Se repentir, changer de comportement et exprimer sa conversion en acceptant son baptême d’eau dans l’attente en nous de l’envoyé de Dieu

Publié le par Michel Durand

Jean le baptiseur invité à la conversion - changer nos modes de vie

Jean le baptiseur invité à la conversion - changer nos modes de vie

Pour parler de l’importance de veiller, j’ai trouvé trois textes qui mettent en relation l’invitation à être vigilant et le devoir de se convertir. En fait, c’est tout au long de l’existence qu’il convient de veiller, d’observer, d’être prêt à accomplir sa tâche dans ce qu’elle a de plus ordinaire. Mais, pour s’assurer de la réalité de notre vigilance, n’est-il opportun de se donner un temps privilégié où la vigilance est particulièrement éveillée ? Le temps de l’avent répond à cette orientation. Quatre semaines pour se préparer à recevoir Jésus, le Verbe fait chair. La tradition, dévoyée par le commerce, nous positionne dans l’attente du Jésus de la crèche. Invitation à fêter l’anniversaire de sa naissance. Je ne pense pas que cela soit cela le plus important. Importe, d’être vigilant pour que le Verbe de Dieu naisse en nous. Se convertir, renoncer à ce qui embarrasse nos vies afin de laisser en nous de la place au Fils qui se présente pour habiter parmi nous.

Voici les textes auxquels je pense.

Matthieu 7, 21… 27

Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux…

Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. Et celui qui entend de moi ces paroles sans les mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. »

Commentaire de Saint Éphrem sur l’évangile concordant : Veillez

Le Christ a dit, pour empêcher les disciples de l'interroger sur le moment de son avènement : quant à l'heure, personne ne la connaît, pas même les Anges, pas même le Fils. Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates. Il nous a caché cela pour que nous veillions, et pour que chacun d'entre nous pense que cela pourra se produire pendant sa vie…

Veillez, car, lorsque le corps sommeille, c'est la nature qui nous domine et notre action est alors dirigée non par notre volonté, mais par l'impulsion de la nature. Et lorsque règne sur l'âme une lourde torpeur de faiblesse et de tristesse, c'est l'ennemi qui la domine et la mène contre son propre gré. La force domine la nature, et l'ennemi domine l'âme.

C'est pourquoi notre Seigneur a parlé de la vigilance de l'âme et de celle du corps, afin que le corps ne sombre pas dans un lourd sommeil, ni l'âme dans l'engourdissement. Comme dit l'Écriture : Veillez, comme il est juste. Et encore : Je m'éveille, et je suis encore avec toi. Et enfin : Ne perdez pas courage. C'est pourquoi nous ne perdons pas courage dans le ministère qui nous est confié.

Le troisième texte est une invitation a recevoir la venue de Jésus en soi, dans son corps, son âme, son esprit.

Sermon de Saint Bernard pour l’avent (extrait)

« Si quelqu’un m’aime, il gardera mes paroles, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui ». Ailleurs j’ai lu en effet : « Qui craint Dieu fera le bien ». Mais je perçois qu’ici Jésus   exprime quelque chose de plus en disant de celui qui aime : « il gardera mes paroles ».   Mais où les garde-t-il ? – Dans son cœur, sans aucun doute. Comme dit le  prophète : « Dans  mon  cœur  je  conserve tes  ordres pour  ne point faillir envers toi ». 

Voici comment il te faut garder la parole de  Dieu : « Heureux », en effet, « ceux qui te  gardent ». Qu’on la fasse donc entrer dans ce que l’on peut appeler les  entrailles de l’âme ; qu’elle passe dans les mouvements de ton cœur et dans ta conduite. Consomme  ce qui est  bien,  et   ton  âme  y   trouvera  avec  joie  de  quoi  s’y  nourrir  largement.  N’oublie pas de manger ton pain pour ne pas laisser ton cœur se dessécher ; de bonne et  grasse nourriture rassasie ton âme. Si de la sorte tu t’es mis à garder en toi la parole de Dieu, nul doute qu’elle te garde aussi. Le Fils viendra à toi, avec le Père ; il viendra, le  grand prophète, qui rétablira Jérusalem ; c’est lui qui fait toutes choses nouvelles.

Dans tous ces mots, on parle de Conversion.

L’avent est un temps pour la conversion.

