Jésus soutient la cause de l’homme. En ce sens, il est « humaniste »

Publié le par Michel Durand

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Est-ce le hasard, une occurrence accidentelle ou alors un souffle de l’Esprit qui me fit publier avant-hier sur mon blog, une méditation écrite en février de cette année pendant mon rituel retrait au désert ? Je n’ose répondre. Ce qui est certain, c’est que je trouve une grande harmonie entre la Parole de Dieu de ce jour, fête liturgique de l’Ascension, et ce que j’écrivais, il y a quelque temps. Laissons l’incompréhensible réalité de la montée de Jésus Christ :

« ils le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. »

et attachons-nous à pénétrer la mission reçue en ce moment :

« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? »

« Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé… Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais… ils imposeront les mains aux malades, et les malades s'en trouveront bien. »

 

Se rendre sur le site de St Polycarpe pour lire ou entendre la suite.

 


Publié dans Eglise

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Blaise 20/05/2012 15:52


Je ne peux m’empêcher de proposer un petit commentaire de votre sermon, peut-être divergent, à moins qu’il ne soit complémentaire. Le
voici : Si l’on y réfléchit bien, en remettant en cause les prescriptions du sabbat, le Seigneur accomplit la Loi bien plus qu’il ne la viole.


 


Pour le peuple Juif le sabbat est en effet une façon d’imiter Dieu, qui s’est reposé le septième jour de la Création. Et c’est pourquoi les
rabbins considèrent que ce jour particulier est un don de Dieu, une manifestation de son amour infini envers les enfants d’Israël. Ils rejoindraient sur ce point Marc 2, 27 : « Le
sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat ». Les contraintes que le sabbat impose sont d’ailleurs depuis longtemps tempérées par la sagesse pratique ; le rabbin
Solomon Schechter déclare ainsi à propos du Shabbat que l’homme « peut le rompre quand cela est nécessaire ; l’homme n’est donc pas au pouvoir du sabbat. » (La pensée
religieuse d’Israël, Paris, Editions Universitaires, 1966, p. 114.)


 


Matthieu et Luc nous rapportent cette parole du Christ à l’identique, « Le Fils de l’homme est maître du sabbat. ». Et Marc s’en
écarte peu. Mais que veut-il signifier par là ? en tout cas, le Fils de l’homme ne veut certainement pas dire les hommes. Il s’agit d’une formule caractéristique par
laquelle Jésus se désigne lui-même. Comment les hommes pourraient-ils être les maîtres du sabbat ? on ne maîtrise pas un don aussi radical et qui vous dépasse tellement. Autant dire
que l’on maîtriserait sa création sous les yeux de Dieu ; que l’on maîtriserait la présence réelle du Christ sous les deux espèces. Ce serait une tentation babélienne irresponsable.


 


Ce qui est significatif, c’est que pour le Christ ses disciples sont dans la même situation que les prêtres du Temple de Jérusalem le jour du
sabbat. Et d’ajouter : « il y a ici plus grand que le Temple » ; et de surenchérir, en citant Osée 6, 6, « C’est la miséricorde que je veux, et non le
sacrifice. » Les disciples du Messie d’Israël (d’où la référence à David et à ses compagnons) se sont ainsi substitués aux prêtres dans le Temple et à leurs sacrifices sanglants (d’où
la référence à Osée). Aussi, pour cette raison, ils « sont sans faute » (Mt 12, 7). Le rabbin Jacob Neusner, abondamment cité par Benoît XVI dans le 1er tome de son Jésus
de Nazareth a proposé un commentaire très éclairant en ce sens : « Lui et ses disciples peuvent faire ce qu’ils font le jour du sabbat parce qu’ils ont pris la place des prêtres
dans le Temple : le sanctuaire s’est déplacé. Il est désormais constitué par le cercle du Maître et de ses disciples. » (Paris, 2007, p. 130)


 


Que peut-on en conclure ? Pour les disciples, qui ont tout abandonné pour suivre le Christ, le sabbat d’Israël porte un nom : Jésus.
Mais les pharisiens qui n’ont pas suivi cet itinéraire de conversion ne peuvent le comprendre. Imiter un homme, Jésus, pour imiter Dieu – comme le font les disciples et tout baptisé – serait pour
eux de la pure et simple idolâtrie. Et c’est bien de cela dont il s’agit. Neusner – qui a complètement renouvelé ma lecture de ces passages évangéliques – cite Matthieu 11, 28 : « Venez
à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerais le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez
le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ». Et il commente : « Mon joug est léger, je vous donne du repos. Le Fils de l’homme est vraiment maître du
sabbat. Car le Fils de l’homme est désormais le sabbat d’Israël et c’est ainsi que nous agissons comme Dieu. » (ibid., p. 132).


 


Le chrétien vit un éternel sabbat à la suite du Christ.

Michel Durand 20/05/2012 17:13



Je pense, Blaise, que votre commentaire à ma méditation (plus que sermon, je l'espère) est complémentaire.


Dans le groupe "Chrétiens et pic de pétrole", nous parlons
souvent du Sabbat que l'homme dit moderne, assurément productiviste et consommateur, devrait honorer. Le repos est constitutif de l'humain. Il n'est pas légal. C'est ce que Jésus-Christ
nous enseigne. En cela, il accomplit la Loi : pas un . sur les i ne passera. Pourquoi alors, des fidèles de la Thora disent : "vite que le sabbat soit terminé pour que l'on puisse vivre !" Je
pense que Jésus apporte, à son époque -mais aussi aujourd'hui-, une libération d'un judaïsme légaliste.


Merci pour les citations de rabbins.


Puisque nous ne somms pas en mesure de maîtriser la création, -seul le Fils (de l'Homme) le peut- prenons le temps de la contempler. Il y a du Mauvais (Satan) dans l'homme qui veut toujours plus
de produits à consommer et se prive pour cela de repos.



Blaise 19/05/2012 21:37


Le paragraphe 22 de la Constitution pastorale Gaudium et Spes est aussi une boussole pour comprendre ce qu’est un humanisme chrétien
(« En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. », etc.). Une boussole qui n’a de valeur que par rapport à la tradition
scripturaire.


 


Mais déjà, on peut saisir à quel point le langage est trompeur : le mot « chrétien » réduit à n’être qu’un qualificatif 
d’« humanisme » ! l’humanisme, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, est en fin de compte une tentative plutôt maladroite de se rapprocher de Dieu. Personne ne devrait se dire humaniste,
pas même les chrétiens (surtout pas les chrétiens), parce que nous sommes pécheurs. Le seul humaniste, c’est le Christ. Pour nous autres l’humanisme est davantage un programme qu’un titre ou une
qualité intrinsèque.

Michel Durand 20/05/2012 16:44



Blaise, bonjour. Je partage votre avis.


L'homme est homme. Il ne peut se diviser en chrétien et non chrétien. Il est.


Effectivement seul le Christ unifie pleinement toutes les dimensions de son humanité. Nous tendons vers cette totale unité. Grâce du Verbe incarné. Voir l'Evangile de ce dimanche 20 mai.


Comme je dis qu'il n'y a pas d'art chrétien, de musique chrétienne, de peinture chrétienne, on peut dire qu'il n'y a pas d'humanisme chrétien. C'est le regard que nous portons sur ce qui est qui
nous le fait désigner chrétien dans la mesure où il évoque un programme selon l'Evangile, repris par Gaudium et spes.