L’Église, sacrement de salut, c’est nous tous agissant pour le bonheur de toutes et de tous

Publié le par Michel Durand

La lecture-méditation que je savoure actuellement de l’Évangile selon Marc a réveillé plusieurs enseignements reçus sur le mystère de l’Église dans la ligne de Vatican II. Je pense même avoir rédigé plusieurs « devoirs »  sur ce sujet que j’aimerais bien relire. Mais, où sont-ils ?

 

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L’Église, signe du salut offert à tous !

N’est-ce pas là, le socle de mon engagement à la suite du Christ ?

Eglise Etendard.

Je n’aime pas trop ce mot « étendard » parce qu’en lui je vois les armées féodales moyenâgeuses détrônant le Seigneur voisin pour prendre ses terres et le peuple qui y vit. « Étendard » me fait penser à « Croisade ».

Je n’aime pas non plus le mot « drapeau » qui m’évoque le nationalisme étroit, le patriotisme au nom de quoi on court à la mort (la tuerie des chairs à canon).

Est-ce que « trophée » conviendrait ? Non plus, car j’imagine, plantées dans les piques des lances des soldats vainqueurs, les têtes des vaincus.

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Pourtant, il y a ce trophée de la Couronne de laurier entourant le Chrisme, le Chi - rhô (X – P), premier signe du Christ au pied duquel s’agenouille le soldat reconnaissant le Ressuscité.

Bref, il faut évidemment accepter l’ambiguïté des symboles que nous utilisons. Le concret de leur expression, finalement, me semble désormais préférable à l’abstrait des concepts (conceptions) théologiques. Voilà donc ce à quoi l’Évangile de Marc me fait penser. N’en ai pas déjà parlé ?

Les gens qui rencontrent Jésus et partagent un moment de son existence ne s’approchent pas d’une idée. Ils rencontrent et reçoivent du concret : aveugle, sourd, fiévreux, paralysé, envahi d’esprits impurs, lépreux, trépassés, subissent un manque dans leur vie d’hommes et de femmes. On a dit, autour d’eux, que Jésus comblait ce manque. Ils ont confiance. Ils ont foi en Jésus. « Seigneur, si tu veux (tu le peux), guéris-moi ! »

Jésus : - « Comme ta foi est grande ! Va, qu’il en soit selon ton désir. » Et il fut guéri sur-le-champ, à ce moment même.

- « Va te montrer aux prêtres et ne dis rien à personne. »

Discrétion.

Aucun triomphalisme dans l’attitude de Jésus. Beaucoup de personnes peuvent voir et ne sont témoins de rien. Les membres de sa famille, les scribes et les pharisiens, scandalisés dans leur conception religieuse parce que Jésus ne respecte pas la Loi, par exemple, du Sabbat, disent, les uns qu’il a perdu la raison, les autres qu’il est possédé par Satan. Jésus continue sa route. Tout cela, nous le voyons, l’entendons en lisant Marc.

Jésus, fils de Marie et de Joseph, est bien concret. Il mange, il boit, il parle, il écoute, il enseigne, il fait le bien. Les foules venaient à lui, même de loin, pour être guéries. Jésus développe en eux leur part d’humanité. Il accomplit pour eux un accroissement de dignité, un meilleur humain.

De très nombreux « bénéficiaires » disparaîtront dans la foule. L’Évangile n’en parle plus. Quelques-uns deviendront disciples. Ils se mettent à le suivre pour entendre sa parole, son enseignement, pour mieux cerner sa personne : mais, qui est Jésus qui nous parle tellement bien de Dieu, avec autorité (il n’est pas comme les bafouilleurs légalistes, scribes, pharisiens ou autres prêtres, lévites) ? Et qui est Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme, dit une hymne.

D’autres, enfin, deviendront Apôtres, les envoyés du Père pour affermir en lien étroit avec le Christ l’annonce du Royaume, Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Évangile.

Nous sommes de ces disciples, de ces apôtres, aujourd’hui, pour la tranche d’humanité dans laquelle nous vivons.  Je parle ainsi de l’Église Signe (étendard) du salut offert à toutes et tous. Et pour employer un mot abstrait – il le faut bien – nous avons été ainsi formatés - je parle de la Sacramentalité de l’Église. 

Que veut dire Sacrement ?

