Bien commun. L’action politique doit prendre soin du vivant sous toutes ses formes et protéger l’intérêt des générations futures
Des catholiques du mouvement Laudato si’ manifestent à Paris le 28 septembre 2025, deux mois avant la COP30. Brune Delavelle / Hans Lucas via AFP
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La mise en vacance de mon blogue, en manque d’Eglise, pendant tout le mois d’août, - comme les années précédentes - engendra cette année un changement considérable. Les statistiques de septembre d’over blog - le système que j’utilise - indiquent une forte des lecteurs individuels quotidiens.
C’est la première fois que j’observe cette baisse. Je peux imaginer qu’elle est liée à l’âge. Avec le nombre des années, les « envies » se modifient.
Je dois même dire qu’aujourd’hui les thèmes que j’aimerai développer sur ces pages évoluent. Par crainte de redire sans cesse « les mêmes choses », j’hésite à communiquer. Il se trouve que je pense souvent à donner à lire des pages du quotidien La Croix que j’apprécie. C’est ce que je pense faire aujourd’hui.
Voilà un article que je ne peux que co-signés alors que je compte bien me rendre samedi prochain à la manifestation pour le climat. Je trouve vraiment bien senti l’invitation de Lutte et Contemplation, dans son courriel de septembre. Voir ici, la reprise de l’appel national.
La Croix
« La crise de la modernité induit un retour du ”bien commun” dans le débat public »
Recueilli par Bernard Gorce
Publié le 21 septembre 2026 et sur internet le 17 février 2026
En 2022, neuf candidats sur dix à la présidentielle française invoquaient le bien commun, contre zéro en 1965. Lino Castex, doctorant en science politique, analyse ce retour d’un concept chrétien médiéval au cœur du débat contemporain, symptôme d’une modernité inquiète en recherche de sens.
Vous rédigez actuellement une thèse sur le « bien commun ». D’où provient cette notion ?
Ce concept se cristallise lorsque Thomas d’Aquin reprend et réinterprète la pensée d’Aristote. Dans l’Europe chrétienne du XIIIe siècle, le bonum commune est alors une manière de réconcilier les deux ordres, le céleste et le terrestre. Un peu à la façon d’une poupée russe, la pensée thomiste emboîte plusieurs dimensions : la famille, la vie sociale et politique et enfin l’horizon de la vie spirituelle qui englobe tout. Thomas d’Aquin va profondément marquer la pensée médiévale dans un contexte social où la valeur d’une existence ne tient qu’à sa participation à la vie collective.
Puis arrive l’époque moderne.
Oui. Cet énoncé médiéval va être détricoté au tournant du XVIe siècle où se reconstruit la pensée politique. Ce n’est plus l’idée d’une morale universelle – la loi naturelle – qui vient en premier mais la volonté des individus.
Avec la modernité, le politique n’a plus pour ambition de servir l’absolu d’un bien commun mais se donne pour mission de gérer la coexistence pacifique d’univers de valeurs différents, de prévenir les conflits d’intérêts et de protéger les libertés individuelles. La pensée moderne est un art de la séparation : du politique et du théologique, de la morale et du droit. Avec l’avènement du libéralisme politique, on parlera désormais d’ « intérêt général », ou d’ « utilité publique ».
Comment votre travail de recherche vous a-t-il amené à repérer un retour du bien commun ? (Vous notez cependant un retour du bine commun).
Je mène une thèse d’histoire conceptuelle, c’est-à-dire que je travaille sur les mots du discours juridico-politique, qui sont à la fois des indices et des facteurs des évolutions historiques. J’ai ainsi étudié les actes du Conseil d’État : entre 1821 et 2008, la notion de « bien commun » n’est jamais évoquée, alors que le terme apparaît six fois entre 2008 et 2023.
En 1999, un rapport du Conseil d’État rappelle que la pierre angulaire de l’État est l’intérêt général mais précise que celui-ci a « supplanté la notion de bien commun » qui « constituait jusque-là la fin ultime de la vie sociale ». Cette référence explicite marque une étape.
Et dans le débat politique ?
Le terme est absent des discours programmatiques des candidats à la présidentielle de 1965 à 2002. Puis il monte en puissance si bien que, en 2022, sur les dix principaux candidats, neuf s’y réfèrent, de l’extrême droite à la gauche radicale. À l’Assemblée nationale, entre les années 1990 et aujourd’hui, les occurrences ne se comptent plus par dizaines par an mais par centaines.
Citons encore le projet de loi de modernisation de la justice déposé en 2015 – Christiane Taubira est alors garde des sceaux – qui redéfinit le rôle du procureur général en affirmant qu’il agit « dans l’intérêt de la loi » puis ajoute « et du bien commun ». Tous ces indices apportent la preuve du retour de ce concept dans le répertoire contemporain.
