Mercredi 14 mai 2008

Une toute petite réflexion ce jour. Petite, mais forte. Elle m'est venue durant ce temps d'activité réduite à cause, ou grâce au long repos de ce temps de Pentecôte.

Qu'est-ce qui pourrait caractériser l'âge plus que mûr, la vieillesse réussie, ou son début ?

Je réponds : l'absence d'ennuis. Même quand tout semble vide ou le paysage bien gris.

Et cela rejoint une forte conviction : la preuve d'une vie pleine c'est que l'on ne connaît pas l'ennui alors qu'il n'y a rien à faire.

La jeunesse invite plutôt à bouger. Le critère de la réussite, de la plénitude réside dans ces mots : « ça bouge, y a de la vie, que du bonheur ! »

Eh bien, ces quatre derniers jours, je n'ai pas bougé. Je suis resté « à la maison » ; j'ai lu, écrit, prié, célébré... sans ressentir le moindre désagrément, ni aucune envie de faire « quelque chose, voir, n'importe quoi ». Un jeune, ne supporterait pas. Jadis, je ne supportais pas.

Voilà un goût pour la stabilité qu'on ne peut pas imposer à autrui. Mais pourquoi le cacher ? C'est une petite réponse que j'adresse à l'auteur de la photo ci-dessus que je trouve belle dans son ouverture sur l'invisible.

Pendant mes congés, sabbatique mois de janvier, j'ai progressivement fait l'expérience du devoir de ne pas se distraire par la promenade. Cela rejoint le vœu de stabilité que prononcent les moines pour ne pas devenir « gyrovague ». Même la promenade, appelée pèlerinage, peut être un divertissement.

Sagesse des anciens ?
À prouver !

 

par Michel Durand publié dans : Anthropologie communauté : Christianisme
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Vendredi 2 mai 2008
Etre chrétien, c'est-à-dire être disciple du Christ, c'est vivre en Eglise alors que celle-ci, telle une famille aimante, accompagne chacun et chacune dans l'élaboration d'un mode de vie qui corresponde à ses convictions profondes. Il s'agit de vivre à fond le désir, partagé avec Dieu, d'aimer fraternellement le prochain. En effet, le désir d'Amour du chrétien puise sans cesse à la source du désir de Dieu d'aimer l'humanité entière. Certes, non pas abstraitement, mais dans la rencontre de ceux et celles avec qui nous partageons l'existence.
En cette page, je demeure en compagnie de Paul Valadier, la condition chrétienne, du monde sans en être.
Voici une page qui souligne le rôle d'accompagnement spirituel de la communauté.


