L’homme de toujours est mû par nos questions existentielles. L’art en fait écho alors que nous ne connaissons rien de ce lointain parent

Publié le par Michel Durand

peinture rupestre, Larousse.

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L’Art et l’Homme en questions

René Migniot m’écrit ceci le 24 mars 2014 :

Notre village s’honore d’une association, L’art et l’homme, où j’assure les cours d’Histoire de l’art. En préparant mon programme 2013-2014, j’ai eu connaissance dans « Golias » de votre propos sur l’art contemporain.

Je me suis autorisé d’en faire mention dans mon résumé mensuel d’avril…

En espérant ne vous avoir pas trahi…

René Migniot m’a récemment communiqué les résumés de son enseignement en me permettant de les placer en ce blog. Je pense fructueux cet échange. Il apporte des donnés solides au regard de notre vision sur l’art.

Le 29 Avril 2014, René m’écrivait, en effet :

Je lis (relis) votre introduction dans le catalogue de l’exposition Pour le Fils (2009)*, rejoignant l’intuition, maintenant récupérée, me semble-t-il, d’Art Culture et Foi ; ainsi certains propos de Mgr Rouet (L’Eglise et l’art d’avant garde).

M’y voici très à l’aise. Et je mesure votre insistance à préciser le sens de chaque terme : sacré, saint, religieux, spirituel… contemporain, actuel…

  • * catalogue que je peux envoyer sur demande

Peinture rupestre du Sahara

1. Préhistoire, l’Art des Cavernes

« Nous savons seulement que des hommes sont venus ».

Existe-t-il des hommes sans art ?

« Mais qu’as-tu donc dans le crâne ? », gronde le censeur agacé par le peu de réactivité du quidam... « écervelé ». A l’inverse, « Il en a dans la boîte ! » s’extasie l’admirateur impressionné par la vivacité d’esprit du surdoué de l’encéphale. Tout se jouerait dans la tête !

Au long des mondes connus, la tête de l’homme apparaît comme la plus performante des zones en voie de développement ; allant jusqu’à générer le concept d’art, ce qui n’est pas le moindre de ses prodiges.

Les savants d’aujourd’hui repèrent, en tous lieux de notre Terre, les traces initiales de l’Humanité, réajustent sa chronologie au carbone 14, sertissent de nouveaux chaînons jusque-là manquants. Alors, chaque indice dévoilé, chaque signe révélé, élargissent nos interrogations et rétrécissent nos certitudes.

L’industrie humaine, art par nature et par excellence, reste le matériau privilégié pour cette exploration anthropologique. Et déjà quelques convictions nous sont permises. Ainsi, qu’il émane d’un « écervelé » ou d’un « surdoué », qu’il soit modeste production ou œuvre magistrale, l’art se proclame le propre de l’homme, bien devant le rire ! Si l’on admet qu’il n’est pas d’art sans homme, avant que de constater qu’il n’est pas d’homme sans art.

A ces professions, s’ajoute la troublante évidence de la quête esthétique. Aux besoins premiers - l’incontournable nécessité usuelle, la probable pratique cultuelle – s’immisce une gratuité qui va au-delà de l’usage, comme un désir d’indéfinissables saveurs, un plus qui rendrait l’existence ineffable.

Et ce constat flagrant, éberluant : une technicité précaire n’exclut pas une œuvre d’art de la plus haute tenue, de la plus fine émotion et du plus profond questionnement. Le développement industriel a amélioré notre quotidien et affiné nos comportements. Mais l’homme d’avant, l’homme de toujours, était déjà mû par les questions existentielles qui sont les nôtres. Ce à quoi l’art fait écho alors que nous ne connaissons à peu près rien de ce lointain parent.

Nous savons seulement que des hommes sont venus.

René Migniot

 

Dans un raccourci, joliment lyrique, Elie Faure suggérait ainsi l’inhérence de l’Art à la Condition humaine :

L’homme a déjà l’arme, le silex éclaté, il lui faut l’ornement qui séduit ou épouvante, plumes d’oiseau ou chignon, colliers de griffes ou de dents, manches d’outils ciselés, tatouages, couleurs fraîches bariolant la peau.

L’art est né. L’un des hommes de la tribu est habile à tailler une forme dans un os, ou à peindre sur le torse ou le bras un oiseau aux ailes ouvertes, un mammouth, un lion, une fleur. En rentrant de la chasse, il ramasse un bout de bois pour lui donner l’apparence d’un animal, un morceau d’argile pour le pétrir en figurine, un os plat pour y graver une silhouette. Il jouit de voir vingt faces rudes et naïves penchées sur son travail. Il jouit de ce travail lui-même qui crée une entente obscure entre les autres et lui, entre lui-même et le monde infini des êtres et des plantes qu’il aime, parce qu’il est sa vie. Il obéit à quelque chose de plus positif aussi, le besoin d’arrêter quelques acquisitions de la première science humaine pour en faire profiter l’ensemble de la tribu. Le mot décrit mal aux vieillards, aux femmes assemblées, aux enfants surtout, la forme d’une bête rencontrée dans les bois, et qu’il faut craindre ou retrouver. Il en fixe l’allure et la forme en quelques traits sommaires. L’art est né.

Elie FAURE. Historien de l’art. 1873-1937

 

 

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