Comment communier à Jésus dans l’hostie, sans être questionné par la présence du Christ dans mon frère déjà rencontré dans ma proche parenté

Publié le par Michel Durand

Un prêtre célèbre la messe dans l'église  vide de Carenno (Italie)

Un prêtre célèbre la messe dans l'église vide de Carenno (Italie)

De la large parenté à l’assemblée ecclésiale locale

 

La parenté, la famille large me semble plus propice à la rencontre, à la solidarité que la famille étroite, dite famille nucléaire. Père, mère, grands-parents, oncles, tantes, cousins, cousines, beau-frère… ouvrent la porte à une large familiarité qui permet de prendre soin des uns et des autres avec une véritable efficacité. Ce que ne connait pas l’individualisme occidental au moins depuis le XIXe siècle. Cette pensée me vient du dialogue avec la culture pakistanaise que je fréquente depuis quelques années grâce à la rencontre d’émigrés Indo-Pakistanais. J’imagine, en les écoutant, que l’Occident d’avant le XIXe siècle vivait davantage dans une ambiance de large parenté que maintenant. L’architecture des appartements urbains contribue largement à l’étroitesse des relations familiales. Et, la période pandémique que nous traversons nous le rappelle. Le confinement en un T3 de 60 m2 n’est pas identique à celui dans un T… de 200 m2.

C’est l’été. Les vacances sont arrivées et nous observons les départs en vacances. Car vacance égale principalement départ à la campagne, la mer ou la montagne. On sort de son chez-soi urbain pour vivre au grand air, même si ce nouveau lieu de vie n’est pas aussi matériellement confortable que le lieu de vie urbain. Du reste, n’est-ce pas une des leçons de la pandémie que rien ne devienne comme avant ? Certes, il ne semble pas que l’on soit massivement disposé à changer de modes de vie. Simplicité, sobriété, lenteur, contemplation… c’est bien pendant les vacances. Mais, en période de travail, il faut du rendement, de l’efficacité, de la productivité, du pouvoir d’achat. Et là, seul, on risque de mieux y arriver que si l’on songe à autrui. Soyons sérieux ! Ne rêvons pas !

En temps normal, s’arrêter de gagner de l’argent pour méditer, est-ce possible ? Ne travailler ni le samedi ni le dimanche pour avoir moins de biens afin d’être mieux, de vivre mieux, est-ce possible ?

Je pose ces questions notamment en observant le comportement de chrétiens catholiques à la messe du dimanche. C’est également cette observation qui m’invite à situer la large parenté familiale dans l’assemblée dominicale. Celle-ci met (devrait mettre) en contact avec autrui alors que la tendance famille nucléaire isole par prudence.

J’ai déjà parlé du sens de l’eucharistie telle que les obligations de la crise sanitaire nous les ont fait vivre. J’ai déjà cité François Cassingena-Trévedy. Je reviens sur ce point en invitant à lire cet entretien avec Arnaud Bevilacqua.

 

Comment le « jeune eucharistique », vécu par les fidèles pendant plus de deux mois, peut-il nous réinterroger sur ce sacrement ?

Frère François Cassingena-Trévedy : Ce que nous avons vécu, ce manque ressenti, ne nous invite pas à déserter nos églises, mais bien à considérer ce qui doit être remis en question en nous-mêmes sur le sens de l’eucharistie. Il nous faut ainsi effacer de nos esprits, la tentation de percevoir la messe comme un simple distributeur de pastille eucharistique. Nous sommes chrétiens en communauté. L’acte même de célébrer ensemble est fondamental. C’est aussi un engagement physique par notre corps - primordial dans le christianisme. Nous avons besoin de chanter, d’écouter, de voir, de sentir. Sans la célébration eucharistique, il nous manquerait l’expérience physique de la communauté, la présence réelle de celle-ci. Le chrétien existe par cette célébration, dont les rituels ne sont que des instruments provisoires. La présence n’est pas enfermée dans l’eucharistie, mais elle est la grande ressource de notre foi.

En quoi l’eucharistie est-elle « source et sommet » de la vie chrétienne ?

