Être tout aux affaires du Père, Dieu qui, dans son Fils, s'est engagé jusqu'à l'extrême dans la condition humaine, offrant son amour à tous
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Christoph Theobald dans son article sur Alfred Ancel, L’apport spirituel et missionnaire de Mgr Ancel, informe qu’Yves Musset rédigea un texte sur Alfred Ancel intitulé : Une vie avec le Christ à l’école du Père Chevrier - Alfred Ancel (1898 - 1984). Cet ouvrage ne fut pas publié mais circule depuis 2010, explique Ch Theobald à usage privé (Voir page 61 du n° 15, Documents Episcopat, Mgr Alfred Ancel, un évêque lyonnais dans son siècle.
Je dois avouer que je n’ai pas vu ce document entre les mains de quelques pradosiens. De plus, dans l’équipe chargée de sélectionner les points importants de la vie d’Alfred Ancel, je n’ai pas le souvenir d’en avoir entendu parlé. Il se trouve que je possède cet « ouvrage », 66 pages A4. Il porte la date de 2007. Yves Musset. Travail sur Ancel, commencé le 21 juin 2007. Avec cet autre titre : ou Disciple du Christ à l’école du Père Chevrier, etc.
Je l’ai dans mes dossiers l’ayant trouvé dans les archives de Robert Beauvery, archives laissées, à sa mort, dans son appartement et destinées à l’évacuation dans les poubelles.
La lecture de l’article de Christoph Theobald m’a fortement invité à me plonger à fond dans ces pages que j’avais quelque peu oubliées. Elles me touchent profondément car elles sont comme la révision de toute une vie. Suis-je vraiment croyant en Dieu ? Est-ce que ma vie est dans le sens de la foi en la résurrection ? Ai-je suivi l’appel de Dieu ou ai-je accompli mes désirs, ma volonté personnelle ?
Dans ce questionnement je ne peux que penser aux entretiens avec Goulven qui ont donné : « Michel Durand, un prêtre engagé entre fidélité et insoumission.
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Ce jour je souhaite donner à lire les pages 39-42 où l’on voit Alfred Ancel, supérieur du Prado vraiment désireux de vivre pleinement au milieu des gens, partageant leurs souffrances, les misères de la guerre.
Ce qui apparaît… c’est encore chez le père Ancel, une grande compassion devant les misères du moment : les gens qui souffrent du manque de ravitaillement, qui n'épargne pas les maisons du Prado ; les prisonniers entassés dans les prisons lyonnaises de Saint-Paul et de Saint-Joseph, qu'il a visités, au nombre de 2000 en octobre 1942. « Il y a de la misère, écrit-il, sachons la soulager. Rappelons-nous saint Vincent de Paul, rappelons-nous notre père Chevrier ».
Devant les malheurs du temps, il n'hésite pas à appeler à une charité poussée jusqu'à l'héroïsme. Ainsi, dans sa lettre du 25 mars 1943, où, relayant l'appel de l'épiscopat, il lance un appel à des volontaires acceptant de partir pour l'Allemagne comme aumôniers des travailleurs français : « La misère morale et spirituelle des jeunes qui sont partis en Allemagne est immense. Ils attendent des prêtres. Cependant, un tel ministère ne peut être rempli que par des volontaires. Aussi je demande bien simplement à ceux d'entre vous qui désireraient se donner à cette tâche urgente de se faire connaître. Et, pour prévenir tout de suite une objection possible, ne pensez pas que l'importance de votre rôle dans telle ou telle œuvre soit une objection. Rappelez-vous ce qu'on nous a appris sur les obligations de la charité : la misère spirituelle extrême a des exigences qui dépassent toutes les autres exigences [...] Nous entrons évidemment dans une période héroïque ; il faut le savoir et, par la grâce de Dieu, nous grandir à la hauteur de notre tâche. Ce ne sera pas sans émotion que nous vous enverrons ainsi au-devant des difficultés, des épreuves, des dangers. Mais le père Chevrier, au milieu de nous, nous appelle à accompagner les travailleurs qui partent. Si, dans le fond de votre cœur, vous entendez l'appel de Dieu et si vous croyez qu'avec sa grâce, vous pouvez tenir, n'hésitez pas à vous faire connaître. Rappelons-nous l'allégorie du Bon Pasteur». Plusieurs pradosiens se déclarèrent volontaires, qui ne partirent pas, mais un jeune prêtre du Prado Marius Staron à qui le cardinal Gerlier adressa la demande au moment de son ordination, partait clandestinement de Paris quelques jours plus tard : il allait passer seize mois en Allemagne comme prêtre ouvrier avant d'en être expulsé.
