À l’école cléricale, Antoine Chevrier écrit : "Les exercer au travail des pauvres, aux moyens que les pauvres emploient pour gagner leur vie
Je viens de recevoir par courrier postal un appel à don pour la formation des séminaristes. Ils se préparent à servir l’Église, soutenons les.
Olivier de Germay, évêque à (de) Lyon écrit : « j’invite tous les fidèles de Lyon à se mobiliser pour prendre en charge la formation de nos futurs prêtres ». Comme je le pense pour les prêtres en fonction : qu’ils vivent de leur travail dans la société avec un métier - et non exclusivement du culte, de l’autel - je pense que les étudiants séminaristes devraient travailler comme le font de nombreux étudiants.
Disant cela, je sais que je ne suis pas audible. De suite, j’entends l’évocation de la « dimension sacrée du prêtre ». Même à l’interne de la famille pradosienne j’entends cette « chanson » : la quête est nécessaire. Tout à un prix. Rien n’est gratuit. Et pourtant Antoine Chevrier parlait abondamment de la gratuité du culte, du service, de l’éducation des enfants non ou peu scolarisés - (l’école n’était pas obligatoire à cette époque).
Heureux d’avoir relu cette page (ci-dessous) d’Yves Musset, je la dépose en ce lieu. Pradosiens, ne devrions-nous pas reprendre le combat de la gratuité du service selon l’Évangile ? Et pour cela trouver sa nourriture quotidienne vitale d’un métier salarié, honoré ?
P. 227 : Le Christ su Père Chevrier
<< Le P. Chevrier avait été rendu particulièrement sensible à cette dimension par les réactions, si souvent entendues, des hommes et des femmes du monde populaire devant le comportement, à cette époque, de nombreux clercs. Il y a dans le Véritable Disciple des peintures des moeurs ecclésiastiques du temps qui sont d'une cruelle lucidité.
Chez les gens du peuple, dans la classe ouvrière surtout, le prêtre passait pour un fainéant, un homme qui n'avait souvent d'autre occupation que de se promener et d'aller bavarder dans les salons de la bourgeoisie: "S'il y a un homme sur la terre qui passe pour ne rien faire, c'est le prêtre! [...] Voilà la réputation que nous avons dans le monde : nous promener, perdre notre temps. Triste réputation ! Hélas ! Si on nous voyait moins souvent dans les rues et sur les places, moins souvent à dîner chez les uns, chez les autres, moins souvent rendre des visites inutiles, plus occupés des pauvres, des malades, de bonnes oeuvres, prêcher plus souvent et attirer le monde par notre foi et notre charité, on ne nous demanderait pas si souvent si nous allons nous promener [...] N'est-ce pas parce que le prêtre n'a pas travaillé ou mal travaillé que le champ du Père de famille est en si mauvais état ? que l'ignorance a envahi nos pauvres ouvriers et qu'ils se soulèvent aujourd'hui contre nous? Si nous avions bien travaillé et que nous eussions fait du bon ouvrage, nous ne serions pas si malheureux ni si persécutés".
Le prêtre passait aussi pour être un homme d'argent. C'est la raison pour laquelle le P. Chevrier souhaitait que les actes du ministère cessent d'être tarifés et puissent être exercés gratuitement. "Que voulez-vous demander, écrit-il, à des impies, à des gens qui méprisent déjà le prêtre, qui regardent le prêtre comme un avare et un homme de bonne chère, à des gens qui ne viennent que trois ou quatre fois à l'église durant leur vie, aux mariages, aux baptêmes et aux enterrements, et qui, toutes les fois qu'ils viennent à l'église, entendent du prêtre ou du sacristain ces paroles : "Vous devez tant", et cela avec autorité et exigence ? Ces manières de faire ne font que détourner de l'Eglise et ils s'en vont en jurant, en critiquant la religion et appelant la religion une religion d'argent. C'est un fait que très peu de gens donnent de bon cœur leur argent au prêtre et on ne le quitte ordinairement qu'en disant quelques paroles injurieuses [...] Ce sera par le détachement et la pauvreté que nous retrouverons notre place dans le cœur des peuples [...] N'est-ce pas souvent pour punir notre avarice et notre attachement aux biens de la terre que Dieu envoie les révolutions et nous fait dépouiller par les fidèles eux-mêmes de tout ce que nous possédons ? C'est la première chose que font les révolutionnaires : nous dépouiller, nous rendre pauvres. Ne dirait-on pas que le bon Dieu veut nous punir de notre attachement aux biens de la terre et nous forcer par là à pratiquer la pauvreté, puisque nous ne voulons pas la pratiquer volontairement ? Et c'est quelquefois bien heureux que cela arrive, parce que nous nous endormirions dans les richesses et le bien-être, et nous ne nous occuperions plus des choses de Dieu. Quand Dieu dit: "Malheur aux riches !" (Lc 6,24), il le dit encore plus pour ses ministres que pour les autres, parce que si quelqu'un doit pratiquer la pauvreté, c'est bien surtout les prêtres, ses serviteurs".
