Aimer, pardonner ! Dure tâche. Cependant, selon l’Évangile, tâche inévitable. Nous devons l’accomplir les uns pour les autres. Mission baptismale

Publié le par Michel Durand

Michel Ciry, RETOUR DE L'ENFANT PRODIGUE

Michel Ciry, RETOUR DE L'ENFANT PRODIGUE

« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis » (Si 27, 30 – 28, 7

 

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. (Ps 102, 8)

 

« Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur » (Rm 14, 7-9)

 

« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois » (Mt 18, 21-35)

 

 

Source de l'mage

Mercredi dernier, devant l’Hôtel de Ville de Lyon, au cours du cercle de silence de Lyon pour demander aux citoyens et aux élus d’ouvrir leur cœur afin de recevoir plus largement et plus raisonnablement les personnes qui ont dû quitter leur pays -réfugiés et migrants-, j’ai eu de touchantes conversations. Ainsi, une jeune dame interrogea l’envahissant égoïsme, les craintes, les fermetures qui marquent nos modes de vie. Comment se fait-il qu’en un siècle l’être humain pense tellement à son propre moi, à lui-même qu’il en oublie la réalité de la communauté ? Le « moi » écrase le « nous ».

Je lis les textes de ce jour avec cette question ; question qui devient plus intense, urgente une fois connu l’incendie de Lesbos. « C’est un enfer sans fin », titre le quotidien Le Monde : sur l’île grecque de Lesbos, le plus grand camp de réfugiés d’Europe est parti en fumée. Des milliers de migrants se retrouvent sans abri, bloqués par les autorités dans une partie de l’île pour éviter la propagation du coronavirus. »

Et, ne l’ignorons pas, même à Lyon des familles vivent dans la rue. Par exemple rue Gandolière dans le 3e.

Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ?  S’il n’a pas de pitié pour un  homme, son  semblable,

que se passera-t-il ?

 

Je me représente notre humanité sous la forme d’un triangle.

 

 

Je me trouve sur terre, la maison commune à tous les humains avons pris l’habitude de dire depuis l’encyclique Laudato si’. Et sur terre, je suis convié à prendre soin de mon voisin. Comment est-ce possible ?

 

Voilà la réponse de Jésus à la question de Pierre.

Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ?

Jusqu’à sept fois ? »

Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois.

Cette façon imagée de répondre nous indique la profondeur des pardons que nous devons avoir entre nous les humains. À simple vue humaine, c’est certainement impossible dans sa totalité. Mais pas sous le regard de Dieu, le Père de tous et de toutes. Nous le savons, ce que nous vivons à l’horizontale est vécu sous le regard de Dieu, le Créateur. Il est, lui, à la source de toutes choses, selon la création voulue par Amour. Il n’est pas un créateur qui aurait agi à l’instant zéro de l’univers et abandonnerait ensuite les êtres créés dans leur solitude. Il accompagne en chaque instant tout ce qui se vit dans notre horizon. Telle est la divine et aimante providence. Dieu agit pour nous par amour et nous invite à agir avec amour, tendresse, compassion.

Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?

Nous comprenons aisément désormais que notre vie ici-bas n’est pas un enfermement dans le « je ». Elle est d’ouverture sur le « nous ». Convivialité, fraternité, communion. La rencontre du Christ à l’eucharistie dominicale n’est pas confinement dans l’intimité du sanctuaire, elle est ouverture sur autrui, marche vers le « nous ». Le « nous » d’un quartier et le « nous » du monde entier, sous le regard de Celui qui maintient le monde par sa présence universelle aimante.

Pour l’exprimer plus simplement, je cite François.

«Personne ne peut rester indifférent aux tragédies humaines qui continuent de se consumer en diverses régions du monde».

À propos des réfugiés : « Certes, l’accueil et une intégration digne sont des étapes d’un processus qui n’est pas facile. Cependant, il est impensable de s’y engager en construisant des murs. En fermant des frontières. En n’écoutant pas les appels ».

« Nous le savons, l’Église [et notre Église locale] est en première ligne pour relever les défis ».

 

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur.

Aimer, pardonner ! Dure tâche. Cependant, selon l’Évangile, tâche inévitable. Nous devons l’accomplir les uns pour les autres, afin de réussir dans notre mission baptismale. Notre conversion permanente.

François nous invite à affronter tous les défis « par « la solidarité concrète et la responsabilité partagée, que ce soit au niveau national ou international ». Il s’agit de mettre «au centre les personnes, les visages, les histoires ». Il s’agit de développer de nouvelles approches visant à un « nouvel humanisme », entendu « non seulement comme une philosophie de vie, mais aussi comme une spiritualité et un style de comportement ».

« Les habitants des villes et des territoires de frontières – les sociétés, les communautés, les Églises - sont appelés à être les premiers acteurs de ce tournant, grâce aux continuelles opportunités de rencontre que leur offre l’histoire ». Aussi, les frontières ne doivent pas être des « barrières de division », mais des « fenêtres » par lesquelles un « enrichissement réciproque » et une « communion dans la diversité » sont possibles.

Sous le regard aimant et pardonnant de Dieu créateur, nous sommes invités à « continuer de travailler ensemble pour la culture de la rencontre et de la solidarité ». 

Ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas ou ne comprend pas assez bien.

 

 

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