Ils se noient en mer. Lorsque nous refusons de voir tout le drame qui se trame sur la Terre, notre maison, nous en sommes responsables.

Publié le par Michel Durand

samedi 6 octobre, place des Terreaux à Lyon
samedi 6 octobre, place des Terreaux à Lyon
samedi 6 octobre, place des Terreaux à Lyon
samedi 6 octobre, place des Terreaux à Lyon
samedi 6 octobre, place des Terreaux à Lyon
samedi 6 octobre, place des Terreaux à Lyon

samedi 6 octobre, place des Terreaux à Lyon

Ils se noient en mer. Lorsque nous refusons de voir tout le drame qui se trame sur la Terre, notre maison, nous en sommes responsables.

Le quotidien La Croix a publié un dossier concernant les « passeurs ». Une étude bien documentée qui montre toute l’étendue du « système ». « Les passeurs sont les nouveaux esclavagistes ».

En lisant ces pages du 3 octobre 2018, je me suis rappelé les commentaires d’une amie d’origine italienne du sud (3e génération) qui disait que les passeurs n’étaient pas tous mauvais. Selon les récits de ses grands-parents, ce pouvait être des gens du village qui aident tout simplement leurs voisins à quitter la contrée pour des raisons économiques : avoir de quoi manger. Alors, faire de tous les passeurs des mafieux ?

N’empêche que la réalité d’un système d’exploitation des migrants existe bel et bien.

Antoine Peillon de La Croix explique : « Plutôt que de « passeurs », terme qui renvoie à une vision presque anecdotique de l’acheminement illégal de dizaines de milliers de migrants, chaque année, à travers les frontières et le territoire de la France , les services de police compétents parlent de « filières criminelles » ayant « recours à des procédés mafieux ».

Je vous invite à lire cette enquête en suivant ce lien.

 

 

Abonné à La Croix, vous pouvez le trouver ici.

 

 

 

Un grand regret.

Je me demande, en final, pourquoi le journaliste d’investigation , Antoine Peillon, n’a posé aucune question sur le rôle des frontières. À quoi servent les frontières pour les humains ? Quel est le sens d’une libre circulation des marchandises et pas des personnes ?

Pourquoi ne pas avoir un contrôle de personnes pouvant librement circuler ? Avec une telle législation ouvrant les portes des États à tous, les dits « passeurs » n’auraient plus l’occasion de voler de l’argent aux candidats à l’exil.

Plus de frontières fermées, plus de passeurs, plus de nouveaux esclavagistes. Et l’argent dépensé pour payer Frontex et autre structure serait utilisé à la construction de maisons d’accueil. Je ne pense pas seulement à la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’Europe, mais dans le monde entier. Cela va de pair avec la globalisation.

Mais, voilà le drame, les populistes de plus en plus nombreux ne pensent pas ainsi. Jadis, l’Occident a pu envahir le monde entier ; aujourd’hui, l’Occidental doit rester seul chez lui, bien confortablement installé dans ses acquis, peu lui importe que les autres vivent mal.

 

Seulement, il faut devenir lucide, s’enfermer chez soi est signe de mort.

L’humanité n’a pas d’avenir si les plus avantagés ne veulent pas partager. Partager l’eau. Partager l’air pur. Partager la nourriture. Partager le logement. Partager le confort. Partager la culture. Donner. Donc avoir moins, devenir un petit peu plus pauvre pour que l’autre ne soit pas dans la misère. Et ici, je rejoins le grand appel de l’Évangile : épouser une pauvreté volontaire pour qu’augmente le nombre de ceux qui souhaitent sortir de la misère.

 

Parmi les nouvelles reçues cette semaine, selon mon regard, la plus dramatique est celle qui nous vient d’Italie. L’arrestation de Domenico Lucano. Dans Le Monde nous lisons :« Difficile d’imaginer symbole plus parfait du virage opéré par l’Italie, ces derniers mois, sur la question migratoire. Lundi 1er octobre, près de cinq ans jour pour jour après le terrible naufrage au large de Lampedusa – 366 morts – qui avait poussé le gouvernement Letta à mettre sur pied l’opération « Mare Nostrum » (visant à secourir les migrants en mer), le maire de la petite ville de Riace (Calabre), Domenico (dit « Mimmo ») Lucano, a été arrêté, puis placé aux arrêts domiciliaires. »

 

En janvier, nous avions organisé un débat à l’issue de la projection du film : Un paese di Calabria.

Beaucoup de monde dans la salle de l’Institut lumière. Une belle admiration de l’attitude des gens ce village. Mais, nous sommes bien obligés de reconnaître que tout n’est pas aussi beau, que tous ne pensent pas ainsi. Soutenir humainement, fraternellement un étranger est un délit. Dans Libération nous lisons : « Le maire de Riace, présenté comme un modèle d’intégration des migrants dans le sud de l’Italie, a été arrêté mardi, au moment où le gouvernement populiste remet en question le système d’accueil dans des petites structures qui profite à nombre de communes. Domenico (dit Mimmo) Lucano, 60 ans, est soupçonné d’aide à l’immigration clandestine pour avoir favorisé des mariages de convenance afin d’aider des femmes déboutées du droit d’asile à rester en Italie. »

 

 

Attention, en premier ce ne sont pas les chefs d’État que nous devons interroger.

Effectivement, s’ils sont à la tête du pouvoir pour diriger le pays, c’est parce que nous les avons élus. Comment pourrions-nous oublier qu’Hitler est venu au gouvernement par la légale voie des élections ? Plusieurs commentateurs italiens ont dit ces derniers temps se trouver dans une ambiance politique préfasciste. Serions-nous aveugles ? Si oui, nous en sommes responsables. C’est ce que dit très clairement le pape François devant la caméra de Wim Wenders : On y voit « le pape aux côtés des migrants à Lesbos, avec les pauvres dans les favelas de Rio ou lavant les pieds des prisonniers aux États-Unis, fustigeant « la globalisation de l’indifférence », l’inégale répartition des richesses qui fait de « la pauvreté un outrage », ou prônant le dialogue avec les musulmans ».

 

Humains, nous ne sommes pas des machines ; nous ne pouvons ignorer l’importance des trois « T » – un travail, de la terre et un toit. Nous ne pouvons pas négliger « l’importance de l’écoute de l’autre, de la spiritualité, de la famille tout comme de la nécessité de combattre l’accélération du temps et de nous réconcilier avec notre propre mort ». Voir ici.

 

Lorsque nous refusons de voir tout le drame qui se trame sur la Terre, notre maison, nous en sommes responsables, rappelle en termes très clairs François.

 

N’est-ce pas ce que pensent les centaines de personnes qui se sont retrouvées cet après-midi, place des Terreaux à Lyon ? Hélas -tel est mon permanent pessimisme, nous n’étions pas assez nombreux. Trop de gens, top d’électeurs souhaitent la fermeture des frontières et soutiennent des gouvernements qui retirent le devoir de protéger la personne en danger.

 

Comme le dit François, nous devons sans cesse inviter la communauté internationale à « agir avec décision et promptitude afin d‘éviter que de semblables tragédies (les morts en Méditerranée, la fermeture des ports) se répètent ». Il faut que soit«  garantis « la sécurité, le respect des droits et de la dignité de tous » : « j’adresse, redit François, un appel plein de tristesse afin que la communauté internationale agisse avec décision et promptitude, afin d’éviter que de telles tragédies se répètent, et afin de garantir la sécurité, le respect des droits et de la dignité de tous. »

Les hommes et les femmes que « nous » avons élus demeurent sourds à ces appels. Que puis-je faire pour que change la donne ? `

 

 

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