Samedi 18 avril 2009

En marche vers la biennale d'art sacré actuel, octobre-décembre 2009 à Confluences-Polycarpe/Lyon

Le sacré ? L'approche qu'en fait Régis Debray attire toute mon attention. J'ai souvent essayé de définir le sacré, l'art sacré. Ces pages de l'auteur  de « le moment fraternité » risque de compliquer la tentative d'explication. On ne peut y échapper.



Expositions, colloques, essais, magazines, albums et forums : longtemps mis à l'ombre, le sacré reprend des couleurs dans le manège culturel. La question d'examen pour potaches en sociologie est devenue un sujet porteur et décoiffant. Paradoxe, à l'heure où seul le dérisoire fait sérieux, où la pudeur choque et les rituels dérangent, où sacrifice et sacrilège paraissent reliques de temps barbares. Or qu'est-ce que le sacré sinon ce qui légitime le sacrifice et interdit le sacrilège ? Et comment se coiffer de l'aura du premier sans s'exposer aux dangers des seconds ? Nombrilistes humanitaires, pollueurs écolos, céliniens traquant l'antisémite, voyeuristes brocardant les people, anarchistes dociles à l'opinion : nous ne sommes plus, il est vrai, à une incohérence près. Aussi se surprend-on, le matin, à disserter sur le désenchantement du monde et, l'après-midi, à aduler 1'« Océan de sagesse » tibétain en robe safran, quatorzième réincarnation de feu Tchenrézi. Pourquoi pas un dieu vivant, un petit drapeau de prière, des bouddhas replets et souriants, dès lors que nous nous estimons éligibles aux droits sans devoirs, au podium sans transpiration, à la musique en libre-service, à la guerre zéro mort, bref, aux aménités sans les aspérités ? Un sacré bonasse et bon marché, errant dans des friches incertaines, entre Thérèse d'Avila et Madame Soleil, sans prix fort à payer (la frontière, l'intolérable, le sang versé), sied à l'économie du gratuit, joli mensonge, ainsi qu'à l'écart, désormais numérique, entre les événements et leurs traces. Qu'on nous pardonne cette insolence : chercher la chose derrière le mot, cet entonnoir de sens où s'engouffre tout et son contraire.
Que le n'importe quoi n'aille pas sans bénéfices esthétiques, rien ne l'a mieux montré qu'une récente exposition (2008) au Centre Pompidou, à Paris, sur « les relations entre art occidental et spiritualité au XXe siècle », intitulée Traces du sacré. Le visiteur intimidé y passait de salle en salle et sans coup férir de la vision psychédélique à la danse cosmique, à travers les lames du tarot et les crucifix, le paranormal et l'astrologie. Le sacré dans l'art outrepasse largement l'art sacré, soit les œuvres destinées à des lieux de culte. Mais si le sacré est dans tout, il n'est bientôt plus grand-chose. « Esprit, es-tu là ? », titra un hebdomadaire, perplexe. Frappant à toutes les portes, il risque de ne plus frapper personne, et le ramasse-tout, voiture-balai du bizarre, en multiplie à ce point les traces qu'on en perd la piste. Il n'y aurait rien eu que de plaisant dans ce floutage propice à une jolie cueillette dans nos collections et réserves, de Goya à Bacon, en passant par Pollock et Beuys, si ce capharnaüm n'avait traduit dans le royaume des formes une menue reddition de la raison devant ce que le poids des poncifs et notre étourderie nous incitent à tenir pour inexplicable, définitivement rebelle au discernement. Est-ce faire honneur aux Lumières, à l'orée d'une zone d'ombre, que de commencer par baisser l'abat-jour pour allumer les encensoirs ?