Dans sa lettre du 31 mai 1943, au plus fort de la seconde guerre mondiale, le père Ancel traite longuement de la nécessité de la prière et de la pénitence. « Par notre sacerdoce, écrit-il, nous sommes le Christ : nous devons sauver le monde. Et nous sauverons le monde en employant les grands moyens du salut et en demandant à tous ceux dont nous avons la charge de les employer avec nous. Ces deux grands moyens sont la prière et la pénitence ». « Forme supérieure de l'action», ils sont pour le prêtre une «possibilité d'intervenir d'une façon efficace dans le conflit actuel », car il s'agit d'obtenir de Dieu la conversion des cœurs, sans laquelle aucune paix n'est possible ni durable.
« Je voudrais tant, poursuit-il, que nous essayons de faire quelque chose pour obtenir que Dieu intervienne dans notre pauvre monde. Mais il ne faut pas nous imaginer que Dieu interviendra seulement pour arrêter la guerre. Si Dieu intervient, ce sera, avant tout, pour réaliser, par la force toute puissante de son amour, la conversion du monde. Une telle intervention d'amour est une grâce inouïe. Il faut que nous l'obtenions. Il faut prier et faire prier ; il faut faire pénitence et obtenir que l'on fasse pénitence ».
Le père Ancel expose alors, selon les enseignements classiques de la théologie, les conditions d'efficacité de la prière chrétienne. «Il faut, explique-t-il en particulier, qu'en priant, nous respections l'ordre établi par Jésus d'une façon définitive : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît ». Malheureusement, commente-t-il, il y a des personnes qui prient et qui ne se soucient pas du royaume de Dieu et de sa justice. On veut la fin de la guerre pour recommencer la « belle vie » d'autrefois ! Quand on a de tels sentiments dans sa prière, on ne peut être exaucé ».
« En cherchant d'abord le royaume de Dieu et sa justice, conclut-il, nous aurons la paix par surcroît. Notre prière est donc sûrement efficace, mais son efficacité est limitée. Il faut donc multiplier nos prières, il faut donc obtenir que d'autres prient avec nous. Ah ! on a fait la guerre aux longues prières ; on a oublié les veillées nocturnes de Jésus ; on a oublié les recommandations de saint Paul aux premiers chrétiens ; on s'est détourné de la tradition de l'Eglise. On a fait des raisonnements qui ont détruit l'Evangile. Cependant, il faudra bien de nouveau apprendre à prier longuement. Profitez des circonstances actuelles pour rappeler l'enseignement de l'Evangile, de saint Paul, de l'Eglise. C'est toute une mentalité à refaire. Vous vous heurterez à des résistances, à des incompréhensions. Tant pis ! marchez quand même. Nous n 'arriverons à quelque chose que si nous sommes pleinement convaincus ».
Il est vrai que saint Paul a écrit que, « quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu 'ils sont appelés selon le dessein de son amour » (Rm 8, 28). L'Esprit Saint « profite de tout », dit pareillement le père Chevrier. De tout, donc aussi de la guerre. Mais, dans ces réflexions du père Ancel écrites dans une brûlante actualité, sans parler de ce ton tendu et volontariste qui caractérise trop souvent le père Ancel de la première époque, la consistance des réalités spirituelles est affirmée avec une telle force que les réalités temporelles sont trop occultées, alors que celles-ci sont à prendre en compte pour elles-mêmes dans l'analyse des maux et le choix des remèdes à y apporter.