De quelle manière ou dans quel sens emploie-t-on ce terme ?
Dans sa version classique, il avait un sens figé. Aujourd’hui, je distingue principalement trois usages différents. D’abord, il y a un bloc conservateur qui brandit le bien commun en étendard d’une morale rigide et comme la marque d’une identité chrétienne. En France, le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, qui a créé le Fonds du bien commun et La Nuit du bien commun, incarne cette tendance. Aux États-Unis, on assiste à un mouvement de diffusion de la pensée thomiste dans un courant post-libéral proche du vice-président J. D. Vance. Dans tous les cas, il s’agit de ramener la loi vers la morale.
Dans le deuxième bloc, détaché de toute référence catholique, la réflexion porte sur les conditions matérielles de l’existence. La théorie des communs se développe ainsi depuis les années 1990. Il s’agit de protéger du marché les biens collectifs comme l’eau, l’air, la culture ou le patrimoine. Dans cette pensée que l’on retrouve chez les altermondialistes, les insoumis ou au Parti communiste, la réflexion sur les communs. consiste à rendre ces biens inappropriables.
Le troisième bloc est écologiste. Il combine cette approche de gauche avec la question éthique de la bonne vie. L’action politique doit prendre soin du vivant sous toutes ses formes et protéger l’intérêt des générations futures. Ce faisant, il réinstalle la politique dans un horizon éthique et remobilise parfois un réservoir symbolique chrétien autour de la pensée de la nature. L’écologiste Marine Tondelier dit qu’elle a sur son bureau l’encyclique Laudato si’.
Et chez les héritiers de la démocratie chrétienne ?
Depuis Léon XIII et l’encyclique Rerum novarum, les papes ne cessent d’évoquer le bien commun. Et ces dernières années, de nombreuses initiatives dans le monde militant ou les cercles intellectuels cherchent à réinjecter de la doctrine sociale chrétienne dans le jeu politique et économique.
C’est le cas par exemple avec la chaire du bien commun créée il y a cinq ans par l’Institut catholique de Paris, les réflexions des Semaines sociales ou encore le parcours Zachée. Ou le fait que cette notion est au cœur de la réflexion du mouvement des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC) ou encore d’Ecclesia, le successeur du Mouvement des cadres chrétiens (MCC).
Mais dans l’ordre politique, ce courant de la démocratie chrétienne s’incarne peu, au-delà de quelques personnalités, comme le député socialiste Dominique Potier qui plaide depuis 2018 pour introduire la notion de bien commun dans la Constitution..
Qu’est-ce que cela dit de notre époque ?
Ce retour est d’abord l’indice d’une crise du lien social. Elle se manifeste par le bas, avec l’essor d’une société d’individus où s’affaiblissent les relations, les solidarités, la cohésion. Et par le haut avec des épreuves planétaires comme l’épidémie de Covid ou le réchauffement climatique qui nous amènent à partager une précarité commune.
Le changement lexical est aussi le symptôme d’une crise de la pensée politique qui s’était refusée à définir la bonne vie, tâche qu’elle avait cantonnée à la sphère privée. La grammaire libérale s’amende, la question du bien commun que l’on avait soigneusement évitée revient dans le débat public.
Faut-il y voir une remise en question de la modernité ?
Certains parlent d’une ère postmoderne ou d’une seconde modernité. Pour ma part, le retour à ces réservoirs de sens, l’importance prise par la réflexion éthique, l’intérêt pour le répertoire religieux, tout cela me semble révélateur d’une modernité inquiète.
Nous sommes inquiets d’être modernes car nous sentons que ce qui a fondé cette modernité peut nous mener à la ruine. Nos façons de penser paraissent insuffisantes pour affronter des enjeux tels que le changement climatique, l’intelligence artificielle, la recomposition des identités collectives. On circule alors dans l’histoire de la pensée pour trouver d’autres images, peut-être pour réenchanter nos formes politiques…
La venue du pape en France peut-elle être le signe d’une attention renouvelée à la proposition religieuse ?
Je ne suis pas sociologue du religieux. En revanche, j’observe à quel point nos vieilles oreilles de modernes inquiets sont aujourd’hui disponibles à d’autres discours. Ni les encycliques de François sur l’écologie (Laudato si’) ou la fraternité (Fratelli tutti) ni celle de Léon XIV sur l’intelligence artificielle (Magnifica humanitas) n’ont laissé les politiques indifférents. Ces textes sont largement repris. Les idées naviguent et le débat public puise plus volontiers dans le réservoir de sens du religieux.
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