Travail et temps libre

Publié le par Michel Durand

Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

Je dois mettre un terme à cette "relation" du colloque, Travail et temps libre. Il y a trop longtemps que je vous en parle. Ecoutant d'une oreille (parfois distraite) les informations, je ne peux que reconnaitre le décalage immense entre  nos paroles et ce qui se dit aujourd'hui. J'en reparlerai.

Conclusion du colloque par Paul Moreau :

Conclure ? Ce n’est pas très facile. Lorsque j'ai introduit ce colloque, c’était à partir de propos généraux, théoriques, assez loin de la réalité que j’ai découverte en entendant ceux qui ont une expérience personnelle par rapport à la question qui se pose. J’ai surtout appris à voir la complexité de la situation qui pose d’ailleurs des questions aux économistes, aux sociologues, aux juristes. Il convient d’entrer dans une analyse rigoureuse des situations qui diffèrent selon les populations, selon les âges, selon les cas.


Travailler dépasse le cadre du salariat


On a insisté tout à l’heure, notamment à propos des voyages, à propos également des activités dans les maisons pour tous, sur l’intérêt qu’il pouvait y avoir de permettre aux personnes de ne pas être simplement des consommateurs, mais des acteurs, en vue d’une “production”, donc en vue d’un travail qui se situe en dehors du cadre de l’emploi. De fait on peut considérer que la capacité de travailler, la capacité de produire, de créer, mérite d’être encouragée en dehors du cadre salarial ; peut-être pourrait-on dire à ce moment-là qu’au-delà de la productivité c’est précisément la créativité qui peut être même stimulée par l’absence de rémunération. On retiendra donc plutôt ce terme de créativité.


De la consommation à la contemplation


Ceci étant dit, il ne faudrait pas disqualifier a priori d’autres formes de loisirs qui seraient de consommation ; le mot “consommation” évidemment a une consonance péjorative, mais tout à l’heure on distinguait les gens qui vont dans les musées, qui vont aux concerts, qui vont à l’opéra, etc., ceux qui dans un petit orchestre mettent en place une œuvre ; il n’y a pas de raison a priori de disqualifier une activité de loisir qui serait plutôt du côté de la contemplation. La contemplation, on peut prendre le terme au sens large, non pas forcément dans un sens religieux, mais dans un sens esthétique. Et peut-être en voyage aussi peut-on être attiré par une attitude de contemplation. La rencontre de populations étrangères peut être aussi un acte de contemplation esthétique, intellectuelle, voire spirituelle, et cela pouvant se faire sans qu’il y ait forcément une activité. Donc les formes de loisir peuvent être ici très variées. Puisque je parlais de contemplation, on pourrait imaginer, quoique ce ne soit pas mon rôle puisque je suis philosophe (enfin on peut parler de contemplation philosophique comme dans la tradition grecque ou platonicienne) contemplation de la beauté, contemplation intellectuelle ; on peut dire que le goût de la vérité c’est aussi une forme de contemplation. En général, dans les sociétés industrielles, la vérité est instrumentalisée. On le voit bien dans la formation scolaire, au lycée, dans l’enseignement supérieur. On demande toujours devant une science en général : “à quoi ça sert, qu’est-ce qu’on peut en faire ?”. Donc une personne qui décide de retrouver le chemin de l’université à 65-70 ans, peut être mue ici par une volonté de contemplation. La connaissance en tant que telle comme relation à la vérité porte une fin en soi. Pourquoi pas ? Puis aussi on peut imaginer plus loin une forme de contemplation au-delà même de l’esthétique et de la connaissance, qui serait de type religieux. On n’en a pas parlé ce soir. Mais on pourrait bien imaginer que si effectivement avec le travail qui constitue, comme le dit Pascal, une sorte de divertissement, on n’a pas le temps et le loisir de penser à soi, je dirais presque à son salut, peut-être un moment viendra-t-il où, délivrés du travail, on pourra enfin s’occuper des choses sérieuses. Il est quand même étonnant de voir comment on passe beaucoup de temps à s’occuper de choses très importantes, mais pas forcément les plus importantes, peut-être pas essentielles. Je parlais tout à l’heure du souci de l’âme ; je prends cela dans un sens très moderne, au sens où le philosophe tchèque Yan Patocka disait : si on y réfléchit c’est peut-être bien la chose la plus importante qui mérite qu’on y réfléchisse et qu’on y prenne du temps. C’est à dire qu’avec le temps libre, il y a tout un chantier pour tous ceux qui peuvent être des accompagnateurs de la vie spirituelle.


Publié dans Anthropologie

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