On met en avant les « petits gestes », en laissant croire que la solution viendrait de douches écourtées et autres habitudes anecdotiques

Publié le par Michel Durand

Gabriel Malek, chercheur associé au Collège des Bernardins  Frédéric Stucin

Gabriel Malek, chercheur associé au Collège des Bernardins Frédéric Stucin

 

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De qui se moque-t-on ?

 

Dans le groupe pour une Foi verte,

 

 

nous parlons bien évidemment d’écologie. Et tout en reconnaissant que chacun est invité à faire sa petit part - le fameux geste du colibris (Pierre Rabhi) - nous estimons qu’il importe de vivre plus intensément la sauvegarde de la création. Certes que chacun ne laisse pas couler l’eau de sa douche alors que la toilette est terminée importe mais encore faut-il considérer les options économiques et politiques qui fournissent de l’eau dans son domicile. Les glaciers des montagnes disparaissent ; en conséquence l’eau à son robinet se ait plus rare.

La création n’est pas sans limite.

La croissance matérielle est économique n’est pas illimitée.

J’observe très souvent que le mot de « décroissance » n’est pas accepté. Les objecteurs de croissance, les « décroissants » sont rejetés. Pourtant n’est-ce pas cette attitude politique fondamentale qui peut répondre aux problèmes rencontrées ? Ecrivant cela je pense bien évidemment au groupe « chrétiens et pic de pétrole » et à l’encyclique Laudato si’. Voir ici.

 

 

La rédaction de cette page fut provoquée par la lecture de la chronique de Gabriel Malek, La Croix Hebdo 4 et 5 juillet 2026. Je la donne à lire.

 

Politiser la canicule

La canicule qui s’abat sur la France, en cet étouffant mois de juin, fait tomber les records de températures et donne un avant-goût amer du monde à venir. Un avenir incertain, sous tension, avec sept limites planétaires dépassées, mêlant effondrement de la biodiversité, conflits sur l’usage de l’eau et événements climatiques extrêmes. Si l’origine anthropique de la crise écologique ne fait plus guère débat, le traitement politique de la canicule révèle que sa dimension systémique reste largement ignorée. Loin de remettre en cause les errances du capitalisme, la doxa néolibérale poursuit son œuvre habituelle : dépolitiser et invisibiliser les causes profondes de la destruction du vivant.

Comme toujours, pour expliquer les origines du dérèglement climatique, on pointe du doigt les comportements individuels. On met en avant les « petits gestes », en laissant croire que la solution viendrait de douches écourtées et autres habitudes anecdotiques. De qui se moque-t-on ? Dans une société saturée par la publicité, pour écouler toujours plus de marchandises, l’injonction à la sobriété individuelle est une hypocrisie. L’addition des choix personnels n’est pas tant en cause, c’est le modèle de croissance infinie qui l’est. En moralisant les pratiques individuelles, on évite soigneusement de questionner les structures collectives organisant le chaos. Au lieu de culpabiliser des individus impuissants, il faut remonter aux racines du mal.

On le sait depuis le rapport Meadows de 1972 : pas de croissance infinie dans un monde aux ressources limitées. Cet argument de bon sens, le capitalisme ne peut l’entendre, tant il repose sur l’accumulation permanente. Au nom de la quête effrénée du profit, il est prêt à tous les sacrifices, écologiques comme sociaux. Alors que la canicule assèche nos terres, la Banque de France déplore l’effet négatif sur la croissance, tandis que le président du Medef s’inquiète du ralentissement de l’économie. C’est lunaire : la possibilité même de la continuité des sociétés humaines est incertaine, et on regarde le PIB. Ce n’est pas le nombre d’êtres humains qui pose souci, mais notre manière de faire société. Il est temps de rompre avec la démesure matérielle et les inégalités indécentes pour cultiver la convivialité.

Dans Laudate Deum (2023), le pape François dresse un puissant réquisitoire pour dénoncer la brutalité du néolibéralisme qui se nourrit de la destruction du vivant pour contenter une minorité. Le Saint-Père fustige « la logique du profit maximum au moindre coût, déguisée en rationalité ou en progrès, rendant impossible tout souci sincère de la maison commune et des laissés-pour-compte ». Loin de se laisser séduire par les promesses technologiques censées résoudre tous nos problèmes, François critique « l’idéologie qui sous-tend une obsession », et rejette une « façon monstrueuse » pour le paradigme technocratique de s’auto-alimenter.

Revenons à la canicule. Croire qu’on s’en sortira grâce aux petits gestes ou par une fuite en avant technologique, avec la généralisation de la climatisation, relève au mieux d’une naïveté confondante, au pire d’un cynisme mortifère. Politiser la canicule, c’est comprendre que le problème est systémique. Cessons de jouer dans les marges d’un productivisme insoutenable, il est grand temps d’engager une bifurcation écologique et sociale.

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