La plus benoîte des confusions amalgame le sacré au spirituel, lui-même assimilé au religieux, et ce dernier, à la foi en Dieu. Équation ethnocentrique et myope, mondialement minoritaire, mais qui passe en Occident comme une lettre à la poste. C'est oublier l'emprise, en Afrique comme en Asie, de religions dites traditionnelles, sans Dieu unique ni Révélation, ni même obligation de foi, ainsi que le caractère très récent (deux mille cinq cents ans) du monothéisme. C'est confondre le mystique, qui se prépare à la mort, avec le religieux, qui prépare les obsèques. C'est aligner le ténor sur le choriste. L'adepte d'un courant spirituel s'adresse à l'Invisible en tant qu'individu ; le fidèle d'une religion, en tant que membre d'une communauté. Le premier dit « je » ; le second dit « nous ». « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour... » Et au Notre Père chrétien correspond la Fatiha musulmane : « C'est Toi que nous adorons, c'est de Toi que nous implorons le secours... ». Mais surtout, c'est négliger qu'une démarche spirituelle, balisée ou buissonnière, se reconnaît à ceci qu'elle n'a pas de volet pénal, alors qu'autour d'une sacralité reconnue, il y a toujours un cordon protecteur, législatif et réglementaire, stipulant des peines en cas de viol. Si je siffle la Symphonie inachevée dans la salle Pleyel, je commets une impolitesse. Ce n'est pas un délit. Si je siffle La Marseillaise sous l'arc de triomphe, je commets un outrage. C'en est un. L'hymne national et le drapeau tricolore ont été sacralisés par la loi en 2003 (art 433-5 du Code pénal), et le Conseil constitutionnel a approuvé : 1 700 euros d'amende et six mois d'emprisonnement si l'outrage est commis en réunion, « au cours d'une manifestation organisée par les autorités publiques ». Une question de sacralité touche aux institutions.
Sans juger incompatibles l'extase et l'observance, le spirituel et le rituel, il est flagrant que l'on peut, et de mieux en mieux, appartenir sans croire, et croire sans appartenir. Quant au sacré lui-même, il n'a pas partie liée avec l'au-delà et le Très-Haut. Point besoin d'assister à un requiem dans une église pour en frissonner. Certaines grandes journées de l'histoire de France, telle qu'on l'enseignait dans les années 1950, nous en donnaient comme un arrière goût. « C'est par la nation, remarque Pierre Nora, que notre mémoire s'est maintenue sur le sacré. » Une sonnerie aux morts dans la cour des Invalides, les honneurs militaires rendus à un compagnon de la Libération (roulements de tambours, casoars, cuivres, drapeaux, minute de silence) nous font encore honorablement tressaillir. Et ce qui nous glace tout à trac devant les tombes saccagées d'un cimetière musulman ou juif parle de soi. Moins qu'une personne, mais plus qu'une chose : la sacralité d'une dépouille mortelle ne fait de doute pour personne, croyant ou pas. Notre Code pénal le reconnaît, qui, en son article 225-17, punit d'un an d'emprisonnement et d'une lourde amende toute atteinte à l'intégrité d'un cadavre, ainsi que la violation et la profanation de tombeaux, sépultures ou monuments édifiés à la mémoire des morts. La loi interdit de placer plusieurs corps dans un même cercueil et sanctionne les prélèvements d'organes illicites sur les cadavres. C'est une question non de morale, mais d'ordre public (où l'on balance entre le sublime et le répugnant). Le culte civil des « morts pour » quelque chose, tout protocolaire qu'il soit, ne se réduit pas au domaine impuni des sentiments privés.
Même si un lever des couleurs au clairon, sur un pic isolé, à l'aurore, ne peut rivaliser avec la Toccata et fugue en ré mineur de Bach, résonnant sous une nef gothique, gardons-nous de croire ce dont les cultes à miracles et sacrements voudraient nous convaincre : qu'ils ont l'exclusivité de la chair de poule. Ils l'administrent en experts, mais n'en ont pas le monopole. Les religions séculières ont inventé leurs propres liturgies, et sont allées jusqu'à retourner le sacré collectif contre Dieu et ses ministres.


