Sortir du capitalisme

Publié le par Michel Durand

argentVoici un courriel de Jean-Marie Delcourt qui apporte un commentaire à un article « le capitalisme modéré peut-il être au service de l’homme ? » publié sur ce blog, le 18 décembre 2009.

L'image provient d'un blog tenu par un pasteur protestant en retraite, de tendance libérale, Jean Besset qui a écrit un texte sur l'argent. Voir ici et ci-dessous.

 

Je viens de  comprendre votre allusion aux salons feutrés de l'hôtel de ville de Lyon. Comme vous je pense que pour recréer une société humaine et respectueuse des plus pauvres, il faut sortir du capitalisme. Tous les jours, nous voyons la preuve que ce modelé économique néo libéral a échoué : suicides au travail,  la pauvreté augmente, les inégalités progressent, la conférence de Copenhage vient d'accoucher d'une souris. Personne ne veut partager le gâteau, personne ne veut payer pour aider les pays du Sud, personne ne veut changer son niveau de vie ni sa manière de vivre. Je viens d'entendre ce matin, sur France Inter, le responsable du Secours Populaire, il est en colère face à l'augmentation de personnes précarisées qui viennent chercher de l'aide. Et on ne parle pas des SDF qui meurent dans la rue alors qu'il y a une foule de bâtiments vides.

Je vous conseille le livre d'Hervé Kempf : "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme" édit du Seuil.   

Bien à vous,

Jean Marie Delcourt

 

Encore une petite note sur les taux d'intérêts.

TAUX ZERO

Dans un billet récent, Robert Solé, ironisait, avec talent, sur les banques américaines qui prêtaient de l'argent sans intérêt ( au taux zéro). Suivant les conseils de Pierre Assouline dans le Monde 2 qui proposait de "méditer les leçons de l'histoire", je me suis souvenu que l'Eglise du Moyen Age a interdit le prêt à intérêt, attitude que l'on jugeait à l'époque et encore maintenant  réactionnaire. C'est pour cela d'ailleurs qu'elle a lâché du lest et seulement condamné l'usure. Elle suivait, sans doute en cela un précepte de l'Ancien Testament qu'on peut lire dans Exode 22, 24 : "Si tu prêtes de l'argent à quelqu'un de mon peuple (...) tu ne lui imposeras pas d'intérêts". Ironie de l'histoire, ce sont les juifs qui  considérant qu'ils n'étaient pas soumis aux commandements de l'Eglise   sont devenus banquiers. Sans doute, un des rares métiers qui leur étaient autorisés.

Mais aujourd'hui, au regard de l'histoire et de l'actualité de la crise financière, l'Eglise avait peut être raison, de façon prophétique. Ce prêt à intérêt est dans doute le début de cette dérive monétaire qui s'est soldée aujourd'hui par la catastrophe qu'on connaît. En effet l'argent changeait complètement de nature : il ne servait plus seulement à remplacer le troc mais devenait une marchandise en soi qu'on pouvait vendre et acheter et sur la vente de laquelle on pouvait faire un bénéfice. C'était le début d'une évolution qui allait aboutir, à notre époque, à cette économie financiarisée, tout à fait déconnectée de l'économie réelle.

En n'avalisant pas le prêt à intérêt, l'Eglise ne posait-t-elle pas là un geste visionnaire ( sans le savoir) en dénonçant par avance ce qui deviendra une des caractéristiques du capitalisme, à savoir la marchandisation de tout, de l'argent comme de l'être humain dans sa force de travail comme Marx le démontrera plus tard.

Aristote, quant à lui, dans "Le Politique" considérait le prêt à intérêt comme immoral. L'argent ne pouvait pas "faire des petits". Pour lui, celui qui fait du profit le but de son existence s'engage dans une entreprise sans fin où "il perd sa vie à la gagner". Prémonitoire ? (4°siécle av. JC).

Jean-Marie Delcourt


 


 

de Jean Besset (jean.besset.026@orange.fr)


Alors les pharisiens allèrent se consulter sur les moyens de prendre Jésus au piège de ses propres paroles.

Ils envoyèrent auprès de lui leurs disciples ave les Hérodiens : Maître lui dirent-il, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de  Dieu en toute vérité, sans redouter personne, car tu ne regardes pas à l’apparence des hommes.

Dis-nous donc ce que tu en penses. Est-il permis ou non de payer le tribut à César ?

Mais Jésus qui connaissait leur malice répondit : Pourquoi me mettez-vous à l’épreuve, hypocrites ?

Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paye le tribut. Et ils lui présentèrent un denier.

Il leur demanda : de qui sont cette effigie et cette inscription ?

De César lui répondirent-ils. Alors il leur dit : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

Etonnés de ce qu’ils entendaient, ils le quittèrent et s’en allèrent.

