Le repos du dimanche

Publié le par Michel Durand

Paul Lafargue :

Mais pourquoi ne lui dit-il pas clairement que le libéralisme n'est pas compatible avec l'Evangile ?



Nicolas Sarkozy

André Vingt-Trois

 

 

 

Près d'un siècle avant Guizot, on prêchait ouvertement à Londres le travail comme un frein aux nobles passions de l'homme.
« Plus mes peuples travailleront, moins il y aura de vices, écrivait d'Osterode, le 5 mai 1807, Napoléon. Je suis l'autorité [...] et je serais disposé à ordonner que le dimanche, passé l'heure des offices, les boutiques fussent ouvertes et les ouvriers rendus à leur travail. »

Une bonne ouvrière ne fait avec le fuseau que cinq mailles à la minute, certains métiers circulaires à tricoter en font trente mille dans le même temps. Chaque minute à la machine équivaut donc à cent heures de travail de l'ouvrière ; ou bien chaque minute de travail de la machine délivre à l'ouvrière dix jours de repos. Ce qui est vrai pour l'industrie du tricotage est plus ou moins vrai pour toutes les industries renouvelées par la mécanique moderne. Mais que voyons-nous ? À mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l'homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l'ouvrier, au lieu de prolonger son repos d'autant, redouble d'ardeur, comme s'il voulait rivaliser avec la machine. Oh ! concurrence absurde et meurtrière !

Pour que la concurrence de l'homme et de la machine prît libre carrière, les prolétaires ont aboli les sages lois qui limitaient le travail des artisans des antiques corporations ; ils ont supprimé les jours fériés  . Parce que les producteurs d'alors ne travaillaient que cinq jours sur sept, croient-ils donc, ainsi que le racontent les économistes menteurs, qu'ils ne vivaient que d'air et d'eau fraîche ? Allons donc ! Ils avaient des loisirs pour goûter les joies de la terre, pour faire l'amour et rigoler ; pour banqueter joyeusement en l'honneur du réjouissant dieu de la Fainéantise. La morose Angleterre, encagottée dans le protestantisme, se nommait alors la « joyeuse Angleterre » (Merry England). Rabelais, Quevedo, Cervantès, les auteurs inconnus des romans picaresques, nous font venir l’eau à la bouche avec leurs peintures de ces monumentales ripailles dont on se régalait alors entre deux batailles et deux dévastations, et dans lesquelles tout « allait par escuelles ». Jordaens et l'école flamande les ont écrites sur leurs toiles réjouissantes. Sublimes estomacs gargantuesques, qu'êtes-vous devenus ? Sublimes cerveaux qui encercliez chez toute la pensée humaine, qu'êtes-vous devenus? Nous sommes bien amoindris et bien dégénérés. La vache enragée, la pomme de terre, le vin fuchsiné et le schnaps prussien savamment combinés avec le travail forcé ont débilité nos corps et rapetissé nos esprits. Et c'est alors que l'homme rétrécit son estomac et que la machine élargit sa productivité, c'est alors que les économistes nous prêchent la théorie malthusienne, la religion de l'abstinence et le dogme du travail ? Mais il faudrait leur arracher la langue et la jeter aux chiens.



"Pourquoi continuer d'empêcher celui qui le veut de travailler le dimanche?", à Rethel (Ardennes).

"Une proposition de loi a été préparée. Il faut que les parlementaires acceptent maintenant de s'en saisir sans tabou"...

Le travail dominical, "c'est un jour de croissance en plus, c'est du pouvoir d'achat en plus, et les autres pays le font"...

"Nous sommes le pays du monde qui reçoit le plus de touristes". "Est-ce qu'il est normal (...) qu'on dise que tout doit être fermé le dimanche?", a-t-il demandé.

"Quand je vois des manifestations de salariés pour avoir l'autorisation de travailler le dimanche, parce que le dimanche on est payé double, je me dis : "mais pourquoi on les empêche de le faire ?"...

"J'étais l'autre jour dans le Nord. Quelqu'un me disait  - "M. Sarkozy, le dimanche on va tous en Belgique (...) parce que les magasins sont ouverts". Voilà qui est malin"...

"J'aime beaucoup les Belges, mais je les aime tellement que je préférerais que ça soit eux qui viennent dépenser leur argent chez nous, plutôt que nous qui allions dépenser notre argent chez eux !"...

