Dans la Loire il y avait beaucoup d'immigrés siciliens. Ma grand-mère a pu rejoindre son époux avec ses 4 enfants en 1923

Publié le par Michel Durand

Dans la Loire il y avait beaucoup d'immigrés siciliens. Ma grand-mère a pu rejoindre son époux avec ses 4 enfants en 1923

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à lire absolument : Déjà au Moyen-Âge, clercs, marchands, banquiers, artistes mais aussi colporteurs et paysans de ce pays qui n’est encore qu’une "expression géographique" trouvent en France une terre d’accueil...

 

Il ne me semble pas avoir déposé en ce lieu des textes qui indiquent que la réalité de la migration fut de tout temps. En ce sens, des témoignages furent rédigés pour la revue Quelqu’un parmi nous, un trimestriel de la famille du Prado. Le prochain numéro sera disponible en mai. Je désire cette semaine, en extraire quelques pour les proposer à votre lecture ; et si vous souhaitez recevoir cet exemplaire (N° 204), rien de plus simple que de le demander.

Aujourd’hui, le récit de Suzanne :

 

La Loire à l'italienne

 

Le thème proposé par Quelqu’un parmi nous pour le numéro de Mai m'a remis en mémoire tout un vécu dans ma propre famille.

J'ai réfléchi, j'ai interrogé mon frère, mon oncle pour éclairer mes souvenirs, tout ce qu'on m'avait raconté en différentes versions.

 

Une immigration sicilienne

De 1923 à 1939, puis de 1945 à 1949 (date de la mort de mon grand-père) mes grands-parents, chez eux, dans la Loire, « hébergeaient » parfois quelques jours, souvent quelques semaines, et parfois de très longs mois, des clandestins (seuls, les hommes pour des raisons économiques quittaient à cette époque, leur pays, leur région).

Ils dormaient par terre, sur des matelas, jusqu'à ce qu'ils trouvent un travail, un appartement.

Comment arrivaient-ils à 250 km de la frontière dans la Loire, sans parler le français, le plus souvent à pied ?

À cette époque une gare se trouvait à proximité de la maison de mes grands-parents, mais ce qui est sûr c'est que tous n'arrivaient pas en train. Les Alpes ont dû en garder un certain nombre comme aujourd'hui la mer... On ne savait pas toujours d'où ils venaient de façon précise, mais les hommes hébergés étaient tous de Sicile, originaires de la même ville, ou des villages environnants.

À cette époque, il fallait un passeport pour quitter la Sicile en direction du continent italien. Ils arrivaient du centre de la Sicile, d'environ 80 km d'Agrigento, 150 km de Palermo. Il y a eu certainement des passeurs, pour les aider à traverser les Alpes et éviter la douane. Leur situation ne pouvait se régulariser qu'avec un travail salarié et un appartement. Beaucoup finissaient par trouver un travail ''au noir'' pour survivre.

 

L'immigration de mes grands-parents paternels

Mon grand-père était venu en France au cours de la guerre 14-18 avec son régiment ; les Italiens venaient se battre aux côtés des Français. Il est venu ensuite dans la Loire, lui-même logé par son beau frère. Dans la Loire il y avait beaucoup d'immigrés siciliens. Son épouse (ma grand-mère) a pu le rejoindre avec ses 4 enfants en 1923 (5 en 1925, 8 en 1932). Mes grands-parents étaient pauvres, même si mon grand-père finit par trouver un travail en usine (Arbel, Cégédur, Les Etaings).

L'accueil, c'était naturel chez eux. Ça allait de soi, c'étaient des  « connaissances ». Les nécessités économiques l'emportaient sur « l'illégalité » de la situation ; mais on faisait le nécessaire pour respecter « la loi du silence ». On pourrait dire que jusqu'à la mort de mon grand-père la vie a été dans la « désobéissance des lois », mais ce serait oublier le sens de l'accueil, de la solidarité, de la fraternité, le souci de répondre aux  besoins vitaux immédiats, très développés chez les Siciliens.

En Sicile on se disait : « Tu peux aller chez un tel, il t'accueillera surement. »

Il n'empêche que ma grand-mère, aux dires de mon oncle, avait parfois peur d'être inquiété par les autorités et d'avoir des ennuis s'ils étaient dénoncés.

Rocca Novara, aussi appelé Rocca Salvatesta, 
Monts Péloritains.

 

Mon interrogation personnelle

En ce qui me concerne, je constate que le contexte social très dur qu'ont connu mes grands-parents, sous certains aspects, était proche de ce que vivent aujourd'hui les migrants. En 2014, le Père Riffard à Saint-Étienne hébergeait des sans-papiers ; cela m'avait beaucoup touchée. De même que l'article de La Croix du vendredi 9 février 2018, relatant la solidarité pour les migrants à Briançon.

Je m'interroge : aurais-je le courage de me mettre « hors la loi », même si ma proximité avec les Sans-abris me donne une sensibilité particulière à l'égard de tous ceux qui vivent « hors des lois » et si Jésus que j'essaye de « suivre de loin » (Luc 22, 54) comme Saint Pierre faisait toujours passer « L'homme » avant la loi (Mt 12.7).

Suzanne

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