<![CDATA[En manque d'Eglise]]> http://www.enmanquedeglise.com/ fr over-blog.com RDF 1.0 Generator admin@over-blog.com 2007-03-15T19:47:11Z <![CDATA[Progressisme et révolution -1]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19528393.html fr 2008-05-15T18:05:06Z <![CDATA[Stabilité]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19505216.html Une toute petite réflexion ce jour. Petite, mais forte. Elle m'est venue durant ce temps d'activité réduite à cause, ou grâce au long repos de ce temps de Pentecôte. Qu'est-ce qui pourrait caractériser l'âge plus que mûr, la vieillesse réussie, ou son début ? Je réponds : l'absence d'ennuis. Même quand tout semble vide ou le paysage bien gris. Et cela rejoint une forte conviction : la preuve d'une vie pleine c'est que l'on ne connaît pas l'ennui alors qu'il n'y a rien à faire. La jeunesse invite plutôt à bouger. Le critère de la réussite, de la plénitude réside dans ces mots : « ça bouge, y a de la vie, que du bonheur ! » Eh bien, ces quatre derniers jours, je n'ai pas bougé. Je suis resté « à la maison » ; j'ai lu, écrit, prié, célébré... sans ressentir le moindre désagrément, ni aucune envie de faire « quelque chose, voir, n'importe quoi ». Un jeune, ne supporterait pas. Jadis, je ne supportais pas. Voilà un goût pour la stabilité qu'on ne peut pas imposer à autrui. Mais pourquoi le cacher ? C'est une petite réponse que j'adresse à l'auteur de la photo ci-dessus que je trouve belle dans son ouverture sur l'invisible. Pendant mes congés, sabbatique mois de janvier, j'ai progressivement fait l'expérience du devoir de ne pas se distraire par la promenade. Cela rejoint le vœu de stabilité que prononcent les moines pour ne pas devenir « gyrovague ». Même la promenade, appelée pèlerinage, peut être un divertissement. Sagesse des anciens ? À prouver !   ]]> fr 2008-05-14T20:25:05Z <![CDATA[Oran : être aimés plutôt que craints]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19503938.html fr 2008-05-13T19:45:05Z <![CDATA[Ordonner prêtre un(e) sage du quartier]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19473831.html Et si l'Eglise s'organisait à partir de la vie de ses membres, de leur culture, et non autour de clercs hiérarchiquement choisis selon un unique modèle ? Ce que je pense est tellement rêveur qu'il serait assurément plus sage de ne rien écrire. Mais, voilà... Le ridicule ne m'ayant pas encore tué, j'ose étaler sur le papier (virtuel) mes pensées en les offrant à lire. Je suis influencé dans cette réflexion par la pratique de l'Islam. Le premier contact que j'ai eu avec cette religion, c'était pendant mes deux années de coopération à Abidjan au milieu des années 60. A Port-Boué, notamment, à l'époque bidonville installé sur le cordon lagunaire, pas très loin du collège des Pères Assomptionnistes où j'étais enseignant, j'ai observé les commerçants venus du Nord - pays musulmans depuis plusieurs siècles - qui, en plus de leur commerce, enseignaient le Coran. C'est par eux, en parti, que l'Islam s'est propagé en Côte d'Ivoire. Soyons honnêtes. Ce que je dis là, ce n'est peut-être qu'une impression. Je ne suis jamais retourné en Côte d'Ivoire et je ne prends pas le temps de contrôler dans les livres d'Histoire la vérité de mes affirmations. Tout avis plus sérieux et mieux documenté est complètement dans son droit en me corrigeant. Pourtant, je pense ne pas me tromper en affirmant que les Dioulas, mais pas seulement eux, il y avait aussi des ressortissants de Haute-Volta (Burkina-Fasso)  spontanément, avec leur marchandise, transmettaient la foi du Prophète Mohamed. A Abidjan, on voyait aussi, aux frontières de la ville, de nombreux Peuls avec leurs troupeaux de zèbus et des Mauritaniens. Transmission spontanée, sans mandat hiérarchique. En effet, le fait qu'il n'y ait pas de clergé instauré selon une organisation pyramidale donne possibilité à toute personne sensible à la foi musulmane reçue des parents d'organiser