Matthieu 22/15-22

 

Dès que l’on parle d’argent la méfiance s’installe et les conversations prennent une autre tournure, car c’est l’argent qui provoque les cassures au sein de la société ou même au sein des familles. Il y a ceux qui ont de l’argent et il y a ceux qui n’en ont pas. A partir de ce fait incontournable, chacun y va de son couplet. Pour les uns il s’agit de le décrier comme la pire des choses quant aux autres ils s’accordent à dire que puisqu’il est nécessaire, il faut bien s’en accommoder. Dans la vieille Europe l’argent était considéré comme impur, c’est pourquoi on a laissé les marginaux s’en occuper: les Juifs d’abord, les Protestants ensuite. A eux de se salir les mains avec l’argent qui souille et pervertit, puisqu’ils étaient hors de l’Eglise - entendre hors du salut -  A eux aussi de le faire fructifier pour ceux qui le leur confiaient et espéraient en tirer des bénéfices. On voit que l’hypocrisie des milieux religieux n’est pas nouvelle

 

On dit que l’argent est le nerf de la guerre et que c’est lui qui fait marcher le monde. Le phénomène de la mondialisation nous montre que ce sont les détenteurs de grosses fortunes qui gèrent le destin de la planète à l’instar des hommes politiques qui sont obligés de s’aligner pour garder l’illusion de gouverner. La toute récente actualité prétend le contraire aujourd’hui – mais cela reste à démontrer !

 

Quiconque veut avoir de l’influence en ce bas monde, quiconque veut faire valoir une idée a besoin d’argent pour séduire les médias et payer leur temps de pub ou d’antenne. Pour cela il doit se trouver un mécène disait-on jadis, un sponsor dit-on aujourd’hui, qui le soutient pour le prix de son talent ou de sa vertu.

 

Forcément ceux qui manient l’argent et qui ont du pouvoir grâce à lui cherchent à légitimer ce pouvoir en cherchant la caution de Dieu. C’est ce que font les  interlocuteurs de Jésus, nous  allons y revenir. Ils étaient déjà dans le courant moderne de notre temps. Le modernisme a besoin d’idées généreuses pour donner de la vertu à l’argent. C’est ainsi que les multinationales achètent des parts de bonnes actions auprès des ONG et à défaut de vertu s’acquièrent une morale. C’était aussi le but des prêtres du Temple de Jérusalem qui essayaient de trouver des valeurs morales au prélèvement de la dîme. La suite nous montrera que leur quête était sans fondement théologique.

 

Ne soyons donc pas surpris si les gens de pouvoir ont cherché à s’allier avec les gens qui relèvent du domaine spirituel, à moins que ce soit le contraire, car le mouvement va dans les deux sens. Cela est connu comme le principe de l’alliance du trône et de l’autel. L’Ecriture semble pourtant avoir mis des garde-fous en opposant Dieu et Mammon : « on ne peut servir Dieu et Mammon » disait Jésus et les hommes puissants de rétorquer : « nous ne servons pas l’argent, nous nous en servons  pour servir Dieu. »  Ce faisant,  ils se comportent en bons théologiens, car c’est ainsi que Dieu entend les choses. Il nous confie l’argent comme un des nombreux outils qu’il met à notre disposition pour gérer heureusement l’évolution harmonieuse de la planète. C’est ainsi que les choses doivent fonctionner. C’est ainsi que l’homme a été prévu dès l’origine pour gérer la création. Mais les narrateurs de la Bible ont bien vu que cela ne cadrait pas avec la réalité. L’homme  exploite plus la création qu’il ne la valorise. Pour remédier à ce constat désastreux, on a introduit le récit de la chute au milieu des récits de la création. Si nous sommes attentifs aux événements qui mettent notre société en émoi nous pourrons constater que la chute a été vertigineuse.

 

Pourtant, il  est une tradition qui découle de l’Evangile et qu’on élève au rang de vertu: c’est la pauvreté volontaire. C’est ce que l’on retrouve dans les voeux monastiques. On est pauvre individuellement, mais on vit au sein d’une communauté qui gère l’argent de la collectivité pour le mieux être de chacun et des autres. Cet idéal que nous admirons a hélas montré qu’il pouvait être perverti. Les sectes mondialement connues ont profité de cet idéal pour asseoir leur pouvoir a des fins de dominations et non pas  d’édification. A tout bon scientologue: Salut!  Salut aussi à la foultitude  de toutes les communautés qui se sont engouffrées dans la brèche utilisant  la vie en collectivité  pour cautionner leur soif de pouvoir et de domination sur l’autre par l’appropriation de ses biens. L’idéal monastique, mal conçu peut donner une perversion qui relève plus du pouvoir du diable que de la candeur angélique.

