Les ministres de l'Eglise en quête de leur identité

Publié le par Michel Durand

Il y a beaucoup d’articles sur le ministère presbytéral. Je trouve celui-ci très éclairant. Il accompagne merveilleusement bien la lecture des livres de Pietro de Paoli. Et je le trouve, dans ce blogue, à sa bonne place, suite aux précédentes méditations.

 

Maurice Bubendorff, prête et facteur, membre du Prado

facteur

 

La Croix, Dominique Greiner, samedi 22/05/2010 :

La France des prêtres va devoir se réinventer. Les ministres de l'Eglise en quête de leur identité.

L'Année sacerdotale qui s'achève le 29 juin prochain donne l'occasion d'approfondir le sens de l'ordination presbytérale et de mieux connaître la vocation et la mission des prêtres.

Religieux de Dieu

Les prêtres sont mal connus du grand public, et aussi de nombreux fidèles. L'image reste prégnante de « Monsieur le curé ». Cette figure est ancienne. Elle trouve son origine au concile de Trente (1545-1563), qui a rénové en profondeur le clergé catholique après une phase de décadence du corps clérical (dissociation croissante de la fonction et du bénéfice).

En réponse aux critiques de Luther, Trente affirme la nécessité pour l'Église d'être structurée hiérarchiquement et d'avoir de véritables ministres. Il porte notamment l'insistance sur la formation des prêtres - ce qui aboutira à la création des séminaires. Le rôle du curé est particulièrement valorisé. Ce n'est pas seulement celui qui dit la messe, mais celui qui a charge d'âmes.

Cet aspect pastoral du Concile est occulté au XVIIe siècle dans les batailles contre les réformateurs. Le lien du sacerdoce à la célébration de l'Eucharistie et du pardon va être valorisé avant tout. Le prêtre, « religieux de Dieu », est un homme de prière et d'adoration. Il est ordonné en premier chef pour l'offrande du sacrifice eucharistique et la célébration du culte.

Le prêtre est l'homme de la paroisse, du culte, de la messe, des sacrements.

Ministres de l'Évangile

La conception du prêtre « religieux de Dieu » fait du prêtre un homme mis à part, de par sa consécration. Le sacerdoce ministériel est valorisé au détriment du « sacerdoce des fidèles ». Mais l'expérience des deux guerres mondiales donne l'occasion aux prêtres de renouer le contact avec la population. C'est d'ailleurs au retour de captivité ou du STO que commença l'expérience des prêtres-ouvriers comme partage des conditions de vie de la classe ouvrière. Ces expériences contribuent au renouveau conciliaire. Vatican II rappelle que tous les baptisés ont part au sacerdoce du Christ et participent à sa mission. La constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium place la mission des baptisés laïcs sous un triple registre : sacerdotal, prophétique, royal. Les prêtres sont moins des « religieux de Dieu » que des ministres de l'Évangile, au service de la communauté chrétienne. Collaborateurs de l'évêque réunis au sein d'un presbyterium dont l'évêque est la tête, ils participent à la triple charge du ministère épiscopal :

- enseigner, en annonçant l'Évangile et en guidant le peuple dans la foi ;

- sanctifier, en permettant au peuple de Dieu d'offrir sa vie quotidienne notamment par les sacrements de l'initiation chrétienne ;

- gouverner, en exerçant l'autorité qui leur est confiée pour guider et conduire le peuple de Dieu.

La mission du prêtre ne se cantonne pas au culte. On passe ainsi avec Vatican II du sacerdoce au ministère sacerdotal (ou presbytéral). Le prêtre n'est pas séparé du peuple. Le décret sur la vie et le ministère des prêtres l'exprime : « Par leur vocation et leur ordination, les prêtres de la Nouvelle Alliance sont, d'une certaine manière, mis à part au sein du Peuple de Dieu ; mais ce n'est pas pour être séparés de ce peuple, ni d'aucun homme quel qu'il soit ; c'est pour être totalement consacrés à l'œuvre à laquelle le Seigneur les appelle. » C'est toute la vie du prêtre dans ses relations avec les hommes qui doit rendre gloire à Dieu et non seulement la relation au Christ présent dans l'Eucharistie. C'est pour cette raison que des prêtres sont investis dans de nombreux secteurs de la société, par exemple comme aumônier (en collège, en lycée, à l'hôpital, en prison), comme accompagnateurs de mouvements. Certains exercent leur ministère au service de la formation, ou du gouvernement de l'Église. D'autres encore exercent une activité professionnelle comme éducateur, médecin, journaliste, chercheur, signifiant de la sorte le souci pastoral de l'Église pour les hommes et les femmes de ce temps.