une communauté priante pour mettre en œuvre les cinq prières quotidiennes et les services qui les l'accompagnent. J'ai souvent observé cela dans les petits villages du Sahara où la société villageoise (le quartier) se réunit dans une mosquée qui peut se réduire à un tracé de pierres sur le sol (terre, cailloux ou sable). Bref, je laisse aux spécialistes tout loisir de me contester. Venons-en à la pointe de ma pensée : Et les Chrétiens ? Je pense que dans les deux premiers siècles de la vie de la communauté des disciples du Christ, il devait y avoir une organisation semblable à partir de ses propres membres. Les exégètes chrétiens ont publié de nombreuses études sur la Communauté décrite dans les Actes des Apôtres (Ac 2, 42 ss). « Tous s'appliquaient fidèlement à écouter l'enseignement que donnaient les apôtres, à vivre dans la communion fraternelle, à prendre part aux repas communs et à participer aux prières. Chacun ressentait de la crainte, car Dieu accomplissait beaucoup de prodiges et de miracles par l'intermédiaire des apôtres. Tous les croyants étaient unis et partageaient entre eux tout ce qu'ils possédaient. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et répartissaient l'argent ainsi obtenu entre tous, en tenant compte des besoins de chacun. Chaque jour, régulièrement, ils se réunissaient dans le temple, ils prenaient leurs repas ensemble dans leurs maisons et mangeaient leur nourriture avec joie et simplicité de coeur. Ils louaient Dieu et ils étaient estimés par tout le monde. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à leur groupe ceux qu'il amenait au salut. » Ce qui a démarré à Jérusalem s'est, sans aucun doute, propagé dans d'autres villes et villages. A quelle vitesse une organisation hiérarchique s'est-elle mise en place ? Les premiers prêtres ne sont que des anciens envers qui leur façon de vivre en famille donnait une telle confiance qu'on pouvait les solliciter pour gérer une petite communauté : de simples surveillants (épiscopes = évêques) envers qui l'on avait confiance. Encore une fois, je vous incite à vous tourner vers les spécialistes théologiens qui sont fiables et abondants sur ces questions pas toujours faciles à ordonner historiquement. Mais, continuons.   Il me semble que la rencontre de l'Eglise apostolique avec l'Etat romain a influencé son organisation sous un monde hiérarchique, le IVème siècle connaissant par le pouvoir en place la reconnaissance officielle de l'Eglise du Christ. L'influence est indéniable quand la Cour impériale de Constantinople sert de modèle : voir la mosaïque de Saint-Vitale à Ravenne où l'Empereur, Justinien, l'Impératrice, Théodora, l'Evêque, Maximilien collaborent à l'offrande eucharistique. Pouvait-il en être autrement ? Qui peut répondre sans refaire l'Histoire ? Cette question, je me la pose avec les problèmes que rencontra l'Eglise Africaine (et également l'Eglise Egyptienne - Copte) sous les Pouvoir(s) romain et byzantin. Les Eglises autochtones voyaient d'un mauvais œil l'Etat chrétien impérial se servir de leur terre pour en faire un grenier à blé alimentant d'abord Rome, puis Constantinople. Le Chrétien donatien de Timgad, d'Hippone, etc... avait tendance à se révolter contre le Pouvoir central. Défendant leur point de vue forgé à partir de la Communauté locale, ils tombèrent dans l'hérésie. Augustin, évêque d'Hippone, résout le problème en faisant appel à l'Empereur et à son armée. Une répression. Et si les Evêques donatiens, proches du petit peuple des campagnes, n'avaient eu que le souci de défendre les plus pauvres, comme le demande l'Evangile ainsi que l'a très nettement rappelé Vatican II ?... Un débat que j'aimerais bien voir s'ouvrir. Mon hypothèse est donc celle-ci : La Communauté chrétienne actuelle ne demeurera proche des hommes et des femmes de son temps, ne se rapprochera de la société contemporaine que si elle reste plongée en son sein. Pourquoi modeler selon un style