Si la communauté croyante suscite la liberté, c'est-à-dire le désir de vivre et de vivre selon la logique évangélique de surabondance tout en assumant pleinement son humanité, elle l'accompagne aussi dans son déploiement. En ce sens, elle offre un lieu majeur de vérification pour les décisions responsables, dans toute la mesure où elle se donne comme une communauté fraternelle, permettant la vérification (le faire-accéder à la vérité) de ses décisions. Aucune vie chrétienne ne peut se vivre dans le solipsisme, puisqu'il s'agit d'entrer dans un Esprit commun, celui du Christ, et puisque cet Esprit pousse chacun à « sortir de soi» vers autrui et vers Dieu.
Ici encore faut-il éviter les imaginaires qui encombrent les esprits. La vie dans l'Église ne suppose pas un alignement de chacun sur des normes imposées, même si de telles normes existent comme d'ailleurs en tout groupe digne de ce nom. Elle appelle plutôt un engagement spécifique à chacun, dans la logique de la réponse personnelle à une Parole accueillie. Nulle vie ne ressemble à une autre, et chacun a son « talent », au sens évangélique du terme, qu 'il lui revient de découvrir, de valoriser, donc de cultiver au mieux. Nul ne peut donc s'abriter derrière l'autorité ou le conformisme pour évacuer un tel engagement existentiel qui conduit chacun à s'interroger en termes propres et strictement personnels : quelle est la volonté de Dieu sur moi, pour employer un vocabulaire d'ailleurs inadéquat ? Plus exactement que me revient-il d'être et de faire pour honorer ma vocation propre dans l'ensemble du corps du Christ ? Aucune réponse à ces questions ne peut se faire sans le double souci, celui de l'écoute de la Parole concernant chacun d'un côté, celui de la prise au sérieux de son humanité telle qu'on en hérite et qu'on la façonne en une culture et une histoire particulières. Quiconque coupe la relation s'interdit une vie dans l'Esprit, et tombe soit dans le conformisme et l'alignement sans âme, soit dans l'individualisme et la marginalité.
Ces considérations sont de grande portée pour la vie morale. On l'a déjà dit, la condition chrétienne ne connaît pas d'orthopraxie; elle connaît des normes régulatrices (Commandements de Dieu, prescriptions morales ecclésiales, méta-morale évangélique, etc.) ; elle en est « informée », mais justement elle doit se les approprier, les assumer personnellement. Aucune règle, disait Wittgenstein, même en mathématiques, ne constitue des rails (Geleise) tout tracés qu'il n'y aurait qu'à suivre sans jeu possible. À plus forte raison en matière morale, et contrairement à des préjugés courants, la règle doit toujours être assumée concrètement, et par là même elle induit des actes et des pratiques qui ne résultent pas d'une stricte déduction. Tout le problème certes est de savoir à partir de quand le « jeu » devient dérive, voire trahison de la règle. Mais, d'une part, il ne faut pas trop vite éliminer la possibilité et la nécessité du « jeu » ou les considérer comme des anormalités, et, d'autre part, le rôle de la communauté ecclésiale fraternelle consiste à jouer le rôle de pôle régulateur et vérificateur.
Il n'en va pas dans la vie chrétienne autrement que dans toute vie humaine. Aucune décision ne peut se dire rationnelle et raisonnable si elle n'est pas passée par le feu de la discussion, par la mise à l'épreuve dans la confrontation avec autrui, par l'ouverture à d'autres points de vue complémentaires ou critique. Qu'il s'agisse là d'ailleurs d'une perspective tout à fait traditionnelle apparaît dans la très ancienne pratique du père spirituel par laquelle des croyants vont chercher aide et conseil auprès d'un sage ou d'une personne expérimentée leur permettant ainsi de tester une décision de vie. La spiritualité ignatienne a particulièrement mis en forme cette tradition, et on peut assurément élargir la référence à ce qu'on appelle d'un terme malheureux une «direction spirituelle », du côté de la communauté fraternelle si on la considère comme un lieu possible et nécessaire à la vérification des décisions, du moins de ces décisions qui engagent des orientations fondamentales.
La mise en œuvre d'une telle orientation va d'ailleurs très souvent de soi. Qui, dans les moments difficiles ou devant des options morales délicates, ne prend pas conseil de son conjoint, d'amis, de proches dont le jugement et l'expérience importent ? L'exercice concret de la fraternité peut aller du conseil amical à l'expertise plus poussée auprès d'un spécialiste capable d'éclairer une décision. Quel chrétien n'a pas éprouvé le besoin de tester son choix auprès d'un frère/sœur pour vérifier sa qualité « chrétienne », pour s'assurer qu'il vit effectivement dans l'Esprit du Christ, et non pas selon son esprit « propre » ? On ne compte pas les groupes et mouvements divers qui, dans les Églises, constituent des lieux d'attestation et de vérification où la décision chrétienne trouve à se conforter et à s'affirmer, non pas dans le souci de conformisme et de normalisation, mais tout à l'inverse dans la volonté de répondre à sa vocation la plus personnelle et donc la plus originale.
Paul Valadier, La condition chrétienne, exister en Eglise.

par Michel Durand publié dans : Anthropologie communauté : Christianisme
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Mercredi 30 avril 2008
A l'issue d'un débat organisé à la paroisse Saint-Polycarpe par « Toi d'écoute », j'ai été frappé par ce commentaire : « bien que un militant cet homme ne montre aucune rigidité, aucune intransigeance. Il n'est ni dur, ni agressif. Dans son discours, il n'y a aucune idéologie ».
Il s'agissait d'un débat sur la santé avec Albert Fhima, médecin généraliste, président de la Coordination nationale médicale santé environnement.
Voici la présentation de la conférence-débat :
La santé doit être pensée dans sa globalité : les soins, mais aussi le travail, le logement et l'environnement ont une influence sur les êtres humains. Un grand nombre de pathologie sont liées à un mal-être social.