Crispations

Depuis Vatican II, le nombre de prêtres a fortement diminué en Occident. Ils ont été nombreux à quitter le ministère entre la fin des années 1960 et les années 1980. Ils sont de fait moins présents dans des secteurs comme l'enseignement ou la recherche scientifique. Le ministère paroissial a lui aussi beaucoup évolué depuis une vingtaine d'années. Du fait de la réorganisation territoriale des paroisses, les prêtres deviennent des ministres itinérants, qui visitent, forment, soutiennent les communautés animées par des laïcs. Céline Béraud parle de cette transformation comme d'une « révolution silencieuse » (1) dont on ne mesure pas encore toutes les répercussions.

Dans un monde indifférent à Dieu et où la fonction de prêtre est peu valorisée, les prérogatives respectives des laïcs et des ministres ordonnés ne sont pas toujours claires. L'identité des prêtres s'en trouve davantage brouillée. De fait, les jeunes générations de prêtres sont plus enclines à se rendre visibles, à s'afficher plutôt qu'à s'enfouir comme « levain dans la pâte ». Ces tendances sont parfois à l'origine d'incompréhensions et de crispations. Dans son dernier ouvrage, Pietro de Paoli fait dire à l'évêque qui s'adresse à un jeune prêtre d'une trentaine d'années (2) : « Beaucoup d'entre nous se sentent jugés par cette génération dont tu fais partie, et qui implicitement, mais aussi parfois explicitement, accuse ceux qui l'ont précédée d'avoir, pour le moins, "mal fait le boulot", ou même d'avoir tout simplement "trahi". » En retour, la génération aînée suspecte la plus jeune de revenir sur un des acquis de Vatican II : la recherche de visibilité contribuerait à resacraliser la fonction de prêtre, à en faire de nouveau un homme à part, alors que le Concile a développé une compréhension apostolique du service des prêtres.

L'opposition entre générations est certainement trop simpliste pour être satisfaisante. Certes les différences de sensibilité, et partant d'options théologiques, sont réelles. Mais elles révèlent avant tout que l'Église peine encore à penser sa mission dans un monde qui n'est plus chrétien. L'histoire de l'Église enseigne qu'il n'y a pas un modèle de prêtre « de toujours ». Les contours du ministère évoluent en fonction de la compréhension que l'Église a du monde et de sa mission. C'est aussi pourquoi on ne peut écarter d'un simple revers de main les questions délicates du célibat lié au ministère presbytéral, de l'ordination d'hommes mariés ou de femmes, de l'accueil de prêtres étrangers. Mais les réponses ne sauraient être guidées par le souhait de pouvoir disposer de prêtres. L'Église n'a pas besoin de prêtres parce qu'elle en manque. Mais elle a besoin de prêtres pour se souvenir qu'elle participe au sacerdoce du Christ et que c'est à ce titre qu'elle annonce l'Évangile en servant ce monde.

 

GREINER Dominique

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(1) Céline Béraud, Le Métier de prêtre, Éditions de l'Atelier, 2007.

(2) Pietro de Paoli, Lettres à un jeune prêtre, Plon, 2010, 152 p., 16 €.

Publié dans Eglise

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daniel 12/06/2010 15:38



qui est prêt à vivre , en son coeur , les préceptes de la constitution dogmatique qui définit le rôle des baptisés laïcs au sein de l'église ? 


beaucoup n'en doutons pas mais le peuvent-ils concrètement ?


pourtant il faudra bien y venir un jour , non sur le papier mais "en actes et en Vérité "


voici ce que m'écrivait un prêtre canadien avant-hier :


"" même si tu n'as pas reçu le Sacrement de l'ordre , tu es prêtre à tout jamais selon l'ordre de Melkisedech donc tu y vas ! La communion des saints c'est aussi cela ! Chaque fois qu'un prête
partage et sanctifie le corps et le sang de Jésus tu es présent toi aussi en cela …"


merci pour cet article auquel je vais méditer et que je ferai partager avec des gens de bonne volonté .....


bon dimanche - sainte messe dominicale - daniel -



Michel Durand 01/08/2010 17:48



Ce matin nous avions pendant la messe, un baptême. Quelle belle formule que celle de l'onction baptismale qui fait de tout baptisé un prêtre, prophète et roi !


Que l'évangile se concrétise dans nos quotidiens.


Désolé de répondre si tard à votre commentaire. Merci pour votre attention et apostolat selon l'ordre de Melkisedech.