monastique (même dans les communautés dites nouvelles) les « surveillants » de chaque communauté ? Pourquoi ne pas offrir toute une palette de prêtres, célibataires ou non, issus de diverses cultures, certains experts en théologie, d'autres non, mais tous assidus à l'écoute des Apôtres : transmettant l'Evangile ? Je pense que si l'on mettait au centre de la gérance de l'Eglise des représentants des pauvres (économiquement, culturellement), la question de la formation des prêtres se poserait autrement... Georges Arnold - ancien Supérieur du PRADO - soulève le problème. En 1968, il a accompagné des militants ouvriers (JOC) qui voulaient devenir prêtres. Il note qu'ils rencontrent des difficultés : « On veut les faire rentrer dans le moule, sans plus tenir compte de leur riche expérience ouvrière ». On veut leur imposer la culture bourgeoise, classique, unique modèle pour la formation du clergé ». Ils écrivent aux évêques responsables de la formation. « Nous avons trop vu de jeunes ouvriers incapables de tenir au séminaire, non par lâcheté, mais par difficulté d'entrer dans un monde étranger. Et nous savons combien de jeunes du monde ouvrier, authentiquement appelés par le Seigneur, refusent et refuseront de plus en plus, peut-être, de se faire étrangers à leur monde pour devenir prêtres. ». La question demeure. Ne suffirait-il pas d'ordonner prêtre un(e) sage du quartier ? ]]> fr 2008-05-12T00:00:09Z <![CDATA[Pentecôte, Homélie du dimanche 11 mai 2008]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19471346.html fr 2008-05-11T18:35:11Z <![CDATA[Cercle du silence, débat...]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19400237.html fr 2008-05-10T10:45:09Z <![CDATA[avec ou sans soleil ?]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19335063.html Observation Quand il y n'a pas de soleil, les fleurs se ferment, les feuilles s'écartent. Quand il y a du soleil les feuilles se ferment, les fleurs s'épanouissent. Tout faire pour recevoir, en toute sécurité le maximum ! Ouvert à la « Grâce ». ]]> fr 2008-05-09T14:25:04Z <![CDATA[8 mai 1945]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19391294.html Cet hiver à Béni Isguen, les écrits de Max Gallo m'ont informé sur le 8 mai 45 algérien. À ma grande honte, je faisais une découverte. Il ne me semble pas avoir appris à l'école cette tranche de l'Histoire. Les amis algériens m'ont confirmé la vérité du roman historique de Max Gallo. « Ils croyaient que la Libération serait aussi, selon les promesses, la leur. » Aujourd'hui, voyant les titres des journaux où les 60 années d'Israël sont en bonne place, j'ai voulu relire ce qui se dit pour ce jour en cette date. Encyclopédia Universalis : La tentative insurrectionnelle de mai 1945          Contre l'ordonnance du 7 mars 1944, les nationalistes algériens de toutes tendances se mobilisèrent : ils la dénonçaient comme une atteinte à l'islam et comme une tentative de francisation autoritaire. Leur riposte se matérialisa par la création le 14 mars des Amis du Manifeste et de la liberté (A.M.L.). Ce groupement rassembla tous les nationalistes : ceux qui se reconnaissaient dans le Parti du peuple algérien (P.P.A.) de Messali Hadj, alors contraint à la clandestinité, ceux qui suivaient la voie indiquée par les ‘ulama, enfin tous les ralliés de fraîche date au Manifeste du peuple algérien. Bien que le mot n'ait pas été prononcé, c'était un véritable front national qui préfigurait ce que serait un jour le F.L.N. (Front de libération nationale). À l'intérieur de ce vaste rassemblement, mal contrôlé par Ferhat ‘Abbas, le P.P.A. diffusait des consignes de plus en plus hostiles aux Français et préparait les esprits à l'idée d'une insurrection générale. Bientôt les masses musulmanes vécurent dans une attente quasi messianique : l'indépendance de l'Algérie leur apparaissait comme toute proche. Au début d'avril 1945, Messali Hadj avait, semble-t-il, accepté un projet d'insurrection : un