Etienne Pinte, un gaulliste auprès des sans-papiers

Publié le par Michel Durand

Dans la ligne des articles de la semaine dernière, je place avec plaisir cet article qui montre bien la détermination de citoyens chrétiens.

La Vie - 17 juin 2010

Ce député UMP, qui avait fait changer d'avis Nicolas Sarkozy sur la doubble peine, critique les projets du gouvernement sur l'immigration au nom de sa foi chrétiennl

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Le député a demandé la création d'un comité d'audit de la politique d'immigration française

« Nous allons connaître la cinquième réforme du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en sept ans ! C'est un aveu d'échec. » Celui qui assène si tranquillement des propos aussi critiques sur la politique d'immigration française appartient pourtant à la majorité présidentielle. Mais Étienne Pinte, 71 ans, député UMP des Yvelines, a la réputation d'un franc-tireur. D'un homme qui préfère rester fidèle à ses convictions plutôt qu'obéir à la discipline majoritaire. Aujourd'hui, il s'inquiète du projet de loi élaboré par le ministre de l'Immigration, Éric Besson, qui sera examiné par les députés le 27 septembre. Le texte prévoit d'allonger la durée maximale de placement en centre de rétention (de 32 à 45 jours), de multiplier les « zones d'attente », où les étrangers en situation irrégulière sont privés de tout droit, ou de créer une mesure d' « interdiction de retour ». « 84 articles pour restreindre une nouvelle fois le droit d'asile ! », dénonce le député de Versailles.

Le 4 mai, Étienne Pinte a franchi un pas de plus en appelant à la création d'un « comité d'audit de la politique d'immigration française » aux côtés d'une vingtaine de députés, sénateurs et eurodéputés d'opposition. « Ne convient-il pas de demander des comptes à la politique d'immigration et de l'évaluer à l'aune de ses résultats ? », interrogent ces parlementaires, parmi lesquels Sandrine Mazetier (PS), Martine Billard (Parti de gauche), Noël Mamère (Verts), Jean-Luc Bennahmias (MoDem), mais aussi une autre élue UMP, Françoise Hostalier, députée du Nord très sensible à la situation des migrants dans le Calaisis (ces deux élus UMP ont été rejoints depuis par Marie-Anne Montchamp, députée villepiniste du Val-de-Marne). « Étienne Pinte a l'expérience de ce type de travail entre élus de tous bords, puisqu'il l'a déjà fait sur le statut des intermittents. Quand il parle, on l'écoute avec intérêt et respect ! », confie la socialiste Sandrine Mazetier. Ce travail, qui n'a pas le statut officiel d'une commission parlementaire, s'appuiera quand même sur des auditions publiques d'experts, qui démarreront le 24 juin à l'Assemblée.

 

« Depuis l'enfance, j'ai été, je suis et je serai toujours aux côtés des étrangers, des réfugiés et des migrants », lançait déjà en avril 2009 le député UMP à l'Assemblée. Arrière-grand-parents polonais, grand-mère paternelle irlandaise, père belge... Étienne Pinte a lui-même connu le mélange des origines. Ses parents, gaullistes dans l'âme, furent des résistants de la première heure. Poursuivie par la Gestapo en Belgique, la famille réfugia en France, où elle fut recueil par des républicains espagnols, el mêmes réfugiés de guerre. « Ayant vécu ce que vivent aujourd'hui les migrants et les réfugiés, je suis forcément de leur côté. »

À l'été 1996, alors qu'il est maire Versailles depuis un an, Étienne Pinte apprend l'occupation de cathédrale Saint-Louis par une douzaine de sans-papiers, représentant 130 familles qui demandent leur régularisation. « Avec l'évêque, nous nous sommes aperçus que les services préfectoraux n'appliquaient pas les textes du ministère de l'Intérieur. En 15jours, nous avons pu faire régulariser 120 familles ! »  Il découvre u double réalité : celle de familles intégrées mais toujours en situation précaire ; celle des services de l'État qu'il faut sans cesse rappeler aux textes. À partir de là, il se fixe une ligne de conduite permanente : « On ne sépare pas une femme de son mari ou de son compagnon, et on ne sépare pas des enfants de leur père. Sinon, en fait des veuves sociales ou des orphelins sociaux ... »