On peut faire de semblables remarques à propos de ce qui suit dans sa lettre du 31 mai 1943 sur la nécessité de la pénitence. Il rappelle que Jésus « n'a sauvé le monde que par sa passion », que « sans effusion de sang, il ne se fait pas de rédemption », mais que « la souffrance n 'a une valeur rédemptrice que si elle est offerte volontairement en union avec le sacrifice de Jésus ». « Il faut donc, dit-il maintenant, présenter à Dieu de la souffrance rédemptrice. C'est là une loi absolue de l'ordre surnaturel [...] Dieu peut tout vivifier, pourvu qu 'il trouve des victimes ».
Il précise alors qu'il ne s'agit pas d'une exhortation à faire le vœu de victime. « Dieu seul, dit-il, peut être l'auteur d'une telle décision et il faut être moralement sûr du caractère divin de l'attrait pour le permettre [...] Cependant, ajoute-t-il, l'expérience des âmes prouve qu'à l'époque actuelle, Dieu intervient plus souvent dans ce sens et il ne faudrait pas, sous prétexte de prudence, empêcher l'action divine. Ce serait là une prudence charnelle grave dans ses conséquences, car elle entraverait l'œuvre de rédemption du monde ».
A la lumière de ces réflexions qui datent de 1943, on comprend pourquoi, sept plus tard, en 1950, le père Ancel allait prendre l'initiative d'une union spirituelle entre la famille du Prado et la Congrégation des Religieuses Victimes du Sacré-Cœur de Jésus, dans laquelle sa cousine, Sœur Marie d'Assise, était entrée en 1921. Comme le laisse entendre une lettre de celle-ci, devenue Prieure générale de son Institut, à son cousin devenu évêque, en date du 27 janvier 1966, il est quasiment certain que, bien avant 1950, Alfred Ancel avait lié son sacerdoce à la vocation sacrificielle de sa cousine. « Je n'ai pu m'empêcher, lui écrit alors Mère Marie d'Assise, de remonter par la pensée et le souvenir jusqu'à ces lointaines années où il nous a été donné de découvrir ce dessein particulier de la Providence de lier votre sacerdoce et ma vocation de victime dans le Christ Jésus, offert au Père comme Victime pure, sainte et sans tache, pour nous sauver ».
Dans sa lettre du 31 mai 1943, le père Ancel poursuit en disant que nous pouvons et même devons « profiter des redoutables leçons de l'histoire présente pour mieux comprendre et mieux réaliser les obligations qui nous incombent par notre sacerdoce ». Il invite à relire l'encyclique de Pie XI sur le Sacré-Cœur. Et, parce qu'« il faut des victimes » et des victimes « nombreuses, car les péchés du monde se sont multipliés », il énonce les conditions nécessaires à la réalisation d'une parfaite offrande de soi en union avec le sacrifice du Rédempteur.
« Premièrement, il faut se convertir : revenir à l'état de grâce, si on a eu le malheur de tomber dans le péché mortel ; sortir de la tiédeur, si on est resté médiocre ; marcher avec ardeur vers la sainteté, si on a été négligent au service de Dieu. Ce premier effort de conversion est déjà une souffrance, car s'il est sincère, il oblige à renoncer aux occasions de péché et il oblige à une lutte continuelle qui est très dure à la nature.
Deuxièmement, il faut accepter comme venant de Dieu toutes souffrances qui nous arrivent, d'où qu'elles viennent. A l'heure actuelle, on n'a que l'embarras du choix. Rappelons-nous Jésus pendant sa passion : toutes ses souffrances, il les accepte comme le calice que le Père lui présente. Quand on dit sérieusement à la messe : « Hoc est corpus meum », comment oserait-on se dérober à la souffrance que Dieu nous envoie ? Par elle, en effet, nous pouvons sauver le monde.
