Habiles pour les choses de la terre, nous sommes invités par Christ à manifester autant d’énergie pour ce qui concerne les affaires du ciel

Publié le par Michel Durand

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Habiles pour les choses de la terre, nous sommes invités par Christ à manifester autant d’énergie pour ce qui concerne les affaires du ciel

Contre ceux qui « achètent le faible pour un peu d’argent » (Am 8, 4-7)

 

Louez le nom du Seigneur : de la poussière il relève le faible. (Ps 112, 1b.7a)

 

« J’encourage à faire des prières pour tous les hommes à Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 1-8)

 

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Lc 16, 1-13)

 

 

J’ai opté pour la lecture longue, car l’ensemble de cette histoire me parait être d’une pertinente actualité. La traduction œcuménique de la Bible (la TOB) situe ce chapitre 16 dans un cadre de paraboles. En effet, au chapitre 15, nous lisons la parabole de la brebis retrouvée, la parabole de la pièce retrouvée, la parabole du fils retrouvé. Et nous avons nous ici, comme le dit la TOB, la parabole du gérant habile ?

Plus qu’à une parabole, je pense, ici, à l’exposé d’un fait divers ; une histoire d’actualité qui devait se raconter sur les places publiques. Le gérant dont il est question est un homme important, bien éduqué.Transposé à aujourd’hui, il aurait pu fréquenter, les grandes écoles spécialisées dans la gestion des affaires, le management des entreprises. Je le vois éventuellement à l’École supérieure de la Banque et cela me fait penser à divers procès de personnes en vue dans les sphères de gouvernement, personnes accusées de détournement de fonds publics en vue d’usage personnel.

« Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion »…

Vues ses hautes études, mendier, bêcher est impensable. Par contre, organiser une réception afin de manigancer quelques arrangements, ça il sait faire. Entre gens de bonne condition, on s’arrange toujours pour garder en lieux surs les biens et possessions aptes à préserver nos modes de vie.

« Cent barils d’huile ». « Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante. »

Quelle habileté ! et ceci, vraisemblablement, avec une coupe de champagne ou une tasse de thé dans un beau salon.

« Et le Maître fit l’éloge de ce gérant trompeur parce qu’il avait agi avec habileté ».

Le Maître ? Selon Luc, il est question du patron du gérant. Jésus intervient ensuite.

Le gérant trompeur ? Il appartient au domaine de l’injustice. Il est formé pour tromper le monde. Il n’est pas digne de confiance. Pour une grande ou une petite affaire, il n‘est que tromperie. Il manifeste son habileté dans ce qui est malhonnête.

Or, chose surprenante :

Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête, car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.

 

Nous ne pouvons que reconnaître que ce passage de l’évangile de Luc fait difficulté. Il donne en exemple un filou. Notons qu’en d’autres lieux, Jésus n’hésite pas à inviter ses disciples à être habiles comme les serpents (Mt 10,16). Oui, Jésus invite à être habile, astucieux, audacieux et il prend des exemples connus pour se faire comprendre. Il est clair qu’il n’exhorte pas les siens à l’injustice ou à la méchanceté, mais il souligne l’importance d’imaginer des solutions, justement, pour sortir de l’injustice, de l’inhumain, des habitudes égoïstes. Être inventifs ! Dans ce récit, Jésus prend soin de qualifier le gérant comme trompeur. Si celui-ci est un exemple, ce n’est que pour son habileté (cf. note TOB). Puisque nous sommes habiles pour les choses de la terre, puisque nous faisons toutes les études nécessaires pour gérer les choses de ce monde, comprenons que nous sommes invités par le Christ à manifester autant d’énergie pour ce qui concerne les affaires du ciel.

En effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.

Alors, agissons comme il convient, convertissons-nous, changeons nos modes de vie afin de devenir d’habile fils de la lumière. Tel est l’appel de tous les baptisés à la sainteté.

C’est le verset 13 qui va tracer les balises du chemin à suivre. Où plaçons-nous notre cœur ? Quelles sont nos attentes ? Nos désirs ? Les études que nous avons accomplies ou que nous entretenons visent-elles à servir une fraternité universelle ou un enrichissement personnel ?

L’actualité, sans cesse, montre une Europe qui se ferme sur elle-même pour garantir ses riches possessions. Or, le Pape François développe souvent le regard évangélique de vie simple, sobre au service de l’ensemble de l’humanité. Il est, je l’ai constaté et le constate encore, souvent plus écouté par des gens que ne se reconnaissent pas d’Église que par des chrétiens pratiquants. Ainsi, par exemple, Laudato si demeure attaqué par des catholiques formant un front anti-François. Pourtant l’Évangile le dit de diverses façons :

Aucun domestique ne peut servir deux maîtres… Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. 

Dans son discours à la 2e Rencontre mondiale des mouvements populaires, qui s'est tenue à Santa Cruz de la Sierra (Bolivie), le 9 juillet 2015, le pape François a eu ces phrases : « On est en train de châtier la Terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, on sent l'odeur de ce que Basile de Césarée [l'un des premiers théologiens de l'Église] appelait "le fumier du diable" ; le désir sans retenue de l'argent qui commande. » Résistons à la « dictature subtile » du capital « érigé en idole ». (J. Dion, dans Marianne)

 

Le mot de la fin : soyons habiles, convertissons-nous, formons-nous pour devenir suprêmement habiles au service de l’Unique Dieu, créateur de tout l’univers à protéger.

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