C'est la découverte de situation personnelles qui l'a fait évoluer . « Avant 1990, je ne savais pas ce qu'était un sans-papiers. Et, avant 2002, j'ignorais tout de la double peine (ndlr, expulsion d'un délinquant étranger après sa sortie prison). » Il découvre le cas de Cherif Bouchelaleg, jeune Algérien libéré en 2002, après cinq ans d'emprisonnement pour une série de délits. Nicolas Sarkozy, alors tout frais ministre de l'Intérieur, prend un arrêté d'expulsion contre lui. « En expulsant cet homme, une famille six enfants serait brisée », écrit le député au ministre de l'Intérieur. Car l'Algérien, marié à une Française, a six enfants d'elle. Une « partie de bras de fer » s'engage entre Étienne Pinte et Nicolas Sarkozy. Jusqu'à ce que ce dernier, après avoir annulé l'expulsion de Bouchelaleg, finisse par abolir la double peine. « Je lui en garde une reconnaissance éternelle. Il a fait ce que les socialistes n'avaient pas osé avant lui. »

Une reconnaissance qui ne l'empêche pas d'être vigilant sur la politique d'immigration mise en place après l'accession de son mentor à l'Élysée.

« Les deux tiers des Français sont favorables à la régularisation des salariés sans papiers»

Dès septembre 2007, il publie dans Libération une tribune où il critique les objectifs chiffrés de reconduite à la frontière, qui donnent « l'impression que l'on exerce une chasse à l'homme ». Et de conclure : « Quelles que soient nos convictions, nous pouvons nous retrouver autour de la parole qui traverse les temps : “J'étais un étranger, et tu m'as accueilli”. » C'est au nom de sa foi chrétienne qu'il revendique un regard différent sur l'immigration. C'est aussi elle qui lui donne « des raisons d'espérer » quand ses positions lui causent un certain isolement. Il voit d'abord d'un bon œil la nomination d'Éric Besson comme ministre de l'Immigration. « Il s'est rendu dans la ''jungle", ce que n'avait pas fait Hortefeux. » Jusqu'à ce jour d'octobre 2009, où la rumeur circule que Besson va renvoyer par avion trois Afghans de Calais. « Toute la journée, j'ai calmé les gens en expliquant que j'avais sa parole qu'il n'en ferait rien. Jusqu'à découvrir, en apprenant l'expulsion, qu'il m'avait roulé dans la farine ! » Depuis, il n'y a plus de contact direct entre le député et le ministre.

 

Tout n'est pas négatif à ses yeux dans la politique gouvernementale de l'immigration, qui lui semble « équilibrée » entre volonté de maîtrise et ouverture. « Avec 174 000 migrants accueillis en 2009, plus de 100 000 nationalisés et un tiers des demandeurs d'asile qui obtiennent le statut de réfugiés, on ne peut pas accuser la France de ne plus être ouverte à l'immigration. Mais on préfère communiquer sur les 30 000 reconduites à la frontière ! » Calcul électoraliste du gouvernement ? Peut-être, mais à courte vue. Car « l'opinion publique est en train de bouger. Les deux tiers des Français sont favorables à la régularisation des salariés sans papiers. »

 

S'il reste partisan de régularisations « au cas par cas  », Étienne Pinte juge que les critères doivent être précisés et élargis : « Certains travaillent ici depuis vingt ans, paient des cotisations, ont femme et enfants ici : c'est évident qu'ils doivent être régularisés ! » Il a ainsi accepté l'invitation de la députée communiste Jacqueline Fraysse à signer un texte appelant le gouvernement à reprendre la négociation avec les 6 000 travailleurs sans papiers en grève depuis huit mois. Et, à Versailles, il s'est engagé, auprès de dizaines de migrants qui réclament leur titre de séjour, à intervenir en leur faveur auprès de la préfecture : « Je ne peux pas tenir un discours et ne pas en assumer les conséquences sur le terrain ... »

 

PHILIPPE MERLANT

Publié dans Politique

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