* Régis Debray, Le moment Fraternité, Gallimard 2009.

Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie - Communauté : Christianisme
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Mardi 7 avril 2009

L'ESSENTIEL PASSE AVANT L'URGENT

Maurice Bellet, psychanalyste et prêtre, philosophe et théologien


Bonnes gens c'est un vieil homme qui vous écrit ces lignes. J'en ai vu. J'ai vu les nazis à Paris, la libération, les guerres d'Indochine et d'Algérie, les Trente glorieuses ( ? ) Vatican II, l'effondrement du communisme... et les fabuleux progrès de nos chères technologies. Et je suis écœuré. Il y a de quoi désespérer de l'humanité. Bêtise et cruauté : voilà les deux grandes déesses qui règnent sur notre panthéon. Et si je ne veux pas désespérer de l'humanité (car je crois en Dieu et en l'homme et plus précisément dans ce Dieu qui s'est fait homme) si donc j'espère malgré tout, alors je suis furieux. Et comme la rage n'engendre rien de bon, j'essaie de transformer cette énergie destructrice en vouloir et en action. Et si vous en êtes là, je vous invite à en faire autant.


Que faire ? Peut-être qu'il convient d'abord d'essayer de voir clair. Ce monde est malade, il est difficile de le nier. On dit : « Voyez ses performances ! » Très réelles, en effet. Mais il en est un peu comme d'un brillant sportif qui, au moment où il fête ses victoires, apprend qu'il a un cancer. Le cancer ne supprime pas ses exploits, mais il faut tout de même s'en préoccuper.

Où est la maladie ? Qu'est-ce qui fait que nos progrès eux-mêmes peuvent être progrès de la catastrophe ? Hiroshima est un grand progrès dans l'art du massacre - on s'en passerait ! Toutefois, les analyses peuvent se multiplier à l'infini, enrichir colloques et publications. Le moment de vérité est un peu plus loin : quand on fait quelque chose pour que ça change. C'est au pied du mur qu'on connaît le maçon.

Un diagnostic grave et des solutions insuffisantes


Changer quoi ? On est d'abord porté à répondre aux urgences. Et il le faut. Ceux qui meurent de faim ont besoin de manger. Disserter sur la nature du besoin ou les exigences de la rentabilité leur est une insulte. Soit. Mais se contenter de répondre aux urgences, c'est faire du vélo le nez sur le guidon. On ne voit plus vraiment où l'on va. Et l'on dépend de ce monde même que l'on déteste.
Il y a l'action politique des gouvernements et des grandes machines administratives. Indispensable. Mais durement contrainte par l'état de fait, le rapport des forces en présence. Quel gouvernement pourrait contraindre l'argent à se faire généreux ? Le système continue sur sa lancée. Il est (jusqu'à présent) capable d'encaisser les chocs, d'intégrer même ce qu'on lui oppose - l'écologie offre sûrement de grandes possibilités à des industries très rentables. Mais le cœur du problème reste intact.
Et il y a tout ce qui tient, en quelque sorte, à la marge : les ONG, les initiatives en tous genres. Indispensables. Mais finalement relatives, elles aussi, à l'état de fait. Ce n'est pas révolution, c'est plutôt compensation des dégâts commis par le système dominant. Du coup, on risque encore d'en dépendre sans même s'en apercevoir. Tout ce qui répare les dégâts (tâche nécessaire) a aussi cet effet de permettre au système de perdurer.

Alors, la révolution ?
Mais quelle révolution ? S'il s'agit d'une mutation de la société humaine, il se pourrait bien qu'il faille aller jusque là. Mais s'il s'agit de répéter les exercices violents de 1917 et aventures semblables, merci : on a déjà donné. Et pour des résultats affligeants. Et notre puissance technique est devenue telle qu'un risque de chaos social est à éviter absolument. Vous imaginez une Europe en guerre civile, sans surveillance des installations nucléaires ? (La chute de l'URSS nous a fait froid dans le dos. Pas question de recommencer.) Les pays dits « développés,, ne peuvent plus se permettre ni la guerre ni la révolution.

