Crispée sur les questions de morale sexuelle l’Eglise est prête à défiler avec des organisations très marquées politiquement sur la droite

Publié le par Michel Durand

Grzybowski-copie-5.jpgExtrait de La Vie, blog de Laurent Grzybowski

Mariage pour tous : ce qui me peine et qui m'inquiète

Ce qui me peine et qui m'inquiète, c'est de voir tous ces jeunes manifestants, dont certains ont été enrôlés malgré eux dans une confrontation qui les dépasse, alors qu'il y aurait aujourd'hui tant de grands combats à mener, vitaux et urgents, où les chrétiens (les plus jeunes en particulier) ne sont pas toujours présents : la résistance à la société de consommation, la lutte contre la pauvreté et contre la faim dans le monde, la promotion des droits de l'homme (et de la femme !), le refus de l'injustice, le combat pour la paix, la recherche de la fraternité et du vivre ensemble à travers le dialogue interculturel ou interreligieux, le défi écologique ou le développement durable... Ah, comme j'aurais aimé qu'il y ait, ces dernières semaines, autant de publicité dans les paroisses de France ou sur les réseaux sociaux, pour la démarche Diaconia que pour la Manif pour tous.

Ce qui me peine et qui m'inquiète, c'est de constater que tant de croyants n'ont pas fait leur deuil d'une société "chrétienne". Oui, de la même manière que le mariage civil n'a plus grand chose à voir avec le mariage religieux, notre monde sécularisé s'éloigne de ses racines judéo-chrétiennes (qui restent tout de même très fortes). C'est un fait, ce n'est pas une catastrophe. En Chine, en Inde, en Egypte, au Brésil ou en France, la vocation des chrétiens n'est pas de défendre une civilisation, mais de témoigner de leur foi et du bonheur de croire. Dans ce contexte, l'Eglise catholique ne peut plus se prétendre au-dessus de la mêlée, en distribuant les bons et les mauvais points. A la posture du surplomb, je préfère celle de l"écoute. C'est parce que nous écouterons les autres qu'ils nous écouteront et que nous pourrons vivre un dialogue fécond avec eux.

Mgr Albert Rouet, ancien archevêque de Poitiers, dans Le Monde du 4 avril 2010 : « L’Eglise est menacée de devenir une sous-culture. Ma génération était attachée à l’inculturation, la plongée dans la société. Aujourd’hui, le risque est que les chrétiens se durcissent entre eux, tout simplement parce qu’ils ont l’impression d’être face à un monde d’incompréhension. Mais ce n’est pas en accusant la société de tous les maux qu’on éclaire les gens. Au contraire, il faut une immense miséricorde pour ce monde où des millions de gens meurent de faim. C’est à nous d’apprivoiser le monde et c’est à nous de nous rendre aimables ».


Publié dans Témoignage

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Blaise Join-Lambert 07/04/2013 20:39


Laurent Grzybowsky fait une erreur d’analyse : l’Eglise catholique, en particulier les évêques français, seraient « crispés sur les
questions de morale sexuelle. » Il entérine ainsi, sans l’avoir voulu, le point de vue des partisans du mariage « pour tous » : L’enjeu serait la fin d’une longue
discrimination vis-à-vis des pratiques homosexuelles, la reconnaissance de « l’égalité des sexualités » au même titre que celle des sexes.


Mais jamais les évêques, pas plus que les autres opposants à la loi dans leur immense majorité, n’ont ainsi posé le problème. Ils ont mis, eux,
l’accent sur le devenir de l’enfant au sein d’un couple « homoparental » ; par conséquent, ils ne se sont pas enfermés dans le domaine étroit de la sexualité, préoccupés qu’ils
étaient du développement psycho-affectif de l’enfant.


Par ailleurs, comment Grzybowsky parvient-il à séparer « la résistance à la société de consommation » et l’opposition au
« mariage pour tous » ? Il y a de sa part un impensé lorsqu’il adhère implicitement à la distinction fallacieuse entre social et « sociétal ». Avec le mariage « pour
tous » et ce qui va s’ensuivre (adoption, PMA, GPA…) nous sommes en plein consumérisme. La mise en coupe réglée, par le capitalisme, du vaste domaine de la vie, réduite à une
« ressource » exploitable, se poursuit donc inexorablement. Mais cette industrie de l’enfant en plein essor, existerait-elle sans la production incessante de nouveaux désirs par les
publicitaires ?


Son article est ambivalent ; il paraît vouloir nous mettre en garde – mais sans l’assumer jusqu’au bout –, contre tout positionnement
critique de la part du chrétien. N’effarouchons pas la société, nous dit-il en substance ; mais du même coup il oublie que « la » société est diverse, traversée
d’aspirations contradictoires, et que les acteurs sociaux ne sauraient être les simples transmetteurs d’opinions et de comportements unanimes ; que les chrétiens font eux-mêmes partie de
cette société dangereusement substantifiée par lui. Participer à un débat contradictoire dans l’intérêt du bien commun, n’implique pas une condamnation globale de « la » société
contemporaine, qui nous ramènerait au thème absurde du « choc des civilisations ».


Pourquoi d’ailleurs reprocher à l’Eglise d’être « prête à défiler avec des organisations très marquées politiquement sur la
droite » ? Visiblement, Grzybowski a du mal à se défaire du vieux clivage gauche/droite. Ce qui a fait la force des opposants au mariage « pour tous », c’est justement le
caractère transpartisant de leur mouvement. Tout comme les objecteurs de croissance, qui, comme le soulignait Jean-Claude Michéa dans son dernier livre, partagent un même souci de dépassement de
la gauche et de la droite.

Michel Durand 01/05/2013 20:21



Blaise


Je pense que le débat sur toutes ces questions est très important ; pourtant je ne me suis pas très investi dans ce secteur. Il y a tant de sujets graves ! Impossible pour moi de tous les
aborder.


Aussi je préfère communiquer à l'auteur, L. Grzybowski, votre commentaire. Nous verrons ce qu'il en dit.


À SUIVRE DONC...