La place des artistes du visuel dans les Églises est-elle assurée ? Je garde l’espérance qu’une énergie nouvelle se développe dans le peuple

Publié le par Michel Durand

Croix triomphale, André Gence, église Sainte-Bernadette, Caluire

Croix triomphale, André Gence, église Sainte-Bernadette, Caluire

Le jeudi 7 mars, se tiendra à l’Espace Résurgence(s) la troisième Table ronde « à la rencontre des artistes ». Nous intitulons ce type de rencontre-débat du nom de « table ronde », car nous souhaitons que chaque participant puisse s’exprimer s’il le souhaite suite aux propos introductifs de quelques-uns d’entre nous et des artistes présents.

À la dernière table ronde (31 janvier), nous étions 24 participants et avons vécu un moment d’échange plein de découvertes et de richesses spirituelles. Tout le monde était content.

Voici l’intitulé de la prochaine :

3 - L’artiste a-t-il une place dans les Églises d’aujourd’hui ?

Jeudi 7 mars 2019

  • Il est question d’architecture, de sculpture, de peinture… de l’ensemble des arts plastiques ; art de l’espace et art du visuel. En quel sens les Églises (institutions, communautés) font-elles appel aux artistes ?

Je dois donc me préparer à vivre ce moment. Et, pour cela, je tâche de répondre personnellement à la question posée. L’artiste a-t-il une place dans l’Église ?

Celle-ci est très ancienne. Elle fut posée avec énergie au milieu du XXe siècle par la revue des dominicains « L’art sacré » sous la codirection de Pie Raymond Régamey et de Marie Alain Couturier. Dans cette ligne on disait qu’un peintre non croyant, reconnu pour la qualité de son métier d’artiste convenait mieux qu’un artiste chrétien, plus reconnu par sa piété et sa participation à la vie de la communauté que par la puissance de son art.

Si Maurice Denis m’entendait parler ainsi, j’imagine qu’il ne serait pas du tout d’accord. De même, les membres de La Société Saint-Jean.

À débattre !

Je commence la réflexion en regardant ce qui est vécu dans mon Église à Lyon. Je suis présent à ce secteur artistique depuis la fin des années 1980 et j’ai assisté à de nombreuses réunions et réflexions à ce sujet.

Je ne peux pas dire que l’Église (Institution) montra une grande ouverture pour accueillir les travaux des artistes du visuel. Un exemple. André Gence, peintre et prêtre de la Mission de France (résident à Marseille), donna au diocèse de Lyon toute sa collection et sa bibliothèque. Il s’agissait, sous la forme d’une Fondation, de montrer son art et la place des arts plastiques dans la Mission de l’Église. Les œuvres d’André Gence à Lyon étaient visibles à la galerie Malaval.

 

Il y eut de nombreuses réunions à ce propos ; rencontres qui consistaient surtout à trouver un lieu pour recevoir la Fondation et des personnes pour s’en occuper. Voyant que, dans l’Institution Église à Lyon, nous n’aboutissions à rien, André Gence, peu de temps avant sa mort, retira son offre de tout donner à l’Église à Lyon.

 

Et aujourd’hui que puis-je dire ?

Je constate tout simplement que les arts de l’espace et du visuel sont absents des programmes des instances diocésaines directement concernées par ce sujet.

Pourtant, qui n’a pas besoin d’un toit, d’une architecture pour exprimer sa mission. Qui ne souhaitent pas le décor des lieux où il vit ? Et qui n’imaginent pas l’importance de l’image pour toucher les humains?

Dès les premiers temps de l’Église, les disciples du Christ se sont donnés des monuments pour vivre la mise en pratique de l’Évangile. Cela a commencé dans les Maisons-églises. Et nous voyons très vite apparaître un décor. D’abord sous une forme symbolique, le poisson (ictus). Puis, d’une façon très figurative sous la forme d’un Jésus-empereur. Bref, je ne peux pas reprendre ici, mes cours d’iconographie chrétienne.

Et aujourd’hui, que pouvons-nous dire de la place des arts plastiques au sein de l’Église à Lyon?

À notre table ronde du jeudi 31 janvier, Walburga précisa son étonnement de voir les arts plastiques absents de l’organigramme du service diocésain Arts, cultures et foi. Elle prend à témoin la présentation numérique du service.

Effectivement, depuis plusieurs années, les membres de ce service estiment que les Arts de l’espace et du visuel, les arts plastiques n’ont pas vocation à côtoyer sur la même ligue de l’en-tête (voir le site), le théâtre, la danse, le cinéma, la littérature, la musique. Et quand on regarde la composition de l’équipe, on note seulement un chargé de musique, de littérature, de cinéma, plus un référent ecclésial.

Assurément, ce constat nourrit mon pessimisme. Seulement, je garde l’espérance qu’une énergie toujours nouvelle se maintiendra et se développe dès maintenant à partir de la base, du peuple de Dieu. C’est ce que je laissais entendre dans mon intervention du 31 janvier : « Depuis Pie XII, l'image de corps du Christ, employée dans son encyclique de 1943, joue un rôle de contrepoids par rapport à la conception de l'Église (Institution) vue comme société dominant le monde, la société civile ».

On peut se douter que je reviendrai sur ce genre de propos.

Il me faut maintenant creuser la question de la place des arts plastiques dans l’Église. J’écris Eglise au singulier, car je pense ici à l’Église Corps du Christ. En fait, je me lance dans la recherche et la consultation d’artistes affrontés à cette problématique.

Au fait, vous avez des idées ? Alors, pourquoi hésiter à les partager. Merci d’entrer dans le débat.

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Eg 14/02/2019 14:25

Merci pour cet article intéressant. La réflexion est encours.