Au séminaire « hors-les-murs » du Prado, la vie en communauté, la prière et les engagements pastoraux étaient d'une importance égale aux études
Je termine l’ouvrage biographique de Christian Delorme, Philippe Martin. Ce récit est impressionnant par la multiplicité des souvenirs qui sont évoqués. Il montre la puissance de la mémoire de Christian qui, par d’amples descriptions, évoque les diverses phases de ses engagements (mais pas tous). Pour rappeler avec tant de précisions les dates et les lieux des évènements relatés, j’imagine également que Christian doit sérieusement organiser, consulter ses notes archivées. Ce serait à lui de nous dire comment il procède. Si Philippe Martin, professeur d’histoire moderne à l’université Lumière Lyon 2, lui a posé ce genre de question, cela n’apparait pas dans l’ouvrage.
Mais ce n’est pas pour parler de méthodologie que j’ouvre cette page. Je pense tout simplement à que j’écrivais le 16 mars aux permanents pradosiens : « Rouvrir le séminaire de Limonest ? - Quand l’évêque d’Autun, Mgr Lebrun, pour me retirer du séminaire du Prado (actuellement Maison Saint-André) me demanda d’accepter d’aller au séminaire français de Rome, rue Santa Chiara, Pierre Berhelon m’indiqua que le séminaire n’était pas un lieu, mais un temps. Je pouvais accepter d’aller au séminaire français où il y a une équipe de séminaristes du Prado et une paroisse, lieu de référence pradosienne à Borghesiana (quartier en périphérie de Rome). Introduire dans les séminaires tels qu’ils sont actuellement des jeunes issus des quartiers populaires, n’est pas sans problèmes. Ne faut-il pas créer des lieux de formation inclus dans des quartiers populaires comme Chevrier plaça de très jeunes enfants, d’éventuels futurs prêtres - une école cléricale comme on disait à l’époque - au sein des enfants de la Série, jeunes non ou mal scolarisés ? La première école cléricale pradosienne qui ne pouvait encore se tenir au Prado avec les enfants qui y vivaient, fut à St Bonaventure. Une sœur leur préparait un panier repas et les accompagnait, comme le montre la création de François Ramet. »
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Mais qui a réactivé en moi cette idée ?
C’est tout simplement la lecture d’un article de Le Cri que je place ci-dessous en photo : « Au séminaire, j’entendais des blagues sur l’esclavage. Un séminariste noir raconte le racisme vécu dans une maison de formation catholique francilienne ».
Et aujourd’hui je repense à ce qu’écrit Christian Delorme page 73 et suivantes :
Philippe Martin : Comment devenez-vous prêtre ?
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Christian Delorme : Ma « marche vers la prêtrise », au vrai, a emprunté des chemins qui ne seraient probablement plus admis de nos jours !
Au sortir du lycée et d'une scolarité compliquée, j'ai pu m'inscrire à l'Institut de sciences sociales appliquées (ISSA) de la Faculté catholique de Lyon, un institut fondé par l'économiste Gilbert Blardone, par ailleurs créateur de la revue Croissance des jeunes nations, afin d'initier des acteurs du développement aux sciences économiques et politiques. C'est Gilbert Blardone lui-même qui m'a inscrit. Grâce à lui, j'ai vécu deux années d'études très heureuses, en compagnie d'étudiants venus des quatre coins du monde, laïcs, religieuses et religieux, prêtres…
Lorsque j'ai demandé à pouvoir entrer en formation au séminaire du Prado, Monseigneur Alfred Ancel a appuyé ma demande en disant aux responsables, vous pouvez le prendre : il aime les pauvres ! Sans cette grève (deuxième grève de la faim), sans l'action de ces jeunes maghrébins, peut-être ne serais-je jamais devenu prêtre ! En effet, le Prado offrait alors un modèle de formation qui était le seul à pouvoir me convenir : ses séminaristes vivaient en communauté dans des quartiers populaires ou dans des villages. C'est ainsi que je me suis retrouvé dans le quartier de Gerland, dans le 7e arrondissement de Lyon, dans une communauté à dimension internationale qui comptait deux Coréens, un Vietnamien, un Iranien, un Libanais, un Espagnol... Notre responsable était le père Olivier de Berranger, qui partit quelques années plus tard implanter le Prado en Corée du Sud et qui devint évêque de Saint-Denis en 1996.
Ne faisant décidément jamais les choses comme il conviendrait, j'avais déjà commencé, un an plus tôt, des études de théologie à la Faculté catholique de Lyon, où m'avait inscrit bien volontiers le doyen de la faculté, le père Maurice Jourjon, un spécialiste de l'histoire de l'Église. J'ai donc poursuivi ma formation intellectuelle en ce lieu. Le climat de la faculté de théologie était tout empreint de l'esprit de mai 1968. Les professeurs, généralement d'une grande « pointure », se montraient très proches de nous. Je pense toujours avec gratitude à plusieurs d'entre eux : le père sulpicien Jean Alberti, issu d'une famille juive qui avait dû fuir Berlin à l'avènement du nazisme, professeur de théologie fondamentale à qui je me souviens avoir rendu un devoir ayant pour thème « Jésus en Arlequin » ; le frère dominicain Christian Duquoc, auteur d'ouvrages de christologie remarqués, en particulier son Jésus homme libre…
Au séminaire « hors-les-murs » du Prado, l'apprentissage de la vie en communauté, la prière communautaire et les engagements pastoraux dans la société étaient considérés d'une importance égale aux études. En revanche, le souci de la liturgie n'y tenait qu'une faible place. Nous étions encouragés à nous engager socialement. Dans les années précédentes, j'avais déjà noué des liens avec le Mouvement du Nid, un mouvement de présence fraternelle aux personnes prostituées créé en 1946 par un prêtre breton, figure de l'Action catholique, le père André Talvas…
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