gouvernement algérien devait être proclamé dans les environs de Sétif, dont Messali Hadj prendrait la direction. Par là, les puissances alliées réunies à la Conférence de San Francisco seraient saisies du problème algérien et contraintes à une intervention décisive. Mais les autorités françaises, alertées par les incidents de Chellala provoqués le 19 avril pour permettre l'évasion de Messali Hadj, décidèrent de déporter celui-ci au Congo français. Les manifestations de protestations des 1er et 8 mai 1945, déclenchées dans la plupart des villes par le P.P.A. et les A.M.L., tournèrent à l'émeute à Sétif et à Guelma. Ces émeutes sanglantes furent interprétées dans les campagnes voisines comme le signal de l'insurrection attendue. Croyant venue la guerre sainte, les ruraux du Nord-Constantinois attaquèrent les fermes des colons, les maisons des gardes forestiers, les bâtiments administratifs et massacrèrent une centaine d'Européens isolés. Bien que peu nombreuses, les troupes françaises et les milices des colons réprimèrent avec violence les troubles qui demeurèrent limités à un ensemble de douars peuplés d'environ 40 000 habitants. Pour soulager les insurgés, le P.P.A. avait conseillé l'extension du mouvement, puis il donna l'ordre d'insurrection générale pour le 23 mai. Mais, constatant que les soulèvements spontanés avaient été écrasés bien avant cette date, il dût lancer un contrordre. La révolte improvisée avait été étouffée en moins de deux semaines. La répression, qui tourna parfois au règlement de compte racial du fait de l'action des milices européennes, fit probablement plus de 1 500 victimes musulmanes, chiffre avancé officiellement par les autorités de la colonie. Les affirmations incontrôlées du P.P.A., selon lesquelles « le génocide perpétré par les Français » aurait fait 35 000 morts, ne peuvent pas plus être acceptées. Pourtant l'Algérie indépendante a retenu officiellement l'impossible total de 45 000 morts.   Cette tentative manquée d'insurrection nationale explique, pour l'essentiel, le climat de la décennie 1945-1954. Les nationalistes se promirent de faire appel de leur échec et songèrent essentiellement à reprendre le combat pour recouvrer leur dignité et l'indépendance de leur patrie. (Encyclopædia Universalis 2005) Pour revisiter les massacres du 8 Mai 1945 en Algérie, deux récits vivants de témoins directs, AÏssa Cheraga et Lahcène Bekhouche. Presse algérienne, le samedi 8 mai 2004. Que peut-il rester, cinquante-neuf ans après, des événements du mardi 8 Mai 1945 ? À Sétif et à Kherrata, il subsiste des lambeaux de mémoire des rares survivants... et des lieux témoins de cette ignoble boucherie. Des témoins, acteurs et rescapés d'une barbarie, d'une boucherie que l'Histoire n'a jamais assez condamnée. Que les auteurs n'ont jamais vraiment reconnues (« Un crime est resté impuni »', lit-on dans les statuts de la fondation présidée par Bachir Boumaza). Retour sur l'une des nombreuses pages noires du colonialisme, à travers deux récits vivants et émouvants. L'un est de Aïssa Cheraga, le jeune homme qui porta le "drapeau algérien" ce jour-là, l'autre de Lahcène Bekhouche, condamné à mort à Kherrata, au lendemain des émeutes. Le "8 Mai 1945" a commencé de la mosquée de la gare, à Sétif. Il a pris fin, près de huit jours plus tard, avec la fin de la répression féroce de l'armée coloniale. Aujourd'hui, des stèles commémoratives, érigées dans divers espaces des villes et des régions touchées, notamment à Sétif, Guelma et Kherrata, rappellent à la postérité l'horreur vécue. Elles rappellent aussi combien ces événements ont influé sur la suite de l'occupation française, comment ils ont pesé dans la prise de conscience d'une indispensable révolte armée ; pour nombre d'historiens d'ailleurs, ils ont carrément précipité le recours, par le mouvement nationaliste, à l'insurrection ; ils seraient donc tout simplement le prélude à la guerre de libération, déclenchée neuf ans