Suis-moi, dit Jésus. Je suis ton règlement, ta vie, la forme extérieure que tu dois imiter. Voilà ce que doit être une vie selon l'Évangile

Publié le par Michel Durand

Suis-moi, dit Jésus. Je suis ton règlement, ta vie, la forme extérieure que tu dois imiter. Voilà ce que doit être une vie selon l'Évangile

 

 

 

Comme chacun le sait, le temps de la retraite à cause de l’âge donne beaucoup de temps destiné à la lecture. Personnellement j’en profite bien. Et j’ouvre des ouvrages qui dormaient dans la bibliothèque. Certains pour les relire. D’autres que je n’avais jamais ouverts tellement ils me paraissent ardus.

Je pense précisément à ce document interne au Prado : Yves Musset, La genèse du véritable disciple du P. Chevrier, premier volume, Limonest 1997, 206 pages format A4. Et il y a d’autres volumes semblables.

J’imagine que je n’ai jamais été vraiment invité à entreprendre ce genre de lecture ; alors je le regrette. Mais il se peut également que je n’ai pas voulu entendre. Aujourd’hui je me dis que ce sont des documents que j’aurais dû étudier avec d’autres pendant les temps de formation, mois pradosiens, retraites pradosiennes, séminaires particuliers...

J’ai le souvenir d’avoir vu ses ouvrages sur les rayons de la « boutique » de la Maison Saint André à Limonest : Alfred Ancel ; Robert Daviaud, Yves Musset que j’ai acheté sans vraiment les lire. Oubliés sur les rayons.

Actuellement je suis très heureux d’avoir lu profondément la première partie de La genèse du véritable disciple. Mais je me dis que cela est bien trop tard. Je considère la force de cette étude en pensant à l’importance de la formation des chrétiens et des prêtres. Que sait-on à ce propos dans les années qui ont suivis la mort du fondateur du Prado ? Voir ici.


Il y a quelques temps j’ai publié une page où j’interroge l’accueil de jeunes du monde des banlieues dans les séminaires. Voir ici. Et je me situais dans le cadre de la formation par Antoine Chevrier de jeunes issus des

Les études d’Yves Musset

Yves Musset a consacré une grande partie de sa carrière à l’étude d’Antoine Chevrier, à la préservation de ses archives et à la promotion de son apostolat parmi les ouvriers et les pauvres. Suivre les nombreuses pages écrites à ce propos invite à mieux comprendre la personne du fondateur du Prado qui répondaient aux besoins et attentes des très pauvres de son temps (dont les enfants analphabètes) tout en suivant son désir de former des chrétiens, laïcs, religieux, religieuses, prêtres dans la ligne de la suite du Christ (Sequela christi)

 

 

 

La spiritualité du Véritable disciple

Page 101ss

« Plus tard, en 1877-1878, alors que les travaux sur le Véritable Disciple ont pris la forme que nous leur connaissons aujourd'hui, conscient que dans ses applications pratiques la règle du disciple qu'il a en grande partie écrite, concerne les prêtres de sa maison et ceux qui entreront au Prado, le P. Chevrier ajoute à l'ensemble le titre : "Le Prêtre selon l'Evangile", dont il fait le titre premier de l'ouvrage. Mais l’itinéraire proposé demeure, sur le fond, valable pour tous ceux et toutes celles que Jésus appelle à une vie de disciple.

On aura précisément remarqué, en comparant le Véritable Disciple au traité sur le Baptême de St Basile de Césarée, la ressemblance qui existe entre la démarche du P. Chevrier dans son Véritable Disciple et celle, inconnue à peu près certainement du fondateur du Prado, qu'avait adoptée St Basile dans le chapitre premier de son traité.

Le mouvement de fond est identique : il faut avoir renoncé non seulement au péché, mais aussi aux biens de la terre, à sa famille et au monde, ainsi qu'à soi-même, en acceptant d'être crucifié avec le Christ, pour pouvoir marcher à sa suite en disciple, se mettant à l'écoute de sa parole et lui obéissant comme à un "Maître de vérité" (Basile de Césarée, Sur le Baptême, 1,1,2,1516b, S.C., vol.357, p.85).

Or le De Baptismo de St Basile s'adresse à des moines à qui son auteur "veut montrer que les renoncements et les engagements de leur profession monastique s'enracinent dans le renoncement du catéchumène à Satan et dans la promesse baptismale de fidélité à la justice de l'Evangile" (Jeanne Ducatillon, ouvrage cité, p.56). Dès les premières lignes du traité, St Basile fait remarquer à ses auditeurs qu'ils lui ont demandé un enseignement sur le baptême, alors qu'en Mt 28,18-20, avant de parler de la nécessité du baptême, Jésus commence par dire : "Faites disciples toutes les nations" ; et, après avoir donné l'ordre de les baptiser, il ne manque pas d'ajouter : "Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit ». "L'ordre des commandements tel qu'il nous a été transmis par le Seigneur", fait remarquer St Basile, indique comment il est possible, en disciple, de faire "bonne route vers la perfection" (1,1,1, 1513b-1516a, id., p.82-83).