Lisons l’Évangile du deuxième dimanche de l’Avent : Marc 1, 1-8

Le déplacement vers Jean le Baptiste est une démarche pour la conversion.

En suivant ce lien, vous entrez dans une méditation du Carmel.

Cet autre est davantage orienté vers une approche du texte.

Pour lire encore : ICI et ICI et ICI

Je recopie enfin une étude sur Jean le Baptiste.

Jean Baptiste a vraiment existé.

C’est un prophète ascétique de la région du Jourdain qui a eu un certain succès auprès des foules, au point de faire peur aux autorités politiques.

L’essentiel de son message était d’annoncer l’intervention imminente de Dieu qui châtierait ce peuple infidèle qu’est Israël, à moins que les gens se repentent et changent de comportement, et expriment ce changement en acceptant son baptême d’eau une fois pour toutes, dans l’attente d’un autre envoyé de Dieu, plus fort que lui, qui sera capable de répandre l’Esprit de Dieu qui pardonne vraiment les fautes. Ce baptême une fois pour toutes semble une création originale dans un contexte où les ablutions d'eau pour une pureté rituelle étaient très répandues.

Témoin juif

le récit de l’historien juif Flavius Josèphe (né vers 37/38, mort après 100) nous parle de Jean Baptiste. Dans les Antiquités Judaïques écrit vers la fin du 1er siècle, il dit ceci à propos de Jean Baptiste (XVIII, 5, 2) :

 [116]Or, il y avait des Juifs pour penser que l'armée d'Hérode avait péri par la main de Dieu, car Dieu avait à juste titre puni Hérode pour ce qu’il avait fait à Jean surnommé Baptiste.

 [117] En effet, Hérode l'avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien et qu'il excitât simplement les Juifs à recevoir le baptême, pourvu qu’ils pratiquent la vertu, soient justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu. Car c'est à cette condition, selon Jean, que Dieu considérerait le baptême comme agréable, c’est-à-dire s'ils s’en servaient non pour se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, dans la mesure où leur âme avait été préalablement purifié par la justice.

[118] Et quand les autres [les gens ordinaires] s'étaient rassemblés autour de lui [Jean], car ils étaient très exaltés en l'entendant parler, Hérode commença à craindre qu'une telle faculté de persuader la foule ne suscitât une révolte, cette foule semblant prête à suivre en tout les conseils de cet homme. Hérode décida de se débarrasser de lui par une frappe préventive, avant que quelque trouble se fût produit à son sujet. Hérode considérait cette approche bien meilleure que celle d’attendre que la situation se détériore et de regretter de ne pas avoir agi en plein milieu de la crise.

[119] À cause de ces soupçons d'Hérode, Jean fut envoyé à Machéronte (ouest de la mer Morte, dans la Jordanie actuelle), la forteresse sur une montagne dont nous avons parlé plus haut, et y fut tué. Les Juifs crurent que c'était pour le venger qu'une catastrophe s'était abattue sur l'armée, Dieu voulant ainsi punir Hérode.

Ce texte nous parle d’Hérode Antipas (de -4 à 39), fils d’Hérode le Grand, et qui était tétrarque de Galilée et de la Pérée (côté ouest du fleuve Jourdain, une partie de la Jordanie actuelle). La catastrophe de l’armée dont on parle ici est sa défaite à l’hiver 36-37 aux mains du roi Nabatéen, Arétas IV (-9 à 40; Hérode s’était divorcé de sa fille Phasael pour prendre la femme de son demi-frère, Hérodiade, mère de Salomé). Selon Josèphe, les Juifs ont vu dans cette défaite d’Hérode une punition de Dieu pour avoir injustement fait mourir Jean, surnommé Baptiste.

On notera que Josèphe nous présente Jean Baptiste comme un personnage sympathique. Il nous donne également un certain nombre d’éléments d’information sur son action.

Jean Baptiste y apparaît comme un philosophe de morale gréco-romain assez populaire, dotée d’une petite touche néo-pythagoricienne avec son rite baptismal : l’important est d’être juste les uns envers les autres et d’être pieux envers Dieu.

Jean Baptiste ne nourrissait que des intentions religieuses, et n’avait aucune ambition politique.

