me le demandes, sois guéri », dit-il en touchant sa chair meurtrie de lépreux.Un autre récit de guérison de lépreux (Luc 17, 12 et suivants), montre bien l’impossibilité pour un malade de s’approcher d’un homme bien portant. Il s’agit dans ce passage d’un lépreux qui venant à la rencontre de Jésus se tint à distance, et, élevant la voix (pour se faire entendre car il est assurément éloigné de son interlocuteur) dit : « Jésus, Maître, aie pitié de moi ». Le lépreux a une grande confiance en Jésus, le Maître.Il n’y a rien d’extraordinaire dans ce qui se passe. Jésus lui demande seulement d’aller voir les prêtres et il y va. Nous percevons combien cette demande est absurde. Malade, impur, jamais le prêtre ne le recevra. Mais voilà qu’en chemin, il guérit. « Purifié », la démarche auprès du prêtre devient une pure formalité. Reconnaissant que la lèpre l’a quitté, ce dernier, le prêtre, ne peut que permettre la réintroduction dans l’assemblée des croyants pratiquants.Arrivé à ce stade de ma méditation, je me demande à qui peut bien, aujourd’hui, se reporter ce récit. Suis-je lépreux ? Qui est lépreux ?Au-delà de la terrible maladie, le symbole d’amour Effectivement, il est impossible d’abuser de cette page d’évangile en étendant le mal physique absolu, bien réel dans ce récit, à toute forme d’exclusion de groupes humains.Jésus se laisse approcher des lépreux et les approche. De même, il s’approche de toutes personnes en détresse quelque soit l’interdit religieux. Les chapitres 8 et 9 de l’évangile selon Matthieu en témoigne : A Capharnaüm, toujours : un centurion (un ennemi de l’armée romaine occupante), des démoniaques, aliénés, errants dans des refuges au bord du lac, une femme hémorroïsse depuis douze ans, un aveugle, un autre démoniaque muet. En fait, Jésus fortement ému de voir la misère de tous ces gens du bord du Lac, ne se contente pas de les libérer de leurs maux. Il prend du plaisir en mangeant et en buvant avec eux. « Il mange avec les pécheurs » se scandalisent les pharisiens. Or, Jésus a conscience de son bon droit et se justifie devant les gens de la bonne société, stricts observateurs de la Loi. « C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. »Comme précédemment, je ne veux pas (et ne peux pas) me déterminer sur qui est pécheur ? qui ne l’est pas ? qui va mal ? qui va bien ? …Je suis seulement –c’est le principal, la pointe de ce récit- interrogé par cette tranche de vie de Jésus.Que ferait-il avec les jeunes prostituées* exclues des centres villes s’il se présentait à elle par mon intermédiaire ?Que ferait-il avec les enfants scolarisés de parents sans papiers alors qu’ils sont emprisonnés pour une reconduite immédiate à la frontière ?Quel serait son dialogue avec les divorcés remariés ?À vous de poser d’autres interrogations ; la liste me semble fort longue.Je maintiens l’affirmation : la miséricorde de Jésus-Christ l’emporte sur le respect de la Loi*Eloignées dans un coin désert d'une friche industrielle, après que le maire ait pris en août 2002 un arrêté interdisant la prostitution dans le centre ville, les prostituées s'affirment aussi persécutées par les voyous. (AFP vendredi, 19 septembre, 2003
http://www.walnet.org/csis/news/world_2003/afp-030919-2.html
Par Michel Durand
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Samedi 7 avril 2007
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17:47
Pourquoi avoir une lecture rationnelle de la Bible ? me demande Anne que je remercie d’avoir posé cette question, car elle est essentielle dans notre approche du mystère divin.
La Bible résulte d’un ensemble de livres (70) non identiques entre eux. Il y a des livres historiques, des livres poétiques, des traités de sagesse, des livres symboliques, des livres juridiques, etc. On ne peut pas les lire sans faire la distinction entre tous ces genres littéraires différents. Par ailleurs, les hommes qui
ont écrit ces livres inspirés par Dieu agissent avec leur sensibilité propre, leur compétence d’écrivain ou de témoin. Tout cela demande donc une approche où notre intelligence doit agir. Ils ont très souvent été écrits en fonction d’un problème politique précis. C’est à travers ces tranches de vie que Dieu donne son sens de l’existence.