plus tard par le FLN. Le 8 Mai 1945 a peut-être servi, dans la conjoncture de l'époque, de détonateur : il a montré aux Algériens que, s'ils voulaient avoir leur propre drapeau, leur liberté et leur dignité d'êtres humains, ils ne pouvaient qu'envisager un affrontement direct et violent avec cet occupant qui ne s'est guère gêné, à la première occasion, de tirer sur les foules, d'incendier des maisons, de décimer des familles, d'égorger des hommes et de faire exploser la tête d'enfants. Il leur a montré le chemin de la libération et la voie de la détermination. En 1945, Aïssa Cheraga était vendeur au marché hebdomadaire de Sétif, une ville qui devait sa relative réputation à la célèbre "Fontaine de l'encens", bâtie en 1898 par un colon. Rebaptisée Aïn Fouara, a fontaine met en valeur une nymphe tenant dans chacune de ses deux mains une amphore, "celui qui boira de son eau y reviendra forcément", assure la légende. Le jeune Aïssa, un gaillard de vingt-cinq ans, gagne sa vie à la force des jarrets. "C'était une année de disette, se souvient-il, les récoltes étaient bien maigres. Les gens se nourrissaient de fèves et ils en remerciaient Dieu pour cela !". Le 7 mai, il est avisé qu'une manifestation pacifique allait se tenir le lendemain dans les rues de la ville. L'avis tenait lieu de convocation. Pourquoi une manifestation le 8 mai ? Parce que l'Allemagne nazie devait capituler -ce qu'elle fit-, il fallait bien participer à la célébration d'une victoire à laquelle les "musulmans" et les "indigènes" ont pris part, n'étaient-ils pas aux côtes des soldats français sur le front d'Italie ? D'ailleurs, une année auparavant, le gouvernement français avait décidé de d'octroyer la citoyenneté à près de 70 000 musulmans, sur un ensemble de huit millions -alors que les Européens étaient un peu plus d'un million. À Kherrata, une localité paisible, à mi-chemin entre deux grands pôles urbains, Sétif et Béjaïa, personne ne se doutait de rien. La rumeur était gardée au secret. "Il faisait beau, beau comme en ce début de mai 2004", évoque Lahcène Bekhouche, scout parmi les scouts. Kherrata, une ville cernée par les collines, des collines rocheuses, qui lui garantissent la pureté de l'air, la bonté du cœur. Sa relative renommée, elle l'a doit à ses gorges, ses merveilleuses gorges qui la relient aux autres contrées de Kabylie. Lahcène Bekhouche, un garçon actif de vingt ans, avait déjà connu la prison pour avoir distribué des tracts, en réalité des formulaires destinés à récolter des fonds d'aide aux scouts. Aïssa Cheraga se tient fin prêt. Une surprise l'attend le lendemain, il est, en effet, désigné pour porter ce qui était considéré comme le "drapeau algérien". "Ils ont jeté leur dévolu sur moi pour une raison bien simple : j'étais le plus grand parmi la foule." Une question de taille qui l'extirpera à jamais du lot des anonymes et le propulsera d'abord au peloton de la manifestation, ensuite au-devant de l'histoire. La foule "démarre de la mosquée de la gare aux environs de 10h". Au premier rang, détail trop important, étaient les écoliers et les scouts. Les "organisateurs" voulaient une marche pacifique. Aussi enjoignirent-ils aux participants de laisser à la maison tout objet susceptible d'encourager la dérive. Le mardi 8 Mai 1945 est jour de marché à Sétif. "Tout pouvant être pris pour une arme blanche, fût-elle un minuscule couteau, était interdit. Si nous voulions une manifestation violente, nous n'aurions pas placé les écoliers et les scouts en tête", explique Aïssa Cheraga, désormais en retrait dans la périphérique cité Avenir de la capitale des Hauts-Plateaux. La foule, dense mais disciplinée, longe la rue Constantine, qui portera à l'indépendance le nom évocateur des événements, et progresse dans le calme. Arrivée au niveau du Café de France, sis au bas d'un hôtel de même nom, elle marque un arrêt. "Quatre policiers en faction se tenaient devant nous", indique le vieux Aïssa. À la