Alors quoi ? Il faudrait une volonté commune des populations, suffisamment forte pour infléchir le cours des choses - de quoi créer une démocratie assez courageuse et assez lucide pour aller au cœur de l'affaire. Et c'est où ? L'écologie ? L'écologie est un aspect. Mais si elle fait si fortement question, c'est en fonction bien sûr de ce qui la menace. On peut répondre et la réponse se répand : tout le mal est dans la croissance ! Toujours plus ! Toujours plus loin ! Une boulimie effrénée, une expansion qui ne connaît plus de limites, une publicité féroce qui excite, excite, excite en réduisant le désir aux envies. « Si vous en avez envie, dites que vous en avez besoin. J'ai envie d'avoir envie. X... (marque de charcuterie en boîte) crée l'envie » : publicités authentiques. Voilà l'ennemi ! Cette folie gloutonne, qui ferait sauter la planète plutôt que de renoncer à ses 4 x 4 et à sa grande bouffe.
Alors, certains disent : il faut vouloir la décroissance. On voit bien le motif, on voit bien l'intention. Mais... la décroissance réfère à la croissance. Toujours dangereux, les concepts négatifs (irrationnel, incroyant, etc.) : ils se définissent par rapport à ce qu'ils refusent. Autrement dit, ils acceptent que le lieu du combat soit imposé par l'adversaire. Si vous luttez contre la croissance, votre préoccupation majeure sera la croissance et ses méfaits. Mais il faudrait peut-être se préoccuper autrement.
Ainsi s'annonce la deuxième difficulté : on ne mobilise pas les gens avec un objectif précédé du signe « moins ». On ne peut vouloir la décroissance que si l'on veut autre chose que la croissance et c'est cette autre chose qui mérite tous nos soins.

Retrouver la vérité du « désir humain »

Qu'est-ce que c'est ? Ça a rapport au désir, ce désir si follement sollicité et si farouchement dénaturé qui est au cœur du système dominant (que serait le marché si personne n'achetait ? Et pourquoi achète-t-ton ?...) D'où la question : où est la vérité du désir humain ? Je sais : ça fait métaphysique et les réalistes protestent aussitôt au nom du « concret ». Je demande bien pardon qu'y a-t-il de plus concret que le désir humain ? Et je l'entends au sens le plus vaste, qui englobe tout ce dont l'homme peut avoir « appétit » (au sens du Moyen Age). Quoi de plus concret que la faim ? Quoi de plus concret que le désir d'être aimé ? Ou même le goût de connaître, s'instruire, créer, inventer ?
En vérité, le système où nous sommes écrase le désir. Jusqu'à ces jeunes (il s'en rencontre) qui sont commandés par la compulsion -j'ai envie, je prends-, qui n'ont aucun sens du temps nécessaire, de la patience, du respect de l'autre, du respect de la loi. Étrange humanité déshumanisée qui, si elle se répandait, créerait en écologie proprement humaine des périls au moins aussi graves que ceux que nous connaissons dans le rapport à la nature.
S'il y a un « retour du religieux », du goût pour les sagesses orientales et même un attrait nouveau pour la philosophie, ce n'est pas le fruit du hasard. Bien entendu, il est très mêlé. On peut même y voir, dans bien des cas, un avatar du règne de l'envie : ça se « consomme » aussi, le spirituel. Mais c'est au moins un symptôme.
Il y a comme un mouvement, encore indécis, équivoque, dispersé, pour retrouver ce qui don¬nait à nos prédécesseurs non pas un sens de la vie (qui risque d'être un luxe pour ceux qui mangent à leur faim), mais - la vie. Une vie humaine. Avec un espace et un temps d'humanité et des relations constituantes (famille, compagnons, nation) et -don suprême- un grand Principe sûr, donnant aux humains l'assurance fondamentale qui les préservera du chaos.

Alors quoi ? Le bon vieux temps ? Le bon vieux temps était sinistre à bien des égards. Peste, faim et guerre, comme chantent les grandes litanies, pour prier Dieu de nous en préserver. Et je n'ai aucune envie de vivre comme mes braves ancêtres, sur la terre battue, à crever de faim, sans savoir lire, avec la mort qui frappe à la porte.
Mais ce même temps, misérable aux misérables, portait pourtant ce qui ne doit pas périr : un fond d'humanité, aussi précieux en son genre que le sol de notre bonne vieille terre, certes moins productif et moins protégé qu'en notre âge de l'agroalimentaire... Mais détruisez-le, tout est fini.
Pas question de retour en arrière. Aussi bien, ce n'est pas possible. On ne remonte pas le temps. Vouloir reconstituer ou faire perdurer le monde ancien fait virer à l'irréel ce qu'on voudrait sauver. On le voit en particulier pour ce qui concerne la religion. La transformer en rempart contre les errements contemporains, vouloir la garder intacte de tout ce qui viendrait y mettre question, c'est la transformer en une bulle, pieuse et théologique, où l'on peut se trouver assez bien, mais qui risque fort de devenir factice - et pour ceux même qui se trouvent dedans. J'ai entendu ce mot atroce, d'un homme qui avait quelque sympathie et beaucoup de déception par rapport à la religion : « Vous prétendez sauver vos vérités éternelles en les mettant au congélateur. Elles ne pourrissent pas, mais elles sont immangeables. »