Son baptême s’adresse d’abord aux gens religieux dont le baptême exprimait leur volonté de marcher dans la justice. Mais il s’adresse aussi à un public plus large (voir « les autres » dans le texte plus haut) qui s’enthousiasmait de ses discours, et c’est probablement cela qui suscite l’inquiétude d’Hérode (les évangiles parlent des collecteurs d’impôts, les financiers de l’époque, et de l’armée qui se sont mis à l’écouter).

On notera enfin trois choses : 1) le texte sur Jean Baptiste que nous a laissé Josèphe est presque trois fois plus long que celui qu’il nous a laissé sur Jésus (voir texte sur Jésus); 2) on ne sait presque rien sur les raisons d’un tel baptême par Jean Baptiste ; 3) ce texte de Josèphe était connu par deux Pères de l’Église, Origène (185 à 253) et Eusèbe de Césarée (265 à 340).

Les Évangiles vont nous aider à préciser ce portrait assez général laissé par Flavius Josèphe. Tout d’abord, nous pouvons appliquer le principe d’attestations indépendantes pour confirmer la valeur historique des écrits évangéliques, puisque Marc, la source Q et l’évangéliste Jean attestent tous de l’existence de Jean Baptiste. Cependant ils doivent relever le défi de situer Jean Baptiste par rapport à Jésus. C’est ainsi que le portrait qu’ils nous en donnent varie de l’un à l’autre : par exemple, Marc nous le présente comme un baptiseur, celui qui baptisera Jésus, tandis que Jean ignore cette dimension pour mettre l’accent sur son rôle de témoin.

L’homme

Une première affirmation que nous pouvons faire à partir des évangiles est que Jean Baptiste a exercé un ministère indépendant, sans relation avec celui de Jésus, et que ce ministère a été très populaire et a eu beaucoup d’impact. Il apparaît comme un prophète, un homme saint et ascétique. De plus, il a eu beaucoup de succès auprès des foules, ce qui fut d’ailleurs une source d’embarras pour les disciples de Jésus, et de crainte pour Hérode. Cette réputation n’a pas cessé avec sa mort, car des gens continueront à se réclamer de lui par la suite pendant plusieurs années.

Dans son récit de l’enfance, Luc présente un tableau parallèle de la naissance de Jean Baptiste et de Jésus. Mais cette construction est avant tout littéraire et a quelque chose d’artificiel. Par exemple, son évangile s’ouvre au temple de Jérusalem avec le prêtre Zacharie, le père de Jean Baptiste, qui reçoit l’annonce de l’ange que sa femme est enceinte, et se termine également au temple de Jérusalem, où les disciples de Jésus sont en prière après son ascension. On ne peut pas confirmer ce portrait de Jean Baptiste en dehors du récit de l’enfance, et donc on ne peut l’utiliser pour préciser son visage. Tout au plus peut-on faire deux affirmations :

Jean Baptiste était le fils unique d’un prêtre, mais qui a refusé le devoir normal d’un fils aîné de poursuivre la lignée sacerdotale, et a même tourné le dos au temple de Jérusalem pour jouer le rôle de prophète anti-establishment.

Il est possible, sans qu’on puisse le prouver, que sa vision ait été nourrie par celle de groupes esséniens et de Qumran sur les rives de la mer Morte, non loin de la région où il baptisait (y a-t-il séjourné ?) et qui s’opposaient au temple de Jérusalem et aux lignées sacerdotales, pour des raisons légales ; mais il faut tout de suite s’empresser de remarquer que son baptême une fois pour toutes pour exprimer un désir de conversion était différent des ablutions fréquentes des esséniens pour des raisons de puretés rituelles, que Jean Baptiste n’a pas créé de communauté comme celle de Qumran.

Source

La première source fiable sur Jean Baptiste est la tradition Q qu’on trouve en Mt 3, 7-12 et Lc 3, 7-9.15-18 :

 - 1) Comme il voyait beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir au baptême, il leur dit : "Engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à la Colère prochaine ? Produisez donc un fruit digne du repentir et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : "Nous avons pour père Abraham." Car je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu.

- 2) Il vient après moi celui qui est plus fort que moi, et dont je ne suis pas digne d'enlever les sandales. Moi, je vous baptise dans l’eau, mais lui vous baptisera dans l'Esprit Saint. Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire ; il recueillera son blé dans le grenier; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s'éteint pas."

