En marge de l'Eglise

Publié le par Michel Durand

Ils ne veulent pas demeurer à la porte de le Communauté. Ils ne veulent pas d'un regard de commisération, celui que des « bien pensant » peuvent user en demandant aux « fauteurs » de rester à la porte, hors de la vie ecclésiale pleine. Ils veulent, au contraire, après l'épreuve, communier à toute la vie de l'Eglise...

Je ne suis pas certain d'avoir parlé dans ce blogue des divorcés remariés, pourtant j'ai suscité, il y a quelques années, un débat sur ce sujet. Beaucoup de monde et une belle, mais douloureuse, participation. A la suite de cette soirée j'ai rencontré les équipes « Reliance ».

Armand Le Bougeois, alors évêque d'Autun, m'avait déjà fait réfléchir sur l'indispensable miséricorde, une miséricorde éclairée qui sait s'inscrire dans le discernement. Le remariage ne peut être assimilé à une opération laxiste. Cet article du quotidien « La Croix » qui relate du travail pastoral de Guy de Lachaux, présente admirablement le problème. J'invite particulièrement les membres de mon équipe Reliance à le lire avec attention.

 



L'Eglise et les divorcés, des pistes pour avancer

Depuis plus de quinze ans, le P. Guy de Lachaux , du diocèse d'Évry, s'engage pour améliorer l'accueil des personnes divorcées dans l'Église catholique. Son dernier livre en témoigne.

C'est un appel que le P. Guy de Lachaux lance à son Église. Appel que ce prêtre du diocèse d'Évry a mûri depuis plus de quinze ans en accompagnant des personnes séparées, divorcées, et divorcées remariées. Dans son dernier ouvrage, Accueillir les divorcés. L'Évangile nous presse (1), il invite les communautés chrétiennes à se laisser toucher par la souffrance de ceux qui traversent l'échec de leur couple.

« Le divorce pose des questions bien réelles, face auxquelles il est difficile d'accepter que les réponses actuelles soient vraiment conformes à la volonté du Christ, plaide-t-il. C'est pourquoi il faut être réaliste : les divorcés lancent un défi à l'Église. »

Ce prêtre l'avoue avec simplicité, il a appris la « souffrance humaine » auprès des divorcés. « J'ai honte aujourd'hui de le dire, je ne pensais pas que le divorce pouvait engendrer une telle douleur, reconnaît-il. Je crois même avoir rarement vu des gens autant souffrir. » Sans jeter la pierre à son Église, « qui a beaucoup progressé dans la prise en compte de cette question depuis une quinzaine d'années », il pointe la « nécessité », « l'urgence » d'une mobilisation.

« Dans l'Église, nous parlons beaucoup d'accueil et nous avons raison, souligne-t-il. Mais combien de fois ai-je reçu des personnes qui disaient avoir eu l'impression de se faire éconduire. » Méconnaissance de leur situation, gêne, discours ambigu et variable selon les diocèses et les paroisses compliquent la chose... Partageant son expérience, le P. de Lachaux propose ici un parcours sous forme de fiches pratiques pour un accueil adapté. Chacune marque une étape dans un chemin de reconstruction : « Exprimer sa souffrance et l'apprivoiser », « Changer son regard », « Se sentir coupable », « Lâcher prise », « Se découvrir autre », « Pardonner, se pardonner »...

"Voyage avec la douleur des gens"

Yves Lecorre, diacre chargé de l'accompagnement des personnes divorcées dans le diocèse de Nanterre (Hauts-de-Seine), rend hommage à ce travail patient. « Guy de Lachaux est un témoin privilégié de ce que vivent les divorcés, par le nombre de rencontres et la finesse d'analyse qu'il a de ce vécu, témoigne-t-il. En ce sens, il est différent de tous ceux qui, dans l'Église, n'ont pas encore fait ce voyage avec la douleur des gens. »


Médiateur familial de profession, ce diacre déplore que beaucoup de catholiques restent prisonniers de certaines images au sujet du divorce : « Certains ont le fantasme que le divorce est une gâterie que l'on s'offre quand on a envie de changer de partenaire. Ce que j'entends au contraire, dans mes consultations, c'est l'incroyable processus de remise en cause et de destruction que le divorce peut engendrer et la menace de destruction qu'il fait peser sur les personnes. »