Retrouver n'est pas répéter : une exigence de création

Alors, quoi faire ? Il paraît hors de doute que nous avons à retrouver des dimensions d'humanité qui sont en train de s'abîmer aussi durement que les forêts équatoriales ou les glaciers des Alpes. Mais retrouver n'est pas répéter. C'est une exigence immense de création, de reprise critique et créatrice de tout ce qui nous a menés jusqu'à ce que nous sommes : religions et récits, art et science, histoires et peuples ; et en séparant, autant que nous pouvons, ce qui là-dedans est vivant de tout ce qui s'y traîne de violence mortifère.
L'exigence de juste mémoire est à la hauteur de l'exigence de création. Rude et admirable programme pour ceux qui ont encore quelque foi ou quelque goût de sagesse et raison - ou les deux ? Ils y seront éprouvés. Mais c'est le signe du sérieux de l'entreprise.
Œuvre  de recherche et qui engage tout, pas seulement l'intellect. Œuvre de formation, pour que dans l'enseignement se retrouve cette « initiation à la vie humaine vraiment humaine », dont on a parfois le sentiment qu'elle s'est dangereusement absentée (on enseigne tout, sauf la seule chose absolument indispensable). Œuvre à long terme. Les grandes mutations humaines demandent des siècles.

J'entends les protestations - ou les ricanements : « Qu'avons-nous à faire de ces rêveries? Le réel, le réel ! Le chômage et la Bourse ! Les satellites et la biologie ! Nos vrais problèmes ! » Très important, pas de doute. Mais le problème de tous ces problèmes, c'est l'homme, l'être humain, dans sa chair et dans son âme, bien plus réel que tous ces fantasmes dont nos techniques de l'artifice ont su faire la réalité.
Mais il faudrait du moins avoir un plan, un programme ! Il me semble que sur ce point, il y a comme un manque. Je puis me tromper. J'espère me tromper. Je ne demande qu'à apprendre. Mais ne m'accusez pas de pessimisme. Le pessimiste est celui qui se résigne : « On n y peut rien. Mieux vaut dire que tout va bien ! »
Nous sommes comme au bord d'une tâche gigantesque. Et il se pourrait que les outils hérités de notre modernité (et dont les progrès sont galopants) y soient impuissants. Il faut travailler. La persévérance dans le travail gagne toujours. À la fin. Du moins espérons-le.


Article dans la plaquette de CCFD : campagne

 


Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie - Communauté : Christianisme
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Jeudi 26 mars 2009

et l’enfant dans tout ça ? »,

Question qui garde toute son importance. Impossible d'échapper au débat.



Nous en avons parlé avec Béatrice Bourges, de l’association pour la protection de l’enfance, au cours d'une conférence organisée par « Toi d'écoute » de la paroisse St Polycarpe.

Je vous propose d’entendre l’entretien sur RCF.
François-Nicolas d’Alincourt interroge Béatrice Bourges ; 213/03/2009.







Les questions que pose l’homoparentalité sont complexes et piégées. Béatrice Bourges, auteur d’un livre sur le sujet, l’homoparentalité en question, nous invite à prendre le point de vue de l’enfant. L’enfant est-il un droit, une revendication, ou un être humain qui a besoin d’un cadre sexué pour se définir ? Un débat pour parler de cette question cruciale.





Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie - Communauté : Christianisme
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Lundi 19 janvier 2009

Récemment, en dialoguant avec un catéchumène, je me suis replongé dans la notion de « péché ». Le dictionnaire parle d'une transgression de la loi religieuse, de la loi divine. On pourrait évoquer la loi naturelle. Est péché ce qui n'est pas en accord avec les immuables données de l'existence.

Placer cette notion à ce niveau fondamentale, basique, me semble plus important que de parler de déviance par rapport à une loi religieuse. Seulement, dans le langage courrant, l'idée de désobéissance religieuse a envahi la pensée au point de ne parler de péché que quand dans ce contexte. A commis un péché, celle ou celui qui n'a pas été à la messe dominicale car il n'a pas eu le courage de se lever assez tôt. A commis un péché le divorcé remarié qui communie au corps du Christ alors que l'Eglise le lui a interdit.

Karl Rahner parle de péché philosophique. Manquement coupable contre la loi (morale) naturelle, dans lequel la contradiction avec la volonté de Dieu législateur n'est ni perçue, ni voulue, seule étant perçue la contradiction avec la nature humaine. La signification morale négative d'un acte par rapport à la personne humaine ne pouvant pas être comprise sans que soient saisis au moins implicitement l'être et la volonté de Dieu, un cas concret d'un péché philosophique n'est, en fait, pas possible.

C'est bien la conscience du non rapport à la volonté divine qui dévoile le péché. Reste à savoir qui est Dieu, comment son message (loi de la nature) est-il perçu ?

Saint Basile dictant sa doctrine, Francesco de Herrera l'Ancien (1585-1654), musée du Louvres.

Un matin, à la prière de l'office des lectures (mardi 1ère semaine), j'a lu ce texte de St Basile. on y parle bien existentiellement de l'acte pécheur : employer à faire le mal les facultés que Dieu nous a données pour faire le bien.

Je vous invite à lire ce texte. Un bel éclairage.


LES GRANDES RÈGLES MONASTIQUES DE SAINT BASILE


C'est Dieu qui a mis en nous le désir de l'aimer

L'amour envers Dieu n'est pas matière d'enseignement. Car personne ne nous a enseigné· à jouir de la lumière, à aimer la vie, à chérir ceux qui nous ont mis au monde ou qui nous ont élevés. De même, ou plutôt à plus forte raison, le désir de Dieu ne s'apprend pas par un enseignement venu de l'extérieur ; dès que cet être vivant (c'est l'homme que je veux dire) commence à exister, une sorte de germe est déposé en nous qui possède en lui-même le principe interne de l'amour. C'est à l'école des commandements de Dieu qu'il nous convient de l'accueillir, de le cultiver avec soin, de le nourrir avec intelligence et, par la grâce de Dieu, de le conduire à sa perfection.

J'approuve votre zèle, il est nécessaire pour atteindre ce but. Si Dieu nous l'accorde, et avec l'aide de vos prières, nous allons essayer, autant que l'Esprit Saint nous en donnera le pouvoir, d'exciter l'étincelle de l'amour divin qui se trouve en vous. (...)

Nous devons dire d'abord que nous avons reçu de Dieu, préalablement à tous les commandements qu'il nous a donnés, la force et la capacité de les accomplir ; ainsi nous ne devons ni nous révolter comme si l'on exigeait de nous quelque chose d'inouï, ni être fiers comme si nous apportions plus que nous n'avons reçu. Si nous employons ces forces loyalement et comme il faut, nous vivons saintement selon la vertu ; mais si nous en faisons un mauvais usage, nous tombons dans le vice.

C'est ainsi que le vice se définit : employer à faire le mal les facultés que Dieu nous a données pour faire le bien, contrairement à ses commandements. Au contraire, la vertu que Dieu attend de nous consiste à employer ces mêmes facultés, sous l'influence d'une conscience droite, selon le commandement de Dieu.

Cela étant, nous dirons la même chose de la charité. En recevant de Dieu l'ordre de l'aimer, nous avons reçu, dès notre origine, l'aptitude à l'aimer. Cela ne nous est pas démontré par des arguments extérieurs. Chacun peut l'apprendre par lui-même et en lui-même. Nous désirons par nature ce qui est bon et beau, bien que la même chose n'apparaisse pas bonne et belle à celui-ci et à celui-là. Nous n'avons pas besoin qu'on nous apprenne à aimer nos parents et nos proches, et c'est spontanément que nous accordons notre bienveillance à ceux qui nous font du bien.

