Symbole pour toute l’Eglise

Publié le par Michel Durand

Les sœurs blanches de Timimoun m’ont montré qu’elles étaient présentes en ce désert saharien pour cela : montrer, sans démonstration verbale, la miséricorde divine.

Présentes à toutes et à tous, elles se laissent affectées par les personnes rencontrées dans une démarche marquée de sympathie, de solidarité, de compassion, d’amour.

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L’Eglise d’Algérie que j’ai petitement visitée au mois de février dernier pendant mes congés annuelles m’est apparue sous le visage symbolique d’une église en situation de post modernité. Elle n’a plus son prestige d’antan. Elle vit une extrême fragilité. Constituée principalement d’étrangers, elle est tributaire des visas qui prennent du temps à être accordés quand le motif du séjour est lié à des instances religieuses. Or, dans sa faiblesse évidente, elle est reconnue par la population et les autorités comme « l’Eglise d’Algérie ». Bernard, frère de l’Evangile (spiritualité de Charles de Foucault) m’expliqua que, dans la ville de Béni Abbés, il avait comme un statut spécial qui lui permettait de visiter les familles, saluer les femmes et boire le thé en leur présence. « Nous sommes perçus avec le regard qui est porté sur la « dynastie », caste –mais, je ne pense pas que ces mots conviennent- des marabouts », explique-t-il.

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Les habitants voient dans leur présence chrétienne le signe de la transcendance de Dieu, de sa Présence. Et, en même temps, il y a une foncière impossibilité de dire la racine de l’Amour divin manifesté en Jésus.

Les sœurs blanches de Timimoun, plusieurs fois, me soulignèrent la similitude entre leur présence en terre musulmane et celle de l’Eglise en Occident où le monde est trop sorti de l’Evangile pour entendre, explicitement, la révélation christique. « C’est même, disent-elles, plus facile pour nous de dire Dieu ici, car nous vivons au milieu d’un peuple croyant, que pour vous en France, où l’athéisme est publiquement, ordinairement, la règle ».

Comment, dans cette situation de grande fragilité (Algérie) de faible crédibilité (France), Transmettre l’Evangile ?

J’écarte le repli identitaire, le communautarisme sectaire qui prend, actuellement en France de plus en  plus de place. C’est la tendance dogmatisante de certaines autorités ecclésiastiques qui, selon l’ancien modèle de « l’école cathédrale » ou des noviciats d’ordre religieux transformés en communautés nouvelles, cultivent l’autocompréhension de l’Eglise : catéchèse sur les sacrements dans l’ignorance de ce que vit le monde. Je crois avoir déjà écrit cela. Il m’arrive souvent de le dire, à savoir que l’Eglise, se repliant dans l’atmosphère des sacristies, joue le jeu de l’Etat laïc qui réduit l’expression de foi à la vie privée. Là aussi, je vois une ressemblance avec l’Eglise d’Algérie où il et légalement interdit de parler d’Evangile à des algériens. Prosélytisme condamnable.

En France, aujourd’hui, dans l’opinion  publique, évangélisation, prosélytisme, propagande sont devenus synonymes.

A mon sens, nous n’avons pas à démontrer l’Evangile, mais à le montrer. Il ne s’inscrit pas dans un discours exhortatif. Il est inscrit dans notre comportement usuel, notre style de vie au quotidien. C’est notre présence de baptisés , des gens qui font ce qu’ils disent, qui dévoile au monde, au delà des paroles, l’immense don que Dieu offre à tous et à toutes par le Christ. Je parle de présence. Rendre dans la banalité de nos actes, Dieu présent. Le visibiliser. Que notre chair donne à voir l’invisible. L’amour ne se voit que si nous lui donnons un corps.

C’est ici que je pense à la première béatitude : « bienheureux les pauvres » et je préfère l’expression de Luc à celle de Matthieu qui semble vouloir adoucir l’engagement à la pauvreté en parlant des pauvres en esprit.

La pauvreté selon l’Evangile doit être effective, étant entendu que pauvreté n’est pas misère. Celle-ci est à combattre.

Bienheureux celles et ceux qui mettent leur confiance en Dieu et ne comptent pas sur leur seule puissance pour conduire leur vie. Bienheureux celles et ceux qui sont présents dans le monde en sachant que Dieu aussi est présent. Ils reflètent aux yeux de tous, l’indépassable Présence.

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Être la présence du Ressuscité dans l’histoire du monde , voilà ce que sont (ou devrait être) les baptisés. Voilà ce que témoignent, en Algérie, les frères et sœurs chrétiens. Ainsi s’exprime la spiritualité ignatienne : « Seigneur ressuscité, le Christ, est actuellement présent dans tous ceux qui souffrent, tous ceux qui sont opprimés, tous ceux dont la vie est brisée par le péché. Comme lui est présent, nous aussi, voulons être présents, en solidarité et avec compassion, là où la famille humaine est le plus maltraitée » (décrets de la 34e  congrégation générale., Rome, 1995).

Ce que nous accomplissons dans ce milieu humain s’apparente à la guérison. Devenant par conversion  des « autres christs », nous sommes à la suite du Christ des porteurs de guérison.

Toujours, selon la spiritualité des jésuites : « Le Christ est la présente aimante et guérissante, nous assurant que les cicatrices de la brutalité et de la mort ne défigureront pas toujours notre histoire humaine. »

Les sœurs blanches de Timimoun m’ont montré qu’elles étaient présentes en ce désert saharien pour cela : montrer, sans démonstration verbale, la miséricorde divine. Présentes à toutes et à tous, elles se laissent affectées par les personnes rencontrées dans une démarche, au nom de leur baptême en Christ, marquée de sympathie, de solidarité, de compassion, d’amour. Elles se reconnaissent elle-même, humblement, bénéficiaire de la bonté divine et le communique autour d’elles sans attitude ostentatoire.

Il me semble que l’on peut en dire autant des nombreux chrétiens, conscients de leur baptême, vivant en Algérie (ou ailleurs). Et, selon ma perception, cela sert de symbole pour toute l’Eglise vivant dans une société qui n’est plus, majoritairement, portée par une foi chrétienne.


Publié dans écrit de Béni Isguen

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