Emploi épanouissant

Publié le par Michel Durand

Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

extraits de André GORZ, Métamorphoses du travail, Quête du sens, Critique de la raison économique, Galilée, 1988.

Multiplier les chances d'avoir un emploi qualifié

La réduction généralisée de la durée du travail correspond à un choix de société par ses deux objectifs inséparables : a) que tout le monde travaille de moins en moins afin que tout le monde puisse travailler et développer hors de son travail les potentialités personnelles qui ne trouvent pas à s’épanouir dans celui-ci; b) qu’une proportion beaucoup plus importante de la population puisse accéder à des tâches professionnelles qualifiées, complexes, créatrices, responsables, permettant d'évoluer et de se renouveler continuellement. C'est dans ces dernières activités, en effet, que les gains de productivité sont les plus lents. C'est par conséquent dans les activités qualifiées que la réduction de la durée du travail créerait le plus d’emplois supplémentaires, permettant du même coup de démocratiser des  compétences qu’accaparent des corporations élitistes. (p. 235)

Ainsi, la glorification du travail des élites professionnelles sert d’alibi au refus de mieux répartir le travail et les compétences. La culture éclatée des spécialistes (en allemand : Expertenkultur) totalement accaparés par leur spécialité, est tenue pour indépassable et la figure du “spécialiste sans âme, jouisseur sans cœur” pour seule possible. Seule pourrait finalement entrer en ligne de compte une réduction de la durée du travail sélective pour les tâches monotones, pénibles, insalubres ou nerveusement éprouvantes, c'est-à-dire pour les personnes précisément qui, en raison de leur faible qualification et de leur faible revenu, sont les moins bien armées pour tirer parti de leur temps disponible d'une manière créatrice de société et de culture. (p. 256)

Publié dans Anthropologie

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