Le discernement est indispensable dans la mise en pratique d’une Parole révélée. Rien ne devrait être dit ou fait sans considération historique

Publié le par Michel Durand

Le discernement est indispensable dans la mise en pratique d’une Parole révélée. Rien ne devrait être dit ou fait sans considération historique

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Je n’avais pas l’intention d’écrire ce jour, mais les textes liturgiques lus à la prière de ce matin m’y incitent, car ils demeurent dans la ligne de la réflexion d’hier sur le mot radicalisme.

Une religion est-elle bonne ? Alors, elle doit être suivie, pratiquée intégralement, radicalement. Que signifierait un christianisme acceptable et accepté face à un christianisme radical à combattre ? L’islam serait bon ; mais pas la radicalisation de l’Islam que l’on nommerait l’islamisme. Que serait l’Islam radical par rapport à l’Islam ?

Que dire alors du catholicisme, du protestantisme ? Bref, je constate encore que le mot radical n’est pas employé comme il conviendrait.

Et que dire du mot intègre ? Je souhaite être intègre dans ma pratique religieuse. Je souhaite respecter la tradition. Assurément, celle qui remonte à la racine de mon attachement au Christ qui me fait entrer en christianisme. Le problème que m’ont toujours posé intégrisme et traditionalisme catholique, c’est que les tenant de ces courants religieux fixent leur vérité au XVIe ou XVIIe siècle. L’attachement à la Vérité ne remonte pas à la racine qui est en Jésus-Christ.

Voici l’Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,17-19 pour ce jour

En ce temps-là,  Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.

Ne devons-nous pas y lire un appel à la pratique, radicale de la Parole ?

Or, il y a des mots révélés que j’ai du mal à lire et avec lesquels je ne peux prier :

Psaume 88, 11ss : C’est toi qui piétinas la dépouille de Rahab ; par la force de ton bras, tu dispersas tes ennemis. « L’ennemi ne pourra le surprendre, le traître ne pourra le renverser ; j’écraserai devant lui ses adversaires et je frapperai ses agresseurs.

Une lecture littérale de ces versets conduit à la guerre sainte. À les suivre intégralement on se met en opposition avec cette autre parole divine :
Matthieu 5 43s : Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,

Autrement dit, le discernement est indispensable dans la mise en pratique de la Parole révélée. Il me semble, en effet, que pour s’adresser à l’opinion publique, nous devrions utiliser d’autres mots que ceux de radical, radicalisme, radicalisation. Des mots qui seraient à rechercher les valises de vocabulaires qui dénoncent les lectures littérales des paroles prophétiques.

Je souhaite être plus précis sans aucunement cacher ma subjectivité.

Quand j’entends des discours officiels du gouvernement israélien, quand j’écoute des arguments expliquant que la terre de Jérusalem à été donnée à « mon peuple » et que les « autochtones » doivent partir, j’ai du mal à lire, par exemple, ce passage du Deutéronome 4, 1ss : 

Moïse disait au peuple : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. Voyez, je vous enseigne les décrets et les ordonnances que le Seigneur mon Dieu m’a donnés pour vous, afin que vous les mettiez en pratique dans le pays où vous allez entrer pour en prendre possession. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples.

Pour ne pas tenir une lecture littérale des textes bibliques, il faut beaucoup de discernement et de détachement. Je ne suis pas certain que nous en soyons capables.

En ce XXIe siècle, j’estime très grave et importante la question. Elle est à mettre dans le dossier des débats sur la laïcité. 

Publié dans Anthropologie, Eglise

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Stéphane BIENVENUE 11/03/2015 14:26

"Et dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance, qui vous feront discerner ce qui est plus important et être intègres et irrépréhensibles". Lettre de St Paul apôtre aux Philippiens
Et comme l'a rappelé l'évêque de Rome, lors de son Homélie à Sainte Marthe : "Seule la route qui va de l’amour à la connaissance et au discernement, au plein accomplissement, conduit à la sainteté, au salut, à la rencontre avec Jésus».
Ces souffles dans les pas de Jésus doivent nous interroger tant dans le cadre du synode sur la famille que dans notre relation plus générale à l'alterité.

Michel Durand 12/03/2015 13:56

Effectivement, Stéphane, l'homme peut par lui-même discerner le chemin à prendre. Mais, conscient de sa fragilité, quand il croit en l'Amour de Dieu, il sait qu'il a l'avantage de s'ouvrir aux souffles de l'Esprit qui vont le conduire vers la rencontre d'autrui, fut-ce un ennemi, pour une juste connaissance.