Dans la partie (1) Jean y apparaît comme un prophète annonçant l’arrivée imminente du jugement de Dieu à tous les Israélites. En raison de l’imminence de ce jugement (la cognée se trouve à la racine des arbres), il est urgent d’opérer un changement intérieur par un repentir sincère, et un changement extérieur par un nouveau comportement. L’appartenance par le sang au peuple juif, le peuple élu, ne suffit pas. Il faut tout de suite, en lien avec ce changement intérieur et extérieur, accepter le baptême de Jean, si on veut éviter le feu sacré qui va tout consumer. On affuble souvent Jean de l’épithète « précurseur », mais il est ici le précurseur non pas d’un messie quelconque, mais de Dieu lui-même. Bref, Jean apparaît comme un prophète eschatologique (discours sur la fin des temps) qui parle avec un ton un peu apocalyptique (révélation sur ce qui attend ceux qui ne changeront pas) annonçant la fin de l’histoire du peuple de Dieu, avec un jugement imminent impliquant l’annihilation par le feu pour certains. Et Jésus, en acceptant de recevoir le baptême, a fait sien ce message de Jean Baptiste.

La partie (2) est attestée non seulement par la tradition Q, mais également par Marc et l’évangile selon Jean. Nous avons de bonnes raisons de croire que nous avons ici un écho de la prédication de Jean Baptiste. Elle aborde deux sujets, d’une part la place du baptême de Jean Baptiste dans le drame de la fin des temps, d’autre part son rôle dans le salut qui vient. Tout d’abord, posons la question : qui est ce plus fort qui vient ? On pourrait penser qu’il s’agit de Dieu qui vient avec son jugement. Mais ça n’aurait pas beaucoup de sens que Jean Baptiste se compare à Dieu en disant : « Il est plus fort que moi ! » Ce serait un truisme. De plus, l’image de l’esclave qui enlève les sandales de son maître n’est jamais employée dans l’Ancien Testament pour décrire une relation à Dieu. À Qumran on entretenait l’idée de leaders d’Israël à la fin des temps, i.e. un messie prêtre ou un messie davidique. Il est possible que Jean Baptiste ait intentionnellement gardé vague cette figure eschatologique. Lui-même, il ne se voyait pas apte à être l’acteur du dernier acte du drame eschatologique, i.e. la séparation du blé et de la bale, et semble donc avoir envisagé de manière très vague un autre agent de Dieu capable de conduire ce drame à son dénouement. En résumé, après la menace du jugement au tout début, Jean Baptiste se tourne maintenant vers l’aspect positif de son message : son baptême d’eau préfigure le don de l’Esprit Saint annoncé par l’Ancien Testament, la littérature intertestamentaire et à Qumran pour les derniers temps, don qui sera fait à ceux qui auront d’abord reçu le baptême d’eau, don qui sera fait par un plus fort que lui.

Une autre possible source d’information dans les évangiles est celle de Lc 3, 10-14 :

Et les foules interrogeaient Jean, en disant : "Que nous faut-il donc faire?" Il leur répondait : "Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même." Des publicains aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent "Maître, que nous faut-il faire ?" Il leur dit : "N'exigez rien au-delà de ce qui vous est prescrit." Des soldats aussi l'interrogeaient, en disant : "Et nous, que nous faut-il faire ?" Il leur dit : "Ne molestez personne, n'extorquez rien, et contentez-vous de votre solde."

D’entrée de jeu, posons deux questions :

1) sur le plan historique Jean s’est-il engagé à faire des exhortations morales et à donner des directives ?

2) Existe-t-il une forme de catéchisme qui proviendrait de lui ?

À la première question, il faut répondre : oui. Cela est typique de tous les prophètes eschatologiques de l’Ancien Testament et il serait tout à fait inhabituel que Jean ne l’ait pas fait. On a plusieurs indications qu’il avait des disciples à qui il enseignait à prier et à jeûner. Enfin, certains l’appelaient « Rabbi », maître.

Mais la réponse à la deuxième question est plus complexe : est-ce que cet enseignement qui nous a été laissé proviendrait de lui ? Il est troublant de constater que quelqu’un comme Matthieu, qui adore les exhortations morales et rapporte la source Q sur Jean Baptiste, ignore ce passage. Aussi vaut-il mieux conclure pour l’instant : on ne sait pas.