Si la spiritualité exposée par St Basile dans son traité sur le Baptême est manifestement une spiritualité baptismale, on peut affirmer la même chose de celle que développe le Véritable Disciple, bien que, à la différence de l'œuvre de son prédécesseur, il n'y soit jamais question du baptême ou presque"°

Ce silence sur le baptême de la part du P. Chevrier ne doit pas nous étonner. II était à son époque celui de tous les auteurs spirituels, qui ne faisaient pas de lien entre la spiritualité et le premier des sacrements de la vie chrétienne. Comme l'a écrit en 1960 le P. Camelot dans son avant-propos à son étude de la spiritualité du baptême, "si on lit les classiques de la vie spirituelle, les traités d'ascétique ou de mystique, on ne peut manquer d'être surpris de voir la place très restreinte, quand elle n'est pas absolument nulle, qu'ils font aux sacrements, et particulièrement au baptême, dans le développement de la vie spirituelle" (P. Th. Camelot, Spiritualité du Baptême, coll. Lex Orandi n° 30, Le Cerf, Paris 1960, p.9). "Janua vitae spiritualis", était-il écrit cependant à l'entrée de certains baptistères (id., p. 11).

"Toute la spiritualité du baptême, explique cet auteur, est, dans le Christ et dans l'Esprit Saint, une vie d'enfant de Dieu". Citant 1 Pi 2,1-3 ("Quasi modo geniti infantes..."), il précise que le premier trait d'une spiritualité baptismale est la simplicité. "Cette simplicité, dit-il, est, au premier regard, absence de toute fausseté et duplicité, de tout mensonge et de toute malice. Mais ce n'est là encore qu'un aspect extérieur qui ne suffirait pas à caractériser l'attitude profonde du baptisé. Pour la Bible, la simplicité est moins la droiture qui repousse tout mensonge, que la justice et la rectitude absolues de l'âme qui ne cherche que Dieu seul, l'infinie simplicité. Ainsi Job est simplex et rectus, "intègre et droit" (Jb 1,1). Ainsi Yahvé parle à Salomon : "Si tu marches devant moi comme a fait ton père David, dans l'innocence du coeur et la droiture, in simplicitate cordis et aequitate..." (1 R 9,3)". L'auteur cite alors le P. Spicq qui interprétait le concept biblique de simplicité de la façon suivante : "Etre parfait, c'est, en style biblique, marcher sur la route qui mène à Dieu, c'est-à-dire d'abord avoir choisi Dieu pour héritage, n'être attaché d'esprit et de cœur qu'à lui, et donc être simple, par opposition aux hommes doubles, au cœur partagé, qui "clochent des deux côtés" (1 R 18,31) ; c'est ne plus avoir d'autre souci que de pratiquer la volonté de Dieu et observer intégralement ses préceptes et donc être juste ; c'est par suite vivre dans la sincérité et une vérité absolue. C'est un "simple" qui chantait à Dieu: "Tuus sum ego, salvum me fac, quoniam justificationes tuas exquisivi" (Ps 119, 94). En d'autres termes, cette simplicité est donc pureté absolue, comme celle que peut évoquer un regard d'enfant.." (Ouvrage cité, p. 150-151). Voilà qui ressemble étrangement à ce qu'a écrit Antoine Chevrier dans son chapitre sur l'attachement du disciple à Jésus-Christ (Cf. 11/3, p. 102bs.; VD68, p.122gs; VD95, p.84ss.).

"Suis-moi, dit Jésus Christ à son disciple. Je suis ton règlement, ta vie, la forme extérieure que tu dois imiter" (Ms 11/3, p.262b; VD68, p.222; VD95, p. 191)". Cette parole que le P. Chevrier met dans la bouche de Jésus, appartient à la toute dernière rédaction du Véritable Disciple. Elle résume la manière dont il comprenait ce que doit être une vie "selon l'Evangile". Cette vie selon l'Evangile se caractérise à ses yeux dans le fait que celui qui s'y engage va faire de la forme de vie qui fut celle de Jésus, sa propre forme de vie à lui. Le vrai disciple ne se contente pas, en effet, de se remplir à l'intérieur des "sentiments de Jésus Christ'(Cf. Ph 2,5), se sentant libre ensuite d'agir comme il lui plaît. Il se sent appelé à "reproduire à l'extérieur et à l'intérieur" (cahier R.5, p.8; VD68, p. 101) la vie même de Jésus, en allant partout où il est allé lui-même, le suivant "dans la crèche pour s'y faire pauvre", "en Egypte pour y partager son exil et sa pauvreté", "à Nazareth dans le silence pour y mener une vie obscure et cachée », »dans le désert pour y jeûner et y prier" ; parcourant, comme lui, "les villes et les bourgades pour instruire les ignorants, consoler les affligés, guérir les malades et annoncer le salut"; luttant "contre le mal avec courage, fermeté" ; marchant "au milieu des persécutions et des injustices" ; se laissant "clouer sur la croix" et y mourant « pour obéir à Dieu et sauver le monde" (cahier 12/7g, p.7b-8a; VD68, p.341; VD97, p.64).

Telle est la manière dont le P. Chevrier se sent appelé, comme avant lui St François d'Assise, à "se rendre conforme à l'image de Jésus, son Maître et son Modèle" (Ms 11/3, p.92a; VD68, p. 116; VD95, p.77), désirant suivre son Seigneur partout où il va, heureux de "marcher sur ses traces" (Ms 11/3, p.92b; VD68, p.117; VD95, p.78) et de "l'imiter dans tout ce qui est possible" (cahier 12/7g, p.7b; VD68, p.341; VD97,p.64). »

 

 

 

 

10 Dans le manuscrit principal du Véritable disciple, baptême et confirmation sont mentionnés de manière incidente en 11/3, p. 330a (Cf. VD68, p.267 et VD95, p.227).

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