La recherche exégétique (tel est le nom de cette science biblique) ne doit pas nous faire peur ; elle ne s’éloigne pas d’une lecture spirituelle, mais enrichit celle-ci. Dieu n’a qu’une pensée. On découvre celle-ci soit par une approche spontanée, spirituelle, soit par l’analyse critique et historique. La rencontre de ces deux approches prouve la vérité de ce que Dieu dit aux hommes. J’emploie souvent cette expression : « ce que l’homme découvre par lui-même quand il est à l’écoute de sa conscience justement éveillée, ne peut pas s’opposer à ce que Dieu dit de l’homme dans la Révélation. »
L’auteur biblique le plus universel de la Bible c’est Isaïe. Jésus reprend ses paroles et les concrétise. Il souhaite qu’aucun particularisme n’existe et que tous reconnaissent en Dieu le créateur de tous les hommes. Ceux-ci sont donc tous frères et Jésus a accepté de ne pas se dérober à une mort atroce pour apporter l’amour universel de Dieu.
Le bouddhisme est une grande sagesse qui éveille grandement la conscience à l’amour de miséricorde. Je pense que des rencontres sont possibles entre les spiritualités occidentales et orientales. Cela demande un gros travail que je n’ai jamais fait. Si vous aimez lire, je vous conseille le petit livre de François Cheng, cinq méditations sur la beauté, Albin Michel, 2006. Il accomplit une merveilleuse synthèse entre spiritualité orientale (chinoise) et occidentale (française).
Je pense avoir répondu, en partie seulement, à la question et je termine en affirmant que la lecture de la Bible se doit d’être universelle, mais en respectant bien le genre littéraire et historique de chaque écrit. Même si certains livres sont des comtes qui doivent être reçus métaphoriquement (Job, Tobie… ) l’ensemble de ce livre inspiré est trop concret pour être lu ainsi. Il demande notre intelligence pour resituer chaque texte dans son contexte.
Par Michel Durand
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Jeudi 31 mai 2007
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10:44
Parce Dieu est évoqué à propos des guerres (Dieu avec nous) et parce que l’intégrisme religieux instrumentalise la révélation divine, il me semble opportun de verser dans le débat de texte de Pierre Régnier écrit en 2001. Il sera suivi d’un autre texte écrit en 2007. Je ne partage pas cette opinion qui semble procéder d’une mauvaise perception de l’histoire d’un peuple à qui Dieu, par l’intermédiaire d’hommes, a révélé sa pensée. Mais, comme elle est abondamment répandue, on ne peut l’ignorer. Mieux vaut la mettre en débat, ceci, avec l’accord de l’intéressé.
Pierre Régnier se présente ainsi : « Aujourd'hui éloigné de la foi chrétienne je n'en suis pas moins toujours attentif et bienveillant à l'égard de toute recherche religieuse, et de tout engagement religieux. Aussi ne suis-je nullement préoccupé d'une quelconque revanche dans mes exigences fussent-elles très durement exprimées, envers les religions. C'est d'ailleurs d'abord, et avec une persévérance qui a duré des années, en m'adressant aux religions que j'ai essayé de faire prendre conscience de l'urgente nécessité de rejeter fermement et très officiellement toute conception criminogène de Dieu.
P. R. ancien militant de la JOC, du PSU et d'ATTAC, ancien secrétaire national, en 1973, du syndicat CFDT de la radio-télévision de service public, co-auteur du livre Le gâchis audiovisuel aux Editions Ouvrières en 1986.
Le Caravage, Judith
Pour en finir avec les violences religieuses
Texte de Pierre Régnier, 15 septembre 2001
Il y a des degrés dans la violence religieuse. Et l'on voit bien que, selon ses bases théologiques, le risque du passage à l'acte n'est pas le même. Le type de fanatisme engendré et sa capacité de nuisance -on le voit tout particulièrement dans le monde contemporain- dépendent de ces bases, de leur rapport au monde et à sa possible évolution, de la liberté laissée au croyant de s'y intégrer, fut-ce en y combattant pacifiquement ses valeurs dominantes.