En quelques mots : signe visible d’une réalité qui ne se voit pas. Voit-on l’amour, sinon par sa concrétisation ; des gestes disant l’amour, l’amitié, la fraternité, la solidarité, la paix… ? Nous le voyons de suite : la sacramentalité précède de loin, et de très longues dates, les 7 sacrements.  Il est important de se le rappeler alors que nous existons avec des frères et des sœurs en humanité qui ne veulent absolument pas entendre un mot émanant de l’Église. Va-t-on parler de baptême, de confession, de mariage avec celles et ceux qui – s’ils ne l’ont pas déjà fait – ont bien envie de demander d’être rayés des registres de catholicité ? À moins qu’ils ne disent : « cet acte trop militant, je n’ai pas besoin de le poser – je ne me sens pas concerné par un baptême que l’on m’a imposé. Point barre »

Disciples, qu’allons nous dire ? qu’allons nous faire ?

 La Bonne Nouvelle annoncée à tous n’est pas une invitation à entrer dans l’Église. Elle est une invitation au bonheur, à la paix, à l’Amour. Personne n’est obligé de devenir disciple pour recevoir un surcroît d’humanité, pour être libéré de ses détresses, pour être heureux. Il suffit seulement de faire confiance, d’attendre d’un autre une page de bonheur. « Va, ta foi t’a sauvé ».

La foi ?

C’est avoir confiance.

Elle est donc une conversion, un retournement de son moi ego-centré, une marche vers et avec autrui, une invitation à se libérer  de l’individualisme, le mal, le Diable (celui qui divise) de notre temps.

Ni les libéraux, ni les libertaires (nous connaissons tous des militants de ces deux tendances opposées à l’Église) ne veulent entendre parler de transcendance, qu’elle soit horizontale (autrui) ou verticale (Dieu et ses valeurs universelles). Qui va leur en témoigner ?  Tout simplement nous, les disciples et (ou) apôtres du Christ. C’est par notre vie toute simple, toute banale, que nous leur montrons comment le Seigneur de l’univers, par nous et avec nous, œuvre au bonheur de tous.

Les Chrétiens rendent heureux les hommes et les femmes qu’ils rencontrent. Ils perfectionnent l’humanité de tous. Ils libèrent des entraves économiques, politiques. Ils construisent l’Amour. Travailler au Bonheur. Bienheureux. Heureux celles et ceux qui s’ouvrent à l’inconnu de Dieu, du Père universel. Heureux sommes-nous, ses disciples, quand nous transpirons naturellement de l’amour divin. Nous avons de nombreux « outils » à notre porte pour accomplir cette « Mission ».

Avec la tenue de Vatican II, on parle officiellement d’attention aux signes des temps. L’Église (c’est-à-dire nous) agit sacramentellement quand elle dévoile l’œuvre de l’Esprit Saint dans le monde. Je ne citerai qu’un exemple : nous avons repéré une pièce de théâtre, un film qui exalte la dignité humaine ; développons la grâce christique qui s’y exprime et le dimanche, à la rencontre eucharistique rituelle, remercions les auteurs de ce souffle humain qui achemine vers le bonheur. Rendre grâce. Cette création artistique a, en effet, permis de toucher très concrètement le cœur de l’homme, tel que le Christ l’a fait en acceptant d’être dérangé par une multitude en quête de salut. Ils n’avaient même pas le temps de prendre leur repas.

L’Église, sacrement de salut, c’est nous tous agissant pour le bonheur de toutes et de tous.

Quand j’en parle, comme je viens de le faire à la suite d’une lecture méditée de Marc, j’évoque bien évidemment la réalité de l’Incarnation, « le Verbe s’est fait chair ». Mais je refuse d’employer ce mot abstrait et technique que nous sommes bien loin de comprendre totalement. Les contemporains de Jésus ne viennent pas à la rencontre d’une incarnation ; ils viennent côtoyer un homme qui leur fait du bien, leur veut du bien, les rend heureux. Plus tard, ils comprendront que le Fils de l’Homme est Dieu. Jésus, le Christ. L’Église, sacrement de salut est de cette trempe. Disciples du Christ, nous montrons le bonheur sans agiter le sens des dogmes, sans développer les principes moraux, sans porter de jugements a priori.

Écoute et accueil.

Il me semble que c’est de cela dont a besoin une société sécularisée et mondialisée.

Le développement rituel et légal des 7 sacrements ne peut se produire que dans un renouvellement de l’Église vue dans une globale sacramentalité.

D’après les lettres de Paul, il suffit qu’une poignée de disciples proclame la Bonne Nouvelle du Salut. L’Église montre le chemin à prendre pour vivre heureux ; il n’est pas question de faire nombre. C’est ainsi que je conçois la mission des baptisés  conscients de leur baptême au sein de Saint-Polycarpe des Pentes de la Croix-Rousse qui, de très longues dates, ne connaît pas assez de baptêmes, pas assez de mariages, pas assez de fidèles aux Eucharisties dominicales.

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