Objection de croissance, également au nom de l'Evangile

Publié le par Michel Durand


Dans le groupe « Chrétiens et Pic de pétrole », nous tentons la rédaction d'un ouvrage pour présenter la position du fidèle au Christ dans le contexte de l'inéluctable décroissance. Comment conclure ?


Voici un essai à discuter :

Nous sommes conscients que la réalité économique présente ne peut se changer du jour au lendemain comme s'il était possible de convertir la société à coup de décrets. Il n'y a aucune baguette magique. Nous sommes également conscients qu'à ne rien tenter, la transformation des mentalités prendra un temps considérable pour se réaliser, laissant à la pénurie en matière première de toute sorte la possibilité de s'installer durablement. Ce sera « la décroissance durable ».

Fort de cette prise de conscience, nous veillons et souhaitons susciter des veilleurs. Disons plutôt des guetteurs qui osent prendre la parole dès qu'une situation dangereuse pour la nature (le cosmos), donc pour l'homme, se présente.

Sans agiter de pensées catastrophiques, n'attendons pas que des voies sans issues écrasent l'humanité. Autrement dit, alors que l'opinion publique générale semble ne pas percevoir l'illusion d'un progrès infini et indéfini, mettre en place des modes de vie sobre où le respect et le bonheur des hommes prime sur la rentabilité économique devient un appel évangélique essentiel. Prévenons l'illusion d'une croissance permanente qui ne peut que conduire à une situation où la décroissance sera subie.

L'objection de croissance s'avère être une nécessité vu la raréfaction des matières premières, par exemple le pétrole. Mais, plus encore, cette course en avant du « toujours plus » ne correspond pas à ce dont la nature humaine a vraiment besoin. Toutes les interventions l'ont montré d'une façon ou d'une autre. Nous pourrions résumer ce constat en disant que si les besoins humains peuvent être rassasiés, par exemple la faim, les désirs sont infinis, ainsi le désir d'aimer et d'être aimé. Croire que l'on peut combler ses désirs en assouvissant ses besoins est une fausse croyance. Erreur du matérialisme. Aussi, à supposer que le génie technique humain trouve de nouvelles planètes où puiser -piller- pour ses propres besoins, comme cela fut fait en Afrique noire et en Amérique Latine, la réalité de l'objection de croissance demeurerait.

C'est pour cela que nous sommes attentifs à tous les guetteurs possibles et nous remercions chaleureusement ceux et celles qui, ne partageant pas nos convictions religieuses, acceptent que nous puissions apporter notre part dans les analyses communes, comme nous sommes heureux de recevoir ce qu'ils apportent.

A quoi sert de gagner le monde (l'univers) entier, si l'on en vient à perdre son âme ?

Il nous semble que, chrétiens, notre adhésion au Ressuscité nous emplit d'espérance et qu'un jour viendra où les hommes sur toute la terre concourront véritablement à leur bonheur. Ce temps est déjà là, en partie, sinon, nous ne pourrions pas en parler, d'où notre espérance. Mais il n'est pas encore totalement établi. En résulte l'appel à l'action.

Prenons l'exemple du repos du dimanche, ou celui de la retraite professionnelle à 70 ans. Vouloir travailler plus pour gagner plus, plus longtemps, appartient au domaine de l'illusion du progrès et de la croissance matérielle sans limites. Paul Lafargue devrait revenir avec son « droit à la paresse » polémiquer à la chambre des députés pour nous faire entendre raison : l'homme n'est pas un « animalis Laborens ».

Faire entendre raison !

Une montagne à soulever.

La tâche étant immense, il me semble que seul un engagement mystique des personnes dans un mode de vie sobre obtiendra quelques résultats politiquement efficaces.

L'interpellation mystique de la Société ne nous situera pas dans le rêve d'une société parfaite, illusion aussi dangereuse que la course à la croissance infinie, car porteuse de totalitarisme, mais dans une interrogation des uns et des autres soutenue par un débat constant. Débat qui n'a pas peur de la contradiction. Débat démocratique qui façonne des citoyens ouverts. Débat permettant d'inventer ensemble un monde qui échappe à l'idolâtrie du capital. Débat qui place les hommes et les femmes, les uns avec les autres, dans une harmonieuse compagnie de lutte contre une situation actuelle où tout n'est que marchandise.

Chrétiens, nous pensons que la communion au ressuscité donne le souffle nécessaire pour que l'humanité rejoigne sa vocation au bonheur.

Une précision encore par rapport au dimanche.

Si nous luttons contre le travail le dimanche quand celui-ci ne relève pas d'une nécessité sociétale, comme, par exemple, dans les hôpitaux, ce n'est pas pour que l'on puisse pieusement se rendre à la messe dominicale, mais pour que l'homme puisse paisiblement vivre le bonheur de l'amour, de la rencontre gratuite. La prière eucharistique en est un élément.

Mystiques, nous souhaitons collaborer à une vraie démocratie où l'homme, et non l'argent, est au centre.

Mystiques, nous puisons dans la Bonne Nouvelle du Christ, l'audace d'un avenir meilleur.

Quand l'inconnu est devant nous, pour ne pas aller « droit dans le mur », reste l'enjeu d'une création.

Tout ceci appelle un nécessaire discernement. Les divers groupes d'action et de réflexion sont alors indispensables. Ils se présentent comme une façon de redire l'importance des débats qui ne craignent aucune contradiction, rempart contre toute tentation de totalitarisme.


Publié dans Politique

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