"Sur les Champs-Elysées, ils ont trouvé le moyen de mettre un trottoir touristique et un qui l'est pas. Il y a un trottoir où on a le droit d'être ouvert le dimanche et l'autre où on n'a pas le droit. Je vous assure, ça fait drôle quand on vient de l'tranger"...

"Il faut quand même penser aussi aux familles qui ont le droit, les jours où elles ne travaillent pas, d'aller faire leurs courses dans des magasins qui sont ouverts, et pas systématiquement fermés, sur la base, naturellement, du volontariat"...

"Je vois bien que le dimanche est un jour de famille, que c'est un jour aussi où on peut aller à la messe" et "avoir toutes les (autres) activités"...

Joseph Thouvenel, secrétaire général adjoint de la CFTC, avait affirmé mi-octobre à l'AFP que "selon le Code du travail, les employeurs n'ont aucune obligation légale de payer plus le travail le dimanche et la majorité des gens ne sont pas payés plus ce jour-là", en prenant l'exemple des employés de cafés, hôtels, restaurants ou des journalistes.

"Certains peuvent certes bénéficier d'un accord d'entreprise ou d'une convention collective" majorant leur travail ce jour-là, avait-il expliqué, mais ce n'est pas obligatoire.

La seule mention dans le Code du travail prévoyant un salaire majoré le dimanche concerne les établissements de commerce de détail, et prévoit 1/30e du salaire brut mensuel en plus, avait-il rappelé.

Les soubresauts financiers qui marquent la période que nous vivons sont lourds de conséquences et de menaces, non seulement pour les revenus des grandes institutions financières ou pour les petits épargnants, mais aussi pour tous ceux dont les moyens de travailler et de vivre dépendent de la vitalité et de la production des entreprises, quelle que soit leur taille. L’implication forte et rapide des gouvernements européens a peut-être évité le pire. Il a montré en tout cas que la détermination permettait de faire face ensemble à une période de crise. Face à la précarité de l’emploi et à la baisse de nombreux revenus, nous sommes tous invités à développer notre réflexion sur l’organisation de la vie économique et sociale. Certes, notre Église n’a ni la mission ni la compétence pour apporter des solutions à ces problèmes. Mais elle a la mission et la compétence pour aider nos concitoyens à vivre humainement dans ce contexte économique et pour en mesurer les enjeux moraux.

 

Si la redistribution des revenus et des richesses peut séduire par son intention généreuse, nous ne pouvons pas éluder une question beaucoup plus radicale qui est celle de notre modèle de société. Partager des richesses est une attitude altruiste, mais le moment vient où nous devons prendre en compte les limites des richesses à partager. Comment pouvons-nous aider nos contemporains à intégrer dans leurs attentes le fait que notre planète n’est pas un réservoir indéfini de consommation possible ? Comment les aider à mieux admettre que nous ne devons pas seulement viser à la répartition des richesses entre pays développés, dans une société qui devrait assumer tous les risques particuliers ? Nous devons aussi assumer notre responsabilité dans le partage du travail et du développement avec les autres peuples de la terre. La France, comme l’Europe industrialisée, doit affronter cette réalité ou voir sa prospérité se dissoudre inéluctablement. Notre responsabilité est aussi engagée dans les attitudes à l’égard des ressources naturelles. Sans céder à un catastrophisme apocalyptique, dont les prévisions sont généralement démenties par les faits, nous devons affronter la question très réelle des coûts en ressources naturelles non renouvelables de notre modèle de consommation.

 

La gestion sociale du temps est confrontée elle aussi aux limites humaines. Les projets de dérogations nombreuses et légales au repos dominical s’inscrivent dans la perspective des mutations de notre société vers une norme du rendement maximum sans mesurer assez les coûts humains des changements envisagés. Nous n’oublions pas que déjà un nombre importants de nos concitoyens sont astreints au travail dominical, notamment dans certains services publics. Mais précisément, il s’agit d’une astreinte en faveur du service de tous. Etendre cette astreinte par une possibilité laissée au « libre choix » se réfère à un autre mobile : développer le rendement d’un certain nombre de secteurs d’activités économiques et miser sur l’appât du gain pour convaincre. Gagner plus doit-il devenir le principal objectif de l’existence ?

 Le droit à la paresse


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Publié dans Politique

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