Or, je vous le demande, y a-t-il rien de plus admirable que la beauté divine ? Que peut-on imaginer de plus digne de plaire et de plus agréable que la magnificence de Dieu ? Y a-t-il un désir plus fort et violent comme celui que Dieu inspire à l'âme purifiée de tout vice et qui s'écrie sincèrement : je suis blessé d'amour ? Les splendeurs de la beauté divine sont inexprimables et indescriptibles.


Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie - Communauté : Christianisme
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Vendredi 26 décembre 2008
La double responsabilité de l'homme envers la Création : la nature et lui-même


Dans son discours à la curie romaine à l'occasion du traditionnel échange de vœux Benoît XVI rappela (le 22 décembre 2008) la présence de l'Esprit Saint à la création et dans l'histoire, dans la « nature » et dans la nature de l'homme, homme et femme. Il souligne ainsi la responsabilité des chrétiens de protéger la création et l'homme, la forêt tropicale et le mariage.

Parmi les limites que l'homme doit reconnaître, il y a ce que la Nature impose.

 

Voici quelques extraits

 « l'Esprit créateur qui plane sur les eaux » (Genèse) « crée le monde et le renouvelle sans cesse ». Aussi, « la foi dans l'Esprit créateur est un contenu essentiel du Credo chrétien ».

« Dans la foi envers la création se trouve le fondement ultime de notre responsabilité envers la terre » : « Celle-ci n'est pas simplement notre propriété, une propriété que nous pouvons exploiter selon nos intérêts et nos désirs. Elle est plutôt un don du Créateur qui en a dessiné les structures intrinsèques et qui  nous a donné les signes d'orientation que nous devons suivre comme administrateurs de sa création ».

Et à propos de la responsabilité chrétienne, le pape a relevé la « responsabilité à l'égard de la création » que l'Eglise « doit faire valoir » également « en public ».

« Parce que la foi dans le Créateur est un contenu essentiel du Credo chrétien, l'Eglise ne peut et ne doit se limiter à transmettre seulement à ses fidèles le message du salut. Elle a une responsabilité envers le créé et doit faire valoir cette responsabilité en public Et en le faisant, elle ne doit pas seulement défendre la terre, l'eau et l'air comme des dons de la création appartenant à tous. Elle doit également protéger l'homme contre la destruction de lui-même. Il est nécessaire qu'il existe quelque chose comme une écologie de l'homme, comprise de façon juste ».

A ce sujet, le pape a évoqué la notion de « nature » humaine souvent combattue au nom de l'idéologie du « gender ». « Il ne s'agit pas, a fait observer Benoît XVI, d'une métaphysique dépassée, si l'Eglise parle de la nature de l'être humain comme homme et femme et demande que cet ordre de la création soit respecté. Ici, il s'agit de la foi dans le Créateur et de l'écoute du langage de la création, dont le mépris serait une autodestruction de l'homme et donc une destruction de l'œuvre de Dieu lui-même ».

« Ce qu'on exprime souvent et ce qu'on entend par le terme gender, a fait remarquer le pape, se résout en définitive dans l'auto émancipation de l'homme par rapport à la création et au Créateur. L'homme veut se construire tout seul et décider toujours et exclusivement seul de ce qui le concerne. Mais de cette manière, il vit contre la vérité, il vit contre l'Esprit créateur ».

Donc le  pape encourage non seulement la « protection » des « forêts tropicales », mais aussi de « l'homme »  qui « ne la mérite pas moins ».

Il souligne que le « message » inscrit dans la « nature » de l'homme « ne signifie pas la contradiction de notre liberté, mais sa condition ».

 


 

Sur cette question, voir les articles de Isabelle de Gaulmyn


le blog de Patrice de Plunkett, sur le discours de Benoît XVI aux jeunes à Sydney.

 


une brève de l'AFP


Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie - Communauté : Christianisme
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