Celles-ci, pour les croyants comme pour les autres, sont loin d'être satisfaisantes. Les valeurs démocratiques sont précieuses, on n'a pas trouvé mieux, il faut les défendre. Mais il ne faut pas se tromper sur leur nature. Elles ne sont que des moyens d'agir bien, elles ne sont pas le monde idéal. On peut même dire que, pour l'essentiel, la démocratie a accouché d'un piètre résultat : la domination, dans tous les domaines, de puissances financières, médiatiques, militaires et techniques. On est très loin d'une "démocratie L.E.S." (libertaire, égalitaire, solidaire) et la possibilité même de la vie sur la planète en est compromise. Partout, de mille manières la démocratie, formelle ou réelle, fait entendre ce révoltant message : les plus misérables peuvent attendre.
Il y a donc révolte. La forme religieuse que peut prendre celle-ci est parfois épouvantable. C'est évidemment une fausse solution et elle doit être combattue énergiquement. Mais il ne faut pas seulement la combattre dans ses effets et dans les organisations fanatiques qu'elle se donne. Il faut la combattre dans sa double cause : l'injustice de notre monde, la folle interprétation du monde "de Dieu" par ceux qui croient en lui, et plus encore par ceux qui croient pouvoir s'exprimer en son nom.
Si l'on a tant tardé à s'attaquer à cette seconde cause ce n'est peut-être pas seulement parce que les religions se sont enfermées, pendant des millénaires et jusqu'à maintenant, dans la triade paralysante divinisation – sacralisation - dogmatisation. C'est peut-être aussi parce que certains athées, qui devraient exiger qu'elles en sortent, se réjouissent secrètement qu'elles ne le fassent pas. Pour eux, piégées par les contradictions qu'elles ont elles-mêmes édifiées et dogmatisées les religions, à terme, "sont foutues", et leur athéisme alors est triomphant. L'athéisme n'est pas moins noble que la religiosité. Il doit être respecté, et sa libre expression partout protégée, mais cette forme d'attentisme, elle, ne me paraît pas respectable. Elle est en tous cas totalement inutile dans la situation présente. Je ne crois pas que les religions "soient foutues", ni que leurs contradictions soient indépassables. Je crois avoir montré par ailleurs que je suis resté plus proche de la démarche religieuse que du cheminement philosophique athée, mais ce n'est pas là l'important.
Encore aujourd'hui les religions justifient, cultivent, enseignent la violence religieuse, créant ainsi de dangereux schizophrènes. Pour en finir avec la violence religieuse il faut que cela cesse. Il faut exiger des religions qu'elles se rendent, dans l'interprétation de leurs textes sacrés, compatibles avec les droits de la personne humaine. Cette exigence ne doit pas être celle du monde athée contre le monde religieux, ni celle des religions les unes contre les autres. Elle doit être celle de tous les adeptes -croyants de toutes les religions, agnostiques et athées- de la communauté humaine tolérante, pacifique, égalitaire et solidaire.
Par Michel Durand
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Jeudi 31 mai 2007
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11:10
Il me semble intéressant de vous donner à lire, avec son accord, ce texte de Pierre Régnier, base d’un échange.
Certes, je ne suis pas d’accord avec son analyse des religions qui fait de Dieu un criminogène, et, pour ouvrir le débat, je m’en explique de suite.
Pourtant, malgré ce désaccord, je trouve utile de publier cette expression parce qu’on retrouve cette forme de pensée chez beaucoup de personnes.
« Les religions, écrit-il, enseignent que leurs textes sacrés disent l'authentique parole de Dieu ; cette parole dit que Dieu commande de tuer des individus et des catégories entières de la communauté humaine… » (voir ci-dessous).
