Le migrant dans la rue. Avons-nous des yeux pour ne pas voir ; des oreilles pour ne pas entendre ? Les sans toit de Noël

Publié le par Michel Durand

Le migrant dans la rue. Avons-nous des yeux pour ne pas voir ; des oreilles pour ne pas entendre ? Les sans toit de Noël

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À la prière de ce matin, plusieurs textes m’ont fortement interpellé. Ils parlent de justice, de victoire de la Vérité et je pense à une fraternité mondiale enfin réussie. Comme je l’écrivais il y a quelques jours, oui, je rêve vraiment d’un Gand Soir. 

Tel est mon état d’esprit au moment de rédiger l’homélie du jour de Noël. 

Je cite quelques phrases de ces textes d’aujourd’hui. 
« Que les cieux distillent la rosée, que les nuages répandent la justice, que la terre s’entrouvre et que le salut s’épanouisse, que la justice fasse éclater en même temps tous ses bourgeons. » (Is; 45, 8)
« Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés… » (Lc 1, 46ss)
Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravé sur les paumes de mes mains, j’ai toujours tes remparts devant les yeux. Ils accourent, tes bâtisseurs ; tes démolisseurs, tes dévastateurs, ils s’éloignent de toi. » (Is, 49, 15ss)

Le bloc-notes de Jean-Claude Guillebaud alimente cette méditation qui se veut prière : que faire pour que les oubliés de notre monde rencontrent paix et sérénité ? « L’extraordinaire explosion des inégalités dans le monde, soulignée la semaine dernière par tous les experts internationaux, devrait nous inviter à poser une question dérangeante. Celle-ci : depuis l’effondrement du ­communisme, en 1991, pourquoi tout s’est-il passé comme si le néocapitalisme avait repris à son compte, en les durcissant, les principaux dogmes marxistes, souvent absurdes ? »

Que faire à Noël ? 
Se regarder le nombril ? Comme l’imagine Jean-Pierre Denis, toujours de La Vie  : « Le narcissisme est devenu notre seconde peau. Tous les « moi je » personnels ou communautaires sont de mise. Chacun se replie, protégeant d’oripeaux victimaires son égocentrisme cabossé ».

Se regarder le ventre, oui, mais à condition que l’on s’enfonce dans tout ce qui se passe à l’intérieur de notre esprit qui, d’une façon certaine, commande à notre ventre. Jean-Pierre Denis continue en citant Tauler : « “C’est en écoutant et en se taisant que l’on va au-devant du Verbe. Sors de toi-même, et il entrera. Plus tu sors, plus il entre.” À Noël, Marie et Joseph sont partis de chez eux. Vers eux viennent les bergers et les mages. Chacun se trouve appelé hors de son chez-soi égotique. C’est l’un des paradoxes les moins souvent soulignés de la plus familiale de toutes les fêtes, celle où, par excellence, on aime se retrouver autour du cercle le plus intime et le plus chaleureux. “Vide-toi afin de pouvoir être rempli. Sors afin de pouvoir entrer”, disait déjà Augustin. » 

Comment vivre le liturgique Noël 2017 ?
On ne peut marcher dans la ville de Lyon sans croiser quelques personnes en difficultés. Les minuscules toiles de camping sont bien en place dans le paysage proche de la moderne Part-Dieu. 
Que de gens ! Des familles, des hommes seuls, des femmes, des enfants dorment dans la rue ! Si j’ouvre de nouveau ma porte pour y abriter des sans toit, il n’y aura pas assez de place pour que chacun puisse dormir paisiblement. Certes, mêmes inconfortablement à l’intérieur de mon appartement, ce serait mieux pour les sans-abri que la pluie hivernale. Mais, cela ne sera pas une vie normale pour tous. L’inconfort d’une inévitable promiscuité n’est pas la solution. Et, il ne suffit pas de penser à Marie, Jésus et Joseph (elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Lc 2,1ss), pour répondre à la question posée, résoudre le problème. 
Alors, face à des décideurs qui ne voient que le nombril vital de l’Europe, je me mets à rêver. Sortons de la légitimité, dressons un plan pour offrir à tous le minimum d’un toit nécessaire à la survie. 

« Écoutez donc ceci, peuple stupide et sans intelligence ! – Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas ! » (Jr 5,21).

Les idoles que le marxisme/néoliberalisme se façonne ignorent le sens profond et interne des êtres humains. On se fie à leur prétendue vérité scientifique, on se plie aux impératifs de leurs techniques sans voir que l’on perd son âme.
N’est-ce pas face à cette illusion économiste et scientiste que Noël nous invite à réussir un profond retournement ? 

« Pour toujours, Seigneur, ton nom ! D'âge en âge, Seigneur, ton mémorial ! Car le Seigneur rend justice à son peuple : par égard pour ses serviteurs, il se reprend. Les idoles des nations : or et argent, ouvrage de mains humaines. Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas. Leurs oreilles n'entendent pas, et dans leur bouche, pas le moindre souffle » (Ps 134,13ss).

Aider par Dieu le Verbe fait chair, nous ne souhaitons être ni sourd ni aveugle. J’imagine que nous pourrions agir en nous unissant pour mettre en place et concrétiser la nécessaire construction d’une structure mettant à l’abri de nombreux migrants venus près de chez nous, non par plaisir, mais par détresse. 

Dressons un plan, même s’il n’est que rêve : 
Il convient d’acheter une grande friche industrielle en périphérie de la ville. Elle est équipée d’eau, d’électricité, d’égout… de tout ce qui a servi au fonctionnement industriel. 
Équipons cet espace couvert avec des maisons en bois pour la vie privée. Salles communes pour les célibataires.
Plaçons des espaces communs, cuisines, restaurant, salles de jeux, de réunions, d’échanges. Sanitaires communs. 
Pour que cela ne ressemble pas à un camp de rétention, la disposition des divers abris devra être soigneusement étudiée avec des espaces verts et des terrains de jeu. Tout cela est à étudier par des professionnels de la construction, comme le feraient les organes des pouvoirs publics si les décideurs en prenaient les moyens. Les permis de construire ne seront pas délivrés pour ce genre d’aménagement ? Alors, sur les avis d’avocats, n’est-ce pas là qu’il convient d’envisager une judicieuse désobéissance civile ?
Une équipe sera nécessairement bien structurée pour conduire l’opération. Et il faudra de l’argent. Le grand nombre sera nécessaire pour ramasser les fonds indispensables. 

Mais je rêve.
Je le sais. Mon rêve accompagne l’entrée dans la nuit de Noël. Rêve ou demande de  miracle ?

J’imagine, car devant les yeux et oreilles fermées des dirigeants, je ne vois pas de solutions. L’abbé Pierre n’a-t-il pas eu un rêve identique ? Rêve ou audace ? Et Antoine Chevrier louant, puis achetant le bal du Prado. 
Bref, plus sagement, pour suppléer aux carences de l’État, je ne vois pas comment sortir de l’impasse présente dans l’accueil des migrants sans trouver l’idée d’une action sociale de grande dimension, qui, pour être conduite à terme, doit se donner les moyens de passer au travers des contraintes légales. 

Lire encore cette page du journal de Denis Chautard : lettre au président de la république française, signée par la présidente du Secours Catholique, Véronique Fayet et le président de la Fédération d'Entr'aide Protestante, Jean-Michel Hitter.

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