Enfin, examinons une autre source dans les évangiles, celle de Mc 1, 1-8, en fait le texte qui amorce son évangile :

 - 1) Commencement de l'Évangile de Jésus, Christ, fils de Dieu. Selon qu'il est écrit dans Isaïe le prophète :

Voici que j'envoie mon messager en avant de toi

        Pour préparer ta route.

        Voix de celui qui crie dans le désert:

        Préparez le chemin du Seigneur,

        Rendez droits ses sentiers.

- 2) Jean le Baptiste fut dans le désert, proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés. Et s'en allaient vers lui tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem, et ils se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en confessant leurs péchés. Jean était vêtu d'une peau de chameau et mangeait des sauterelles et du miel sauvage.

- 3) Et il proclamait : "Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l'eau, mais lui vous baptisera avec l'Esprit Saint."

Ce texte comporte trois parties.

La partie (1) est clairement chrétienne puisqu’elle mentionne Jésus et situe Jean Baptiste par rapport à lui.

Pour la partie (3), nous en avons précédemment fourni une analyse. Intéressons-nous donc à la partie (2), et plus particulièrement à trois points : le lieu de prédication de Jean Baptiste, sa nourriture et ses vêtements, finalement son baptême.

Jean prêchait dans le désert. Chez les Juifs le désert était un lieu sans habitation humaine. C’est aussi un lieu avec une valeur symbolique, i.e. en retrait de la cité des hommes, que connaît bien l’Ancien Testament et où la communauté de Qumran avait choisi d’habiter. La région entourant la mer Morte et la partie sud de la vallée du fleuve Jourdain étaient considérées désertiques et faisaient partie du désert de Judée. Même l’historien juif Flavius Josèphe confirme cette localisation. On ne doit pas se surprendre d’entendre parler des gens de Judée et de Jérusalem aller au désert pour se faire baptiser dans le Jourdain, car ils n’avaient besoin de marcher que 20 ou 25 kilomètres. Quand on note les lieux où Jean prêchait, on est toujours dans la vallée du Jourdain, à partir du nord de la mer Morte où se trouve Qumran et où se jette le fleuve, en remontant jusqu’à la hauteur de la Samarie (Aïnôn de Salim?). De plus, la région du Jourdain était une zone frontière avec la Pérée (Jordanie actuelle). Dans un tel contexte, on peut comprendre la présence des publicains (des douaniers) et des soldats qui demandent à Jean Baptiste ce qu’ils doivent faire. On comprend également pourquoi Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, est capable de l’arrêter, puisque la Pérée relevait également de sa juridiction. Enfin, on comprend pourquoi il sera emprisonné à la forteresse de Machéronte, car Machéronte est située en Pérée. Pourquoi Jean a-t-il choisi ce lieu de prédication ? Bien sûr, il y a la présence de l’eau avec le Jourdain, mais le désert avait une valeur hautement symbolique : c’est le lieu de l’exode et de l’alliance du Sinaï, un lieu où le peuple a été mis à l’épreuve, un lieu où certains ont été châtié par le feu du ciel (Sodome et Gomorrhe se trouve selon la tradition au sud de la mer Morte), mais en même temps la porte d’entrée vers la terre promise (Jéricho est dans la vallée du Jourdain, au nord de la mer Morte).

Jean était vêtu d'une peau de chameau et mangeait des sauterelles et du miel sauvage. Certains ont voulu voir dans le vêtement de peau de chameau une allusion au prophète Élie, mais on cherchera en vain dans l’Ancien Testament une telle association entre ce vêtement et Élie. Il vaut mieux reconnaître qu’il s’agit probablement du vêtement normal d’un nomade du désert. De même, pour les sauterelles et le miel sauvage certains ont voulu y voir une forme d’abstinence pour se libérer des puissances démoniaques. Mais, de ce que nous connaissons de la prédication de Jean Baptiste, jamais il ne mentionne les démons et manger des sauterelles n’est pas végétarien. De même, on en a fait à tort un « nazir », à l’exemple de Samson, qui se consacrait à Dieu pendant un certain temps en s’abstenant d’alcool, en laissant pousseur les cheveux et évitant les cimetières, et terminait cette période de consécration par une offrande au temple. Encore ici, il vaut mieux reconnaître qu’il s’agit de la nourriture normale pour un nomade du désert, de quelqu’un qui voulait prendre ses distances par rapport à la cité des hommes.