Dans cette phrase de Pierre Régnier réside toute la problématique de la révélation. Pour le christianisme, il est clair que la Parole n’est pas dictée. Les écrivains de la Bible sont conditionnés par leur culture familiale, leur histoire, leur formation littéraire ou juridique ou sacerdotale etc… Ce n‘est qu’à travers la sensibilité de l’homme que l’on découvre la pensée de Dieu. Ainsi, si une expression historique incite au crime, comme on le constate parfois dans la Bible, ce n’est pas, par là même, une expression de la pensée de Dieu. Une lecture fondamentaliste, littérale, de la Révélation n’apporte que des erreurs de lecture. Un développement serait donc ici important pour bien comprendre que nous ne découvrons la pensée de Dieu qu’après l’avoir élaguée du vêtement historique et littéraire, nécessairement humain. Autrement dit, il faut aborder sérieusement le problème de la Révélation afin d’éviter toutes formes de « créationnisme » irrationnel.
A mon avis, le judaïsme et l’islam mènent une réflexion théologique semblable. Je laisse la parole aux fidèles de ces religions.
David et Goliath du Caravage
"Résister à" ou "Exiger de" ?
(à propos des menaces de mort contre Mina Ahadi)Texte de Pierre Régnier
Chaque fois que nous sommes informés d'un cas concret de violence religieuse, je suis étonné de constater les limites que se donnent, dans la protestation, les défenseurs des Droits de la personne humaine et de la laïcité républicaine. Je peux comprendre que, lorsque celle-ci est menacée par une institution religieuse la protestation prenne simplement la forme d'une résistance à cette offensive. Il en est ainsi, par exemple, lorsque le Vatican veut faire attribuer officiellement un caractère chrétien à la constitution européenne, ou encore lorsque des ministres veulent faire payer par tous les citoyens, y compris les athées, la construction de bâtiments consacrés à l'exercice de cultes religieux. Mais il me semble que la simple résistance n'est plus appropriée lorsque des croyants, vrais ou faux (par exemple des individus à visée politique feignant d'être motivés par une foi religieuse) tuent ou menacent des personnes selon eux coupables de déviances insupportables. On se contente alors d'une vague désapprobation ou, dans le meilleur des cas, d'une ferme condamnation formulée par un porte-parole des institutions religieuses. Cet agissement-ci est condamné, cela suffit. Je pense que l'on devrait au contraire exiger beaucoup plus : un ferme rejet, une fois pour toutes de ce qui, dans la croyance religieuse et dans son enseignement très officiellement autorisé, comporte une composante criminogène. Cela mériterait de longs développements, mais on peut résumer ainsi : les religions enseignent que leurs textes sacrés disent l'authentique parole de Dieu ; cette parole dit que Dieu commande de tuer des individus et des catégories entières de la communauté humaine ; les institutions religieuses disent qu'il faut croire en Dieu et qu'il faut obéir à Dieu. Cette équation est évidemment en soi criminogène, et ceux qui la maintiennent aujourd'hui dans l'enseignement religieux doivent être considérés comme responsables, certes indirectement mais clairement, des crimes qui, ici ou là, en telle ou telle période, sont effectivement commis en référence à cette conviction plurielle acquise par les criminels au sein de leur religion. Je pense que l'autorisation d'exercer un culte devrait être subordonnée au clair rejet, très officiellement formulé par les institutions religieuses, de ce que j'appelle la théologie criminogène. Je ne comprends pas que les défenseurs des Droits de la personne humaine n'en soient toujours pas à convenir que seule la forme d'un tel rejet reste à débattre, non sa nécessité. Je peux comprendre que, pour justifier qu'on se contente de résister aux attaques des religions, on invoque la séparation des Eglises et des Etats, un principe lui-même quasi-sacralisé dans les républiques démocratiques. Mais il me semble qu'il devrait y avoir exception pour ce qui peut aboutir –et aboutit effectivement bien souvent de nos jours- au meurtre. Il y a bien une forme d'exception mais dans le sens d'un indéfendable laxisme : alors qu'en tous domaines la République exige la compatibilité avec les Droits de la personne humaine, l'exceptionnelle faveur accordée ici revient à dire que les religions, elles, n'ont pas à être nécessairement compatibles avec les Droits