Que les militants soient susceptibles de rigorisme est une évidence. Le témoignage de la capacité d'écoute de ce conférencier a brisé toutes les réticences et a ouvert au désir de prendre le même chemin.
Le non enfermement dans une idéologie -ou ce qui peut apparaître tel en son sens péjoratif- vient d'une prise de distance entre ce qu'il faut faire et le moyen que l'on possède pour le faire.
Etre capable de s'abstraire d'un problème précis, donc du recul qui permet de répondre adéquatement qu problème.
Transcender l'immédiat pour ne pas s'y enliser.
Dans ma lecture récente de Paul Valadier, j'ai trouvé quelques pages sur ce sujet que je souhaite vous partager.


Hominisation et humanisation


Que signifie retour à l'ethos, du point de vue de la décision éthique qui nous intéresse ici ? Ce renvoi implique plusieurs niveaux de réalités qu'il importe de distinguer. Il s'agit d'abord des mœurs telles qu'on les trouve en un temps et en une société donnée, mœurs elles-mêmes réglées par des coutumes, des traditions, des normes qui vont de l'art de table jusqu'aux codes juridiques élaborés dans les droits coutumiers ou des codes écrits. Cet ensemble structure ce que nous appellerons une culture donnée, laquelle dessine une manière de se rapporter au monde, de lui donner forme pour utiliser une expression nietzschéenne, de lui imposer un style reconnaissable et identifiable ; les manières de vivre africaines ne recoupent pas à beaucoup près les manières asiatiques, et même cette façon de trancher en vastes ensembles (Afrique, Asie) ne respecte pas la diversité des sous-ensembles culturels effectifs. Ce premier niveau met par conséquent devant l'extraordinaire diversité des manières de faire et de se situer dans le monde qui a tant frappé et inquiété les moralistes à la découverte de sociétés nouvelles au moment de la Renaissance. Une telle diversité ne conduit-elle pas au scepticisme moral et à la ruine de toute perspective universelle ?
Conclure aussi rapidement serait ignorer que cette diversité même offre le terrain ou le terreau à partir duquel se construit l'homme en son humanité (second niveau). Du point de vue éthique et moral, de telles références dans leurs diversités et leurs contradictions mêmes ne sont pas inessentielles, car c'est en elles que l'être humain trouve les « données » fondamentales et indispensables pour s'assumer en son corps et en son affectivité, et donc par là même se situer dans le jeu complexe des relations sociales. Elles le préviennent en son être-là biologique et lui permettent de s'assumer dans le milieu culturel qu'il rencontre ainsi. Elles lui donnent sens, selon une signification tout à fait première, puisqu'elles lui permettent de s'orienter, de se situer dans des rôles différenciés, de s'assumer comme masculin ou féminin, situé dans un temps précis, appelé à tenir sa place dans l'ensemble social (métier, fonctions diverses), à se situer aussi dans la chaîne des générations. Une telle humanisation de soi ne s'opère pas malgré la diversité des mœurs et des règles, mais en elles et grâce à elles. Il y a là quelque chose comme un de ces universaux qui conditionnent l'avènement de l'humain en l'homme.
Il va de soi que ces références qui prennent figure dans une culture située sont travaillées de contradictions, ne serait-ce que parce que les héritages sont eux-mêmes mêlés et marqués par des traditions diverses, retravaillées et donc disparates. Cet aspect constitue en quelque sorte un troisième niveau. Les manières de faire portent généralement la trace de rapports de force et donc de violences : entre groupes (justification de l'esclavage ou de subordination de telle ethnie ou de telle catégorie sociale), entre sexes (situation inférieure de la femme, pratique de l'excision), entre générations (statut privilégié ou au contraire dévalorisation du vieillard). C'est bien pourquoi si d'un côté ces données culturelles sont le lieu même de la structuration de soi et l'élément porteur de l'humanisation, elles sont aussi « mêlées ». Les assumer sans distance, c'est souvent accepter des pratiques inégalitaires, injustes, intéressées, voire nettement oppressives. À ce niveau-là déjà la conscience qui ne peut pas se passer de ces références, puisqu'elle naît en leur sein, se trouve souvent en porte à faux, et donc provoquée à des jugements non conformistes et critiques de sa propre culture. Ici déjà apparaît à nouveau la nécessité d'un discernement et donc d'un tri.

