Le Souffle

Publié le par Michel Durand

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Basa 2009, installation de Barbara Gabathuler, par le Fils

 

De tous les thèmes proposés pour la biennale d’art sacré actuel, version 2011 :

Nous sommes en train de perdre notre humanité ; remettre l’homme au centre est une urgence ; l’espoir de l’ange ; Transfiguration ; le souffle ; le livre ; l’autre, le frère ; que cela soit (Amen) ; croire au-delà ; merci ; après le Fils, la Mère ; Lumière ; l’Eglise et le monde, une écologie chrétienne ; Lumière ; L’humanité retrouvée ; Devenir père ;

nous avons retenu :  Le souffle

Voici le texte que j’ai écrit à ce propos.

De nombreuses portes ouvrent vers cette réalité essentielle à la vie. La respiration en est le signe premier. Mais cet air qui traverse le corps et qui peut se manifester par la buée laissée sur un miroir, n’est pas le seul attribut du vivant. Il y a également l’âme. Qu’est-ce qu’un corps sans âme ?

Selon Homère, l'être humain a deux "âmes", le thumos  et la psychè :

-Le thumos, l’âme-sang, associé avec le sang et le souffle, désigne la capacité vitale de l'être humain. Il montre l'interaction possible avec le monde extérieur où s'exprime le besoin d'être reconnu. Le thumos est ce qui pousse à désirer et à agir, à s'exprimer dans le monde. Il est dialogue chargé d’émotions : détresse, angoisse… paix, joie… malheur / bonheur.

-La notion de psychè, l’âme-souffle est plutôt associée avec celles du sommeil, de l'évanouissement et de la mort. Toujours selon Homère, elle n'est pas l'étincelle divine en l'homme, mais son ombre (skia) qui lui survit dans l'Hadès, sa consistance perdue, le souvenir de ce qu'il a été. Elle est l'être de l'avoir-été (Walter F. Otto). Elle est un principe de vie qui n'est pas concernée par la conscience ordinaire. Associée avec la tête, l’esprit, la psychè est un souffle inconsistant qui manifeste la fragilité humaine et souligne la différence entre l'homme et les dieux immortels.

Par des rites censés donner la félicité éternelle en purifiant l'âme de la partie qui en elle demeure liée au corps, vouée à la destruction mortelle, la psychè va devenir l'âme, partie divine et supérieure de l'être humain, immortelle, souffrante dans le corps et destinée à conquérir un salut et une rédemption libératrice.

Enfin tous les philosophes ont leur mot à dire sur l’âme et le souffle.

Avant de donner le point de vue de l’Eglise catholique, rappelons que dans la Bible le mot Nephesh signifie être vivant, être animé par le souffle. Créant l’homme, Dieu lui insuffle un souffle de vie dans ses narines et en fait ainsi un être vivant (Gn 2,7). L’homme ne possède pas une âme. Il est une âme. Un jour, grâce à celle-ci, il connaîtra la résurrection. À tous les matérialistes de tous les temps, Jésus dit : « A quoi sert à l'homme de gagner le monde entier s'il perd sa vie? » (Marc).

Le catéchisme catholique explique que « la personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel… Souvent, le terme âme désigne dans l’Écriture Sainte la vie humaine (cf. Mt 16, 25-26 ; Jn 15, 13) ou toute la personne humaine (cf. Ac 2, 41). Mais il désigne aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme (cf. Mt 26, 38 ; Jn 12, 27) et de plus grande valeur en lui (cf. Mt 10, 28 ; 2 M 6, 30), ce par quoi il est plus particulièrement image de Dieu : " âme " signifie le principe spirituel en l’homme…   L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la " forme " du corps ; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant ; l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature.

L’épître à Diognète évoque simplement cette réalité. «  ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde. L’âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible; ainsi les chrétiens : on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible. La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ait fait du tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs ; de même le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs. (…) L’âme, souffle du corps ; souffle du monde.

En 1996 ????? Confluences organisa une exposition de textes de Jean Sulivan avec une conférence de Marguerite Gentzbittel. Quand l’idée de prendre le souffle pour thème de la 8è édition de la biennale s’imposa, je me suis souvenu de cet auteur : «Si l’écrivain chrétien de ce temps, écrit-il, est un homme de rupture, c’est en réalité pour retrouver une sagesse et un souffle, c’est-à-dire l’esprit qui ressuscite les mots. » On aura donc tout intérêt à se tourner vers lui pour repenser à l’importance du souffle spirituel qui donne la vie au corps. Ce qui se dit de l’écriture peut aussi s’afirmet pour l’ensemble des arts plastiques : « Cette manière de se laisser traverser par des paroles comme un souffle dont on ne sent ni d’où il vient ni où il va, sans s’arrêter au texte, c’est comme cela qu’il faudrait entendre l’Évangile… L’écriture peut être disséquée mais la parole est charnelle, elle ne se morcelle pas. Aussi l’écriture n’est rien si elle ne transmet pas la parole. » Car c’est cette écriture qui dit la naissance ; c’est cette spiritualité, cette foi, poétiques ; c’est cette poésie qui est conversion ; c’est ce langage qui « voudrait suggérer qu’il existe une spiritualité liée au sensible, une résonance, une corporéité de la parole, et que ce qui manque à la communion chrétienne ce ne sont ni les idées, ni l’obéissance, c’est de la chair spirituelle, un support au sacrement ». (L’exode, cité par Jean Lavoué, Jean Sulivan, la Chair et le souffle, dans la chair et le souffle, n° 2, 2006)

Parlons de la chair lorsqu’elle est saisie par le souffle afin de se laisser gagner par l’expérience de l’intériorité.