de la personne humaine. Ce n'est pas un "bouffeur de curés" qui écrit cela. Je suis loin d'avoir rejeté le tout de ma formation chrétienne. Je me dis même volontiers encore largement "jésuiste". Mais je ne vois aucune contradiction avec mon exigence persistante, depuis une dizaine d'années, de désacralisation de la violence religieuse. C'est ainsi que, en mars 2000, dans un petit essai précisément intitulé Désacraliser la violence religieuse, je terminais ainsi :"Une belle occasion nous est donnée de marquer la rupture avec la religieuse folie interprétative, comme avec la fausse et complice laïcité. L'ONU lance une "décennie pour l'éducation à la non-violence" grâce à un long combat de militants pour une Alternative Non-Violente (pour reprendre le titre de l'excellente publication d'une partie de ces militants). Disons haut et fort que cette initiative ne pourrait atteindre son objectif si le programme éducatif annoncé n'incluait une démarche pour un respect des droits de l'homme au sein de toutes les religions, donc pour une désacralisation de la violence religieuse, y compris dans les religions les plus traditionnelles, les plus officiellement reconnues."Je n'ai pas pu publier mon petit essai mais j'ai, par la suite, exprimé la même exigence, sous une forme ou sous une autre, dans des libres opinions proposées -là encore en vain- à la presse. J'ai aussi, très logiquement, fait une démarche auprès de l'UNESCO, l'organisme chargé par l'ONU de la coordination des activités de la Décennie pour l'éducation à la non-violence. J'ai demandé par écrit à son Directeur Général, Monsieur Koïchiro Matsuura, de profiter de l'arrivée à mi-parcours de la Décennie, en 2005, pour faire une évaluation des résultats jusque là obtenus, et je lui ai demandé qu'on pose cette question : n'a-t-on pas oublié, à l'origine de l'initiative formatrice à la non-violence, de formuler une exigence envers les institutions religieuses, lesquelles transmettent encore aujourd'hui leur conception criminogène de Dieu ? J'ai récemment rappelé ma démarche, à nouveau par une lettre au Directeur Général de l'UNESCO, en précisant qu'elle reste valable pour une arrivée, cette année, aux trois quarts de la Décennie.Mais des organismes de l'importance de l'ONU et de l'UNESCO ne peuvent prendre en considération des initiatives à caractère individuel. C'est pourquoi je transforme maintenant mon combat en tentative de convaincre les républicains laïques et pacifiques qu'il faut une très large intervention collective pour exiger des religions autorisées à pratiquer leur culte un ferme rejet, très clairement et très officiellement exprimé par les institutions religieuses elles-mêmes, de toute conception criminogène de Dieu.
Pierre Régnier, le 26 mars 2007
Par Michel Durand
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Samedi 9 juin 2007
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16:34
Avec ces expressions étranges, je reprends le développement de la pensée de Pierre Régnier publiée ici même le 31 mai 2007. Bien que n’étant pas en accord avec sa lecture du fait religieux, j’ai trouvé opportun d’aller dans son désir pour la seule raison qu’elle reflète l’opinion de beaucoup. Désormais, à chaque fois qu’un fanatique tue au nom de l’islam (et cela arrive désormais tous les jours) on attaque indistinctement tout enseignement religieux. Agissant ainsi on ignore l’exacte étude de Dieu (théologie).
Sans polémiquer, je souhaite donner quelques éclairages à partir de la Bible et de la théologie chrétienne catholique. Comme je l’ai déjà indiqué, je laisse aux tenants des autres courants religieux la tâche de donner leur avis.
Dieu est autre que ce que j'en dis.
Il faut toujours distinguer la réalité de Dieu et la réalité religieuse. Une théologie "négative" a son intérêt.
Dieu, dont ne peut donner une définition, l’indicible, n’est dans sa réalité qu’approcher par les hommes. Ce que ceux-ci en disent est plus faux que vrai. Ainsi quand j’annonce que Dieu est amour, je dois en même temps nier qu’il est amour. Car l’Amour dont il est question à propos de Dieu est totalement autre que l’amour vécu à l’échelle humaine. De l’absolu de l’Amour, l’homme ne peut qu’avoir une parole bien pauvre. Peut-on même dire que Dieu existe ? En effet, si j’affirme cette existence, ne vais-je pas la concevoir avec mes propres façons d’exister ? Ce ne pourra être que faut, car Dieu existe bien autrement que j’existe.
