Parler de Dieu n'est pas parler d'autre chose, mais parler de la source de toutes choses

Publié le par Michel Durand

21203119Jacques Ellul : L'absence de perspectives de la contestation (qui fait partie de cette contestation) manifeste ses limites.

Hier, lundi, au cours de ma rituelle journée de désert hebdomadaire, j’ai effectivement pu me retirer dans l’ermitage de St Polycarpe. Pas de téléphone, pas de visite, vraisemblablement grâce aux vacances de la Toussaint.

Devant préparer la rencontre de samedi prochain sur une lecture (politique) de Jacques Ellul pour mieux comprendre ce qu’il convient de faire afin de changer le monde (rien que ça) -quelle société voulons-nous ?-, j’ai opté pour une réflexion bien distante de cet objectif.

Par ailleurs, suite à ce que j’ai déjà pu écrire sur la dite « nouvelle évangélisation », je me suis enfoui dans la lecture du livre de Fabrice Hadjadj : Comment parler de Dieu aujourd’hui ? , anti-manuel d’évangélisation.

Ce fut un agréable moment de méditation, de prière, de réflexion et de repos – surtout de repos, car la lecture me repose – où j’ai eu l’agréable surprise de prolonger et de retrouver mes méditations des derniers jours, notamment celles qui furent traduites dans les homélies de dimanche dernier et du 1er novembre. Sans que je le veuille vraiment, mais sûrement quand même un peu si ce n’est dans le choix d’un ouvrage à lire après avoir parcouru quelques pages chez le libraire, je me suis trouvé plongé dans une pensée qui harmonise totalement ce qui, dans ma tête, tourne autour de l’objection de croissance, autour de la finitude de la vie humaine, autour de la vie sobre, autour de la reconnaissance que Dieu n’est pas celui que l’on évoque pour expliquer l’inconnu. Dieu ne peut être le bouche-trou de notre ignorance, ; il est celui qui ouvre sur l’universel, l’infini, l’indicible.

Tout en venant d’horizons totalement différents associer ces deux auteurs, Ellul et Hadjadj me combla de plaisir.

Il y a quatre ou cinq ans, j’avais entrepris la lecture d’un autre livre de ce dernier, (était-ce le Massacre des innocents : Scènes de ménage et de tragédie ?) que l’on m’avait donné, sans avoir dépassé les quelques premières pages. Cela me paraissait n’être que littérature.

Me voici donc marqué par cette découverte au point que ma préparation du laboratoire pour Chrétiens et pic de pétrole en est nettement imprégnée.

Je compte cette semaine communiquer plusieurs textes sur ce sujet ; je compte aborder Jacques Ellul se questionnant sur l’impossible révolution pour aujourd’hui et demain. Les indignés de 2011 (qu’il n’a pas connu) et les révoltés de 68, ne peuvent opérer de véritables révolutions. Alors que faire aujourd’hui ? Mais avant cela, je souhaite vous partager quelques lignes de « Comment parler de Dieu aujourd’hui ? ». Du reste, pourquoi aborder le Comment parler de Dieu, en ayant oublier d’envisager le Pourquoi faudrait-il parler de Dieu, qu’en dire ?


Hadjadj

Fabrice Hadjadj :

« En vérité, parler de Dieu n'est pas parler d'autre chose, mais parler de la source de toutes choses. Rien n'est plus important que de comprendre cette nuance (qui nous ouvre à l'incompréhensible). Si l'on parle du Créateur comme d'un sujet parmi d'autres, et qu'on le vante comme un Être suprême au-dessus des autres êtres, mais au sein d'un même ordre, au sommet d'une seule échelle de valeurs, on en parle à vrai dire pas du tout, on le blasphème même, car c'est là très exactement prononcer son Nom en vain. La punition vient aussitôt, par justice immanente: votre interlocuteur repousse cette chose suprême invisible au nom des choses inférieures, peut-être, périssables, sans doute, décevantes, fatalement, mais aussi délicieusement visibles, palpables et parfumées.

Dieu n'est pas une chose parmi d'autres, il est l'origine, le principe de toutes choses. Porter son Nom ne saurait donc aboutir à une parole exclusive, comme le croient le fondamentaliste aussi bien que l'athée, mais à une parole inclusive, toujours attentive aux créatures, toujours hospitalière, se faisant toujours tabernacle ou cathédrale: chaque être y est reçu dans une amplitude verticale, qui en recueille le cœur et l'élève dans la lumière ... Écoutons la Parole divine en chair et en os : Regardez les lys des champs : ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux (Mt 6,28-29). Le Messie est là et il ne dit pas : « Regardez-moi » mais « Regardez les lys des champs ». Cette petite fleur sauvage, commune, passagère, le Verbe de Dieu ne la piétine pas, au contraire, sous son regard d'amour, elle apparaît dans une dignité plus que royale. Que dira-t-il alors de l'ailier droit du Bayern ou du gardien de but du Real ? Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne revêtira-t-il pas à plus forte raison le joueur de football, et même le supporter, gens de peu de foi ? (Mt 6,30 – légèrement adapté).

Je vous invite aussi à suivre une émission de KTO qui montre la convergence de nombreuses questions vitales où le mort, inévitable ne doit pas être crainte ; la terre conçue dans ses limites ; le progrès infini illusoire, Dieu indicible…

« “Tu dois aimer Dieu comme s’il était un non-Dieu, un non-Esprit, une non-personne, une non-forme : plutôt comme une Unité plus élevée, plus claire et plus pure, loin de toute dualité” (Maître Eckart), car il est toujours plus autre que tu ne peux le concevoir, mais aussi plus le même ».

 



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