Vacances à Skoura (Maroc)

Publié le par Michel Durand

Souvenirs ; c’était en février-mars 2011

 2011-0033.jpg

La région de Marrakech étant désormais saturée de tourisme et de touristes, il semblerait que les Occidentaux se tournent vers la palmeraie de Skoura. Cette région peu fréquentée, il y a une vingtaine d'années, voit aujourd'hui arriver de nombreux Français, Espagnols qui s'y installent. Ils y organisent une "maison d'hôtes" ce qui leur permet d'entrer dans la profession d'agents du tourisme, de réceptif, avec moins de contraintes que la gérance d'un hôtel.

Quelques autochtones suivent le chemin, souvent avec moins de succès, car, pour faire venir les clients, il faut avoir des relations en Europe, être en contact avec les agences de voyages. C'est depuis le lieu de départ que les "auberges" se remplissent. Tout ce travail touristique s'accomplit grâce au réseau des agences ou associations de voyage. Aussi, les habitants de la palmeraie de Skoura qui tentent d'imiter les "Français " (tout étranger à Skoura est d'abord un français, on lui dit bonjour) par l'ouverture d'une maison d'hôte rencontrent quelques difficultés pour que vive leur commerce. Celui qui est inscrit dans le "Guide du Routard" est vraiment chanceux. Or, il faut du temps et de la constance pour mériter cette inscription.

Je parlais de Marrakech, parce que cette ville est très réputée pour ses Riad. Actuellement, on dit qu'il n'y a plus aucune vieille maison à acheter et que le prix du terrain a tellement augmenté –les Français ont fait monter les prix- que mêmes les habitants de Marrakech ne peuvent plus acheter de terrain pour construire ou restaurer une vielle demeure. Alors, il semblerait que la tendance se soit déplacée vers la palmeraie de Skoura, nouvellement découverte pour la densité de sa végétation. Et il y a beaucoup de belles casbahs qui donnent envie d'être restaurées dans le respect le plus complet de la construction en terre. Comme les autochtones préfèrent le béton qui se montre plus durable, plus solide face à la pluie, les amateurs de construction ancienne se plaignent qu'il n'y a plus assez d’artisans, de maçons compétents en construction traditionnelle faite de terre.

Pour préserver le patrimoine architectural, on m'a dit que le roi imposait le maintien de la terre, plus exactement, un mélange de terre et de paille. Alors quand la construction est réalisée en armature de ciment armée avec des agglomérés de béton, on dépose sur les murs un enduit composé d'un mélange de terre et de paille. C'est ce que l'on voit souvent ; ainsi sur les murs de la construction réalisée à l'intérieur du cimetière juif ; initiative récente qui tenterait à montrer que les juifs marocains rappellent grâce à l'entretien de leurs sépultures, que là et bien leur origine.

Le Français en attente d'authentique construction traditionnelle, va regretter la disparition des casbahs. Il me semble que la réparation de ces vieilles bâtisses doit être très onéreuse vu la complexité de la construction en hauteur. Au XVIIe et XVIIIe siècle, si je ne me trompe pas dans les dates, les familles construisaient ainsi des "maisons fortes" pour se protéger des éventuelles razzias. Tout le nécessaire pour vivre se trouvait à l'intérieur ; le plus indispensable étant, le puits. Plusieurs familles logeaient en cette vaste demeure sans fenêtre en  rez-de-jardin. Quand les dangers ont disparu, ainsi au XXe siècle, il me semble que la vie commune pouvant ne pas être toujours facile dans cette concentration d'habitat, on construisit, toujours en terre, des maisons basses ne rassemblant qu'une seule famille. Ainsi, on quitte la large parenté au bénéfice d'une parenté plus étroite. Ce style d'habitat est généralement entouré d'un haut mur afin de préserver l'intimité de la famille des regards extérieurs. Abandonnées par ce nouveau style de vie, les imposantes kasbahs petit à petit tombent en ruine. Pour leur maintien, il faudrait l'autorité et les finances d'un plan de restauration. Les habitants n'en ont ni le goût, le désir et les moyens. C'est cela qui laisse libre le terrain pour les envies des étrangers, sensibles à l'intérêt de la sauvegarde du patrimoine. Même s'ils ne sont pas très riches dans leur pays d'origine, ces "Français " le seront de toute façon plus que les locaux pour entreprendre de gros travaux. Nouvelles formes de colonisation.

 

Libre circulation aux Occidentaux

Comme toujours, l'observation des déplacements touristiques montre les inégalités mondiales. Si les Occidentaux peuvent voyager facilement et librement vers le Sud, les habitants du Sud ne peuvent pas en faire autant vers le Nord. J'ai été très étonné d'observer le nombre de camping-cars sur la route conduisant d'Errachidia à Ouarzazate. De très beaux et vastes véhicules où l'on devine à l'intérieur tout le confort. « Des appartements sur roues appartenant à des nomades modernes », ai-je entendu . Des files de camping-cars rendant difficile la circulation sur cette route à une seule voie.

Il y a vingt ans, j'avais été étonné par le nombre de touristes séjournant tout l'hiver au camping d'Agadir. Avec cette importante circulation à l'est de l'Atlas, le nombre de « voyageurs » semble avoir considérablement augmenté. « Normal expliqué un gérant de maisons d'hôtes : "qui va aujourd'hui se rendre en Tunisie, en Égypte ? Alors, ils viennent tous là, au Maroc ».



Quelques mots encore sur les maisons d'hôtes.

Le luxe y est parfois ostentatoire, pour être gentil je devrais dire raffiné. Je peux me faire ici, la même réflexion que pour les hôtels 5 étoiles. Chers pour le pays, les prix sont tout petit par rapport à ce que l'on devrait payer en France pour un service équivalent. Et, dans le tourisme de masse, celui qui veut se payer un beau et bon voyage, va être heureux, d'être reçu comme un prince, un roi. Je me suis fait cette réflexion, il y a une vingtaine d'années quand j'étudiais le comportement des touristes s'offrant un beau voyage par le biais d'une agence de voyages.

 2011-0319.jpg

Chez Slimani

 En fait, cette année, grâce aux indications du « guide du routard », j'ai déniché une maison d'hôte que je considère authentique. Mon hôte, M. Slimani, a construit contre la casbah de ses ancêtres une vaste demeure, j'en décèle au moins trois secteurs, et je partage la vie d'une partie de sa famille, tout en ayant une confortable autonomie. Certes les offres sanitaires sont basiques. Mais, l'essentiel, le calme, l'humain, le respect est présent.

Publié dans migration

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article