Cette souffrance, Denis, 50 ans, l'a traversée. Après dix-huit ans de mariage, sa femme a demandé le divorce en 2002. Le couple s'est séparé l'année suivante. Il a alors entamé une lente reconstruction, avec l'aide d'un groupe relais « Chrétiens divorcés » et Cana-Espérance. Au long de ce parcours, il a rencontré Catherine, elle aussi divorcée, qui est devenue sa compagne.

« Le ciel m'est tombé sur la tête quand j'ai appris que je ne pourrais plus, selon les règles de l'Église, approcher des sacrements parce je vivais une nouvelle union, raconte-t-il. Pourtant j'ai beaucoup cheminé depuis mon divorce, je suis beaucoup plus croyant et pratiquant... » Cinq ans après son divorce, Denis cherche encore sa « juste place » dans la communauté chrétienne : « La miséricorde, je la trouve auprès de Dieu. Mais auprès de l'Église ce n'est pas toujours facile... »

Un cheminement vers la réintégration sacramentelle ?

L'incompréhension, parfois la révolte, devant les règles canoniques, Guy de Lachaux les a entendues. Dans son livre, il propose d'ouvrir la possibilité d'une réintégration sacramentelle des divorcés remariés. Pas de n'importe quelle manière, mais après un cheminement humain et spirituel au bout duquel ce prêtre pense que l'on pourrait prendre « acte qu'une nouvelle union ne peut pas incarner à vie une infidélité au sacrement de mariage et donc couper de tout acte sacramentel ».

Dans le sillage de Mgr Armand Le Bourgeois et de Mgr Jean-Charles Thomas - qui a préfacé son ouvrage -, le P. de Lachaux plaide pour que la pratique de l'orthodoxie, qui n'a jamais été condamnée du côté catholique, soit examinée. Celle-ci prévoit, sous certaines conditions, la possibilité de bénir une deuxième voire une troisième union.

Christine et Guy Point, membres de la communauté Mission de France et animateurs de son atelier de réflexion sur les divorcés, réagissent positivement à ces propositions. Pour Guy, la situation actuelle, où l'on renvoie la personne divorcée et remariée à sa « conscience éclairée » pour décider si elle peut ou non approcher des sacrements, n'est « pas suffisante pour lever le poids de la culpabilisation ». Christine ajoute : « Ce que nous voudrions, c'est que soit officialisé ce qui se fait aujourd'hui sous le manteau dans l'accueil des divorcés remariés. »

Sortir de la logique du tout ou rien

Pour Yves Lecorre, l'Église en viendra à de telles solutions, avec le temps. Mais la question demeure complexe : « Les évêques sont devant un paysage de plus en plus contrasté, en tension entre d'un côté ceux qui ne veulent rien bouger et de l'autre ceux qui célèbrent des quasi-remariages. J'admire le courage de Guy de Lachaux et sa lucidité. Il prend le risque d'aller de l'avant. Mais comment aider les évêques à faire l'unité et à exercer leur rôle de miséricorde, je ne vois pas très bien... »

Sortir de la logique du tout ou rien semble être le désir de nombreux chrétiens. Pour Yves Lecorre, la demande des divorcés remariés a d'ailleurs, elle aussi, évolué avec le temps. « Il y a une dizaine d'années, ils demandaient à l'Église de déclarer que leur premier mariage ne valait rien et que seul le second était le vrai. Aujourd'hui, ils lui disent : "J'ai été marié, c'est un échec douloureux, mais ne me fermez pas la porte à une présence dans le peuple chrétien par des règles que je ne comprends pas." »

Ces propositions conduiront-elles à des débats, des échanges, voire à des changements ? Le P. Guy de Lachaux se veut confiant, « optimiste » même : « Les communautés chrétiennes sont beaucoup plus sensibilisées à ce sujet aujourd'hui, mais l'augmentation du nombre des divorcés rend pressante l'urgence de l'accueil. »

Et de rappeler que tous les synodes diocésains ont évoqué la question des divorcés et demandé que la position catholique soit revisitée. « Les choses bougent et dans le bon sens, conclut-il. Derrière la rigidité de façade de la hiérarchie, je sens chez les évêques une réflexion, un désir de trouver des solutions. »

Elodie MAUROT


(1) Éd. de l'Atelier, 160 p., 16 €.