Troisièmement, il faut pratiquer la mortification volontaire ». Il explique ici que s'il ne convient pas « de multiplier les pratiques de pénitence » et que l'« on doit tenir compte de sa santé », on ferait bien cependant de relire à ce sujet le Véritable Disciple. « // s'agit, dit-il, de payer les grâces qui amèneront la conversion du monde et la paix ! »
« Pour nous aider à marcher courageusement dans cette voie de l'immolation, conclut-il, pour aider les fidèles à nous suivre, nous regarderons et nous montrerons la Vierge Corédemprice, celle qui mieux que personne a réalisé en elle l'état de victime [...] Notre vocation de disciple de Jésus nous oblige d'entrer plus que quiconque dans cette voie royale de la Croix ».
J'ai cité longuement ces pages, qui déconcertent par leur austère tension vers l'absolu et aussi par leur langage, hérité de d'une tradition spirituelle par rapport à laquelle la plupart de nos contemporains ont pris de la distance. Elles ont leur importance, parce qu'elles nous permettent de comprendre ce qui fera le fond de la vie spirituelle d'Alfred Ancel dans les années à venir de Gerland, en ce temps où, plus que jamais il se sentira appeler à suivre Jésus dans son jeûne et sa prière douloureuse de Gethsémani, afin de mendier la grâce de Dieu pour lui-même, pour les prêtres ouvriers, pour l'Eglise qui les avait envoyés en mission et pour le peuple des travailleurs.
Ces pages du début du supériorat du père Ancel nous éclairent aussi sur sa compréhension du ministère sacerdotal. Il a sur ce point la même approche que, quatre-vingt ans auparavant, Antoine Chevrier : le ministère du prêtre doit demeurer tout spirituel ; pour le père Chevrier, exercer « un ministère tout spirituel », c'est « ne pas se mêler d'affaires temporelles » . A l'époque du père Chevrier, cela voulait dire : ne pas faire de l'œuvre du Prado une providence où l'on fait travailler les enfants pauvres et dont le directeur est amené à se comporter comme un chef d'entreprise, mais ne se consacrer qu'à un travail d'évangélisation en s'en remettant pour tout le reste à la générosité de la Providence et aussi à celle des hommes. Le ministère tout spirituel chez le père Ancel doit consister à ne pas s'aventurer sur le terrain des engagements temporels, afin d'être, à l'image du Christ, tout aux affaires du Père, d'un Dieu qui, dans la personne de son Fils, s'est engagé jusqu'à l'extrême dans la condition humaine, offrant gratuitement son amour à tous, tout en pratiquant, devant les choix des hommes, un désengagement qui est celui de Dieu devant la liberté qui les constitue dans leur dignité.
Nota bene : toutes les citations sont parfaitement répertoriées. Voir le document original pour en prendre connaissance.
C’est en équipe Prado que j’aimerai bien reprendre ces pages pour en faire, secteurs par secteurs, de réelles révisions de vie. Selon moi, il y a dans ce témoignage un invitation à sans cesse augmenter l’engagement auprès des personnes, les pauvres et ceux qui sont loin de l’Évangile. Simplifier nos modes de vie par plus de pauvreté. Sobriété en tout domaine. Vivre le présent en étant réellement branché vers le Royaume. Prier et se soucier du royaume de Dieu et de sa justice. Annoncer l’Évangile par tous les actes de sa vie quotidienne.
Et je suis de nouveau invité à dire que tous les prêtres devraient être attelés, dans la société ordinaire, à un travail rémunéré. Insertion dans le monde par le travail. Vivre de son emploi pour ne pas vivre exclusivement de l'autel et être ainsi en contact naturel avec tous. Être comme tout le monde, diffusant par son action quotidienne la saveur, la force, la vérité de l'Evangile. Ce qui n'empêche pas de prendre la parole dans une rencontre ecclésiale, eucharistique. Pour cette dernière situation, j'envisage, de fait, la disparition de vêtements d'apparat propres à la cour impériale des constantiniens. Mitres et chasubles...
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