Quand, au détour du chemin, l’art et la foi se rencontrent et font bon ménage

Publié le par Michel Durand

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TEMPTATIO MOISI LEGIS SCRIPTAE LATORIS, Botticelli, chapelle Sixtine

Témoignage dans la ligne d’un pôle pastoral artistique, au travers du territoire paroissial

Le témoignage que je vous livre dans ce post date déjà d’un an ou presque. Il me fut adressé à la suite d’un passant participant à l’eucharistie du dimanche à Saint-Polycarpe. Il n’est pas anonyme, mais, par discrétion, je modifie quelques éléments, justement pour ne pas en dévoiler l’auteur.

Cette personne d’une cinquantaine d’année, je pense, cadre dans une société travaillant auprès d’entreprises de petite taille est animateur en catéchèse scolaire. Le programme des élèves de quatrième dont il s’occupe chaque lundi depuis plus de dix ans (au départ son fils était présent dans cette classe) a été renouvelé cette année. Il s’agit de vivre une catéchèse à partir des peintures de la Chapelle Sixtine , où ils iront en troisième pour un pèlerinage. Un exercice difficile que je connais bien pour l’avoir pratiqué moi-même avec des étudiants : il faut mélanger l’art (classique dans ce cas), la Bible (les textes se rapportant aux peintures) et l'expérience de vie des auditeurs, sans omettre aucun de ces trois éléments. Une tâche certainement beaucoup plus difficile avec des adolescents qu’avec des adultes. Mes cours s’appelaient « art et Bible ». La dynamique pour ces quatrièmes semble fondamentalement la même.

« Une des premières leçons de cette année, explique mon témoin, fut sur la deuxième fresque de la vie de Moïse (temptatio Moisi legis scriptae latoris). L'un des passages du livre de l'exode qu'illustre cette fresque de Boticelli est l'épisode du buisson ardent (3, 2-4). Dans mon souvenir, le buisson ardent "s'imposait à Moïse", alors que le chemin est plus complexe. Si Dieu l'appelle au milieu du buisson, c'est parce que Moïse regarde puis fait un détour. Savoir faire un détour ! Nous l'oublions trop souvent. »

 

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PROMVLGATIO·LEGIS·SCRIPTE·PER·MOSEIM, Botticelli, chapelle Sixtine


Dans les débats actuels que nous sommes bien obligés de suivre, auxquels nous devons participer, mariage homo, expressions culturelles jugées cathophobes… ne rencontre-t-on pas la tentation de l’affrontement direct ? Se découvrant attaqués, les chrétiens se serrent les coudes, manifestent leurs convictions, exigent le maintient de leurs convictions, font pression pour que soit retiré des salles de spectacles tel ou tel programme. Dans la mise en place des rencontres écoute et voir, avec le service catholique lyonnais arts, cultures et foi déjà se profile ce type de non-dialogue possible avec des personnes qui estiment que des chrétiens ne devraient pas prêter attention, par exemple, à la musique Metal. Pour qu’il y ait effectivement dialogue, ce n’est pas l’affrontement, mais le détour, qui rend possible la rencontre. Oui, il y aurait une longue méditation à faire sur le détour  car ce n’est pas obligatoirement biaiser avec la Vérité.

Mais je me dois de redonner la parole à mon témoin sans prolonger davantage la digression.

« Pour une fois j'ai fait un détour pour aller à Saint Polycarpe, et je n’ai pas été déçu ! La Basa, d'abord (la biennale d’art sacré actuel de 2011) ; je n'ai qu'un regret, celui de ne pas y avoir consacré assez de temps. Mais le catalogue très réussi me permet d'y revenir à domicile. J'ai bien aimé aussi les réflexions sur l'art actuel, développées dans le catalogue dont je partage pleinement la vision.

 

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Et puis l'Eucharistie : en dehors de ce dont nous avons parlé à l’issue de la prière (l'autel, l'ambon, véritables œuvres artistiques), il faudrait rajouter aussi l'illumination, l’éclairement du sanctuaire au centre de l’assemblée juste avant la consécration. Je parlerai aussi du témoignage du bonheur visible des participants. L’assemblée priante incite à agir par soi-même. Ainsi, le Notre Père dit à voix basse par le célébrant est ce qui invite chacun à ne pas faire qu'accompagner le micro. Je ne peux oublier le temps laissé, mais sans invitation, pour le signe de paix, qui ne peut être alors que vraiment spontané ; la prière non pas pour notre saint père le pape mais pour l'évêque de Rome... Tout est juste. “Juste” n'est pas une flatterie mais ramène à l'évangile de Jean : "au commencement était le logos, et le logos était auprès de Dieu, et le logos était Dieu... et le logos s'est fait chair et le logos a planté sa tente parmi nous". Je me souviens de ce que disait mon prof de grec de terminale au lycée Ampère : "verbe est une traduction très sommaire de logos, mais la seule traduction sérieuse de ces cinq lettres n'est pas utilisable ; c'est : la parole organisatrice qui établit entre les choses un rapport JUSTE et constant". »

Publié dans Art

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