Homélie du dimanche 27 mars 2011

Publié le par Michel Durand

Dieu nous regarde, nous accompagne. Tel est le thème de ce dimanche. Mais il y a aussi, et je pense au "parvis des gentils", l'appel à annoncer la Bonne Nouvelle comme le fait la Samaritaine. Cette annonce est dialogue, essentiellement écoute, plus qu'enseignement. Les hommes de la curie romaine sont-ils désireux d'écouter ce qui se dit, par exemple, dans le monde de l'art ? Alors que je constate qu'il y  a plutôt de l'enseignement doctrinal, j'espère me tromper.

 

Pour lire et ou entendre, vite sur le site de St Polycarpe Lyon

 

 Dans ce tableau de Gustave Moreau, Caïn, fils d’Adam et d’Eve, fratricide, « porte en lui son propre châtiment : la culpabilité.

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Celle-ci est autant le fruit de son remords que celui du jugement implacable de Dieu ». Et Victor Hugo évoquera ce crime dans son poème La Conscience (La Légende des siècles) qui s'achève par ce célèbre vers : « L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn ».

La conscience

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,

Echevelé, livide au milieu des tempêtes,

Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,

Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva

Au bas d'une montagne en une grande plaine ;

Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine

Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »

Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.

Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,

Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,

Et qui le regardait dans l'ombre fixement.

« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.

Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,

Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.

Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.

Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,

Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,

Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève

Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.

« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.

Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »

Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes

L'oeil à la même place au fond de l'horizon.

Alors il tressaillit en proie au noir frisson.

« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,

Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.

Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont

Sous des tentes de poil dans le désert profond :

« Etends de ce côté la toile de la tente. »

Et l'on développa la muraille flottante ;

Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :

« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,

La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;

Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »

Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs

Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,

Cria : « je saurai bien construire une barrière. »

Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.

Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »

Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours

Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.

Bâtissons une ville avec sa citadelle,

Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »

Alors Tubalcaïn, père des forgerons,

Construisit une ville énorme et surhumaine.

Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,

Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;oeil_Ca_n.jpg

Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;

Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.

Le granit remplaça la tente aux murs de toiles, 

On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,

Et la ville semblait une ville d'enfer ;

L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;

Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ; 

Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »

Quand ils eurent fini de clore et de murer,

On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;

Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !

L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.

Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. » 

Alors il dit: « je veux habiter sous la terre

Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;

Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »

On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »

Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.

Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre

Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,

L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

 

Victor HUGO (1802-1885)

(Recueil : La légende des siècles)


Publié dans Eglise

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thierry 31/03/2011 23:59



Il est heureux de voir un site consacré entre autre au catholicisme et à l'art chrétien.


Je reviendrai vous lire avec plaisir,d'autant plus que les thèmes que vous abordez me touchent particulièrement.


Merci pour ce blog



Michel Durand 01/04/2011 17:43



Et j'espère compter sur vos commentaires. Merci.



Marie-Paule 29/03/2011 14:21



ça fait plaisir de relire ce très beau classique.



Michel Durand 01/04/2011 17:42



Effectivement.