Paul Valadier, La condition chrétienne, du monde sans en être.

par Michel Durand publié dans : Anthropologie communauté : Christianisme
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Lundi 28 avril 2008
Les rencontres que le hasard provoque interrogent notre conscience. Ai-je la possibilité de vivre sans problème dans le confort alors qu'à deux pas de moi une famille n'a pas de quoi vivre, une autre se trouve sans logement ?
Les habitants des pays économiquement défavorisés, rencontrant sur leur terre natale des touristes européens, rêvent de venir vivre et travailler en Europe. Plutôt que de ne rien faire dans le pays d'origine où il n'y a pas de quoi vivre, il vaut mieux, quand on est jeune, tenter le voyage à travers désert et mer, même avec le risque de la mort.
Beaucoup d'autres exemples de ce type provoquent notre conscience. Ils interrogent d'autant plus que la conscience est attentive à une Parole divine qui transcende toute réalité contingente. L'écoute du témoignage du Christ ouvre l'esprit au désir d'une fraternité universelle.
Comment conduire ma vie pour être en accord avec ce que je perçois des valeurs essentielles, fondamentales ?

Je viens d'avoir la joie de lire le livre de Paul Valadier, La condition chrétienne, du monde sans en être, Seuil, 2003.

Son écriture, souvent abstraire, n'est pas toujours aisée. Mais quel bonheur de voir, en un volume pas trop épais, une sérieuse présentation de la conduite de la vie selon l'Evangile avec cette conviction, maintes fois exprimée, que la vie chrétienne serait vide si elle n'épousait pas la condition humaine.

Je vous encourage à acheter et lire cet ouvrage de théologie de la morale.

En voici un passage :

(Il y a) un triple niveau que toute existence sous le souffle de l'Esprit se doit d'honorer, et donc caractéristique de la condition chrétienne comme telle. Le chrétien n'est pas arraché à l'ethos de sa culture où il rencontre des interdits fondamentaux (Décalogue), comme il en est en toute société humaine, même si la déclinaison de ces interdits peut grandement varier selon les cultures et selon les âges. Mais son ouverture à la fidélité évangélique lui commande aussi de porter un discernement vigilant sur ces mœurs reçues, tout en les ordonnant au service du prochain et de Dieu (unique et double commandement, incluant l'amour de soi). Tel est le niveau proprement moral de l'universel qui ne peut être vivant qu'au sein des contenus reçus et triés (éthique) par la seule Loi, la Loi de charité. Enfin une existence selon l'Esprit du Christ n'irait pas jusqu'au bout de sa logique, si elle ne cherchait pas à vivre la totalité de son existence, selon toutes ses dimensions, dans une logique de surabondance, à la manière du Dieu d'amour qui appelle à vivre par-delà la mort, à perdre pour pouvoir trouver la vraie vie.
Troisième niveau (méta-éthique et méta-moral) auquel on ne peut accéder que dans l'écoute de la Parole et sous la mouvance de la grâce, ou de l'Esprit, niveau qui n'est ni celui du conformisme des mœurs, ni celui de l'universel moral, mais celui auquel une liberté peut s'entendre appelée à entrer ou désirer entrer. N'est-il pas clair que ne peut donner sa vie, sous quelque forme que ce soit, que celui ou celle qui se sait « appelé » à un tel geste de liberté suprême, et qu'à ce niveau on échappe au monde de la règle socialement (ou ecclésialement) codifiée comme à celui de la morale proprement dite ?
Ces considérations, prises au sérieux, pourraient éviter, semble-t-il, bien de faux débats sur l'existence d'une morale chrétienne (catholique) proprement dite. Les Écritures ne fournissent pas une doctrine morale complète et cohérente, qui fasse nombre avec les règles et valeurs que les hommes se donnent légitimement dans leur inéluctable entreprise d'humanisation, entreprise qui fait corps avec leur condition de créature et qui renvoie par conséquent au respect de ce que l'on appelle théologiquement la création. Elles appellent à assumer les mœurs trouvées dans sa société en un temps donné, mais à les vivre selon un discernement spirituel et une vigilance soucieuse du service des hommes et de Dieu (service qui ne fait qu'un). Elles proposent encore à qui adhère librement au message à assumer son existence dans la joyeuse liberté des fils/filles de Dieu qui misent sur la gratuité et la surabondance, dans la conviction que savoir perdre sa vie, c'est la gagner. Mais ils ne le font pas dans un autre monde que le monde de tous, même si leur vie s'inspire de principes et surtout d'une logique qui ne relève pas de ce monde: la logique qui structure la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ.