Enfin, regardons son baptême. Les rituels autour de l’eau sont très répandus dans le monde religieux, et étaient très communs dans le Proche-Orient, plus particulièrement en Iran et en Babylonie, comme symboles de purification spirituelle et don d’une nouvelle vie. De même, dans le Judaïsme les rituels de lavement s’accroissent et deviennent fréquents, par exemple chez les Pharisiens qui essaient de vivre dans leur vie quotidienne la pureté rituelle des prêtres. Plus particulièrement en Transjordanie, où se situe la Pérée, on trouve plusieurs groupes qui pratiquaient le baptême. On pourrait mentionner les gens de Qumran et leurs lustrations fréquentes, mais aussi Joseph Bannus, un ermite du désert, qui se lavait jour et nuit à l’eau froide. Malgré les différences, les lavements à Qumran offrent un contexte pour comprendre le baptême de Jean : au milieu du désert, dans un contexte eschatologique avec une teinte apocalyptique, les rituels d’eau sont fait par des gens qui croient qu’Israël s’est égaré de sa voie, et donc recherchent une purification intérieure par le repentir et une vie réformée, et donc espèrent le salut au moment où un jugement détruira un grand nombre. Par contre, il faut noter les différences avec Qumran. Alors que Qumran est une communauté organisée, Jean est un prophète solitaire. Alors que le membre de Qumran faisait lui-même les ablutions d’eau et les répétait régulièrement, le baptême de Jean ne peut être fait que par Jean lui-même et est un rituel une fois pour toutes. D’ailleurs le baptême de Jean renvoyait les gens au don définitif et unique de l’Esprit. On a cherché à savoir si Jean Baptiste avait copié quelque chose de connu à l’époque, par exemple un baptême d’initiation chez les Juifs pour les prosélytes. Mais ce baptême pour les prosélytes n’est apparu qu’à la fin du 1er siècle, et donc il faut admettre que Jean a vraiment créé quelque chose de neuf. De même, on a cherché à savoir si la rémission des péchés rattachée à ce baptême était une création chrétienne ou remonterait à Jean. Ici, il est probable que cela remonte à Jean lui-même pour un certain nombre de raisons :

- 1) le Nouveau Testament ne parle jamais du baptême en terme de rémission des péchés ;

- 2) les chrétiens eux-mêmes n’auraient jamais donné au baptême de Jean un telle valeur;

- 3) le Nouveau Testament n’associe pas le vocabulaire du repentir et du pardon des péchés avec le baptême;

- 4) l’expression devait être plutôt embarrassante pour les chrétiens quand on sait que Jésus, appelé Fils de Dieu, est allé se faire baptiser par Jean.

Maintenant, on peut se demander : que signifie exactement cette rémission des péchés ? Le danger est d’appliquer à l’expression notre vision moderne et sacramentelle. Jean semble plutôt voir son baptême d’abord comme l’expression d’un repentir sincère et du désir d’une vie réformée, puis comme une proclamation de la venue de l’Esprit aux derniers jours qui lavera les baptisés de tous leurs péchés. On doit tout de même conclure ce portrait de Jean avec un paradoxe : d’une part Jean affirme que son baptême est essentiel pour le pardon des péchés aux derniers jours et que lui seul peut l’effectuer, mais en même temps il se présente lui-même comme une figure insignifiante, à l’image d’un esclave, en regard du plus fort qui seul pourra conduire le drame eschatologique à son dénouement.

Pour tout résumer, il faut dire : oui, Jean Baptiste a vraiment existé. Nous possédons des attestations multiples, tant chrétiennes que juives, confirmant son existence historique. Il est apparu comme un prophète ascétique de la région du Jourdain qui a eu un certain succès auprès des foules, au point de faire peur aux autorités politiques. L’essentiel de son message était d’annoncer l’intervention imminente de Dieu qui châtierait ce peuple infidèle qu’est Israël, à moins que les gens se repentent et changent de comportement, et expriment ce changement en acceptant son baptême d’eau, dans l’attente d’un autre envoyé de Dieu, plus fort que lui, qui sera capable de répandre l’Esprit de Dieu qui pardonne vraiment les fautes.

Publié dans évangile

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solange 08/12/2014 17:25

Une bonne continuation

Que Dieu vous garde

Sol
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