Publié dans Eglise

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claudine onfray 04/06/2011 09:55



je salue ce que vous faîtes et ce qu'il fait


j'ai entendu le Père Guy Lachaux hier soir à  evreux


je vais fêter mes 40 ans de mariage


je suis très engagée dans mon diocèse


je suis gynécologue spécialisée en stérilité juste à la retraite et j'ai participé à l'assemblée réunie par Mgr d'Ornellas


donc cette Eglise je l'aime, elle est ma famille....


mais parler vrai est toujours suspect de ne pas aimer l'Eglise


pour avancer il faut sortir de cette impasse où l'on excuse l'inexcusable


sortir de cette parole qui ne peut venir que des ordonnés...


il n'y a qu'en matière de sexualité qu'il y a cette impasse


il faudrait reconnaître que sans renier la valeur du mariage catholique il y a des conséquences qui sont peu évangéliques...


vous avez mon mail


si vous souhaitez me contacter vous pouvez le faire


dr claudine onfray



Michel Durand 04/06/2011 17:51



Merci pour votre commentaire. Je l'ai repris dans un article que j'avais l'intention de rédiger pour présenter une initiative lyonnaise.


Vous dites qu'il n'y a qu'en matière de sexualité qu'il y a cette impasse.


J'en vois une autre, dans la non reconnaissance que les paroles sur les méfaits du libéralisme économique sont manipulées par des cadres chrétiens en
entreprise.



Bernadou christian 25/09/2008 03:19

la bible, l'église même, prétendent toutes deux que le mariage n'est que terrestre, temporel, alors pourquoi lui donner une valeur sacramentelle et ne pas reconnaître une seconde union si ele doit apporter plus de bonheur au couple que la précédente qui fut erreur? Les erreurs de jeunesse, c'est bien connu. Je suis chrétien et catholique mais le seul sacrement auqyel je ne crois pas est justement le mariage. Pour moi, c'est affaire de liberté : Dieu a voulu que l'homme soit libre, et libre, il peut se tromper. Si l'erreur ,'était pas admise, alors Dieu n'aurait pas imaginé l'union d'un homme et d'une femme, sachant d'avance (puisqu'il conneit tout) que c'est pas tenable parfois, parfois insupportable, et que pour la vie signifie douce utopie (puisqu'il faut être deux à assumer! ce qui rend cette fidélité à 2 encore plus improbable). L'homme sera beaucoup mieux sans le mariage, le jour où il n'existera plus : au ciel parait-il! On en sera enfin délivré pour toujours. Oui je dis : vive le paradis dans ce cas.

Michel Durand 26/09/2008 13:58


Dans son livre, "le prêtre, la femme et le chevalier" (si je ne me trompe pas dans le titre), Georges Duby, parle merveilleusement bien de l'histoire du mariage. L'Eglise attend le 13e siècle pour
parler à son propos de sacrement.
Je ne paratage pas entièrment votre point de vue sur la liberté. Certes, l'Esprit nous libère. Mais l'homme libre ne peut pas tout faire. Tout est possible, mais tout n'est pas souhaitable.
Je pense que dès l'union de deux corps dans un amour total et complet il y a "sacrement" qui engage à une authentique fidélité. Le "passage" à l'église est second.
Pour compléter la réflexion j'ajoute que sacrement signifie signe et en ce sens contient une mission. Il y a beaucoup de mariages à l'Eglise qui ne sont que de petites bénédictions sans
conscience de la mission reçue. Peut-être faudrait-il développer cet aspect ?
Comme vous le dites, le mariage, union de deux familles humaines, n'a plus court dans le paradis. Le bonheur est en Dieu.