Maison de jeunes et temps libre - 7

Publié le par Michel Durand

Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

Je poursuis  la publication des textes qui résultent du colloque que nous avons tenu avec Confluences il y a au moins une dizaine d'année. Cette semaine la parole est donnée à Marc Colin, ancien directeur de la MJC du Vieux-Lyon


A la suite de l'intervention de Mr. Marc Colin, débat :

Débat

Mr Colin : J’ai bien aimé l’appréciation : “il ne manque pas de travail, mais il manque des emplois”. C’est quelque chose avec lequel je suis entièrement d’accord ; dans la création d’emploi, c’est une notion qu’il est nécessaire d’avoir toujours à l’esprit. Les MJC sont créatrices d’emplois.

Je prends l’exemple des Africains qui formaient au départ le Ballet National du Congo et qui, ne trouvant pas de place à Paris, sont venus à Lyon, il y a une vingtaine d’années. Tous ces gens-là sont maintenant des gens intégrés, à partir de créations de leurs propres activités et même maintenant de leurs propres associations, c'est-à-dire de leur propre entreprise. Ils ont choisi la forme associative parce que c’est la plus facile à animer ; ce n’est peut-être pas la plus performante, mais c’est la plus facile actuellement ; donc ces gens-là ont commencé à enseigner leur propre activité, ce qu’ils connaissaient c'est-à-dire soit la danse, soit la percussion, soit d’autres formes d’expressions et maintenant ils le font à l’intérieur de leur école. J’ai pris les Africains, mais c’est le cas d’un certain nombre de gens qui possèdent des moyens ; et ils en vivent. Donc ceci prouve que si on a la structure et la possibilité de le faire, ça ne pose pas de problème. Ce sont des gens qui sont intégrés, qui sont dans leurs quartiers et qui sont même des éléments d’intégration sociale par leur exemple, parce que l’individu a besoin d’un exemple auquel il se réfère ou d’un expérience à travers les échanges.

Une dame : Vous avez dit que vous étiez aux premières loges par rapport à cette nouvelle conscience des jeunes que vous employez - vous les employeurs, créateurs d’emplois - ces jeunes qui ont plusieurs emplois. Vous n’avez pas exprimé davantage de conclusions, de remarques. Vous avez dit “des jeunes qui ont plusieurs emplois à plein temps” ; vous avez dit simplement “leurs rapports à l’employeur”.

Mr Colin : Il y a une différence par rapport à la génération précédente. Je prends des cas qui sont des généralités ; c’est vrai qu’il peut y avoir des exceptions. Autrefois on allait à l’école le plus loin possible, ensuite on se mettait dans un emploi avec l’idée que cet emploi allait évoluer à l’intérieur de l’entreprise. Maintenant cette idée-là n’est plus concevable. D’abord, on ne sait pas si l’entreprise va durer ; les entreprises se transformant très rapidement ; aujourd’hui, on est la filiale d’une société ; bien souvent au bout de quelques mois on découvre que notre employeur c’est une autre société. Le jeune a parfaitement intégré cela. Quand il va chercher un emploi, il va d’abord mesurer les atouts qu’il a pour pouvoir soit en trouver un à l’extérieur soit en créer. S’il a plusieurs flèches à son arc, il aura plus de chances. S’il n’en a qu’une, il aura moins de chances. Un économiste américain disait : “entre deux cadres de la société en l’an 2000, comme ils auront les mêmes diplômes et sortiront des mêmes écoles, on choisira le plus cultivé”, car c’est lui qui aura la culture générale. Et quand on dit la culture générale, en même temps on dit celui qui aura la capacité d’intégration, de mouvement et de changement la plus importante.

Une dame : Par rapport à l’employeur est-ce qu’il y a quelque chose à dire, ou je n’ai pas bien compris ? La position du jeune est très importante. Comment vit-il cela ? Comme on n’est déjà plus jeune, c’est très important de voir comment lui vit cela par rapport aux employeurs.

Mr Colin : La position d’employeur MJC c’est de créer le maximum d’emplois.

Une dame : Oui, mais vis-à-vis de nous ? Vous avez dit : ils ont une attitude tout à fait différente. Quelle est-elle ? Ont-ils une attitude plus cool ? Sont-ils très sérieux ? Sont-ils très angoissés ?

Mr Colin : Ils sont plus partie prenante de l’entreprise dans laquelle ils travaillent. La MJC n’est pas vécue comme on vivait notre employeur autrefois. On disait : c’est le patron, il faut qu’il nous paye plus. Ils sont plus liés à ce qui se passe dans l’entreprise. Et ils s’aperçoivent très vite que s’il n’y a pas d’adhérents dans leur activité ils perdent leur emploi.

Une dame : Par rapport à l’employeur, comme ils en ont plusieurs et que leur travail est fragmenté, est-ce qu’ils sont très très sérieux ?

Mr Colin : Ils ne sont pas relax parce que ça voudrait dire qu’ils sont détachés de leurs intérêts. Quand je dis qu’ils sont différents, ça ne veut pas dire qu’ils sont détachés de leurs intérêts. Mais ils ont une relation à l’employeur différente. Dans le sens où ils sont plus participatifs. Plus participatifs dans le sens où il sont partie prenante. Donc ils auront des exigences qui seront plus liées à la réalité qu’à leur besoin de consommation.

Mr Durand : Le fait d’avoir des non-inscrits ou des inscrits qui ne reviennent pas, c’est sûrement la meilleure norme de qualité ou de non-qualité.

Mr Colin : Ce qui est un peu délicat, c’est qu’on ne les note pas. Il faut bien parler de société de consommation parce que la société de consommation est toujours là ; elle a été totalement intégrée. On est toujours dans une société de consommation. Par contre, je crois que la grande capacité de l’être humain, c’est d’intégrer. Quand ils génèrent quelque chose de nouveau, ils l’intègrent, ils le digèrent et de là, avec la nouvelle génération, naît un nouveau type d’homme. Je suis fondamentalement humaniste parce que je suis militant et je crois beaucoup en l’homme. Par contre à l’intérieur de l’homme, il y a un certain nombre de choses à combattre : la barbarie. Je suis convaincu que dans le combat que mène l’homme, dans sa re-création perpétuelle de la société, il faut toujours intégrer que la barbarie est là, la bête est vivante et la bête est toujours vivante.

Un homme : En fait, si je comprends bien, vous créez des professions libérales à l’intérieur d’un cadre qui est une association loi 1901 juridiquement. Il y a un autre exemple, c’est les associations des écoles de ski, qui sont en association loi 1901, des moniteurs qui viennent tous là, qui ont des clients, qui montent leur affaire, qui participent à leur affaire. Dans le fond vous êtes très proches.

Mr Colin : Avec une différence c’est qu’en fait il s’agit d’une profession libérale à l’intérieur d’une société à caractère social.

Mr Durand : Il y a un contrat.

Mr Colin : En fait, il y a trois contrats qui sont intimement liés. Le premier, c’est le contrat avec celui qui vient pratiquer, qui vient utiliser, qui vient rechercher le lien social. Le second, c’est le contrat vis-à-vis de l’employeur qui est régi par le droit du travail. Et le troisième c’est vis-à-vis du type de pensée c'est-à-dire l’association : il y a un contrat moral qui est passé pour respecter la finalité.

Publié dans Anthropologie

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