Peut-on dire que Dieu est tout puissant ?
Emile Granger, quelques années avant sa mort, dans la ligne de son ouvrage : « le croyant à l’épreuve de la psychanalyse » (édition du cerf, 1980) m’a convaincu de la non puissance de Dieu. Il présentait devant un groupe d’étudiants son livre « il m’appelle le vieux ». Voilà en substance sa pensée. Que peut-on savoir de Dieu ? Rien qui ne passe par l’acte de foi. Et cette foi, en son extrême, ne peut qu’être celle de Jésus vivant, au plus noir du vendredi saint, l’abandon le plus violent qui soit : « Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Dieu non tout puissant, mais aimant. Je vous invite, à ce propos, à vous rendre sur le site de H. Aslafy, qui offre un beau témoignage sur Emile Granger.
Donc de Dieu, nous ne pouvons rien dire de certain. Devons-nous pour autant garder le silence ? Certes non. Car, la poésie, l’art, la littérature, le jeu des symboles etc… offrent une approche appréciable du mystère de Dieu. Utilisons les avec prudence, sans dogmatisme, mais toujours avec un esprit de recherche. L’usage du doute, pas à pas, nous rapproche de la Vérité. Surtout, comme je l’ai laissé entendre dans mon introduction au texte de Pierre Régnier, gardons une relative distance avec les multiples genres littéraires qui ont contribué à la rédaction de la Bible. C’est une non approche de ce côté relatif du texte qui invite P. Régnier à voir en Dieu un criminogène. L’intime pensée du Divin n’est en rien ce que les hommes en disent. Ce n’est qu’à partir du vécu de ceux-ci, se détachant de la situation particulière, que l’on peut espérer entrevoir l’âme de Dieu.
Passages bibliques
Je ne peux aucunement déduire du livre de Josué que Dieu enseigne le crime même si je lis : « On sonna de la trompette ; dès que le peuple l'entendit, il poussa un formidable cri de guerre et les murailles s'écroulèrent. Aussitôt, les Israélites montèrent à l'assaut de la ville, chacun droit devant soi, et ils s'en emparèrent. 21 Ils exterminèrent la population de la ville, hommes et femmes, jeunes et vieux. Ils tuèrent même les boeufs, les moutons et les ânes (Josué, 6, 20-21).
Des textes moins historiques, apportent une tout autre idée de Dieu. Même si nous les connaissons, il est bon de les relire. Je ne cite que quelques exemples.
Deut 5 17-20 ; Ex 20, 12-16
« Tu ne commettras pas de meurtre.
« Tu ne commettras pas d'adultère.
« Tu ne commettras pas de vol.
« Tu ne prononceras pas de faux témoignage contre ton prochain.
Dans le texte juridique suivant, nous ne pouvons pas oublier que la loi du talion était un progrès par rapport à une vengeance disproportionnée. Cette perception de l’organisation de la vie sociale s’est constamment améliorée au cours des siècles, aussi nous ne pouvons lire ce type de lois sans les replacer dans leurs contextes.
Ex 21, 12-17
« Celui qui frappe et tue un être humain doit être mis à mort. Toutefois s'il n'y a pas eu de guet-apens, s'il s'agit d'un accident que Dieu n'a pas empêché, l'auteur de l'accident pourra se réfugier dans un endroit que je (Moïse) vous indiquerai. Par contre, si dans un geste de haine un homme en tue un autre, par ruse, vous l'arrêterez pour le mettre à mort, même s'il s'est réfugié près de mon autel.
« Celui qui frappe son père ou sa mère doit être mis à mort.
« Celui qui enlève une personne doit être mis à mort, qu'il ait vendu sa victime ou qu'on la trouve encore chez lui.