par Michel Durand publié dans : Anthropologie communauté : Christianisme
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Lundi 7 avril 2008
  • Dans le cadre des réflexions publiées sur ce blogue à propos des relations chrétiens et musulmans, Occident et Orient, il me semble que ce texte, remis par Robert Beauvery, se présente au bon moment. En le lisant, je me suis rappelé l'attitude d'un algérien du quartier, une connaissance due à mes conversations avec quelques SDF, venu à un office eucharistique pour penser à son ami mort récemment. Il se prosterna front contre le sol au moment de la consécration ; signe, m'expliqua-t-il, de la présence de Dieu qui l'unissait à son ami défunt.


Les musulmans entrent dans nos chapelles d'hôpital, des centres de pèlerinage, des églises ouvertes...
Certains y allument un cierge de dévotion et, plus rarement, écrivent sur le cahier, comme l'auteur de ces lignes :

"MON SEIGNEUR, JE SAIS QUE JE N'AI PAS LA MEME RELIGION, MAIS FAITES QUE DIEU ME PARDONNE POUR CE QUE J'AI FAIT COMME BETISES ET FAIT QUE ALLAH SOIT TOUJOURS AVEC MOI. CAR JE SAIS QUE JE SUIS MUSULMAN, MAIS C'EST PAREIL, ON N'A QU'UN SEUL DIEU."



1. Analyse

1. Qui en est l'auteur ?

Un homme dont la maîtrise de la langue française, sans être parfaite, est bonne quant à la translation écrite des sentiments intérieurs : il s'exprime bien, malgré certaines variations du pluriel au singulier : du vouvoiement ou tutoiement quand il s'adresse au Seigneur ; malgré certaines imprécisions quant au jeu de rapport entre le Seigneur et Allah. Un homme de religion musulmane : il sait qu'il n'est pas catholique et, en même temps, il ne se sent pas totalement étranger dans ce lieu consacré à Dieu.

2. A qui s'adresse-t-il ?

Sa posture est originale. À la différence de beaucoup d'autres, probablement enracinés peu ou prou dans la tradition catholique, qui adressent directement leur prière aux saints par exemple : une maman, Danièle, qui écrit sur le cahier : «Vierge, saints, archanges, intercédés (sic) pour moi et pour mon fils» ; ou quelques-uns qui en appellent à l'aide de la prière des prêtres, des religieuses... lui, musulman, s'adresse immédiatement au seul et unique Dieu, à l'aide de plusieurs vocables synonymes : Seigneur, Dieu, Allah, sans recourir à quelconque intercesseur que ce soit, alors que certains de ses coreligionnaires peuvent s'adresser à la mère de Jésus, la Vierge Marie.

3. Quel est son rapport au religieux.

Dès l'entame de la prière, le premier vocable utilisé SEIGNEUR est déterminé par l'adjectif possessif, utilisé à la première personne: MON... MON SEIGNEUR ! ce qui laisse clairement entrevoir une relation personnelle entre l'auteur, croyant, et Dieu qui est le SIEN et il le demeure jusques et y compris dans un lieu qui n'est pas une mosquée, mais une église catholique.

Sans aucune confusion religieuse, sans aucun syncrétisme confessionnel, l'auteur est et demeure musulman, certes ! et, en même temps, au-delà de cette identité prégnante, il s'ouvre spécialement à tous ceux, d'autres confessions, qui partagent la même foi monothéiste que lui.


