Les disciples d'Emmaüs vivent ce retournement et changent de route

Publié le par Michel Durand

Mgr Emmanuel GOBILLIARD, évêque auxiliaire de Lyon, à la biennale d'art sacré actuel : profond retournement, Lyon 29 septembre 2017
Mgr Emmanuel GOBILLIARD, évêque auxiliaire de Lyon, à la biennale d'art sacré actuel : profond retournement, Lyon 29 septembre 2017

Mgr Emmanuel GOBILLIARD, évêque auxiliaire de Lyon, à la biennale d'art sacré actuel : profond retournement, Lyon 29 septembre 2017

Eglise Saint-André, rue de Marseille, 69007 LYON Tram T1

ouverture : du jeudi au dimanche : 15 h  -  19 h 

PROFOND RETOURNEMENT

 

L'un des plus grands, des plus profonds, des plus fructueux retournements de l'histoire de l'Église a eu lieu le jour de la Résurrection, lorsque Jésus appelle Marie-Madeleine à opérer dans tout son être un « profond retournement ». Elle pleure parce qu'elle est perdue, parce qu'elle est dans l'angoisse et la peur. L'événement de la mort de celui qu'elle aimait l'a repliée sur elle-même et sur sa souffrance. Elle est tellement « retournée » par ce qui s'est produit, qu'elle ne reconnaît même pas Jésus. Elle ne voit la réalité, qu'à l'aulne de ce qu'elle peut en comprendre. Elle réduit la vie à ce qu'elle peut en vivre, elle enferme Dieu dans son cœur meurtri. Comme les disciples d'Emmaüs, elle se trompe d'orientation. Il marche avec eux et ils ne le reconnaissent pas, non parce qu'il se serait déguisé, mais parce qu'ils ne le regardent pas.

Notre monde est également tenté par ce repli. Dans une classe d'enfants de onze ans d'une grande ville américaine, la maîtresse a suggéré d'organiser une « classe verte » pour voir des animaux. Finalement la sortie n'a pas eu lieu. Les parents, comme les enfants ont considéré que cette sortie était sans intérêt : grâce à leurs tablettes, les enfants pouvaient « voir » tous les animaux de la terre sans sortir de chez eux.

Alors Jésus lui dit : « qui cherches-tu ? Mais elle ne peut sortir de ses pauvres perspectives, de ses idées réductrices, elle cherche encore à interpréter la réalité en fonction de ce qu'elle croit savoir et elle accuse ce jardinier d'avoir emporté le corps de Jésus. Dieu n'est pas une réalité dont on peut s'emparer. Il est une vie qui nous dépasse et qui nous sort de nous-mêmes. Nous croyons parfois que la vie est entre nos mains, que nous en disposons ! Mais elle nous dépasse infiniment et elle se joue de nous si nous ne savons pas la considérer pour ce qu'elle est !

Alors Jésus l'appelle par son nom : Marie ! La puissance de son amour infini, contenu dans ce seul mot, qui est son prénom et qui rétablit la relation blessée, suffira à déclencher ce profond retournement. Son cœur sort d'elle-même, entraîné irrésistiblement vers la vie, vers la lumière de la vie divine. Les disciples d'Emmaüs vivent ce même retournement et changent de route. Ils ont rencontré Jésus sur la route qu'ils avaient prise pour le fuir. Dieu a choisi d'être en relation avec notre monde ambigu, assoiffé mais souvent incapable de puiser à la source, effrayé par la mort mais hésitant à se tourner vers la vie. Devant cet enchevêtrement d'humanité, face à notre cœur tourmenté de passions ambiguës, il prononce notre nom, pour nous libérer de nous-mêmes et nous entraîner dans ce feu que les grandes eaux ne peuvent éteindre, vers ce feu sacré qu'est la vie. L'art est sacré s'il rejoint mon cœur tourmenté et indécis mais aussi s'il me sort de moi-même, s'il me surprend et s'il opère en moi, cette conversion, ce profond retournement que tout mon être espère.

Mgr Emmanuel GOBILLIARD
évêque auxiliaire de Lyon

Publié dans Eglise, Art

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