vue des manifestants, des Européens s'y précipitèrent. Ils sont furieux parce qu'un drapeau étrange, vert et blanc, s'est mêlé aux étendards arborés (français, américain, britannique et soviétique), ceux des Alliés victorieux de l'Allemagne nazie. Furieux aussi parce qu'une banderole, sur les deux brandies, suggérait une "hérésie" : "Algérie libre" ! L'autre demandait la libération de Messali Hadj, figure de proue du mouvement nationaliste. Fondateur du Parti du peuple algérien (PPA) Messali avait bien appelé, en compagnie de Ferhat Abbas, futur premier président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) à profiter de la célébration de la capitulation allemande pour revendiquer l'indépendance du pays, par le biais d'un... drapeau. Il avait été arrêté quelques années plus tôt, interné au Sud avant d'être transféré au Gabon, ce qui fit naître chez les nationalistes un sentiment d'exaspération. Début mai 1945, les militants du PPA organisèrent une marche grandiose à Alger. Au moment où les Européens attablés au Café de France se précipitent sur la foule, un garçon effronté, par souci de le sauvegarder, se saisit du "drapeau algérien" et se met à courir devant. Un des policiers ouvre le feu et le tue sur le coup. "Bouzid Saâl, (le nom du garçon, ndlr) m'a subitement pris le drapeau des mains avant de s'éloigner, on lui a tiré dessus", raconte, encore ému, Aïssa Cheraga. S'en suit bien sûr une répression dans les rues et les quartiers de la ville. Pendant une semaine, l'armée française, renforcée par des avions et des chars, se déchaîne sur les populations et tue sans distinction. Lorsque le bus la reliant à Sétif parvient à Kherrata, Lahcène Bekhouche remarqua qu'il porte des traces de balles en de nombreux endroits. Un certain Bouhaoui propage l'information. Des villages affluèrent les hommes et se mirent à incendier des édifices publics. "Moi-même j'ai mis le feu à la poste et à la justice", s'enorgueillit Bekhouche, dont la silhouette ne passe jamais inaperçue à Kherrata. "Lorsque les chars ont commencé à semer la mort, nous nous sommes enfuis dans la montagne. Deux jours plus tard, nous étions de retour, à la faveur d'une prétendue promesse d'indépendance du général de Gaulle", témoigne-t-il. Rassemblés dans la cour de la caserne, les hommes entendirent le caïd prononcer des condamnations à mort contre 45 d'entre eux, dont Bekhouche. Ces derniers subirent les pires sévices. Lahcène a la mémoire tourmentée. Il n'a rien oublié de ce bitume brûlant sur lequel il était couché dans cette caserne, rien oublié des visages livides de ses copains de cellule qu'on emmène pour être achevés dans la montagne, rien oublié du chef des scouts, le Dr Hanous, liquidé en même temps que ses deux rejetons, rien oublié de la mine effarouchée de ces femmes qui ont dû accoucher sous les ponts de Kherrata, rien oublié de ces oueds qui puaient la pestilence des cadavres et que les colons arrosaient de sable, rien oublié de ses quatre amis exécutés, ni de cet adjudant de Blida qui lui a sauvé la vie en le transférant à Sétif, ni de Bachir Ibrahimi et du Dr Saâdane rencontrés à la prison de Constantine, ni de ce fameux Bendjelloun qui a pu lui obtenir une commutation de peine (de condamné à mort à condamnation à perpétuité). Finalement, Lahcène Bekhouche restera à la prison de Maison-Carrée (El-Harrach) jusqu'à l'indépendance du pays, le 5 juillet 1962. Cinquante-neuf ans après, demeure ainsi l'effort de mémoire de ces hommes. Demeure également l'appel de ces militants, comme Abdelhamid Slakdji, président de la fondation du 8-Mai-1945 à Sétif, à la reconnaissance. C'est le moindre des mérites. source : Liberté  ]]> fr 2008-05-08T14:19:41Z <![CDATA[Mettre en place à Lyon un cercle de silence]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19281968.html fr 2008-05-07T15:40:04Z <![CDATA[Lyon-Cercles de silence]]> http://www.enmanquedeglise.com/article-19262181.html fr 2008-05-06T17:50:05Z