« Dieu non plénitude abstraite, non essence posée là, mais né, à naître (à souffrir, à aimer) de la chair, du souffle, des gestes.»

«De la chair irrémédiablement creuse monte un souffle, un cri, voilà l’universel concret […], voilà notre anthropologie à nous autres qui n’avons ni concepts ni structures pour expliquer et réduire. Il faut être sourd pour ne pas entendre l’appel immémorial […].»

«Dans l’être il n’y a que perfection et puissance. Dans la vie : précarité et fragilité. L’Ancien testament, du moins dans son mouvement, aussi bien que le Nouveau ne sont compréhensibles que dans l’expérience vitale.» (Les hommes du souterrain, Ligne de crête).

« Qu’on aimerait sentir circuler le vent des hauteurs chrétiennes à travers les rocs déchiquetés des rigidités doctrinaires pour révéler la rigueur évangélique qui exclut à jamais tout despotisme moral. Qu’il souffle !» (L’Exode)


Faites vous cadidature pour participer à cette 8ème biennale ?

 

Publié dans Art

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Muriel 16/05/2010 20:00



Détruire les obscurités est impossible, les apprivoiser oui. Comment voulez vous détruire l'égo des hommes ? Impossible, il faut juste éveiller leur moitié de lumière, renverser le miroir. C'est
si simple.Et vous vous êtes aux premiers rangs pour le faire ;-)



Michel Durand 23/05/2010 20:35



Parfois ce qui simple à dire, à exprimer n'est pas toujours simple à vivre au quotidien. Voir la lumière qui subsiste en nous et l'entretenir demande notre confiance. Devant le constat de ma
faiblesse toute humaine je me fais humble tout en sachant que Dieu ne peut m'abandonner.



Muriel 11/05/2010 10:41


J'ai cherché longtemps un tel texte. Je viens de découvrir ce dont vous parlez. De la Bible aux évangiles apocryphes, aux écrits de Jean Yves Leloup dont "les profondeurs oubliées du
christianisme", aux oeuvres de Carl Gustav Jung et Saint Jean de la Croix,vous avez très bien résumé ces recherches. Je termine par une citation d'Einstein "Le monde est davantage menacé par ceux
qui tolèrent le mal que par ceux qui s’emploient à le faire". Albert Einstein Où allons-nous ? Vers la Lumière.


Michel Durand 11/05/2010 20:15



En me promenant sur votre site : http://rocrocodile.blogspot.com/


je vois des références communes : Paul Ariès et l'objection de croissance. L'élan spirituel se trouve même chez celui qui se déclare très attaché à la matière. Un "matérialiste spirituel" ! J'ai
entendu cela, je crois, dans  un entretien de Paul Aries avec Nicolas Ridoux sur RCF par Véronique Alzieu. Il se peut que je le mette sur ce blogue. Où allons-nous si ce n'est vers la
lumière ? Et notre tâche est de détrire les obscurités.



monnet jean 09/05/2010 19:39



Un thème enthousiasmant, pour la prochaine BASA !


Un ami me demandait, il y a quelques jours, ce que je pensais, en tant que peintre, de la portée sacramentelle du sensible.


Sur le coup je fus dérouté et lui demandai de préciser sa question. Il associa le caractère sacramentel au Mystère, et, après m'avoir taquiné sur le fait que j'étais plus au fait des racines
grecques (celle du mot "mystère" en l'occurrence) que latines ("sacramentum"), il me fit comprendre que, me posant la question, il se doutait de la réponse : L'artiste ne peut être que "du
côté du" Mystère et de l'Esprit !


Je suis, pour ma part, intimement convaincu qu'il existe une spiritualité liée au sensible.


La "chair spirituelle " (belle expression !) est une notion qui demande à être expérimentée pour être comprise et sans doute le terrain artistique est-il un des plus adéquats pour le
faire.


jf MONNET



Michel Durand 11/05/2010 20:07



On pourrait ainsi parler de l'incarnation. La mise dans la chair. Un élan spirituel n'est élan que parce dans un corps. L'émotion s'expériemente sur nore corps : les poils se re redressent, la
souffle est coupée, le sang monte au visage... mystère, sacrement : rendre visible ce qui ne l'est pas. Je ne pense pas qu'une spiritualié soit possible sans le sensible. C'est par tous nos sens
que l'artiste nous donne à sentir Celui que l'on  ne peut atteindre. Ce Verbe que nos mains ont touchés... Le Souffle en notre corps.