« Celui qui maudit son père ou sa mère doit être mis à mort. »
Les Prophètes
Et surtout, n’arrêtons pas la lecture de la Bible aux textes les plus anciens. Les prophètes ont une tout autre approche. Ainsi : Isaïe 2, 2-5
« Un jour viendra — et ce sera définitif —
où la montagne du temple
se dressera au-dessus des collines,
plus haut que les autres montagnes.
Alors toutes les nations
afflueront vers elle. Beaucoup de peuples s'y rendront ;
ils diront : « En route ! Montons
à la montagne du Seigneur,
à la maison du Dieu de Jacob.
Il nous enseignera
ce qu'il attend de nous,
et nous suivrons
le chemin qu'il nous trace.»
En effet, c'est de Sion
que vient l'enseignement du Seigneur,
c'est de Jérusalem
que nous parvient sa parole. Il rendra son jugement entre les nations,
il sera un arbitre pour tous les peuples.
De leurs épées, ils forgeront des pioches,
et de leurs lances, ils feront des faucilles.
Il n'y aura plus d'agression
d'une nation contre une autre,
on ne s'exercera plus à la guerre. Vous, les descendants de Jacob,
en route ! Marchons ensemble
dans la lumière du Seigneur.
Je ne veux pas tous les citer car ils sont trop nombreux et celui-ci est tellement éloquent.
Jésus
Il faut quand même signaler la prise de parole du Christ. Ce qu’il dit n’est pas facile à accepter même par un non-violent, car une mauvaise lecture pourrait engendrer des lâches. Je cite ce passage tout simplement parce qu’il est à mille lieu de l’enseignement d’un Dieu (la parole de Jésus est celle de Dieu) qui serait criminogène. Dieu est criminophobe dusse-t-il en mourir.
« Vous avez entendu qu'il a été dit : «Œil pour œil et dent pour dent.» Eh bien, moi je vous dis de ne pas vous venger de celui qui vous fait du mal. Si quelqu'un te gifle sur la joue droite, laisse-le te gifler aussi sur la joue gauche. Si quelqu'un veut te faire un procès pour te prendre ta chemise, laisse-le prendre aussi ton manteau. Si quelqu'un t'oblige à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à celui qui te demande quelque chose ; ne refuse pas de prêter à celui qui veut t'emprunter. »
« Vous avez entendu qu'il a été dit : «Tu dois aimer ton prochain et haïr ton ennemi.» Eh bien, moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. Ainsi vous deviendrez les fils de votre Père qui est dans les cieux. Car il fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons, il fait pleuvoir sur ceux qui lui sont fidèles comme sur ceux qui ne le sont pas. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, pourquoi vous attendre à recevoir une récompense de Dieu ? Même les collecteurs d'impôts en font autant ! Si vous ne saluez que vos frères, faites-vous là quelque chose d'extraordinaire ? Même les païens en font autant ! Soyez donc parfaits, tout comme votre Père qui est au ciel est parfait. »
Paroles actuelles
Assurément la réflexion théologique, au cours de l’histoire, n’a pas lu les textes de la Révélation, comme nous les lisons maintenant. Mais qui fait de la théologie un dogme sans évolution ?
Relisons au moins ce passage de Vatican II (l’Eglise dans le monde de ce temps N° 92 §5
« En ce qui nous concerne, le désir d'un tel dialogue (entre tous les hommes), conduit par le seul amour de la vérité et aussi avec la prudence requise, n'exclut personne : ni ceux qui honorent de hautes valeurs humaines, sans en reconnaître encore l'Auteur, ni ceux qui s'opposent à l'Eglise et la persécutent de différentes façons. Puisque Dieu le Père est le Principe et la fin de tous les hommes, nous sommes tous appelés à être frères. Et puisque nous sommes destinés à une seule et même vocation divine, nous pouvons aussi et nous devons coopérer, sans violence et sans arrière-pensée, à la construction du monde dans une paix véritable.»Où est Dieu criminogène ? Où est sa pensée qui pousse vers une conduite criminelle ? On ne va quand même pas objecté que l'Archange Michel tue de la hauteur de son cheval ? Ce serait méconnaitre la poésie du combat contre le mal.
Par Michel Durand
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