Le prêtre ne reçoit pas d’un autre le corps du Christ, le mystérieux pain christique. Il se sert lui-même

Publié le par Michel Durand

Le prêtre ne reçoit pas d’un autre le corps du Christ, le mystérieux pain christique. Il se sert lui-même

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Cette nuit, c’est comme si j’avais eu un songe qui m’apporta une révélation. En fait une réalité bien banale, quasi quotidienne, mais, à mon avis théologiquement fondamentale. 

M’étant réveillé après ce songe, un rêve, je m’en rappelle très bien. Une longue méditation s’en suivit avant de retrouver le sommeil. 

Il est question du statut du prêtre. 

Une amie, rencontrée à la conférence-débat et chorégraphie organisée en l’église Saint-André dans le cadre de la biennale d’art sacré actuel , profond retournement, me parla (elle habite Sainte-Foy les Lyon) de pédophilie. Le mal que cela peut faire sur les victimes. Son observation est d’ordre professionnel.

Le drame, dit-elle, réside dans le fait que le prêtre utilise sa position cultuelle, sacrée, pour s’imposer avec autorité en tous domaines. Et les gens, devant cette sacralisation de sa personne n’ose pas penser en dehors d’une démarche de vénération, d’adoration presque, au moins d’obéissance. Le prêtre est sacralisé. Tout ce qu’il fait et dit est juste, bien ; donc, inattaquable. Il me semble qu’Isabelle de Gaulmyn, dans son ouvrage Histoire d’un silence, développe une analyse conduisant en cette direction. 

Or, le prêtre dans le culte n’agit que dans la personne du Christ. J’ai le souvenir d’un siège liturgique vu dans une abbaye cistercienne ; le siège du président de l’eucharistie, où il est écrit in persona Christi. Le prêtre, président une eucharistie, n’agit pas de son propre chef, mais comme icône, signe du Christ. Il n’est rien d’autre que le reflet du Christ, lui l’unique prêtre ! Sacerdos. Il agit, œuvre dans la personne du Christ.

Alors, de quel pouvoir, le prêtre, presbyteros, peut-il s’entourer ?

Pourtant, un prêtre, suite au sacrement de l’ordination, n’est plus comme, selon l’expression habituelle, un simple laïc. Sans développer en ce lieu, un page de théologie sacramentaire, je dois préciser que la marque de l’Esprit consacrant un prêtre - ce que, si mes souvenirs demeurent exacts, les théologiens appellent le caractère, le pouvoir, sacerdotal, marque fondamentalement (disons ontologiquement) la personne du prêtre. 

Et voilà le songe.

Je me trouve à une eucharistie paroissiale, connu comme prêtre par quelques fidèles qui, parfois (au moins certains) disent qu’il est mieux de ne pas concélébrer. « On dit qu’il n’y a plus assez de prêtres, que des villages n’ont plus de messe le dimanche ; il n’est pas bon de montrer que, dans notre quartier, il y a trop de prêtres concélébrants. Ces prêtres (en trop) feraient mieux de rendre service aux campagnes déshéritées. 

Le moment de la communion est venu. Dans le prêtre célébrant, je reconnais François Rizet, le vicaire à qui j’ai dit, durant mon adolescence, que je ressentais en moi l’appel à devenir prêtre. Il refusa de me donner le corps du Christ en me disant : « toi tu es prêtre, va vers l’autel et prends toi-même le pain consacré, le corps du Christ ». 

J’ai réfléchi. Ce doit être pendant la méditation qui, dans mon éveil, a suivi ce rêve. Le prêtre, marqué par le sacrement de l’ordination, l’onction de l’Esprit-Saint, n’est plus comme un simple laïc. Il « engendre » le corps du Christ, pain et vin mystérieusement transformé en son corps et son sang.

Alors, comment traduire cela quand on ne prédise pas une célébration eucharistique ?

Voilà la réponse de ce songe : que l’on soit en costume civile ou liturgique, le prêtre ne reçoit pas, notamment des mains d’un laïc, le précieux corps christique, il le prend en plongeant la main dans le ciboire ou ce qui en fait office. Le prêtre donne le Christ et , de ce fait, le prend lui-même ; le « simple » baptisé le reçoit. Il me semble que, dans cette chorégraphie différente, quelque chose est dit de la différence du sacrement de baptême et du sacrement de l’ordination presbytérale. 

Tel fut la fin de ma médiation postérieure au songe.

 

Publié dans Eglise, Témoignage, évangile

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