L'autre raison pour laquelle le P. Chevrier insiste sur l'extérieur est son souci d'authenticité. "La véritable marque de l'union à Jésus-Christ, fait-il remarquer, c'est de marcher comme il a marché lui-même". "Notre-Seigneur a porté extérieurement le caractère de la pauvreté et de la souffrance ; ceux qui ne l'ont qu'intérieurement risquent bien de ne pas l'avoir du tout". Dans la vie du disciple et de l'apôtre il y a une interaction entre l'extérieur et l'intérieur. Il en va ainsi en raison de ce qu'est l'homme, qui est à la fois chair et esprit. Etre personnel capable de nouer une relation unique avec Dieu, il ne peut y parvenir sans les éléments extérieurs qui contribuent à le façonner. C'est pourquoi, dans sa pédagogie, le P. Chevrier accordait beaucoup d'attention à la mise en œuvre de certaines pratiques extérieures destinées à la mise en place solide des vertus intérieures.
Dans un brouillon de règlement à l'usage des élèves de son école cléricale, il écrit: "Les exercer au travail des pauvres, aux moyens que les pauvres emploient pour gagner leur vie: aller chercher des grésillons pour se chauffer l'hiver; aller chercher des chiffons pour acheter du pain ; aller chercher du fumier de cheval ; ramasser les morceaux de charbon qui tombent des voitures ; balayer les rues, la boue; rendre service aux pauvres gens qui remplissent ces fonctions humbles. Aller chercher pour un sou de pain, un sou d'huile, de vinaigre ; aller demander de l'ouvrage dans les ateliers, les magasins ; aller demander l'aumône", etc. "Pour former les gens et leur donner la vie intérieure", il faut, pensait-il, "instruire, reprendre", mais aussi "mettre en action, faire agir".
Avec les sœurs du Prado, il cherchait à mettre en œuvre les mêmes principes. Quand il ouvrit à leur intention un noviciat en septembre 1874, il leur déclara qu'il leur faudrait "quelquefois faire des actes d'humilité et de pauvreté". "Vous irez quelquefois, leur dit-il, mendier votre pain comme les véritables pauvres". La responsable, Sr Véronique, se récria: "Je n'oserai pas demander!" Il lui fut répondu : "Pourquoi ne le feriez-vous pas? Notre-Seigneur l'a bien fait; moi, je l'ai fait aussi. Vous êtes bien une pauvre ; vous n'êtes pas une marquise ! Eh bien ! vous irez la première: il ne faut jamais faire faire quelque chose de pénible qu'on ne l'ait fait soi-même".
Il procédait de même avec certaines personnes, issues d'un rang social plus élevé, qui s'adressait à lui pour une direction spirituelle et chez qui il discernait un appel à vivre l'Evangile. Mlle Tamisier, l'initiatrice des Congrès Eucharistiques, a rapporté dans ses mémoires comment, dans une première rencontre avec lui, le P. Chevrier la mit à l’épreuve : "Le 17 janvier 1872, j'approche le P. Chevrier pour la première fois. Je raconte sommairement mes tribulations, mes échecs, ma pauvre vie sans but et mon désir de servir le Saint-Sacrement [...] Il prend la parole : "Vous voulez servir Dieu, me dit-il, mais vous n'entendez rien à la vie chrétienne, à la vertu ! Vous ne savez seulement pas l'a.b.c.d. de la sainteté ! Il faut être saint pour entrer au ciel ; il faut faire les actions des saints, suivre à la lettre l’Evangile : "Allez, vendez ce que vous avez, donnez-le aux pauvres et suivez-moi". Allez, dépouillez-vous si vous avez encore quelque chose, et faites-vous mendiante. Prenez la première pauvre femme que vous rencontrerez, demandez-lui d'échanger vos vêtements avec les siens, couvrez-vous de ses haillons et commencez à servir Notre-Seigneur. Quand vous vous sentirez la force de marcher dans cette voie, revenez me trouver, je m'occuperai de votre âme" [...] "Mendier ne m'effrayait pas, mais prendre les vêtements couverts de vermine, sales, puants d'un pauvre, c'était horrible !" commente Mlle Tamisier, qui hésita pendant six mois avant de déclarer à son confesseur qu'elle était enfin décidée. Il l'accueillit avec un sourire, lui disant alors que sa vocation serait celle d'une mendiante, "la mendiante du Saint-Sacrement ». >>
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