Frère François Cassingena-Trévedy : Dans l’eucharistie, il y a bien sûr une dimension spirituelle, cette rencontre personnelle avec le Seigneur, mais l’eucharistie est d’abord la volonté de faire corps du Christ. Nous redécouvrons peut-être qu’il s’agit d’une nourriture spirituelle par la présence du Christ ressuscité, mais qui déborde et est une exigence de vie. L’eucharistie n’est ni une pastille de présence de Jésus, ni une vitamine de sacré qui crée une émotion spirituelle. Si le manque ne porte que sur le fait d’être sevré de mon moment avec Jésus, je ne crois que pas que cela témoigne d’un rapport ajusté avec l’eucharistie. Elle est cette célébration communautaire qui conduit à l’engagement sur la foi de la parole de Dieu que nous écoutons ensemble et essayons de comprendre. La célébration eucharistique est à la fois un aboutissement et un point de départ. C’est une exigence de vie chrétienne. Combien de fois, nous arrive-t-il par notre incohérence de vider la présence réelle ? Comment pourrais-je communier à Jésus dans l’hostie, si je ne suis pas un peu questionné par la présence du Christ dans mon frère. En ce sens, il n’est peut-être pas mauvais d’en avoir été privé pour s’interroger sur un rapport qui peut s’avérer très matérialiste.

Mais finalement, comment comprendre que le Christ nous appelle à faire ainsi mémoire de lui par l’eucharistie ?

Frère François Cassingena-Trévedy : Il est fondamental de s’interroger sur l’intention de Jésus, celui qui nous révèle un Père et non un Dieu philosophique. Jésus donne sa vie et nous introduit dans cette relation au Père qui est le seul nom légitime de Dieu. J’ose dire que je ne connais pas Dieu, mais seulement le Père, que personne n’a jamais vu, mais que le Fils a fait connaître et qui me voit dans le secret. En nous introduisant à ce Père, Jésus fait de nous tous des frères, ce qui forme une humanité complètement nouvelle, révolutionnaire. Voilà, pour moi, le sens de l’eucharistie, de ce pain que le Père nous donne. En cela, elle nécessite une conversion. De quoi ai-je besoin dans l’eucharistie ? Est-ce une petite émotion spirituelle douce ou le besoin de faire corps avec mes frères et d’être en relation filiale avec ce Père que Jésus me révèle et me donne aujourd’hui mon pain, comme nous le disons dans la prière du Notre Père. L’eucharistie demeure ainsi un mystère qu’on ne peut qu’approcher.

Recueilli par Arnaud Bevilacqua

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

ALAIN LE GRAND 12/07/2020 18:42

Nous avons besoin de chanter, d’écouter, de voir, de sentir. Sans la célébration eucharistique, il nous manquerait l’expérience physique de la communauté, la présence réelle de celle-ci. Le chrétien existe par cette célébration, dont les rituels ne sont que des instruments provisoires. Quand je lis cet extrait je reste coi. Ils sont rares ceux qui arrivant dans une nouvelle paroisse découvre que l’accueil est inexistant. Oui on chante, on s'agite mais si on n'a pas soi-même un engagement vous êtes un être transparent ignoré par tous. Une communauté c'est autre chose.

Michel Durand 15/07/2020 11:29

Je ne suis pas certain d’avoir compris l’essentiel de votre pensée. De fait, j’ai toujours du mal avec les textes courts. Vous écrivez : « Quand je lis cet extrait, je reste coi ».
Il me semble que vous invitez à méditer sur l’Église. L’Église, corps du Christ, Assemblée de Dieu vit une double dimension : 1/ regard vers DIeu-Trinité - l’Au-delà de tout et le tout proche par l’incarnation.Transcendance et immanence se rencontrent. Vertical. 2/ regard vers la terre, les hommes, le monde. Horizontal.
Ainsi, le regard vers Christ, corps et sang sacramental invite au regard vers le monde. Pas seulement le regard, mais aussi l’engagement. L’action.
Lisons Lumen gentium :
" Le Christ est la lumière des peuples.
L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents Conciles, sa propre nature et sa mission universelle. À ce devoir qui est celui de l’Église, les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent également leur pleine unité dans le Christ. » (Vatican II)
Une communauté christique, ce n’est donc pas une ONG ; c’est autre chose, comme vous le dites. C’est un corps très vivant, concret qui se sent bien auprès de Dieu et auprès des humains, sans oublier la protection de la maison terre. En quelques mots : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même.
Autrement dit, et pour rejoindre ce qui a suscité la parole de Frère François Cassingena-Trévedy, je pense vraiment que les catholiques qui regrettent l’absence de messe parce qu’ils ne peuvent « communier » ignorent toute la dimension horizontale de l’Église. Nous communions au Christ également dans l’accueil d’autrui rencontré hors de l’assemblée eucharistique. tEt nous ne pouvons pas oublier la prière des psaumes : l’Office du Temps présent.