 

Ces quelques idées, glanées de ci, de là dans l’actualité nous permettent de comprendre l’ampleur du piège que l’on tend à Jésus quand on  lui demande de choisir entre le pouvoir de l’argent et le pouvoir spirituel.  Jésus sait que l’argent donne du pouvoir à celui qui en possède. Il sait que l’empereur s’enrichit ouvertement sur le dos des citoyens. Il sait aussi que les prêtres du Temple s’enrichissent sur le dos du bon peuple en lui laissant croire que Dieu cautionne la dîme et l’impôt ecclésiastique. Jésus va s’arranger pour ne pas leur donner tort sans leur donner raison, car pour lui ils sont à mettre du même côté que l’empereur. L’histoire montrera en effet que la foi juive subsistera fort bien après la destruction du Temple et que la fortune des prêtres amassée grâce à la dîme ne servait à rien. Voila pour les juifs, on parlera des chrétiens  plus loin.

 

Jésus ne tombe pas dans le piège. Donnez à chacun ce qui lui revient dit-il. Le problème ne se pose pas au niveau de  l’empereur. L’empereur récupère auprès des citoyens l’argent dont il a besoin. Mais le problème va se poser au niveau de Dieu. Dieu a-t-il besoin d’argent? . «  Rendez à l’empereur ce qui lui est du et à Dieu ce qui lui revient. » Pour l’empereur, on l’a vu, ça ne se discute pas.  Ce qui lui revient c’est une partie de notre argent.  Jésus ne précise pas ce qui revient à Dieu: La dîme, l’impôt ecclésiastique ou autre chose? En fait,  Dieu n’a pas besoin d’argent, en tout cas pas de la même façon que l’empereur.  Mais les hommes qui se disent au service de Dieu ont besoin d’argent. Quant à Dieu lui-même, c’est un autre problème. Tout appartient à Dieu, tout doit  lui revenir y compris l’argent que l’empereur nous  prend! Il n’y a pas de partage entre le temporel et le spirituel. Tout va à Dieu, tout relève de Dieu. Cela appartient du domaine de la foi et ce n’est pas avec de l’argent que l’on rend son du à Dieu.

 

L’empereur nous prend ce qu’il ne nous a pas donné. En effet, l’impôt est une ponction sur nos revenus faite par le pouvoir en place. A l’opposé, Dieu nous donne ce qu’il nous demande de lui donner. C’est au niveau de l’amour que ça se passe. Dieu nous donne son amour et espère le nôtre. La relation n’est pas du tout, au même niveau que l’argent de l’empereur.

 

Si je dis que l’on doit seulement notre amour à Dieu, le trésorier de la paroisse ne va pas être content. Certes on peut manifester son amour à Dieu de plusieurs façons, avec son argent, avec son temps, avec son talent; avec ses dons, mais toutes ces choses que l’on donne à Dieu ne sont que des outils pour lui manifester notre amour qui demeure premier.

 

Mais que l’on y prenne garde, tout cela peut  être perverti.  Car certains pensent que l’on peut capitaliser toutes ces choses que l’on est sensé faire pour Dieu et qu’on peut espérer des avantages en retour. Plus on aura fait de gestes qui plaisent à Dieu pensent-on,  plus notre place dans le Royaume sera assurée.  C’est, sans doute la manière la plus mesquine d’apprécier nos actions car elle sous-entendrait que Dieu pourrait échanger notre amour contre des bonnes actions. L’amour ne s’échange pas, il ne se monnaie pas, on ne le capitalise pas bien  sûr, il n ’ a aucune valeur marchande. Il ne se manie pas comme de l’argent. Pour subsister, l’amour doit continuellement se manifester, car comme notre coeur, notre amour est vivant et il doit être en activité sous peine de mort. Si l’amour de Dieu nous fait vivre, Dieu a besoin de notre amour pour exister lui aussi  aux yeux du monde.

 

Nous sommes donc sur un tout autre registre que celui de l’impôt que l’on paye au roi ou à l’institution ecclésiastique. Notre relation a Dieu ne profite à personne si non à Dieu lui-même, pour son propre bien-être. C’est cela  la gratuité du salut, c’est de savoir que l’on aime Dieu sans espérer de récompense de lui puisque nous avons déjà tout reçu. Son amour est total et il demande que nous le lui rendions totalement. C’est pourquoi Dieu réclame seulement notre amour et rien que notre amour. «  Aime et fais ce que voudra » disait saint Augustin. Et Rabelais fit graver cette devise sur le fronton de l’abbaye de Thélème. Quant à notre argent il ne devrait nullement être concerné par notre relation à Dieu.

Publié dans Politique

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