4. Que demande-t-il ?

A la différence de beaucoup d'autres qui demandent aides et protections devant tous les aléas de la vie quotidienne : gîte, travail, affection, santé, réussites, bonheur, etc.. ce qui est déjà éminemment respectable ! lui, demande des réalités spirituelles que Dieu seul peut donner : le pardon pour les bêtises commises, et la présence de Dieu, avec lui, toujours... comme le ferait un croyant qui assume un itinéraire de recherche de sainteté à travers ses chutes... pardonnées, et le recours à l'accompagnement de Dieu dans la vie de chaque jour.


Les fruits de la rentrée en soi


Toute pause-église n'est pas systématiquement assortie d'une rentrée en soi-même, chez tous les individus. Il faut encore choisir librement de s'asseoir au fond de la conscience personnelle et écouter sa voix.
Si toute rentrée en soi-même marque en vérité l'itinéraire du sujet, elle ne laisse pas de trace à la disposition des autres ; il faut, encore, qu'elle soit communiquée et, entre autres, par une écriture, un témoignage sur le cahier, lui, ouvert à tous.
En l'occurrence, l'homme qui nous retient, a fait une pause-église, et est rentré en lui-même, il a écouté la voix de sa conscience, et, par écrit, il nous laisse son précieux témoignage. Sans doute, cet homme connaît dans le déroulement de la vie des pauses, des entrées en soi-même, face à la conscience, dont il écoute la voix de Dieu... pour faire le point : c'est un croyant en marche.
Cependant aujourd'hui, celle qui nous retient, devient SIGNE... de liberté manifestée par une entrée dans un lieu prière catholique, par la décision d'utiliser le cahier, d'y laisser le témoignage d'un homme pécheur, attaché à Dieu dont il attend le pardon et la présence providentielle de liberté intérieure manifestée par la confiance fuite, à priori, aux autres croyants, de confession différente, qui recevront son témoignage... UN SIGNE de liberté interreligieuse.


2. DISCERNEMENT


1. La fréquentation des lieux de culte par des musulmans est un phénomène relativement récent et, semble-t-il, en progression numérique, qui confirme que les « nombreuses dissensions et inimitiés entre chrétiens et musulmans, dans le passé » tendent à être oubliées pour laisser place « à la compréhension mutuelle » Cf. La déclaration conciliaire « NOSTRA AETATE », sur les relations avec les religions non chrétiennes, n° 3.


2. Ce qu'ils écrivent sur le cahier, et, tout spécialement, le témoignage qui nous retient, manifeste leur estime de la vie morale, cf. ibi., ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s'ils sont cachés, comme s'est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers.


3. Le musulman qui a pris cette liberté de s'exprimer avec l'engagement et la profondeur du témoignage, dit implicitement l'estime qu'il porte aux chrétiens. En réponse, on peut lui dire: « que l'Église regarde avec estime les musulmans qui adorent le Dieu UN, VIVANT, SUBSISTANT, MISERICORDIEUX ... cf ibi. , n°3.



3. PERSPECTIVES PASTORALES


Les grands projets d'évangélisation de la ville, étudiés aujourd'hui dans la plupart des cités importantes de la région, auraient certainement intérêt à avoir recours aux informations contenues dans les cahiers parce qu'ils sont écrits par des citoyens de tout horizon, de tout quartier, de toute condition, sociale, culturelle, morale, spirituelle... écrits comme des cris du cœur, de l'âme confiés à d'autres, voire à UN AUTRE.

Ces cahiers ne constituent pas des réseaux, au sens sociologique du terme, mais des SITES de communications, d'aspirations authentiquement humaines.



Robert Beauvery.


par Michel Durand publié dans : Anthropologie communauté : Christianisme
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  • : Michel Durand
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  • : 31/01/1942
  • : France Lyon
  • : Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir travaillé comme serveur de restaurant tout en étant au service d'une paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Là, je me suis beaucoup intéressés à l'art contemporain tout en enseignant l'iconographie chrétienne. Cela m'a donné l'occasion, dans le cadre des loisirs culturels, d'organiser de nombreuses expositions. Avec des amis, nous avons ouvert une galerie d'art dans le Vieux-Lyon, Confluences - 20 années de présence. Ces activités […]
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