J’ai l’impression que le black metal est une musique destinée à être comprise, analysée et disséquée, voire à être pensée

Publié le par Michel Durand

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Au cours de ces trois jours, la musique Metal est sans aucun doute la plus éloignée de l’univers culturel de beaucoup. Darth Manu sur son blog Inner Light développe longuement le lien du religieux et de la musique avec le mot « catharsis ».

« L’adjectif Katharos associe la propreté matérielle, celle du corps et la pureté de l’âme morale ou religieuse ».

Je ne peux que vous inviter à lire cette sérieuse étude.

Le Metal, musique plus que parole.

Il y a dans ce genre musical une dimension esthétique que nous ne pouvons pas sincèrement ignoré. Je laisse la parole à Darth Manu :


Darth_Manu.jpg« Beaucoup de personnes, quoique pas toutes, viennent au black metal parce qu’elles sont effectivement fascinées par ses aspects transgressifs, sa noirceur, sa révolte. Mais l’écoute de cette musique, loin de les enfermer dans cette fascination, les entraiîne souvent à chercher à comprendre l’ordre musical caché derrière ce chaos sonore apparent. Beaucoup d’entre elles, c’est un fait, deviennent elles-mêmes des musiciens, et apprennent à écouter, non plus seulement en simples auditeurs, mais avec une oreille entraînée à déceler des influences, des innovations, des structures sous-jacentes.

Certes, mêmes les musiciens aguerris goûtent un plaisir esthétique au premier degré (« j’accroche » ou « j’accroche pas »). Et aussi bien les textes que le décorum que la musique en elle-même ont souvent un caractère naïf, premier degré, de défoulement. Mais cela ne signifie pas que le rapport implicite à l’expérience musicale, le regard que le metalleux porte sur elle intérieurement, la compréhension qu’il en a soit si naïve.

J’ai l’impression que le black metal n’est pas seulement une musique qui a vocation à être ressentie dans l’immédiateté, à être écoutée pour le plaisir, comme de la variété par exemple, mais à être comprise, analysée et disséquée, voire à être pensée. Par la pratique musicale, et la compréhension des mécanismes qui président à sa création, chez beaucoup (et même les pires satanistes passent plus de temps dans leurs interviews à détailler leur travail sur la musique que leur idéologie). Certes également, chez certains, par l’élaboration de philosophies et de religions plus ou moins fantaisistes, destinées à lui donner une signification plus profonde, plus existentielle. Voire chez une poignée, par l’approfondissement de cette passion par l’étude, y compris dans un cadre universitaire. Et c’est ainsi qu’on voit des amateurs de black metal devenir sociologues, musicologues, historiens de l’art, et continuer à vivre et défendre leur intérêt pour cette musique, en étant sans doute davantage conscients de ses limites, mais également de ses apports à l’art.

Et cet arrachement à l’émotion immédiate qui me parait être une caractéristique fréquente du plaisir esthétique propre au black metal, ce passage récurrent, chez nombre d’auditeurs, de l’attirance pour la révolte à la compréhension musicale, voire intellectuelle, ce passage de l’immédiateté des émotions à l’intellection musicale, voire au retour réflexif de l’intellect, cela me parait aller à rebours d’une concupiscence et d’une fascination perverse pour les passions mauvaises effectivement portées par cette musique, pour mettre en évidence une fonction cathartique du black metal qui est certes très loin de lui être exclusive, qui est plus loin encore d’être infaillible, mais qui me parait exister indubitablement, et qui réside dans le caractère réflexif, non immédiat, du plaisir qu’il suscite chez beaucoup de métalleux. En ce que son écoute prolongée et habituelle détache peu à peu de la jouissance immédiate de la révolte et de la transgression, pour faire découvrir le plaisir esthétique réflexif lié à la compréhension musicale pure, et que cela peut se lire comme une forme de purgation, l’auditeur prenant plaisir à l’excitation de passions négatives non pour elles-mêmes, pour leur fascination propre, mais pour celle appelée par la forme musicale que leur donne le black metal.

Là encore, le plaisir esthétique n’étant pas dérivé du contenu des passions, mais de leur charge émotive formelle (l’apparence de la haine, mais sans haïr personne, par exemple)… Le mal n’est plus une passion que l’on subit, mais un lieu de l’esthétique musicale que l’on goûte à vide, par lequel on se laisse entraîner à blanc, non pour payer un quelconque tribut à son attirance, mais comme divertissement pur, destiné à défouler et non à tirer plaisir, même provisoirement, d’intentions mauvaises réelles, à stimuler l’imagination et non pas le coeur, comme on peut prendre plaisir à un film policier ou d’action, ou à une tragédie, sans aucunement souscrire à des actes de meurtre ou de terrorisme, qui donnent du piment à l’histoire, dans la mesure où ils ont une fonction narrative, une signification formelle, et ne relèvent pas seulement de la complaisance gratuite, mais qui nous choqueraient dans la vie réelle (je ne dis pas que c’est systématique, mais cela explique que de nombreuses personnes goûtent cette musique sans être animées, ou en n’étant plus animées, par des passions mauvaises véritables ».

Publié dans Art

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