Regards au-delà de l'Occident/Orient

Publié le par Michel Durand


Est-ce un hasard ?

J'ai eu à lire, la semaine dernière, plusieurs lettres qui évoquaient l'Occident face à l'Orient et l'on m'invita à lire le livre de Aziz Zemouri, « Faut-il faire taire Tariq Ramadan ? », L'archipel, 2006.

Je manque d'information et d'expérience pour dégager une pensée ferme sur ce problème, Orient - Occident. Je ne peux qu'affirmer qu'il y a vraiment problème. Personne ne peut se boucher les oreilles.

Le XXIe siècle se présente comme étant celui de la confrontation Occident, Orient. Cela correspond au réveil de l'Orient.
Occident : matérialiste, capitaliste, individualiste, sans valeurs morales, niant toute transcendance...
Orient : spiritualiste, humain, attentif à la puissance de Dieu, aux valeurs humaines et familiales, à la tradition...
Pour faire bref, certains parlent de l'Occident athée et de l'Orient religieux.

Est-ce une revanche des pays humiliés par les conséquences de la colonisation, de l'impérialisme occidental ? Le renversement de ceux qui désignent l'axe du mal dans tout ce qui est arabo-musulman ? Tout arabe serait musulman, terroriste et l'on ignore (ou oublie) qu'un berbère n'est pas arabe, qu'un arabe peut être chrétien, que religion et culture ne sont pas synonymes ; mais, ceci n'est que parole d'un chrétien qui distingue le politique du religieux, le culturel de l'adhésion croyante.

Pendant mon séjour au M'Zab (Algérie), ce mois de janvier, je n'ai jamais entendu dire que l'Islam était obligatoirement la meilleure des religions parce que la dernière, parce que Mohamed était le dernier des prophètes et que le christianisme se trouvait ainsi dépassé. On ne m'a jamais dit que, puisque j'aimais séjourner dans le Sahara, il ne me restait qu'à devenir musulman et me marier avec une femme d'ici... Conversation rituelle pour meubler le temps peut-être. On m'a seulement (et surtout) demandé si je reconnaissais que les musulmans étaient receveurs d'une authentique révélation divine. Dieu a-t-il parlé par le Coran ? Pourquoi pas, ai-je répondu, son mystère est insondable. Mais que cette révélation soit exclusive et suppléant les précédentes, non. L'Occident chrétien n'a pas à se soumettre à l'Orient musulman, ni l'Orient à l'Occident.

Opposer ainsi ces deux civilisations, dont les berceaux se trouvent au bord de la Méditerranée me semble mal poser le problème.

En fait, il me semble que je doive d'abord me demander ce que signifie être d'occident ou d'orient.

Suis-je occidental ?

Fondamentalement, non. Mes racines sont ailleurs.
Faire travailler sa raison, est-ce occidental ? Les intellectuels musulmans ont apporté Aristote à  l'Occident.

Quand des musulmans attaquent l'Occident, quand des chrétiens attaquent le « Siècle des Lumières », posent-ils les bonnes bases de la réflexion ?
Je ne le pense pas, car les sources de la pensée sont humaines, antérieures à ces traits de culture. Nous sommes tous de la même adamité (humanité terreuse).

Autrement dit, si la chrétienté est devenue occidentale, après avoir été orientale, elle doit opérer une conversion pour redevenir universelle et contemporaine.

Dans la mesure où je souhaite manifester mon adhésion au Christ, je ne suis ni occidental, ni oriental, mais invité à traduire la Révélation dans le quotidien du lieu où je vis. Il me semble que si l'Institution « impérialiste » ne s'était pas imposée, l'Évangile serait également vécu selon le quotidien sino-japonais. Les habitants d'Arabie auraient reçu autrement la Parole sans l'affrontement de troupes byzantines face à des conquérants musulmans.

Mais il n'est pas possible de refaire l'Histoire.

Ma petite et assurément limitée méditation m'incite seulement à conclure que, enraciné en Dieu (ou m'efforçant sans cesse de l'être), je ne suis pas occidental, je suis comme me le dit Djilali, un ami, un terrien, humain de la race des hommes, tous appelés à être frères.
C'est ainsi que je perçois l'universalisme d'Isaïe mis en œuvre, concrètement par Jésus-Christ et, sans aucun doute repris par de  nombreux prophètes au cours de l'Histoire.

Si la domination de l'Occident sur le reste du monde fut l'erreur du XIXe et du XXe siècle ; opposer Orient et Occident me semble être celle du XXIe.


Publié dans Politique

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